UNE RATIFICATION
DU
TRAITÉ D’HAMPTONCOURT
l’AR
M. L’ABBÉ M ÉTAIS
(Extrait du Bulletin historique et philologique, 1902)
PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE
MDÇCCCllI
FNE RATIFICATION
DU TRAITÉ D’HAMPTONCOURT
Les documents relatifs au fameux traité d’Hamptoncourt sont assez rares.
Celui que nous présentons aujourd’hui, grâce à l’aimable communication de M. l’abbé Crancée, qui l’a recueilli avec grand soin, a l’avantage d’être un document olliciel, diplomatique, inédit et même inconnu jusqu’à ce jour, muni des signatures autographes et des cachets des personnages les plus iulluents du parti huguenot, et enfin d’une parfaite conservation et d’une incontestable authenticité.
Ce parchemin mesure o m. 5o de longueur sur o m. 3o de hauteur.
La teneur présente ceci de particulier qu’elle est écrite avec une encre plus noire que la date et les signatures, qui sont d’une encre plus jaunie.
Le document avait donc été préparé à l’avance, et son auteur attendait le moment favorable pour le faire signer par ses collègues ou complices.
En voici le texte :
Nous Loys de Bourbon, prince de Coudé, duc d’Anguyeu, pair de France, Gaspart coûte de Colligny, admirai de France, François de Colligny, s1' d’Andelot, conte de Monlfort, colonnel général de l’infanterie françoise, et François, conte de la Rochefoucault et de Roussy, prince de Marcillac, bien et deument aduertiz des traictez et capitulations de nostre mandement faictes en l’année mil cinq cens soixante deux par nostre très cher et très amé cousin le vidame de Chartres , et maistre Robert de la Haye, m° des requestes de l’hostel du Roy auec la Roy ne d’Angleterre, ayans esté commis et depputez par nous du conseil et consentement des s" estans lors prez de nous à Orléans pour aller traictcr auec ladicte Royne
IMlj
sur le secours et assistance que nous demandions à ladicte dame pour la conseruation de l’estât et couronne de France, sur les moiens de seureté aussi requis par sa Maiesté pour faire descendre et accommoder son armée on France. Aduouons et ratifiions lesdictz traictez, capitulations faictes par nostred. cousin auec la Roy ne d’Angleterre, ensemble ce qui a esté faict par les sieurs de Beauuoir, gouuerneur du Havre de grâce et deFaurs, gouuerneur de Dieppe soubz noslre authorité, recongnoissant le tout auoir esté faict par ledict vidame et ledict de la Haye de nostre mandement et du sceu des sieurs signez audict traicté et le tout aussi pour le seruice du roy monseigneur et pour le bien de ses affaires, et pour aprobation de tout ce que dessus nous ouons signé la présente de nos mains. A Vouzailles, ce vingtvniesme jour de Nouembre, l’an mil cinq cens soixante huict.
Lors de Bourbon.
G. Coi.LIGNY. F. DE CoLLIGNY.
Laroche.
Bar Monseigneur duc et pair de France,
Robert.
On le voit, les « traictez et capitulations^ qui sont «advoués et ralitliés» sont bien ceux conclus par le vidame Jean de Ferrières, sieur de Maligny, avec la reine d’Angleterre Elisabeth, et connus sous le nom de traité d’Hamptoncourt, daté du 3o septembre i56‘2.
On en connaît les principales clauses.
«La reine promettait de mettre 3,ooo hommes au Havre, et, si cela était nécessaire, de fournir 3,ooo soldats de plus pour défendre Rouen et le château de Dieppe; elle s’engageait aussi à payer aux réformés iâo,ooo écus d’or. Mais la place du Havre lui était entièrement livrée, et celui qui y commanderait pour elle avait le pouvoir de limiter le nombre des Français, même ceux de la religion, qui seraient admis à résider dans cette ville. Elle ne pouvait être tenue de la rendre qu’après la restitution de Calais et le remboursement de iâo,ooo couronnes RL »
Jean de Ferrières avait été chargé de cette négociation; il signa le traité & et en porta toute la honte devant ses contemporains.
(1) Histoire des Princes de Comlé, par le duc d’Aumale, t. I, p. iGa. Voir ibid., p. 879-381 : i° Les «articles présentés à la reine d’Angleterre par le prince de Condé, août i5(5a»-, 2° les «articles entre Sa Majesté la lioyne et îVIons' le vidame de Chartres louchant la manière de livrer la ville du Havre, etc.»
('1 2) Ibid,, p. i (> 9 : «L’expédition signée par le vidame de Chartres est au British M useum ».
En effet, celte flagrante trahison de la patrie avait soulevé, nonseulement l’indignation des catholiques, mais encore celle de plusieurs chefs protestants : «qui ne pouvant souffrir des conditions si honteuses, se retirèrent; les principaux furent les sieurs de Picnne et de Morvilliers, l’un desquels se jetta dans l’armée du roy, et l’autre, que le prince de Condé avoit fait gouverneur de Rouen, quitta cette charge et fit retraite honorable en sa maison de Picardie, pour n’estre contraint de recevoir la garnison angloise I1'. n
Les chroniqueurs ne furent pas moins sévères : Le vidame eut ses biens confisqués, sous «prétexte qu’il auoit mis les Anglois dedans le Havre de grâce, ce qui n’estoit point ung fait parlicullier dudil de Ferrières!2), mais ung fait délibéré, résolu, conclud en l’assemblée de tous les chefz dudit party
Le traité fut exécuté!4'. Le Havre fut livré avec Dieppe et Rouen.
Le roi de France ne pouvait laisser un tel joyau entre les mains de l’ennemi et «les Anglois ne voulant pas le rendre pour l’avoir très bien acheté de Monsieur le vidasme de Maligny», comme l’écrit Rrantôme!5', le roi en fit le siège et s’en empara le 26 juillet 1 563.
Le prince de Condé lui-même, dans ses Mémoires!6', rejette le blâme de cette trahison sur son émissaire : «Le sieur de Maligny . . . est celui qui vendit le Havre de grâce aux Anglois. v
Son historien, le duc d’Aumale, reconnaît que Condé avait accepté le traité et ne peut l’en disculper entièrement :
«Condé accepta ce honteux traité. . . Il n’est pas toujours donné aux hommes de s’arrêter dans la voie où leurs passions les entraînent. . . Ouvrir la porte de la France aux Anglais. . . leur livrer l’embouchure de la Seine, quand ils venaient à peine de sortir de
Davila, Histoire des guerres civiles , Paris, 1657, t. 1, ]>. ia5.
(2> En effet, notre document déclare qu’il «avait été commis et deppulé par le prince de Condé et ceux du conseil, pour cette triste besogne ».
(3) Contredits de Béraude de Ferrières contre Jacques Léger. — Archives d’Eure-et-Loir, fonds Vendôme. E. 166.
(4) «L’indignation fut générale parmi les protestants eux-mèmes; les ministres seuls, qui se piquaient d’une sorte de cosmopolitisme chrétien, avaient approuvé et exigé la ratification du traité, mais chez les laïques la douleur et l'humiliation ôtaient profondes.)) ( Histoire (les princes de Condé, 1, p. iGô.)
*5 1 Brantôme, t. IV, p. /u3.
W T. 11, p. njG.
Calais! c’était remonter aux plus mauvais souvenirs des guerres de Bourgogne et d’ Armagnac. Condé et Coligny essayèrent plus tard d’effacer la tache que ce trailé inflige à leur mémoire; ils prétendirent n’avoir pas connu la portée des engagements pris en leur nom envers Elisabeth, et accusèrent le vidame de Chartres d’avoir outrepassé leurs instructions. Mais au moment même où le traite' se signait, ils avaient conscience de leur mauvaise action, et ils voulaient expressément en atténuer les conséquences. »
te Ils m’ont expressément prié de dire à Votre Majesté, écrivait «■ Trockmorton à sa souveraine, que cela leur serait grande note d’incf lamie, et qu’ils seraient bien mal vus dans ce royaume, si Votre «Majesté était par leur moyen introduite dans le Havre, Dieppe et tf Rouen , etc. ■»
ce Après la signature du traité, Condé voulut témoigner sa gratitude à Élisabeth,. . . il lit décorer une litière qu'il comptait lui envoyer avec deux magnifiques mulets d).»
L’indignation générale a-t-elle fait réellement sur le prince la salutaire impression que suppose l’historien moderne?
Comment alors Condé et ses collègues qui n’ignoraient certes pas la réprobation de leurs contemporains, ont-ils pu déclarer, le 21 novembre 1 5 68 , dans un document revêtu de leurs signatures autographes et de leurs sceaux, dans un acte diplomatique remis à celui qui bientôt allait être de nouveau leur négociateur près de la reine d’Angleterre cc ad vouer et ratiffier les traictez et capitulations faictes par son cousin le vidame de Chartres avec la royne d’Angleterre. . . recongnoissant le tout avoir été faict par ledict vidame de son consentement et du sceu des sieurs signez audict traité.»
En fait, le trailé d’Hamptoncourt n’existait plus, puisque le roi de France avait repris les villes livrées à l’ennemi héréditaire. Pourquoi alors le cc ratiffier » et lui donner « aprohation » ?
Pour résoudre toutes les questions que soulève ici notre document, il nous semble nécessaire de l'appeler les principales circonstances dans lesquelles se trouvaient alors les partis opposés. La Vie de Jean de Ferrières, publiée par M. Léon de Bastard !2' nous sera sur ce point un guide sûr.
Brantôme, l. II, p. i6ô.
é2) Vie de Jean de Ferrières, vidame de Char 1res, seigneur de Maligny, par un membre de la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, 2e édition, Auxerre, chez Perriquet et Rouillé, 3i , rue de Paris. — mdccclxi.
[klxlx]
Forcés de lever le siège de Chartres le i5 mars 1.568*1), Condé et les chefs du parti huguenot se virent réduits à l’acceptation de la paix dite de Chartres, signée à Longjumeau le 2 3 mars et enregistrée le 27. Toutefois «de prince de Bourbon, Coligny et le vidame de Chartres, écrit Jean le Frère*2), ne pouvant croire d’estre jamais asseurez de la paix, préférant une guerre dangereuse à un accord raisonnable, firent refus de l’accepter. »
Ils préparèrent donc, ostensiblement d’ailleurs, une nouvelle prise d’armes, surtout dans le Poitou, qui devint un « vaste camp huguenot». L’armée royale fit tous ses efforts pour enrayer ce mouvement, les châteaux de Noyers et Valéry, appartenant à Condé, ceux de Châlillon et de Tanlay, à Coligny et à Dandelot, celui de Maligny à Jean de Ferrières, vidame de Chartres, furent «pillés et saccagés».
Les hostilités reprirent aussitôt.
«Les deux armées catholiques et protestantes se trouvaient, dit Henri Martin, au milieu de novembre ( 1 5 6 8 ), à 5 ou 6 lieues de Poitiers. Chacune d’elles pouvait mettre en ligne vingt et quelques mille hommes de bonnes troupes. Il y eut de longues et sanglantes escarmouches, mais point d’alfaire générale. Les catholiques se retirèrent à Poitiers, les protestants à Saumur. »
«Après la paix de Chartres, précise Davila*3), les princes levèrent des troupes, les concentrèrent en Poitou, à Jaseneuil. . ., se dirigeant bientôt vers Saumur.»
C’est à ce moment même, au milieu de novembre 1 5 6 8 , dont parle l’historien, que le document que nous publions doit être placé. Il est en effet daté du 2 1 novembre, de Vouzailles en Poitou. Ce bourg, d’environ 800 habitants, est situé dans le canton de Mirebeau, à 6 lieues de Poitiers, dans la direction stratégique de Saumur, soit par la ligne de Thouars, Montreuil-Bellay, soit par la ligne plus directe de Mirebeau, Moncontour et Loudun.
En effet, le prince de Condé livrait à Jazeneuil un combat incertain le 16 novembre i568. De là, il se dirige sur Mirebeau, où il était le 2 k novembre, et continue sa marche vers Saumur*4).
*’) Voir ia Défaite de Conclé et des Protestants devant Chartres, en i568, par l’abbé MiStais. Chartres, 1899.
La vrciye et entière histoire des Troubles.
(3) Histoire des Guerres civiles. Paris, 1657, t. I, p. ia5.
C‘> Histoire des princes de Condé, 11, p. 36 à ho.
De Jazeneuil à Mirebeau, l’année huguenote devait passer par Vouzailles. Elle y séjourna quatre jours. Voici, en effet, ce que nous lisons dans les State paper office de Londres (U : «Le 18 (novembre, nous étions) à Vouzailles, où les princes séjournèrent quatre jours: The 18 th., to Vousale, wher the princes sejorned 4 dayes. »
Or, notre document est daté de Vouzailles, le 21 novembre. Les princes y demeurèrent du 18 au 22. C’est là une preuve inéluctable d’authenticité.
Réunis, entre deux combats, dans un lieu de repos, les princes délibérèrent des affaires de leur parti, et en toute connaissance de cause, ils signèrent le document dont Ferrières devait faire un usage secret.
A ce moment précis, quel motif pouvaient avoir les chefs huguenots pour rédiger et signer cet acte? Avant tout, il est nécessaire de savoir quelle était la condition financière du parti protestant.
M. de Bastard va répondre à cette question avec autorité :
«A la fin de l’année 1 5 68 , les finances du parti huguenot se trouvèrent épuisées; l’argent que la reine d’Angleterre lui avait fait passer était dépensé. Coudé se décida à vendre lesbiens d’église de la Sainlonge, et la reine de Navarre engagea ses propriétés pour subvenir aux frais de la guerre; on eut l’idée un moment (janvier 1569) d’envoyer en Angleterre le vidame de Chartres pour obtenir d’Elisabeth la continuation des subsides. . . le départ de Jean de Ferrières fut décidé'(I) 2), n
L’historien donne ensuite tout le détail de la longue négociation du vidame en Angleterre, dont le but d’ailleurs devait être tenu
secret (3>.
Comment Jean de Ferrières, qui n’ignorait pas la réprobation si
(I) Publiés par le duc d’Aumale. Histoire des princes de Coudé , p. 37a.
01 Vie de Jean de Ferrières , p. 101.
(31 Le duc d’Aumale décrit la situation financière des protestants en ternies différents, mais non contradictoires (Il , p. 43i) : «La situation financière était assez bonne. . . Elisabeth venait de donner 100,000 angélus. . . O11 leur vendit (aux bourgeois de la Rochelle) les biens ecclésiastiques.)! Une prospérité fondée sur les subsides étrangers et le vol des biens des églises catholiques 11e pouvait être réputée brillante.
L’historien, d’ailleurs, ne dit rien de la mission donnée par Condé au vidame, ni des nouvelles négociations entamées avec l’Angleterre. Il y aurait eu là contradiction flagrante avec le prétendu repentir du prince en face de sa trahison de k b G a .
générale de sa première trahison, eut-il le courage d’accepter de nouveau pareil message?
Le fait cependant n’est pas douteux.
Le sieur de Maligny n’he'sita pas, et après des préparatifs assez longs, car il emmenait avec lui sa femme, il s’embarqua à la Rochelle à la fin d’avril i56q : «Le vydasme de Chartres est arrivé icy avec sa femme. . . l’on ne scayt pourquoy il est venu», écrivait le 28 avril 1 5 G 9 le représentant de la France en Angleterre 9).
Aucun historien f2) en effet n’a révéle' jusqu’ici le but complet de cette seconde ambassade, ni soupçonné le dessein de livrer une seconde fois notre beau port de mer à la nation rivale.
Jean de Ferrières ne fut reçu par la reine que le 18 juillet suivant à Greenwich, mais il n’en obtint aucune réponse catégorique et en définitive il échoua, du moins pour la partie principale de sa mission.
Ces faits nous semblent éclairer d’un jour singulier la signification du document que nous publions.
i° Son caractère officiel est indéniable. Les circonstances de temps et de lieu ne laissent place à aucun soupçon de fausseté; ce n’est donc pas seulement en janvier 156g que les princes décidèrent de recourir encore une fois à la reine Elisabeth, mais dès le milieu de novembre i5G8.
Ferrières qui n’ignorait pas la réprobation de sa première ambassade et la posture indécise de ses chefs, voulut, avant d’en entreprendre une nouvelle, de nature identique ou à peu près, avoir «l’aveu et la ratiffication » des princes eux-mêmes, déclarant sans ambage qu’il avait «été commis et depputé par eux, du conseil et consentement de tous les chefs du parti étant lors à Orléans» qu’il avait agi sur leur «mandement et à leur sceu», que «les traictez et capitulations faicts en l’année mil cinq cens soixante-deux» avaient bien été voulus, consentis et approuvés par eux, et que de nouveau, le 21 novembre 1 5 68 , ils les «advouent et ratilfient».
Il était ainsi prémuni contre un abandon fâcheux et un désaveu probables.
20 La portée politique n’est pas moins certaine.
Elisabeth devait amèrement regretter l’échec définitif du traité
(1> Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Mothe-Fénelon.
Pas même l’auteur de la Vie de Jean de Ferrières, vidame de Chartres.
d’Hamptoncourt. L’assurance que les princes coJQservaienl à ce traité toute sa force, qu’ils l’avouaient et approuvaient encore en 1 5 68 dans toute sa teneur, pouvait singulièrement favoriser la reprise des négociations. Si le sort des armes la rendait de nouveau maîtresse des places si ardemment convoitées, elle avait l’assurance que le patriotisme, déjà si affaibli, des princes huguenots ne lui ferait aucun obstacle.
Cette conclusion nous paraît être nécessaire et rester dans les limites les plus favorables encore à la réputation des signataires.
Serait-il possible de soupçonner une clause plus coupable, comme une sorte d’engagement à livrer à la reine d’Angleterre les villes du Havre, de Dieppe et de Rouen, ou à en favoriser la prise, comme cela s’était faiten i569. On pourrait le faire évidemment sans grande témérité, puisque toutes les te capitulations» du traité d’Hamptoncourt étaient approuvées et confirmées, qu’on envoyait à Londres le même ambassadeur. Nous préférons laisser au lecteur lui-même le soin de tirer cette conclusion, si elle lui paraît suffisamment légitime.
Mais le problématique repentir du prince de Condéd) et de Coligny, et de leurs complices, s’évanouit devant les termes si précis de cette approbation solennelle. Six ans après, ni la clameur publique, ni le cri de la conscience, ni l’amour de la patrie n’avaient désillé leurs yeux.
Comment expliquer que ce document soit resté inconnu de tous les historiens jusqu’à ce jour?
Certes, ni les princes ni le vidame n’avaient intérêt à le faire connaître. L’un s’en était muni plutôt comme d’une sauvegarde personnelle, les autres l’avaient délivré dans un intérêt de parti, mais tous devaient lui conserver le caractère du secret le plus absolu, sauf dans les circonstances qui pouvaient forcer à le produire en public.
Or, la nouvelle entreprise du vidame, malgré son échec, ne fut pas jugée avec moins de sévérité que la première. Par arrêt du Parlement du i3 septembre 1669, le vidame de Chartres wfut dégradé de sa noblesse, privé de tous les honneurs et dignitez, tous ses biens confisquez et acquis au roy, avec promesse de récompenser
(>) Le duc d’Aumale, qui n’a pas connu celle pièce, accomplissait une œuvre de piété filiale en prêtant à son ancêtre ces senlimenls de repentir, surtout après avoir si énergiquement .condamné un égarement si fatal à la pairie,
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Ratification du Traité d Hamptoncourt (1568)
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celui qui l'amènerait vil de 5o,ooo escus. . . Son etligie fut ignominieusement traisnèe sur un tombereau et publiquement attachée à une potence par l’exécuteur de justice!1). » L’exécution eut lieu à Paris en place de Grève. Le condamné se vit contraint de rester chez l’Anglais, et ne put rentrer en France qu’après la signature de la paix de Saint-Germain (août 1670).
Il ne pouvait tenter une justification, désormais inutile et toujours dangereuse, par devant le roi et les catholiques, compromettante et odieuse même devant ses coreligionnaires.
Le document sera donc resté dans ses archives privées, la Révolution l’en aura fait sortir, sans que nous puissions dire sa fortune depuis lors jusqu’à ce jour.
Les princes eux-mêmes ne furent pas à l’abri défont soupçon, et la rumeur publique les accusa hautement de trahison. L’amiral de Coligny, lors des négociations relatives à la paix de Saint-Germain, crut devoir s’en justifier dans la lettre qu’il écrivit à la reine : rt Pour ma part, je vous supplye très humblement de nous faire leuer cest infâme filtre que l’on nous donne jusques icy de trahison, de rébellion et désobéissance. Car tant s’en fault que l’on nous puisse justement laxer de tous ces vices que au contraire nous ne désirons que randre au roy tout debuoir et obéissance n (2).
L’histoire, impuissante à voiler ces crimes, les réprouve hautement et proclame que les dissentiments religieux 11e légitiment jamais semblable trahison envers la patrie.
Bibliothèque nationale, mss. Gaignikhes, 11° 3. — De Tiiou, t. V, p. (» 2 G .
(2) Archives départementales d'Eure-et-Loir, E. 1 (>(>. Celle lettre est datée cle Montréal, le 10 mars 1 0 - 0 . Dans les lettres au roi et à Monsieur, frère du roi, datées du même jour, il évite de parler de trahison.
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UN
VITRAIL DE SAINTE ANNE
DU XVIe SIÈCLE