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Voir le Carnet de juin 1891, n

CARNET DE LA SABRET

CARNET DE LA SABRETACHE

souvent des coups de canon, pour favoriser les gens qui 6’i logent, jusques à quarante ou cinquante coups de canon en un jour.

Ce seroit chose trop ennuieuse, que de dire particulièrement tous les moyens qu’ilz ont cherché pour l’emporter, et ceux dont nous avons usé pour nous deffendre. Je diray seullement que deux mois durant en y a tousjours esté à coups de pique, d’hallebardes et d’espées ; les grenades nous y ont fort servi ; nous y avons faict tant de retranchements, d’espaulles, de foucades et de toutes sortes de defï'anses, pour le débatre, qu’ilz y ont faict quarante-deux logis dans terre, sur terre, dais et de mantellets, de barique, de facines, de sacz de terre; nous ataquant par le devant et par le costé, nous réduisant en sv peu de place que nous n’avions plus de lieu pour mettre un corps de garde premier que de l’emporter.

En ce temps là, toutes les ruisnes furent vuides de nostre fossé et deux cassemattes basties avecque leur dessante pratiquée par dedans des caves, pour deffandre nostre portail, afïin d’alonger tousjours nostre dessein ; et pour que l’on estoit tousjours si près l’un de l’autre dedans l’éperon chacun pouvoiL parler à ceux qui se trouvoient là de sa cognoissance parmy les ennemis, sans se voir toutefois ni faire tresves ; et quand quelqu’un se decouvroit tant soit peu de par et d’autre, il estoit incontinent blessé, et ne se passoit guère journée que nous n’i pardissions trois ou quatre hommes pour le moings, de sorte que ceste ordinaire commançoit a ennuier beaucoup de soldats.

Mr de Grammont et le baron de Biron acordèrent quelque fois de se veoir hors la porte Saint-Michel, vers les Capussins, et une fois aussi avec le sr de Lavardin.

Durant ses entrevues, plusieurs se licencièrent de sortir aux ennemis; ce que ayant entendu, je m’y acheminay un jour et rompi mon epée sur les oreilles de ceux que je y trouvay, les faisant tous retirer à la veue des ennemis1; et ayant sceu que un avocat nommé du Han, avoit parlé à un appellé Goult, qui est le plus grand ennemy de nostre parti et de la ville, de tous ceux qui en estoient chassez, je l’envoyé quérir, où je luy iis une repri-

i. Ceci se passa le vendredi 22 mars; ce qui n’empê.'ln pas quel pies mécontents de l’appeler traître.

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mande fort aigre, luy remonstrant que empescher telle faute estoit le premier, et en donner exemple.

Il vouloit disputer par ses raisons du bareau qu’il n’avoit point failli, et depuis en a tousjours montré de mauvaise volompté contre moy.

Un autre jour, le sr de Laverdin me manda qu’il avoit affaire à parler à moy pour affaire particulière. Je sortys à la planchette, acompagné d’aucuns des principaux de la ville, et pour ce qu’il me pressoit d’entandre à quelque composition et que auparavant il avoit dit audit sr de Grammont que l’on nous donneroit trois sepmaines, voyre un mois de temps, pour atandre nostre secours, je luy dis que nous ne voullions point capituller, mais que si l’on nous vouloit donner le mois qu’il nous avoit offer, pour envoyer vers mondit seigneur, nous serions tous résolus de ce que nous aurions à faire ; de celuy que il me dit qu’il n’i avoit point d’aparance, et pour sept ou huict jours, que l’on nous les accorderoit, et toutes fois m’en remist point trop loing et se retira, disant qu’il en communiqueroit au rov de Navarre.

Le lendemain, il envoya une trompette parler à moy, je n’i voulus pas aller, aussi que j’avois mal à. un pied et priay Monsieur de Grammont, à qui il dist qu’il nous bailleroit un temps, mais qu’il falloit premier bailler mes articles et s’en accorder.

Le tout fut communiqué à messieurs du corps de ville et aux capitaines, et fut advisé que pour gaigner le temps et pour espargner nos hommes, que l’on continueroit le parlement quelques jours, chacun de nous désirant infiniment que nous puissions avoir moyen d’envoier vers mondit seigneur, pour luy faire entendre le besoing que nous avions tant d’hommes que de poudres, et tenter les voyes qu’il faloit tenir pour le faire entrer.

Monsieur de Grammont asisté des sieurs de la Gaignière et de Longueville, des Vaux et quelques autres, selon qu’ilz se trouvoient à propos, aloient aux Capuchins traicter avec le mareschal de Biron et le chancellier, et pour ce qu’ils insistoient tousjours pour avoir mes articles, premier que de nous acorder du temps, ils furent dressés de telle façon que le roy de Navarre s’en picqua fort, encore qu’il n’y eut rien qui deut offanser personne, sinon de cognoistre que nous n’avions aucune volunté de nous rendre;

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aussi n’en avions poinct de subject, et à la vérité, il désiroit par là de rompre tous les parlemens, comme il se peult veoir par les articles cy après escripts.

« Articles présentés a Sa Majesté par les gouverneurs, seigneurs, gentilshommes, capitaines et gens de guerre, maire et eschevins habitans de la ville de Chartres. ■&, •; / , -J ; t /vL/f

« Ils offrent de demourer sans se mesler d’aucun acte d’hostilité ni recepvoir et entretenir en ladicte ville, l’espasse d’un an durant, aucunes forces de quelque parti qu’elles soient, fors la compagnie d’hommes d’armes et les gardes de leur gouverneur, lesquels ils entendent ne leur estre changé non plus que leur religion, qu’ilz tiennent plus chère que la conservation de leur vie, demourant l'estât de ladite ville tel qu’il est.

« Et ce moyennant ne leur soit faict aucune offance en leur personne et biens, ni trouble en la jouissance de leurs possessions qu’ils ont aux champs, ni aussi en la levée des tailles, aydes, subsides ou autre deniers qui ont accoustumés d’estre levés et apportés en ladite ville jet affin que ladite ville demeure libre, les seigneurs gentilhommes et gens de guerre sortiront lorsque l’armée de sadite Majesté sera retirée a dix lieues d’icelle et qu’il luy aura pieu leur donner un passeport et sauf conduict pour leur retirer où bon leur semblera avec leurs armes, chevaulx, cornettes, enseignes déployées, trompettes, tambours sonnant, la mèche allumée et tous leur équipage, avec asseurance de Sa Majesté de n’estre recherchés d’aucunes choses passées tant qu’ilz ayent esté conduictz en lieu de seureté.

« Offrant lorsque sadite Majesté sera catholique et recogneue par les parlemens des bonnes villes catholiques avec lesquelles ilz se sont unis d’estre aussi ses très humbles subjectz et serviteurs.

« Demandant premier que lesdits articles puissent estre tenuz pour accordez d’une part et d’autre, qu’ilz ayent un mois de temps pour envoyer vers monseigneur du Maine auquel ilz ont presté serment d’obéissance pour scavoir sa volonté.

« Prétendant que si dedans ledit mois a compter du jourd’huy ils sont secourus ou rafraichis de gens de guerre jusqu’au nombre de cinquante , de n’estre aucunement obligés à l’entretenement desdits articles. »

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Après que ces articles eurent esté dressés et arestés en l’assemblée des maires et eschevins, capitaines et gens de guerre, et capitaines des habitans de la ville, le sr de Grammont prié de bailler à ceux qui les luy avoient demandés, dont il s’escusa, à cause qu’il se trouvoit un peu mal, le sr de la Gaignière les alla porter de ma part, et le sr de Poisviller de celle du sr de Grammont, le jeudy vingt huict'ne de mars les baillèrent à monsieur le mareschal de Biron et chancellier, lesquelz sans faire paroistre ce qu’ils en pensoient, leur dit assez gratieusement, qu’ilz retournassent sur le midy avec un ou deux des principaulx de la ville, pour en avoir résolution, et offrirent des ostages, et une heure après midy, le sr de la Ferté demoura en ostage, le sr de Ligaignery et de Poisvilliers furent conduicts par le baron du Four au roy de Navarre, et les receu avec un très mauvais visaige, et usant de beaucoup de menasses et particulièrement en mon endroict et du sr de la Gaignière, commandant à monsieur le chancellier de mettre les articles entre les mains du grand Prévost, Fontenay, pour s’en servir en temps et lieu, et nous faire nos preuves.

Ce que estant raporté, entre nous chacun délibéra de ce bien deffendre.

Le lendemain au matin *, sur les sept heures, arrivèrent par entre les faubourgs des Espars et des Gapuchins, vingt trois chevaulx commandez par un nommé les Montz, qu’avoit envoyé Monsieur le vicomte de Tavannes1 2, et guidés par un de ceux que j’avois envoyés à Dreux, nommé la Rivière.

Ils arri voient sur le bord de nostre fossé, assez près du bastion Saint-Michel, en mettant pied à terre et entrèrent dedans la ville sans perte d’un seul.

Il y eut un de leurs chevaulx tué et deux blessés en les passant à la barrière, à cause que les baricades des ennemis estoient fort près.

Le samedy au matin, nous commançames a découvrir qu’ilz faisoient porter un grand nombre de cuves et de barriques aux

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