L IMAGE DE NOTRE-DAME DE VENDOME
On trouve cette célèbre statue dans la cathédrale de Porto. C’est la même que jadis les chevaliers portugais et gascons mirent entre deux tours, sur le parapet d’une des portes de la muraille. Jusqu’à sa démolition, en 1855, on appela cette porte, en portugais, Porta de Vandôma.
Ce fut à cette statue de Notre-Dame de Vendôme que la ville de Porto fut vouée et consacrée.
La statue est sculptée dans le granit, avec tous les caractères du Xe ou XIe siècle (1) ; elle a 1 m. 95 de hauteur et
(1) Chevignard, les Styles Français , Style roman, p. 54.
La statue de la vierge et celle de l’Enfant-Jésus avaient toutes deux des couronnes. Les couronnes et le sceptre ont disparu depuis longtemps.
Immense était la vénération que toujours, à toutes les époques, nos aïeux avaient eue pour cette image de Marie. Disons d’ailleurs qu’une confrérie s’était établie en son honneur pour la servir avec une plus grande ferveur. Mais de nos jours, hélas ! il n’en va plus comme jadis. L’oubli de cette image de Notre-Dame de Vendôme est devenu si général
que beaucoup d’habitants de Porto ignorent même son existence et
n’en ont jamais entendu parler.... D’ailleurs à la Cathédrale, où elle est délaissée, il ne se passera pas beaucoup de temps avant que nous la voyons tomber et se réduire en morceaux par suite de son poids extraordinaire et du peu de résistance du support sur lequel on l’a placée....
Enfin s’il n’est pas possible de la voir rétablie sur la porte de Vendôme, pourquoi ne serait-elle pas érigée sur l’une de nos avenues sur la place de la Cathédrale, sur la façade de l’Hôtel de Ville.... Porto acquitterait ainsi une dette sacrée et montrerait qu’elle sait être reconnaissante à ceux à qui elle doit ses plus pures gloires et ses plus grands triomphes.
(O Porto Antigo )
porte, comme attributs, un sceptre d’or de la main droite, et de la gauche l’enfant Jésus, tenant entre ses mains une colombe dorée, avec les deux ailes éployées (1).
La vierge est représentée debout, vêtue d’une robe à manches étroites, et sur cette robe est jeté un manteau- serré au corps, plus long derrière que devant, où il s’arrête aux genoux.
La robe et le manteau sont à menus plis, et brodés en or.
Les pieds sont, chaussés. Autrefois, elle avait la robe peinte en rouge, et le manteau en bleu. Maintenant, et spécialement depuis le xixe siècle, l’image a les vêtements peints en blanc et bleu.
L’image en pierre est toute enveloppée d’un manteau en soie bleue, garni d’un simple cordon en or, dont elle était vêtue quand elle se trouvait dans la niche de l’antique Porte de Vendôme.
On lui attribuait jadis plusieurs miracles. Tout près, demeurait un chapelain spécial. Il y avait une confrérie avec ses rentes particulières .
(1) Sans doute en souvenir de la scène, décrite dans les Evangiles Apocryphes de l’Infance et de Thomas l'Israélite, qui nous présentent l'Enfant-Jésus, façonnant des petits oiseaux en argile en leur donnant la vie de son soufle.
O Auco de Vkndüma La Porte de Vendôme )
La Vieille Porte de Vendôme
La vieille et historique Porte de Vend orna était située à l’extrémité sud-ouest de l’ancienne rue Chà das Eiras , et au commencement de la petite chaussée qui va à la cathédrale de Porto.
C’était la principale des quatre portes ou entrées de l’antique ville ou bourg de Porto. Les parties originales présentaient encore les caractères de la fin du Xe siècle ou du commencement du xic, époque de sa construction ; elle avait été depuis défigurée et avait subi à travers les âges diverses modifications.
La muraille centrale n’avait plus l’antique parapet crénelé où était posée jadis la statue de la Vierge de Vendôme, elle avait été exhaussée au niveau des créneaux des deux fortes tours situées à droite et à gauche, ne formant avec elle qu’un seul corps sous une même toiture en tuiles (1).
La statue fut alors mise dans une niche ménagée dans l’épaisseur de la muraille, ornée d’une moulure saillante avec deux petites colonnettes, décorée d’autres nervures et ornementations, et fermée par un vitrage.
Plus tard, on mit en-dessous un grand balcon et un autel, éclairé latéralement jour et nuit par deux lampes. Un chapelain y célébrait tous les dimanches la messe, à laquelle assistaient le peuple dans la rue, et les voisins aux fenêtres et balcons de leurs maisons (2).
(1) L’une de ces tours, celle de gauche, a servi pendant longtemps, de la fin du xim siècle au commencement du xvne, d’Hôtel de ville l’autre servait d’Aljube ou de prison. (O. Porto Antigo.)
(2) On accédait dans cette chapelle par l’intérieur de la propriété, par une porte si étroite, que le chapelain était obligé d’entrer de côté et de baisser la tête, quand il avait à y remplir une de ses fonctions, spécialement le dimanche pour la messe.
A l’époque de 1855, cette porte et cette chapelle faisaient partie inté-
La muraille avait encore des fenêtrelles grillées ; au milieu du xviii0 siècle, on ouvrit dans le mur noirci de cette façade, tout près du balcon, une vulgaire fenêtre carrée, peinte en grenat.
Les moulures, nervures et colonnettes de la niche, et les deux lampes, étaient peintes en bleu clair.
La porte était surmontée d’un petit écusson, dont les pièces, entièrement détruites, étaient indéchiffrables.
Il n’y restait de primitif, avec le caractère et le style romans, que la statue et la porte à l’arc en plein cintre brisé, ornée d’une moulure saillante, décorée de boutons presque effacés. La voussure vaste, était construite ei\ briques et maçonnerie, sur un plan incliné à droite, soutenue par trois arcs à espaces réguliers (i), où l’on constatait les traces de grosses grilles et de lourdes portes en bois, et même les entailles symétriques des verroux et des lourdes barres en fer ou en bois, servant de fermeture (2).
Le sceau du municipe de Porto, dès l’institution du comté, n’était autre que la reproduction fidèle de cette porte, avec l’image de N.-D. de Vendôme entre les deux tours, et depuis le xv° siècle, sous Dom Manoel, roi de Por-
grante de la propriété des nobles seigneurs de Cernaçlies qui s’appelaient aussi du nom de 1’ “Arche ”, fidalgos de Vendôme. — Ce mot, d’origine péninsulaire, n’a pas de traduction française. Fidalgo, synonyme de gentilhomme, est la corruption des mots espagnols : Hijo d’al Goth, fds de Gotli, ou fijo d’al Goth, désignatifs de race noble. (Voyez Malte -Brun. Dictionnaire Géographique , t. iv, p. 238.)
A côté delà porte était une entrée réservée à la famille de Vendôme.
(O Porto Antigo).
(1) “Le premier à l’entrée, le deuxième au milieu et le troisième à la sortie” (O Porto Antigo).
(2) La voûte aussi était surbaissée. Deux faits se sont passés, qui ont montré quelle était l’élévation de cette porte de Vendôme.
Un jour, lors de la procession de la Fête-Dieu, on fît passer sous la porte la statue équestre de Saint- Georges ; le bout de la lance du saint atteignit et déchira un ornement de soie, dont un artiste décorateur avait décoré le haut de la porte du côté de la rue du Ghà. Cette image de saint Georges figure en ce jour, chevauchant sur un cheval
iugal, les armoiries de la célèbre ville de Porto n’eurent pas d’autres pièces.
Le 16 août 1855, cette porte fut entièrement démolie sous prétexte « de rendre plus spacieuse la chaussée qu'elle recouvrent », et une inconcevable délibération du sénat municipal détruisit avec dédain, d’une manière barbare et vandale, le document le plus solide, le plus évident et le plus caractéristique de l’antiquité, de la noblesse et de l’histoire de la ville, et avec lui l’origine de ses armoiries et du sigillum de ses vastes seigneuries et possessions d’autrefois.
Quant à la statue, elle fut reléguée à la cathédrale de Porto, où elle est encore de nos jours, oubliée, ou peu s’en faut, sur un des côtés de l’autel de la chapelle dite de Saint- Vincent où des Evêques, située dans le cloître gothique de cette grande et très antique église. Toutefois, elle fut dépouillée des couronnes et du sceptre en argent doré, ornements et attributs qu’elle avait toujours portés.
naturel, et s’avance entourée d’écuyers et suivie d’un régiment de cavalerie. — Le roi de Portugal, D. Joâo VI, a nommé saint Georges chevalier de l’ordre militaire de N. S. Jésus-Christ, et colonel des régiments de cavalerie de Portugal. S. Georges est aussi le protecteur des armées portugaises.
Dans une autre circonstance, le char funèbre du roi Charles Albert, roi de Sardaigne et de Piémont, décédé à Porto en 1849, après son abdication, à la suite de la bataille de Novare en Italie, dut passser sous cette porte, le 1er août 1849; il fallut enlever la garniture de deuil dont on avait revêtu la porte, autrement jamais le char n’aurait pu passer.
Le conseil municipal de Porto se souciait peu de la nettoyer. A peine si une fois par an elle était balayée et débarrassée des détritus qui s’v déposaient peu à peu.
A Ja procession de la Fête-Dieu, on ornait la porte de Vendôme de tentures de damas, de tapisseries, de guirlandes de fleurs et d’étoffes, de galons d’or et d’argent.
L'Arche de Vendôme fut toujours le lieu préféré des armateurs qui, les jours de fête où ils paraissaient en confrérie, avaient jadis l’habitude de l’orner de leurs parures les plus magnifiques, de leurs tableaux les plus précieux; ils savaient disposer ces divers ornements de la façon la plus artistique. Et c’était la ville qui payait tous les frais, mais il y a longtemps de cela. (O Porto Antigo.)
L’Ancien Blason d’Armes de Porto
L’ancien écusson de Porto était le suivant : « Sur champ dazur, l’image de Notre-Dame de Vendôme, vêtue de gueules, avec un manteau d’azur, ayant à la main droite
Anciennes Armes de Porto
un sceptre d’or, et sur la gauche l’enfant Jésus (également vêtu de gueules) tenant en ses mains une colombe dorée, les deux ailes éployées ; l’image placée sur le parapet d’une porte de muraille crénelée et mise entre deux tours de la même muraille qui était d’argent et maçonnée de sable.
En chef, en caractères gothiques en or, la légende : Civitas Virginis. Couronne murale.
l’Ancien Bourg
A Porte de Vendôme.
B Porte de Saint-Sébastien.
C Porte de Sainte-Anne das Aidas.
D Porte das Mentiras.
1 Vieille Cathédrale de Porto (an-
cien château).
2 Couvent des PP. Augustins.
3 Palais épiscopal.
1 Place do Açougue Real.
5 Rue das Aidas.,
6 Rue du Palais Episcopal.
7 Rue Notre-Dame
8 Rue de Pena Ventôsa.
9 Rue Sainte-Anne,
10 Place de la Fontaine da Sé.
11 Rue du Traz da Sé.
12 Rue de N.-D. das Verdades.
13 Traverse de Sainte Claire.
Il Traverse de Satnt-Jean.
15 Barredo.
JO Rue de la Cathédrale.
17 Cloître de l’Evêque Jean 111.
18 Rue de Saint-Sébastien.
19 Place de la Cathédrale.
20 Escalier et Place du Collège.
— O — Chapelle Saint- Vincent ou des Evêques.
21 Maison, du Chapitre et Archives
de l’Évêché.
Dans la réunion des procureurs et juges du roi Alphonse V de Portugal, de l’évêque de Porto D. Pierre Alphonse, et encore du Municipe de Porto, tenue le 8 mai 1354 dans le cloître du monastère de Saint-Dominique de Porto, au sujet de la juridiction civile et épiscopale dans cette ville, les procureurs du sénat municipal de Porto ont présenté une procuration d’où pendait sur des lacs ou torsades de soie rouge, un sceau de forme ogivale, en cire verte, aux armes de la ville : deux tours. Au milieu, sur un support, et audessus d’une porte ouverte dans une muraille : la vierge Notre-Dame de Vendôme avec son fils, adorée par deux anges pinçant de la harpe, à genoux à droite et à gauche de l’image ; autour, la légende : Sig+Civitatis-^- Virginis-\- , en caractères gothiques. Nous donnons d’ailleurs la reproduction de deux exemplaires de ce sceau, l’un en cire du xive siècle, et l’autre imprimé comme timbre sur papier du xviie siècle.
Après les trois invasions françaises de 1807, 1809 et 1810, on y fit, adjoindre un bras armé et gantelé sur chacune des tours, l’un soulevant une épée entourée de lauriers, et l’autre l’ancien drapeau royal, tout en rouge avec le blason d’armes national (1).
(1) Décret du 13 mai 1813.
Ecusson actuel de Porto
Actuellement les armes de Porto sont les suivantes (1) : Ecu écartelé : aux i et 4 de Portugal et d’Algarves ; aux 2 et 3 de Porto ancien. Sur le tout un cœur d’or sur un écu de pourpre (2).
(1) Décret royal du 14 janvier 1837.
(2) Par allusion au cœur du roi du Portugal Don Pedro, premier empereur du Brésil. Ce cœur fut par lui légué à la ville de Porto, qui qui le reçut solennellement, le 7 février 1835.
Couronne ducale (1). — Cimier : un dragon de sinople armé de gueules (dont se servaient spécialement le roi de Portugal Dom Jean I, et ses descendants les ducs de Bragança), ayant au cou un ruban d’azur avec la légende : Invicta, en caractères d’or.
Autour de 1 écu, le collier d’or de l’ordre de la Tour et de l’Epée, le plus noble oes ordres militaires portugais (2).
Le 13 mai 1804, le sénat municipal de Porto reçut le qualificatif de seigneurie et le titre d'illustrissime , puis le 11 août 1843, celui d 'excellence (3) lui fut également décerné.
Hommage mérité pour ses sacrifices et ses luttes persévérantes et héroïques pendant plus de huit siècles, et surtout haute reconnaissance et juste proclamation de ses gloires historiques, que les rois de Portugal ont si justement consacrées, par le titre qu’ils lui ont octroyé de : très ancienne , très noble , toujours loyale et invincible ville de Porto (4).
.José Julio Gonçalves Coelito.
(1) Le 14 janvier 1837, la ville de Porto fut élevée au titre de duché en faveur des Cadets des rois de Portugal.
(2) Décret du 4 avril 1833.
(3) Alvarà de cette même date.
(4) Le roi Alphonse V fut le premier souverain portugais qui, le 22 lévrier 1454, lui octroya le titre de Ville Royale , et le 6 juillet 1459, celui de « Notre très noble et toujours loyale ville. » ( Archives Municipales de Porto. L. 1er des Chap. fol. Il v“, et 15).
Vendôme. — lmp. G. Vilette.
(Août J9U7).