‹ Études et documentsChapitre 13 sur 54 · Samedi 30 mars · texte numérisé non relu

Samedi 30 mars

2. Jean de Saulx, vicomte de Tavannes, fils puîné de Gaspard et de Françoise de la Baume. Il s’attacha au duc de Mayenne pendant que son frère Guillaume était pour Henri IV. Il se soumit après la prise de Dijon. « D’azur au lion d’or, arme' et lampassé de gueules et 2 griffons pour supports. »

CARNET DE LA SABRETACHE

Filles-Dieu, et de là, par derrière des murailles de jardins, aucuns passoient à cause qu’il n’i avoit point de gabions qui se retranchoit pour empescher les advenus ; même des plus vieux capitaines ne pouvoient croire qu’ilz voulussent abandonner le co6té des Espars, apres y avoir employé tant de temps, tant d’hommes, et près de quinze cens coups de canon.

Mais je découvris, de dessus une plateforme, des pionniers qui portoient des soliveaux et autre bois, pour faii'e plateforme soubz les pièces. Ce qui me fist juger qu’ils nous dressoient une batterie.

Le soir nous en fusmes advertis par un enfant de la ville, qui se vint rendre; et commençasmes à reprendre le retranchement et les plateformes qui estoient à demi dressées et effleurées; car dès que nous fumes assiégés, congnoissanl combien cest endroict là estoit faible, à cause que la muraille faict un coude et n’a aucun flanc que de deux tours qui estoient de mauvaise matière et de peu d’épesseur, le rempart fort bas et estroict, et ce qu’il y avoit d’eau passant par entre la muraille et des jardins, qui n’avoient point de profondeur, ainsy que je dis cy devant, et comme il estoit commandé, j’advisay d’y faire un retranchement, à quelque quatre toyse de rampart, forme de grandes platesformes et flanquées de deux cassemates de bois.

Mais la nécessité qui nous contregnoit de travailler à l’heure, et la difficulté de recouvrir des paisans, qui se cachoient dedans des caves estans retirez et congnoissant qu’il y en eut quelques uns de blessés, nous avoit faict laisser nostre besongne, joinct que noii6 avons veu une baterie préparée au droict de Saint-Jehan, où ilz avoient amené deux pièces d’artillerie, et doutions une myne de ce C06té là ; de sorte que nous estions incertains sy ils nous ataqueroient en trois endroits, comme il nous en avoient souventes fois menacés, scachant que nous estions peu de gens de guerre; ou si ils feroient tout leur effort du costé de la nouvelle batterie, où nous mysmes ce qui estoit commancé, ce qui estoit en deffance le mieux qu’il nous fut possible, encore que nos cazemattes de charpente ne furent achevées que le jour de l’assaulzt, et avec grande incommodité, à cause des ruines et boulets qui offancoient les ouvriers.

SIÈGE DE CHARTHES. 307

Le dimanche et le lundy (1er avril) nous vismes préparer le logis de trois pièces sur un couteau, près des Filles-Dieu.

Entre le dimanche et le lundy ils commancèrent a oster quelque pièce de leur baterie des Espars, et la iiuict suivante, ilz les conduisirent à leur nouvelle batterie, abatant les murailles de bauge qui estoient au devant.

Le mardy au matin, deuxiesme jour d’avril, sitost que le jour fut clerc, nous vismes douze pièces eu batterie, dont il y en avoit sept fort près de notre muraille, et néautmoings séparées quatre en un endroict, trois en l’autre ; puis les cinq que j’ay dis, qui estoient sur les coutaus.

Nous advisames déloger les meilleures que nous eussions es lieux de la ville les plus adventageux pour endommager nos ennemis, qui ont depuis advoué, qu’elles avoient bien faict de l’exécution ce jour là.

Hz avoient aussi baricadë une maison de guerre, dont la charpante avoit esté brullée par le hault, et mis double rang de barricade au grenier, et pour ce qu’elle estoit assise en un lieu fort hault, elle commandoit en la brèche, sur le pont, par où l’on passoit ordinairement, et sur la plateforme de nostre main gauche et sur le dedans de la courtine, jusque à la porte Drouaze. Il y avoit mis un bon nombre de inousquetz sur la couverture de Saint-Maurice.

A six heures du matin, ilz commancèrent leur batterie fort furieuse de toutes les douzes pièces, et batoient justement autant que nostre retranchement et les deux platesformes en emportoient, qui estoit l’espace de plus de sept vingt pas, mais pour ce que la plateforme estoit couverte d’un vieux portail, appelé la porte aux Cornuz, qui se trouva fort bonne et de bonne mattiere, il ne la peuvent guère endommager, et laissèrent environ dix pas de la courtine, pour ce qu’ilz scavoient que l’eau estoit profonde en cet endroit là.

A huict heure toute notre courtine estoit en poussière, mais le rampart, qui estoit vieux, n’estoit point endommagé; les deux tours estoient toutes crevées, et, a neuf heures, la brèche estoit resonnable. Toutesfois ilz continuèrent leur batterie jusque à une heure après midy, qu’ils commancèrent à donner Dassault .

CARNET DE LA SABRETACHE

L’ordre qui fut tenu pour le soutenir estoit que le s1' de Pinellière, a cause que la brèche estoit en son cartier, ses gens seroient sur le colidor et rempart, et pour ce que la pluspar n’estoient que harquebuziers, le sr des Mons, qui n’avoit que des cuiraces, fut ordonné, avec luv le sr de Grammont prit la moytié du retranchement et la plateforme de main droite et ma compagnie de gens d’armes, celle du sr La Groix-Gotereau et ce qui restoit de mes gardes l’autre moytié des retranchements et l’espaulle de main gauche, pour y estandre mes hommes, soutenir et refreschir ceux qui estoient sur le rampart; le sr de Reclainville et des Vaux, La pierre et de Montiguy estoient aussy du costé de ma compagnie, où il estoit besoin qu’il y eut gens de bien, car ce qui estoit faict de neuf à la plateforme, sur le devant, s’en alla avec la tour et la muraille, et n’i avoit point d’endroict à la brèche sy facille que cestuy là par où, s’ilz nous eussent forcez, il n’y avoit plus aucun remède, pour ce qu’il n’y avoit point de retranchement derrière.

Depuis que j’eus recogneu ce danger là, je m’en tins fort près, et donnay charge au sr de la Guerière de la garder, qui y fist bien son debvoir, comme firent tous les gens de bien, entre autre le sr de Montigni y fut tué d’un coup de canon.

Le sr de la Montaigne estoit du costé du sr de Grammont, et pour ce que je doubtois qu’ilz eussent encore une myne, j’avois ordonné les gens du sr de Reclainville, ceux du sr de la Patrière et la compaignie du sr de Borein, pour faire un gros près du portail Saint-Jehan, dans le ravellin des Espai's.

Les capitaines Boutillière et Sauvaige estoient avec leur compaignie, qui estoient environ vingt hommes, qui soutinrent un assault de quelques cens hommes des ennemis, qui les pensoient emporter; enmesme temps que l’on nous assailloit de l’autre costé, les habitans le favorizerent de l’arche du portail et de la courtine qui estoit bien bardée tant à l’entour de la ville et d’haire et autre. Je en scavois nouvelles par ceux que j’envoyois faire des rondes.

Le sr du Grand qui avoit une harquebuzade à la? jambe avoit charge d’aller à cheval par la ville, luy cinq ou sixième, pour prandre garde qu’il ne se feust point de désordre, et que chacun se rangast à son debvoir; de chaque cartier de la ville, les capitaine et lieutenant ou les sergents m’envoyèrent des harquebuziers

SIÈGE DE CHARTRES

ou des mousquetaires, que je départis où il estoit le plus nécessaire, principallement sur les espaulles. Il y en alloit aussi sur le rampart.

Il y en eut qui firent bien leur debvoir, mais il y eut fort peu de cuirasses de la ville, bien que auparavant du siège, ilz faisoient estât dy en avoir trois cens.

Le sr de Patrière, qui dès le commencement du siège avoit esté elleu sergent major des gens de guerre par tous les capitaines, s’est acquité dignement et mesme ce jour là de la charge, conduissant des secours es endroictz où il en estoit besoin.

Un nommé La Borde estoit sergent major de la ville, alloit partout à cheval, donnant ordre de Cartier en quartier ce qu’il lui estoit ordonné.

Je diray enfin qu’il n’i avoit personne qui ne list très bien son debvoir se jour là, selon sa charge et le lieu qu’il luy estoit ordonné, et que l’assault donnast le loisir, et au sr de Grammont et à moy, d’y employer tous nos hommes et les exposer où il y avoit le plus de péril; et dès le commencement j’avois le sr de la Boissière avec une partie de ma compagnie, pour renforcer les sieurs de la Pinellière et les Montz.

J’avois des gens au clocher qui m’envoyèrent advertir de l’advénement des bataillons de l’ennemy, et me mandèrent, sur les trois heures apres midy, qu’ilz avoient veu un gros de quatre ou cinq cens cuirasses, qui avoient mis pied à terre et s’advencèrent vers la batterie d’à bas, mais ilz ne vindrent pas tout en gros, et s’en estoit seullement quarente ou cinquante,- l’espée au poing, avec les maistres de camp et les capitaines.

A quatre heures du soir, j’envoyés le gros, que j’avois ordonné, près du portail Saint-Jehan, qui vint bien à propos, car il n’y avoit plus personne qui ne fust blessé, ou ses armes rompues, ou cy harassé qu’il n’en pouvoit plus.

Les ennemis nous donnèrent six assault, dont le dernier, qui fut sur les six heures du soir, estoit conduict, quand à l’infanterie, par le sr de Pille, et monstroicty avoir près de huict cens hommes qui furent soutenus aussi bravement que les autres, y en demoura beaucoup, leur canon jouant incessamment, si ce n’estoit quand leur gens paroi ssoient pour donner au rempart, lors ils battoient

CARNET DE LA SABRETACHE

aux deux platteformes, qui ne laissoient d’estre tousjours en feu, car on rafréchissoit souvent les harquebuziers qui y estoient, et principallement celle de nostre main droite, à cause qu’iiz estoient asseurez que l’on ne pouvoit venir aux mains avec eux.

Sur les sept heures du soir, la furie de l’assault cessa, et à huict heures, ilz s’estoient tous retirés, ayant quitté le bas des tours où ilz estoient voullu loger.

Mes soldats descendirent, tout jncontinant qu’il fut nuict, par la brèche, à quoy il n’y avoit pas beaucoup de peine, et alloient dépouillant les morts dedans l’eau et dedans les jardins, jusque au pied du canon, et raportoient force habillements, des armes et de l’argent, et mesme des blessés qu’ilz montèrent tout à l’aize. Ilz trouvèrent au pied de plusieurs morts, des chausses-trapes que j’avois faict jetter.

La plus part des gens de guerre mesme des capitaines firent des corps de garde et couchèrent au long de la brèche ; mais nous n’i sceumes retenir que fort peu d’habitans, n’i en avoit pas ung pour remparer.

Il y eut quelques femmes et chambrières, qui furent une partie de la nuict, qui aidèrent à porter des sacs de terre et de fumier où il en esloit le plus besoing; nous eusmes quelque trante paisans, que l’on fit travailler par le dehors de la brèche, bien que la lune fut fort clère, et fut osté un peu de ruines du bas de la tour de la plateforme, de la main gauche, qui estoit en très mauvois estât, et avec des gabions et des sacs, nous la racoustames le mieux qu’il nous fut possible ; mais elle n’estoit guère bien.

L’on mist du fumier et des sacs au reste de la bresche, et ce fut fort peu, d’autant que les soldats estoient si las que l’on ne les pouvoit faire travailler.

Nous y perdimes aussi de bons hommes et aussi des meilleurs de la ville \

Nous avons sceu depuis que les ennemis eurent quatorze mais-

i. M. de Vaux, capitaine du quartier, y fut tué. L’État des dépenses de la ville porte : « A Denis Moreau, plombier, III livres X sous, pour un cercueil de plomb, où a esté mis le corps de M. de Vaulx, tué à l’assaut de la brèche qui fut faict le mardi 2 april. »

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très de camp et trante capitaines mors ou blessez, ce jour là, un grand nombre de cuirasses et d’infanterie ‘ .

Ils nous tirèrent plus de douze cens coups de canon ; de nostre costé, il en fut trop tiré; car après l’assault, l’eschevin, qui estoit envoyé pour garder le magazin de la ville, nommé du Temple, me vint dire qu’il n’y avoit plus que trois cens cinquante livres de poudre grosse et menue grene, qui me fascha infiniment, comme de chose dont dépendoit notre honneur et nostre vie.

Je monté dès la nuict à la maison de la ville, où je en conféré avec le maire, que j’estimois estre bien affectionné, qui me dist que cy il y en avoit quatre cens, que c’estoit le bout du monde, et qu’il en avoit esté dépendu seize cens ce jour là, huit cens pour les pièces et huit cens pour les barquebuziers ; chose que je trouvois impossible, encore qu’il eust esté merveilleusement tiré.

Et de faict, monsieur de Chastillon m’a dit depuis n’avoir jamais vu un plus bel ordre pour deffendre, ni une telle escopeterie d’arquebuzades.

Je üs faire une recherche sur les grossiers, et donné charge à Laborde d’en chercher par la ville, à trante sols la livre.

Je priay aussi tous les capitaines de scavoir de leurs seigneurs si ils en avoient, leur promettant la leur faire payer, sans s’anquérir d’où elle venoit ; mais tout cela nous en aporta fort peu.

La femme qui fournissoit le magazin m’en promist quelque six vingt livres, de sorte que le tout ensemble pouvoit faire six cens cinquante livres, qui n’esloit pas pour soutenir la moytiê d’un effort, outre ce qu’il en falloit tous les soirs une bonne quantité à ceux qui entroient en garde, à la breche et au ravellin, et pour ce que le fait des poudres importe beaucoup a l’escléressement, de ce qui s’est passé depuis je diray à la vérité ce qui en est.

Peu de jours avant le siège, me fut dit par le sr de la Gaignière, qui estoit tousjours demouré à Chartres, pendant que j’estois près monseigneur du Maine, que messieurs de la ville avoient près de trente milliers de poudre, de sorte que les premiers jours des aproches des ennemis, je permis de tirer à force, tant de l’artil-

1. Les auteurs élèvent à 300 le nombre des ennemis tue's dans cet assault, et même quelques-uns jusqu’à 700 ou 800.

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lerie que d’arquebuzades, comme aussi c’est la coustume à ce commancement là de faire bien flamber la courtine d’une ville ataquée.

Le quatre ou cinquiesme jour, l’eschevin qui en avoit la garde, nommé Bachelier, me vint advertir qu’il en avoit esté dépandu quinze cens livres en ce jour là, et ne leur en restoit que cinq milliers.

J’alloy visiter le magazin, et trouvai que avant le siège ilz n’en avoist pas huict milliers, dont je me courouçay fort à eux, car il n’y en avoit autant, dès que j’eus le gouvernement, outre ce qu’ilz m’assuroient d’en faire provision.

Ils me dirent que ce que le poudrier en avoit fourni, avoit esté dépendu, et de faict nous en avons fourni de neuf cens cinquante livres ceux de Dreux, quand ilz furent assiégez.

Je leur recommanday fort de la bien mesnager, et de n’en bailler que aux gardes ordinaires, sy ce n’estoit par mon ordonnance, et leur donnay un gendarme de ma compagnie pour les assister, à cause que les sergents et les capitaines envoient indiscrètement et afïin que les ennemis ne s’aperc eussent de ce défault, je commançay peu à peu à retrancher celle que l’on bailloit aux canonniers, mais il n’y avoit aucun moyen de contenter le peuple qui les vouloit faire tirer sans nul propos, en ont battu et voullu tuer souvent, disant qu’ilz estoient traictres et espargnoient les ennemis.

Je fus contrainct sur la fin de n’en faire point bailler du tout, à cause aussi qu’ilz nous en falloit faire de la grosse et de la menue, et lors je fus despesché des prédicateurs qui disoient que je favorisois les ennemis et qu’il y avoit assez de poudre, ou que les eschevins l’avoient desrobbée, et si la fortune n’eust voullu que les deux grosses pièces neufves ne feussent crevées dont l’une ne tira que trois ou quatre coups et l’autre que un seul coup, la poudre nous eust manqué des avant le jour de l’assault, car chacun est bien aise de veoir faire de beaux coups, etn’i a quasi personne qui veille considérer ce mesnage là davantage en une nécessité que l’on n’oze publier, et sy elle n’eust esté telle nous eussions faict des foucades et des mines qui eust bien recullé les aproches des ennemis.

Celle que nous fismes à la pointe de l’éperon nous cousta près

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de cens livres, les grenades nous en ont dépendu beaucoup, estant besoing de s’en servir tous les jours pour la deffance de l’éperon.

Je serois mal advisé que je n’aurois recherché d’en faire faire en plus grande quantité durant le siège, et de faire dresser plus d’un astellier, mais je ne trouvay personne qui le peust entreprendre ; aussi qu’il fault scavoir que c’est une ville la plus mal commode pour cela et où la terre raporte moingt de salpêtre.

Dès que les sergens majors furent veus, je les adverty d’asister tous les soirs à la distribution qui s’en faisoit pour les guerres et d’y tenir la main.

Pour revenir au progrès des ennemis, ilz ne firent pas grand entreprise le mercredy jusque an soir qu’ilz commancèrent un grand logis avec des cuves, sur le bord de la rivière, au droict de la porte aux Gornuz, et en ung autre endroict de nostre plateforme de la main gauche, et recommancèrent fort à tirer des harquebuzades et quelques coups de canon au clere de la lune.

Ce soir là, M‘ de Chastillon me fis t demander permission d’enlever les morts, a quoy je fis response que c’estoit une courtoisie qui ne se refusoit point entre gens de guerre, mais que l’heure n’estoit pas propre, et qu’il les auroit au lendemain au matin.

Il me manda que le lendemain au matin qu’il n’avoit plus que faire de la courtoisie ; qu’il me faisoit penser qu’il avoit envie d’entreprendre quelque effort pour les retirer, d’autautque ce jour là il leur estoit arrivé près de deux mil harquebuziers, soubz les charges de sr Denis Mailleau du Fourny et d’un autre maistre de camp dont je ne retenu le nom.

Toutes fois il attendit jusque sur le midy qu’il les fist encore demander, et fut arresté que nos soldats les foulleroient et que on les feroit porter par des paisants jusque dedans les jardins qui estoient de près de leur canon. Il en fut porté quelque quarante quatre.

Le soir, led. sieur commança à faire un pont de charpente de bois, fermé de tous costés, comme une gallerie, sur des tonneaulx plantés de bois a quelque distance l’un de l’autre, affin que l’eau passast par entre deux et le conduisoit de ce grand logis de cuve, qui estoit l’endroict la porte aux Cornuz, en buttant vers les ruines de la tour du millieu de nostre bresche, et fut tiré ceste nuict

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là de leur batterie d'à-bas dix huict ou vingt coups de canon, pour favorizer leurs ouvrages. Nous perdimes des soldats et un vaillant homme nommé le Bouy, capitaine des harquebuziers à cheval de la Croix.

Le vendredy au matin, il fut tiré quelque coups d’une pièce qui estoit sur une plateforme à la porte Inbous, contre le commancement du pont, mais elle l’endommageoit sy peu que ce n’estoit que poudre perdue.

Lors plusieurs des gens de guerre et mesme ceux qui avoint du commandement disoient qu’il seroit bon de reprendre les œuvres du parlement, qui avoit esté laissé, et y en avoit qui reculoient à entrer en garde à la brèche.

Quand au ravellin, chascun scait que je mis l’espée à la gorge à ung capitaine qui refusoit à entrer, et à la vérité il n’estoit plus en estât, et ce perdit ung jour ou deux; après la difficulté estoit grande de contenir les soldats qui se mutinoient et vouloient sacager des maisons, qu’ilz estoient bien misérables de ce faire tuer pour n’avoir que leurs vies, comme des chiens.

Sur ces entrefaites, l’un des fils de M. du Bellay 1 demanda à parler à moy.

Je le fitz entrer sur le bastion de Saint-Michel, où je priay monsieur de Grammont et le sr Dur ut de s’y trouver, et après plusieurs propos, mon beau-frère demanda si nous estions résolus de nous perdre.

Je luy demandai s’il avoit charge de nous en parler.

Il me dist que non pas du roy de Navarre, mais de Mr le mareschal de Biron et chancellier.

Il emporta pour toute résolution que sy l’on nous veult donner un trompette et des passeports pour envoyer vers Mr du Maine, comme nous l’avions tousjours demandé, que ceux qui se achemineroient feroient toute diligence possible et que à leur retour nous traicterion6 soubz articles raisonnables, pour remettre la ville au pouvoir de son roy; ou que nous resoudions du tout à aucune capitulation, et que par ce moyen ils pourroient estre résolus de leurs affaires.

i. D'après Souchet, ce du Bellay, roi ou prince d’Yvetot, était un parent de la femme de M. de la Bourdaisièro.

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Et pour ce qu’ils jugeoient assez que ces propos taudoient à renouer ung parlement, le samedy veille du dimanche des Rameaux, nous fismes une assemblée de tous capitaines et gentilshommes de toutes qualitez, n’i appellant pour cesle première fois que le maire de la ville, le sr Durut et quelques uns des principaulx eschevins.

Là il fut au long discouru de l’estât auquel nous estions, des incommoditez qui nous presoient et des moyens que nous avions pour y remedier, et le tout balancé, scavoir si nous devions attendre à capituller, pourveu qu’il nous feust acordé trois sepmaines de temps pour atendre du secours.

Il fut résolu es plus honorables conditions qui nous seroit possible.

Veu mesme le deffault des munitions de guerre, quelque un de la compagnie dit qu’il se trouveroit encore douze cens cinquante livres de poudre. Sur quoy, je respondis incontinent, sy cela estoit nous pourrons encore temporizer sans entrer en traicté, et que c’estoit chose que je désirois tant, que j’offrois de donner de douze cens cinquante livres deux mil escus, baillant ma vesselle d’argent pour une partie de la somme, et que messieurs de la ville payeroient l’autre. Ces propos se trouvèrent sans effect.

Cependant mon beau-frère1 revint, qui proposa si l’on vouloit envoyer des gens de guerre et ceux de la ville vers monsieur le mareschal de Biron et le chancellier, qu’ilz traicteroient et pour articles et pour le temps tout ensemble.

Le sr de Grammont fut prié d’en prendre la charge pour les gens de guerre et le maire assembla le corps de ville et les capitaines qu,i adviseroient que le sr Dura seroit propre pour cet effect.

Hz commancèrent donc le lendemain à traicter de la capitulation, reportant tous J,es jours ce qu’ilz avoient négocié; et ce fist deux ou trois assemblées à la maison de ville où assistoient messieurs du clergé, les capitaines des gens de guerre, fors ceux qui estoient de garde, les capitaines de la ville, les principaulx bourgeois et les députés des paroisses qui résolurent tous qu’il valloit mieux capituller vu le danger d’estre forcés et sacagés où ils

J. G’iS tait François d’Escoublcau de Sourdis, seigneur do Jouy, d’Auneau, de Mondoubleau et d’Alluyes. 11 avait épousé Isabeau Babou, dame d’Alluyes, Tille de Jean Bubou, seigneur de la Bourdaisière, et de Françoise Robertet, dame d’Alluyes.

CARNET DE LA SABRETACHE

estoient ; aucuns estoient d’advis qu’il falloit avoir quinze jours pour attendre le secours et les autres qu’il se falloit contenter d’en avoir le plus que l’on pourroit.

Cependant pour ce que les ennemis advençoient leur pont et estoient desja au pied de notre brèche, et qu’il estoit très apparent que nous ne pouvions guère garder notre rempart et la plateforme de la main gauche, il fut advisé de faire un rempart de l’austre costé de la rivière et le joindre avec la plateforme de la porte aux Cornuz, et faire contre les harses une écluze pour hausser l’eau, et se servir d’une grosse butte qui estoit près les harses, laquelle fut aisée de remettre en la forme carrée, à cause que la masse y estoit desja; mais de travailler au long de la rivière et de faire une autre plateforme, qui estoit desja vis à vis de la porte aux Cornuz, il estoit fort difficile, tant pour ce qu’il falloit desmollir beaucoup de maisons, qu’à cause que on y estoit veu des batteries qui estoient sur les coutaulx de la maison de pierre, où les ennemis avoient fait des baricades, principallement depuis que le massacre fut tombé, qui estoit un grand batiment de bois couvert de tuille où les bouchers faisoient leurs tueries, qui avoit esté ruinée et esbranlée à coups de canon, qui eschapèrent par dessus notre rempart et achevé d’abattre par des gougars qui vouloient desrober du bois; et après cella il estoit impossible de travailler; le jour et les nuictz estoient desja fort courtes, de sorte qu’il estoit aisé à juger que les ennemis auroient plus tost pris le premier rempart et la plateforme que nous n’aurions mis en deffense le second.

Ils estoient maitres de nostre esperon à la porte des Espars, et se preparoient pour loger sur le portail et faire une nouvelle batterie de l’austre costé.

Je laisse à juger à tous ceux qui ont expériance des armes, sy trois cens hommes de guerre que nous pouvions estre de reste eussent peu bastir et soutenir trois efforts en mesme temps, les ennemis n’ayant de deux costés à faire que un pas pour entrer dedans la ville.

Quand aux habitants je ne les veux pas taxer de faulte et de bon zelle et de courrage, mais faulte d’espériance la plus grande partie estoient bien peu asseurés au danger et refuzoient mesme de garder des cazemattes bien seures, s’ils n’avoient des gens de guerre,

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à cause, disent-ils, que les harquebuzades donnoient dedans les canonnières; et croy qu’il y en avoit peu de ceux de la ville qui eussent veu quelle estoit la brèche par le dehors, avant que les trêves fussent accordées ; et depuis qu’ils eurent moyen de les considérer, beaucoup me vindrent remercier de les avoir garentiz du péril, qu’ilz congnoissoient bien leur estre inévitable.

Le pont des ennemis estoit coniuict jusques au hault de nostre rempart, et le jeudy XIe du mois il nous plantèrent affln de se loger sur l’épesseur du rampart.

On fist ce que l’on peult pour le repousser ou atirer avec des crochets, mais il estoit arresté avec deux grans pins fichés en terre et se fallut résoudre de le brusler, encore que nous n’eussions de feu d’artifices, mais à force de fagots de paille et de quelque gresse, le feu s’i atacha et à un bout du pont qui fut bruslé ; et n’eust esté que les pierres, qu’on y jetoit pour offancer les ennemis qui venoient pour l’esteindre, tombèrent en cy grande abondance qu’elles suffoquère le feu et firent un monlceau qui estoit quasi aussi hault que le pont; et les ennemis emportèrent d’un coup de canon trois hommes où nous passions ordinairement et en tirant quelque soixante coups avec des harquebuzades, nos soldats n’en tiroient guère faulte de pouldre, aussy qu’ils se fussent trop découvert et se servoient de pierre, comme j’ay dit, et toutes fois nous en perdimes huict ou dix.

Quand à la capitulation elle estoit quazi conclue, tant pour le regard des demandes des gens de guerre que des habitants, et n’i avoit difficulté que pour le temps, les ennemis estans du tout résolus à n’accorder que huict jours.

Je croy qu’on fist ce qu’on peust pour en avoir davantage, et nous le désirions tous infiniment.

Le roy de Navarre nous offroit trois sepmaines, à la charge de nous rendre à sa discrétion, et nous demandions un mois à condition de sortir avec l’espée seullement et laisser tous nos équipages.

Enfin il fut résolu par la pluralité de voix que c’estoit à nous à s’acommoder à ce que nous estoit accordé, estimant tous que sy nous avions a estre secourus, le secours estoit desja acheminé, car il y avoit plus de quinze jours que nous n’avions receu de nouvelle d’aucune part.

CARNET DE LA S AB. t ET,

318 CARNET DE LA SABRETACHE

Le vendredy au matin les articles furent signés d’une part et d’autre et les passepors a un trompette despesché pour conduire le sr de la Gaignière et de Loizeville, le sr Salmon chanoine, un advocat nommé Duhan, que nous députâmes vers monseigneur du Maine, pour luy faire entendre comme les choses se passoient, et advancer le secours s’ils le trouvoient acheminé et luy portoient aussi les articles acordés tant pour les gens de guerre que pour la ville lesquelz sont escripts cy dessous.

Articles accordés par le Roy aux gens de guerre qui sont à présent en la ville de Chartres.

« Que remettant par eux ladite ville entre les mains de sa Majesté, elle permet ausd. gens de guerre de sortir d’icelle avec leurs armes, chevaulx et bagaige et la meche allumée, enseignes desployées et les tamboargs et trompettes non sonnantes quand ils passeroient devant sa Majesté.

« Les gens de guerre qui sont dans lad. ville sortiront librement sans pouvoir estre arrestez ni recherchez pour quelque occasion que ce puisse estre, soit particulière ou géneralle, et demoureront quittes et deschargés de tout ce qui est faict par eux en faict de guerre.

« Que sa Majesté fera conduire lesd. gens de guerre en toute seureté jusquez au lieu qu’ilz voudront par personnes de qualité qui leur seront agréables.

« Saditte Majesté leur permet d’enlever les blessés et si il n’i en a d’estre en estât d’estre transportés, ilz pourront demourer en lad. ville en toute seureté, et lorsqu’ilz seront guaris leur sera baillé passeport pour retirer en telle ville qu’ilz voudront.

« Sa Majesté accorde ausd. gens de guerre de demourer encore huict jours en lad. ville, pendant lesquels ilz pouront envoyer vers le duc du Mayne deux gentilzhommes, pour luy faire entendre la présente capitulation, à la charge que le neufviesme jour, qui sera le vendredy dix neufviesme du présent mois, ilz sortiront dès le mat tin de lad. ville et la remettront es mains de sa Majesté, et touteffois si pendant led. temps le duc du Maine vient avec armée et qu’il fasse lever le siège à sa Majesté et en ce cas lesd. gens de guerre demoureront deschargés de leur promesse.

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« Qu’il ne se fera durant ledit temps aucun travail d’une part et d’autre, et pour cet effect sa Majesté fera entrer deux hommes dans lad. ville, lesquels feront entendre à sa Majesté s’il se faict aucun travail en ycelle, et lesdits hostages qui seront baillés à sad. Majesté par lesdictz gens de guerre pourront veoir aussi s’il se faict aucun travail hors lad. ville.

« Que les femmes desd. gens de guerre et autres qui se sont réfugiez pouront sortir avec le bagage et par passeport de sa Majesté et se pouront retirer en leurs maisons, pourveu que leurs maris soient serviteurs de sa Majesté et retirer en ville de son obéissance.

« Les réfugiés des autres villes qui sont en lad. ville pourront sortir avec lesd. gens de guerre et aux mesmes conditions et cy ils veullent demourer en ycelle comme les autres habitans.

« Sa Majesté acorde ausd. gens de guerre que si pendant les huict jours qui expireront le jeudy au soir dix huictiesme de ce mois, il entre quatre cens hommes à une fois dans lad. ville poulies secourir, en ce cas sad. Majesté les décharge de lad. promesse, et si il se présente moings ne les pouront recevoir, accorde néantmoings sa Majesté s’il se présente moindre nombre et qu’il se puisse jetter dans les fossez, en ce cas sa Majesté leur donnera passeport pour s’en retourner et ceux de la ville leur pouroit donner des vivres sans touteffois les recep voir en ycelle.

« Sa Majesté accorde cessation d’armes d’une part et d’autre durant ledit temps et permet, s’il s’advence des soldatz hors des tranchées, de les tirer.

« Les gentilshommes et autres qui se voudront retirer en leur maisons pour y vivre comme bons serviteurs et subjectz de sa Majesté, le pourront faire et par ce moyen jouiront de leurs biens.

« Faict au Camp, devant Chartres, le Xe jour d’avril MVe III Jxx XI. Ainsi signé Henri et plus bas Pottier. »

Articles acordés par le Roy aux habitans de la ville de Chartres.

« Sa Majesté veult qu’il ne soit rien innové au faict de la religion catholique, apostolique et romaine, laquelle il veult estre inviolablement gardée, et qu’il ne soit faict aucun exercice de reli-

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giou en ladite ville et faubourgs suivant la déclaration qu’il en a faicte à son advènement à la couronne, ainsi qu’il s’observe par toutes les autres villes qu’elle a remises en son obéissance.

« Le roy veult que lesdits habitans jouissent de leurs privilèges et de la police de ladite ville, comme ils ont accoutumé, les asseurant qu’elle les maintiendra soubz son authorité, les traictera comme ses subjects et les conservera avec toute bonne justice et débonnèreté.

« Leurs privilèges, octroys leur seront conservés, s’asseurant sa Majesté que lesdits lxabitans s’en remettront à son service et en son obéissance, ils doivent croire que sa Majesté leur sera bon roy.

« Que lesdits habitans ne seront aucunement recherchés en leurs personnes et biens de ce qui a esté par eux faict durant la guerre par hostilité et pour faict de guerre.

« Ceux desdits habitans qui vouldront sortir de ladiete ville, le pourront faire, chevaulx, armes et bagues sauves, et se retirer en tel lieu que bon leur semblera, les femmes des absens demourant en ladite ville jouiront de leurs biens, sy leurs maris sont retirés en ville de l’obeissance de sa Majesté et vivant selon ses edicts, et encore que lesdits maris feussent en ville rebelle, lesdictes femmes jouiront des biens apartenant à icelles.

« Sa Majesté acorde main levée à tous les habitans de ladite ville, pour en jouir du jour que sa Majesté entrera en ladite ville, sans que l’on puisse rejeter sur eux ce qu’ils pourront avoir ceddé de leurs revenus, de leurs railles et possessions.

« Le roy accorde ausdicts habitans huict jours de temps, pendant lesquelz ilz pourront envoyer deux des habitans d’icelle par devers le duc du Maine pour luy faire entendre la présente capitullation, et se durant ledict temps et dans le jeudi dix huict de ce mois, ledit duc du Maine vienne avec une armée et qu’il contreigne sa Majesté à lever le siège, en ce cas lesdits habitans demeureront quittes de la promesse qu’ilz font de se remettre dedans ledict jour, et icelluy passé, en l’obéissance de sa Majesté, et pendant ledit temps ne se fera aucun travail d’une part ni d’autre. Y aura aussi cessation d’armes; pour cet effect sa Majesté pourra mettre deux hommes qui luy feront entendre s’il s’en faict aucun.

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Sera aussi permis auxdicts habitans de tenir deux hommes hors ladicte ville pour veoir s’il se faict aucun travail qui leur soit préjudiciable pour en faire plaincte à sa Majesté.

« Sa Majesté accorde que sy pendant les huict jours il .entre quatre cents hommes de guerre en ladite ville pour les secourir, en ce cas, sa Majesté les descharge de ladicte promesse.

« Faict au Camp, devant Chartres, le sixième jour d’avril MV* 1I1JXX XI, ainsi signé Hanri. »

Avant que nos députez fussent partis, nos ostages qui estoient le sr de Grammont, la Patrière et Rochambeau pour les gens de guerre, pour ceux de la ville, l’eslu Pasté, l’un des capitaines de la ville, la Borde sergent major, Bachelier eschevin et Suireau, mère de la ville, qui s’offrit pour y aller au lieu de Brebien, qui avoit esté demandé. Il se déroba contre ma volonté, pendant que je y voullois contraindre ledit Brebien, les autres estoient allez trouver le roy de Navarre, et sitôt que ledit Suireau fut parmi les ennemis, il fit bien paroistre ce qu’il avoit dans lame, car l’envoyant demander pour beaucoup d’affaires qui estoient nécessaires, le roy de Navarre acorda qu’il retourna, mais il di'st qu’il n’antreroit jamais dans la ville tant que nous y serions, et qu’il y vouloit entrer avec le Roy, et déclarant son affection', il fut acusé en pleine chambre de ville par le vicebaillif de l’avoir voulu gaigner, pour vendre la ville aux ennemis; qui fut cause que je fis continuer le sr du Ru trois mois, partant pour aller trouver monseigneur au ravitaillement de Paris.

L’eslu, pendant mon absence, qu’il avoit tousjours désiré, à cause qu’il est homme violant d’humeur, qu’il luy estoit agréable, la Borde en üst de mesme, que chacun pansoit estre un des plus affectionnez, comme il en avoit bien subiect, car monseigneur luy avoit donné la maison de Montrevert, qui estoit aux portes de Chartres, qui vault mil ou douze cens livres de rente, dont il avoit tousiours jouy.

J’avois bien esté adverti qu’il avoit entretenu secrètement un gentilhomme du mareschal de Biron, nommé la Motte Boudin, qui estoit venu en ostage pour le sr Duru, et me courroucey fort contre ceux auxquelz il l’avoit baillié en garde, de ce qu’il l’avoient laisser parler à aucun des hérétiques.

CARNET DE LA SABRETACHE

J’eusse bien désiré aussi que le sr de Grammont ne feust point allé en ostage, à cause des troupes qu’il avoit dans la ville, et l’avoit prié de s’en escuser, ce qu’il ne peult faire, le Roy de Navarre insistant qu’il le vouloit avoir.

Les treves furent assez bien gardées d’une part et d’autre, suivant lesd. articles, excepté que les ennemis retranchèrent quelque chemin à notre veue, hors la portée des mousquets, et disoint que ce n’estoit faire aucune aproche contre la ville, et que cella n’estoit point contre ce qui avoit esté acordé.

Nous disions que sy et qu’il estoit dit que tout travail cesseroit, et disputâmes tant qu’ilz laissèrent la besoigne inparfaite en quelque endroict.

Il fut aussi tué une enseigne qui dessandoit dans notre fossé et faisoit des insolences.

11 y eut quelques mutins qui essayèrent esmouvoir le peuple, et diviser les gens de guerre, mais ils ne trouvèrent personne qui y voulut entendre.

Au retour de nos députez, nous sceumes que Monseigneur du Maine avoit pris la ville du Chasteau-Thierry, et esperoit d’avoir biento'st le chasteau, et qu’il avoit envoyé des forces à monseigneur le vicomte de Tavanes luy enchargent de nous secourir à quelque prix que ce fust, et que nosd. députez avoient esté avec luy et ses troupes un jour pour essayer d’antrer, ce qu’ilz n’avoient peu faire, par la faulte de guides, et encore qu’ilz ne feussent arivez que le jeudv, dont nous devions sortir le vendredy an matin.

Ils nous asseuroient que le secours devoit venir dans le minuict, mais toutes nos espérances s’en allèrent en fumée, et le vendredy matin, dix neufiesme jour d’avril, chacun se disposa pour sortir.

Le mareschal de Biron et son fils et le sr de Sourdis vindrent à la porte et bastion de Saint-Michel et apres avoir faict entrer leurs gardes et le régiment de Vallivault, qui devoit demourer dans la ville, et leur avoit remis la breche et les portes en leurs gardes, s’ans aucun désordre.

Nos gens de guerre commencèrent à sortir, à passer au milieu de leur armée, sans que jamais il fut fait aucune chose contrevenant à la capitulation, et fumes conduicts, le sr de Grammont et ses troupes vers Paris par le baron, et tout le reste avec moy vers

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Orléans, et le sr de Montigni, les Monts et sa troupe eurent un passe port pour s’en retourner vers Rouan.

Tous ceux de la ville qui vouloient sortir avec nous n’eurent aucun empeschement, mesme des prédicateurs , l’un de l’ordre Saint-François, l’autre de l’ordre de celuy des Minimes, qui estoient à cheval en leurs abits aux deux costez de ma cornette.

11 en sortit quelques uns avec nostre infanterie à cheval avec le sr de Gramont et avec moy, mais peu de qualité, fors un eschevin, nommé Brebion, et son frère et le curé Saint-Aignan 1 qui aima mieux quiter quinze ou seize cens livres de rente qu’il avoit que de demourer contre sa conscience.

Je scay que le vulgaire juge des effects par leurs événements ou par exemple et non par le point de la raison, et que beaucoup ont estimé que Chartres ayant une fois esté assiégé sans estre pris, il debvoit à jamais estre imprenable ; qui me fera adjouter ycy quelques considérations que l’on doibt avoir là dessus, qui sont que au premier siège il avoit dedans ij mil hommes de guerre, tant de pied que de cheval, des forces bien composées et disciplinées, que la forme d’ataquer les places estoit tout autre que celle qui se pratique maintenant, que les ennemis lasehèrent tousiours d’un costé une porte libre à ceux de dedans, qui les bâtirent avec peu de pièces et peu de furie, et que le siège n’ayant duré que seize jours fut levé le dix VIT' par la publication d’une paix qui se ûst lors, sanz qu’ilz eussent donné l’assault, et tient-on pour certain que si le siège eust continué la place s’emporloit dans peu de jours, avec ce que monsieur de la Noue, qui s’i trouva, aduove qu’elle ne fut pas bien attaquée et quelle estoit si mauvaise de tous costés que l’on ne pouvoit dicerner le pire endroict, quil n’i avoit que cinq pièces d’artillerie et I T IJ pièces longues de campagne, et que l’on estimoit après ce préparer une nouvelle batterie quand la paix fut conclue. Il dist que davantage on ne doit pas s’obstiner à ung siège une telle place que celle là, et que c’est beaucoup de la garder trois sepmaines ou un mois, attandant une armée qui se prépare pour favoriser les assiégés, comme il se peult veoir plus au long par les discours pollitiques et millitaires dudits1 de La Noue.

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