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JO

Vierge de Vendôme, leur sainte protectrice, et ils surent le reconnaître.

Hors de danger, Dom Munio Viegas et ses fils réunirent les forces dont ils disposaient à celles des descendants du célèbre et puissant Dom Arnaud de Bayao (19), et aussi à celles des seigneurs de Eixo, Ois et Marnel. Profitant de la guerre civile soulevée après la mort d’Almançor et l’élévation à Yhadjib, de son fils Abd-el-Melik, V al-Mudhaffar , ce qui jetait le désordre et la désunion dans le califat de Cordoue, ils résolurent d’attaquer les Sarrazins, maîtres des régions situées au nord et au sud du fleuve Douro, entre lesquelles se trouvaient celles d’Entre-Douro et Vouga (20).

Nul ne pouvait leur contester la possession des terres conquises.

Mais, pleins de reconnaissance pour Notre-Dame de Vendôme, et toujours confiants dans sa protection, ils en firent le fief et le patrimoine de la ville et de son église, et et les nommèrent : Terres de Sainte Marie : ou « Civitas Virginis Sanctæ Mariæ » (21).

(19) D’après la tradition, ce Dom Arnaud de Bayao, fameux chevalier, rico homme, seigneur de vastes domaines, était fds de Wilhelm 1er, duc de Bavière. Ayant livré bataille à Hugues, comte d’Arlès, il fut mis en déroute et obligé de fuir avec les siens. En 963, il débarqua à Porto et conquit, sur les Maures, les terres situées depuis cette ville jusqu’à Bayao; il continua ses conquêtes du temps du roi de Léon Dom Alphonse IV, qui, non content de lui confirmer la possession de ces terres, augmenta l’étendue de ses seigneuries et de ses domaines.

(20) ... « Il vint et conquit les terres situées des deux côtés du

fleuve Douro. » Nobil. do Conde Pedro, tit. xxxvi. — Coelhos).

(21) «...Dénommant toute la terre qu’ils conquerraient: “Terre de Sainte-Marie” comme, ils avaient déjà fait à Feyra et à Guimaraes, où était alors la frontière des Maures... ” (D. Rod. de Cunha, ouvr. cité, p. II, chap. xiv, page 275).

... «Et par cette raison, ils nommèrent toute la terre qu’ils avaient prise jusqu’à Guimaraes : Terre de Sainte-Marie. (Augustin de Sainte-Marie, Sanctuario Mariano, tom. v, page 4).

Carte du Portugal du Nord

QUI INDIQUE LE TERRITOIRE DE SaINTE-MaRIE-DE-VeNDÔME.

Les limites de cette régior, comprenaient différentes peuplades entr’autres : Braga, Guimarâes, Canavêzes, Rézende, Bemviver, Balsemào, tout près du fleuve Tavora, Lamêgo, Taroüca, Ovar, Pedrozo, Feyra, Escariz, Fer-

ci Les cités ( civitates ) étaient en droit romain des groupements plus ou moins grands de peuples jouissant d'une certaine autonomie et dispersés sur un territoire (agger) plus ou moins vaste, suivant leur importance et destinés à fournir à leurs habitants tout ce dont ceux-ci avaient besoin, le vêlement, la nourriture, la protection des personnes, etc. — Le groupement des cités constituait la province ou mieux le conventus juriclicus, les habitants possédaient sur ce territoire un oppidum représentant toute la cité où se trouvait le gouvernement central de toute la population; ou encore vivaient en des lieux ouverts ou sans défense, en des maisons dispersées dans les limites de la zone. — L 'oppidum était presque toujours construit sur un lieu élevé comme refuge en temps de guerre. Outre la signifiation de municipe, colonie ou préfecture, il en avait une autre plus spéciale; il était une place lorte (dus grande que le castellum dont les habitants en nombre déterminé vivaient en des maisons groupées, défendues soit par leur position, soit par des ouvrages fortifiés et sous la protection de « crastos » ou petites forteresses construites tout autour comme des vedettes. — Les Suèves et les Wisigoths, quand ils se furent emparés de la Péninsule, conservèrent ces usages et ce régime, que les barbares eux-mèmes avaient connus (Tacite : Demor. germ. chap. xi et xii).

— Ataulf, le premier chef goth, frère d’Alaric, qui au commencement du v° siècle, avait envahi une grande partie de la péninsule, suivait de son mieux les usages et les institutions des romains. Son épouse Placidia avait la même sympathie. Elle était fille de l’Empereur Théodore et sœur de l’Empereur Honoré; il l’avait enlevée à Home et l’avait épousée à Narbonne en 413, un an après son entrée en Aquitaine. Ataulf, fidèle à cette influence, devint le restaurateur de la civilisation des vaincus. Le code Wisigoth est écrit en langue romaine et la division territoriale y est réglée d’après les romains, v, g. La loi i, liv. x, tit. in, qui dit: « Antiquos terivinos et limites sic stare jubemus, sicut antiquitus videntur esse constructi nec aliqua patimur comotione divelli », — et la Loi n, liv. x, tit. ni, qui punissait de peines quiconque avait arraché les bornes régionales antérieures.

Les rois de Léon ont suivi ce droit sans aucune modification. La division en cités fut continuée et chacune avait à sa tête un comte, magistrat supérieur soumis seulement aux ducs ; de même qu'antérieurement les cités ne relevaient que du président ou légat prétorien

mêdo, Cambra, Ossella, Romariz, S. Joào de Vèz, Sanguèdo, Castellôes, Aroüca, Mançôres, Eixo, Soüza, Oïs, Agueda, et un peu plus loin, Marnel dans une région alors peu habitée et pour ainsi dire sauvage.

On peut encore aujourd’hui vérifier ces limites en examinant les armoiries de ces villes et de ces peuplades. Sur presque toutes, pour ne pas dire sur la totalité, on voit toujours dessinée l’image de Notre-Dame de Vendôme placée sur une muraille entre deux tours et tenant de la main droite un sceptre d’or, et de la gauche l’enfant Jésus. La seule différence est la légende en caractères gothiques, spéciale à chaque ville ou peuplade, remplaçant la légende « Civitas Virginis » en caractères gothiques en or, sur champ d’azur de l’écusson de Porto (22).

Les terres de Sainte-Marie et la ville de la Vierge de Vendôme à qui elles étaient annexées formaient alors un très vaste domaine avec le titre et la forme de comté.

Dom Munio Viégas fit hommage sous cette dénomination de toutes les terres qu’il avait conquises aux rois de Léon Dom Alphonse V et Dom Ferdinand II, et fut nommé par ces rois : comte-gouverneur de Porto et terres ou civitas

du Conventus Juridicus ; les ducs à leur tour relevaient de leur rois, chefs absolus et suprêmes de la nation. Le territoire Portugalensis, soumis à la suzeraineté des rois de Léon, était assujetti au même régime.

(22) “ Les armes qui furent données à la ville, furent deux tours et au milieu une image de Notre-Dame (comme on peut le voir aujourd’hui sur les portes de la cathédrale) avec une inscription qui dit: “ Civitas Virginis" , se rapportant à Notre-Dame de Vendômequi, comme guide du peuple chrétien, avait donné la victoire, conquérant (elle-même) la ville et la délivrant des pouvoirs des Maures... ”. (Augustin de Sainte-Marie, ouv. cité,liv. i, tome v. tit. ni, p. 12).

Parmi les armoiries absolument semblables aux anciennes de Porto, sauf la diliérence des légendes, nous pouvons citer, par exemple, celles de Agueda, Angeja, Estarréja, Fermedo, Devra, Cambra, Braga et Guimaraès, toutes jadis situées dans les limites des terres de Sainte- Marie, ou Civitas Virginis Sanetæ Mariæ.

de Sainte-Marie, titre qui, alors, relevait sans intermédiaire de la juridiction royale (23).

Toutefois, vu l’étendue des terres conquises, il fut nécessaire de réduire cette juridiction et, par suite, de partager ce vaste territoire.

Voilà pourquoi, en 1037, nous trouvons Dom Mem Lucidio comme comte-gouverneur des terres situées entre Feyra et Coïmbre ; en 1074 et 1097, Dom Hermigio Moniz Viegas (petit-fils du comte Dom Munio Viegas) comme comte-gouverneur de Porto et des terres de Sainte-Marie, depuis Canevêzes jusqu’à Feyra ; et en 1095, Dom Martim Moniz, comme comte-gouverneur d’Aroüca (24).

Le comté de Porto dura jusqu’au temps du comte Dom Henri de Besançon, le père de Dom Alphonse Henriques le Conquérant, premier roi de Portugal, mais, après sa mort, en 1112, sa veuve, la comtesse-reine de Portugal Dona Taréja, donna la ville de Porto (ou bourg portucalensis) à l’évêque de Porto, Dom Hugo, d’origine française et peutêtre même breton (25).

ces droits seigneuriaux et en abusèrent d’une manière

Les évêques de Porto ne surent point faire bon usage de odieuse et despotique, ce qui occasionna pendant quelques siècles des querelles et des troubles, et même des luttes armées avec le peuple de la ville souvent soutenu par les rois de Portugal.

(23) Porto continua dès lors à porter le titre de comté jusqu’au temps du Comte D. Henri. ” ( Augustin de Sainte-Marie, ouv. cit. tome v, p. 4. — François de Sainte-Marie, Clironica dos Conegos de S. Joâo Evangelista liv. ii, ch. xxv).

(24) « In dies régnante serenissimo aldefonsus imperator

obtinente comité menendis prolix lucitu Sancta Maria... » ( Monast . d'Anta, Testam. de l’année 1137).

— Cornes Ermigius Moniz preerat civitati Sancte Marie » ( Monast . de Paço de Souza, an. 1097).

— Cornes Ermigius Munniz Venegas, dominante in terra Sancte- Mariæ. » ( Cabido de Porto. Esc. do an. 1074).

(25) Ghart. du 14 Kal. maii, Æra 1158 (le 18 avril 1120).

Ces discordes finirent au xve siècle, par l’accord conclu à Santarem, le 13 avril 1406, entre le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique de Porto. L’évêque cédait ses droits historiques à la couronne, moyennant une pension annuelle de 3000 livres de l’ancienne monnaie. Dès lors, et graduellement, grâce à des efforts persévérants, après bien des difficultés, la ville a pu reconquérir sa liberté d’action, s’élever au rang incontesté de seconde ville du Portugal, et devenir certainement une des plus belles et des plus florissantes de la Péninsule.

Mais elle conserva toujours, sans la moindre interruption à travers les âges, malgré les vicissitudes pénibles qu’elle eut à supporter, son antique dénomination de « Ville de la Vierge », qu’elle porte encore de nos jours, et ses glorieuses armoiries, qui rappellent et perpétuent son nom primitif, et dont les émaux proclament le dévouement, le courage, le civisme, la loyauté et le patriotisme, qui de tout temps ont animé ses fils et ses habitants (26).

(26) H. Schœfer, Histoire du Portugal , traduit de l’allemand par M. Henri Soulanges-Bodin, Paris 1846 Epoclie i, eliap. vi, § ni, pag. 93.

Statue de Notre-Dame de Vendôme a la Cathédrale de Porto.

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