Ibid., p
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Chartres par du Parc. Cette circonstance l’aura sans doute fait échapper à toutes les recherches.
Le second exemplaire était encore plus difficile à consulter, égaré, peut-être depuis longtemps, dans la bibliothèque d’Aix. Le catalogue de cette ville porte en effet au n° 450, ce titre : Advertissement du sieur de la Bourdaisière, gouverneur de la ville de Chartres , en l’an 1591, pour le party de l'Union, touchant ce qui s'est faict et passé pendant le siège rnis devant la ville de Chartres.
Il appartenait à la Société de la Sabretache d’exhumer de l’oubli ce document militaire inédit et de lui donner une place d’honneur dans les colonnes de son Carnet.
Le voici dans sa teneur primitive, dans ce style simple et naïf du xvie siècle, malheureusement souvent incorrect. La Bourdaisière tenait mieux l’épée que la plume.
Nous ajoutons en note quelques renseignements sur les personnages et les choses tels que nous avons pu les recueillir.
Enfin pour la plus facile intelligence des faits, nous avons cru devoir y adjoindre un ancien plan de la ville au xvi° siècle1 ; nous regrettons de ne pouvoir reproduire également un tableau conservé au musée de Chartres. Au premier plan : Henri IY, entouré de ses officiers, contemple la ville, et indique de la main une manœuvre contre la place. A droite, une batterie tire sur les remparts, au loin les flammes dévorent le village de Mainvilliers.
Henri IV ne conserva point rancune à Chartres de son héroïque résistance, et après sa conversion, c’est dans la cathédrale de cette ville qu’il voulut de préférence être couronné roi de France.
Chartres, ce 25 mai 1894.
Ch. Métais.
Siège de Chartres en 1591.
La grande disproportion qui se trouve quelquefois entre humaines les actions et les qualités des personnes aporte une contrariété de laquelle la havne et l’envie prennent naissance ; ce qui
1. Édité en 1575 dans Cosmographie universelle , par François Bellaforest. Paris, M. Sounius et N. CliesDeau MDLXXV.
CARNET DE LA SABRETACHE
faict que les vicieux, encore qu’en aparance ilz louent la vertu, haissent néanmoings ceux qui la suivent et à qui elle départ quelque rayon de sa lueur; comme ceux qui ont le courage bas et dedans le cœur une gloire mal fondée ne peuvent suporter que la réputation d’un autre se lève et reluise par les actes généreux, essayant à la rabaisser et l’obscurcir par des callomnies qu’ilz sernent couvertement.
Je dis cecy non par presumption, ni pour m’atribuer aucune louange, scachant bien que quand j’aurois peu faire plus que je n’ay faict, je n’aurois que satisfaict à mon debvoir, mais pour ce que je ne pense point avoir esté blasmé par aucun qui soit de courage et quallité et de jugement, et avant que d’antrer plus avant en propos, j’offre à tous les cavalliers qui auroient quelque mauvaise impression du fait dont je veux discourir, s’ilz ne sont satisfaictz par cest escript, à quil leur plaise prendre la peine de m’en parler de les eclercir, par ces raisons si vrayes d’elles mesmes et si vray semblables, quilz jugeront ny avoir rien qui les doibve contrarier, par autre voye que je suis plus capable d’aquerir de l’honneur que luy de me le faire perdre.
D’aultant quil ne se peult acquérir plus de gloire et de louange que par les effectz de la guerre, ils sont aussi plus subjectz à l’envie et aux callomnies que tout le reste des actions humaines ; et encore que la vérité doibve estre bien certaine de ce qui se passe aux yeux et à tesmoignage d’une infinité de personne, si est-ce que cv grand nombre estant dissamblable en opinions et en passions, il se trouve souvent une grande différance aux bruicts qui s’en publient, lesquels ont plus ou moings de cours, selon l’importance de leur subject; c’est ce qui ma randu facille à croire l’advis que on m’a donné que beaucoup avoient parlé diversement du siège de Chartres, et qu’aucuns avoient tant de considération de la conséquence de la place, qu’ilz passoient par dessus le debvoir qui a esté randu à la conserver, et le peu de moyen quil y avoit de détourner ce malheur, alors qu’il est arrivé, me donnant aussi un désir d’éclarcir ce faict par un discours véritable des choses plus remarcables qui le concernent ; joinct le commandement qu’il a pieu à monseigneur le duc du Mayne m’an faire, auquel voulant randre l’obeissance que je doibtz, et satisfaire à ce qui importe à ma réputation et
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celle des gens de bien, qui valleureusement et dignement si sont amployez.
Je diray que lors qu'il plut à mondit seigneur de m’honorer du gouvernement1, après la mort de mon frère, qu’il en avoit pourveu, je n’étois pas ignorant que tout homme qui accepte telle charge, doibt considérer quelle place on luv met en la main, sa situation, si elle est gardable, bien fortifiée ou facile à fortifier, les munitions de guerre, et de vuider l’artillerie et les armes du magasin, et contrepeser toutes ces choses avec la force que l’on luy baille, les moyens de leur entretenir l’honneur des habitaus, les places des ennemis voysins qui les peuvent incommoder, quelle armée luy peult venir sur les bras, dedans quel temps et quel secours il peult espérer, afïïn de ne s’i engager que bien à propos, mais la coutume est plus d’amener ces considérations en avant lors qu’on est depesché pour aller de propos délibéré atandre un siège, que quand il est simplement question d’accepter un gouvernement, y ayant tels gouverneurs en France que ne scauroient, en la meilleure place de leur obéissance, soutenir ung siège d’une armée royalle l’espasse de quinze jours, joinct que je n’étoys près de monseigneur du Mayne quand il me commanda de prandre ceste charge, pour luy en dire mon advis, et que peu après, ayant assisté le sieur de Rosne à la prise du chasteau d’Estampes, sachant que le rov de Navarre passoit avec son armée la rivière de Saine, la libéralité que mondict seigneur avoit usé en mon endroict m’obligea de m’i aller jetter avec deux compagnées de cavallerie légère fort peu complexes, qu’ilz (les habitans) firent grand dificulté de soufrir dans l’un des faulbourgs, et une d’arquebuziers à cheval qui logea au village de Mainvillier.
Je y séjourné jusques à ce que le roy, ayant pris les faulxbourgs de Paris, puis le chasteau d’Estampes , eust, passant près de moy, traversé toute la Beausse, et ce feult ataché à Vandosme, à lheure je m’an alla trouver mondict seigneur à Paris, qui me vouloit
i. La Bourdaisière, désigné à M. de Mayenne, fut nommé par lui gouverneur de Chartres, le n octobre 1589, après la révolte de la ville contre M. de Réclainville, son prédécesseur. De La Bourdaisière ne mit guère d'empressement à se rendre à son poste, il n’arriva à Chartres que le 3Q QÇtolpe. Il se logea dans l’hôtel de Montescoi, aujourd’hui l’hôtel d.è. ville.
C ARN PT DE LA SABRETACHE
ranvoyer aussitost; je le remercié très humblement de l’honneur qu’il m’avoit faicte de se souvenir de moy, luy voullu remettre le gouvernement, le suplié de m’en descharger, et à la vérité je n’avois aucune affection de le garder, scachant que la place avoit le bruit d’estre forte et bien gardable, et que l’ayant jusqu’à trois fois visitée, par dedans et par dehors, je recognoissois qu’elle n’estoit pas bonne, ainsi que je le dis à de mes amis qui sont encore vivans, et qu’elle estoit fort difficile à fortifier, veu la situation qui est telle.
La ville de Chartres, bien qu’elle soit en pleine Beaulce, elle a son assiette en ung endroict monteux, estant la moytié de son circuit assis en lieu hault et l’autre part la pente ; dedans la ville six portes qui 6’ouvrent communément. Il y en a trois en la montaigne; sont la porte Saint-Michel, des Espars et de Chastellet, et celles de la vallée sont la porte Drouaze , la porte Guillaume, la porte Morard, près de laquelle tirand vers Saint-Michel, il y a deux arches qu’on apelle les Harces, par où antre dedans la ville un bras de la rivière d’Eure, qui coutoye le fond de la vallée et faict tourner huict moullins, allant sortir par deux arches, appellées aussi les Harces, près la porte Drouaze, joygnant la vieille brèche que firent les Huguenots en l’an mil V°LXVI1I, qui tenoient quasi depuis lesdites harces, jusque à la porte Drouaze, où il y peult avoir trante pas.
Près les harces de la porte Morard, il y a un batardeau de pierre, par où il passe quelque peu d’eau, qui emplit ung grand fossé, jusque à un vieil portail, nommé la porte aulx Corneulx, où il y a un autre batardeau de pierre de taille, apellé le dos d’asne, qui empesche que l’eau du fossé ne s’évacue, et ce qui eschape par des pierres rompues, passe entre la muraille de la ville, des jardins et des prez qui sont au dehors, l’espace de quelque soixante pas, puis traverse par dedans les prez.
Vers les Filles-Dieu, il y a ung autre braz de ladicte rivière, qui passe par dedans les faubourgs de la porte Morard à la porte Guillaume, à quelque cens pas de la ville, et vient tout à coup à ung petit moulin à tan, près la porte aulx Corneux, et ce mesle avec ce qui eschappe des fossés.
La rivière d’Eure n’est jamais guère grande, et les années sei-
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ches, comme chacun scait que a esté ceste cy, il y a fort peu d’eau.
Or tout ainsi que la ville a de la montaigne, de la pante et de la vallée, elle est aussi par le dehors commandée de montaignes en beaulcoup d’endrois et d’aucunes assez près, principallement depuis la porte Sainct-Michel jusques à la porte Morard, où les vignes qui sont jusques sur le bord du fossé découvrent grande partie de la courtine par le dedans. Je y ay faict faire des renpars, des platesformes et ung retranchement, en ung endroict qui estoit fort dangereux, qui s’apelle Cu-de-Ponche ; mais je diray que sv ce n’estoit le bastion Saint-Michel, qui commande par le dehors, etempesche les aproches par ce costé, lequel seroit faible et bien peu gardable depuis la porte Morard jusques à la porte aux Cornuz, où y a une grande étendue de courtine, qui n’est point flanquée; elle est fort commandée de tout le costé de Saint- Cheron et de Saint-Bartellemi et ung grand clos qui est à Monsieur de Chartres. Il est vray que c’est hors la portée du mousquet. Le fossé en tout cet endroict est assez large, et y a de l’eau depuis la porte aux Cornuz jusque à la porte Drouaze. Elle est commandée de plus près et regardée par le dedans de l’église Saint-Maurice, à la portée de l’arquebuze ; et ni a aucun fossé et si peu d’eau en cet endroict que le gravier et les pierres y aparoissent en beaucoup de lieux ; de la porte Drouaze vers Sainct-Jehan, elle est veue et commandée l’espace de plus de trois cens pas, à la portée du mousquet de Saint-Maurice ; et de tout ce constitue au-dessus de l’église de Saint-Jehan en tirant vers la porte Chastelet, il y a une bute apellée le cimetière de l’Hostel-Dieu, qui est plus haute que le rempart, et pour ce qu’elle est au droict d’un coing, la muraille estant rompue, l’on veroit le dedans de la courtine, une grande espasse entre la porte de Chastelet et celle des Espars.
Il y a une autre bute, grande et spacieuse, appellée le marché aux pourceaulx, qui étant jusque sur le bord du fossé et n’est guère moings haulte que le rempart de la ville, qui commandoit à plomb dedans le ravellin des Espars.
La plus part des fossez de la ville, où il n’y a point d’eau, sont assez profonds, mais si estrois par au bas avec ce que la ville est ronde en ces endrois là, qu’il est impossible de les flanquer.
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Les murailles de la ville iront que six ou sept pieds d’épesseur et n’ont pour la plus part que une toise de fondement.
Quant aux tours, elles ne vallent toutes rien du tout, fors celle de courte-pinte qui est en bonne matière et de huict ou neuf pieds d’épais au second estage. Quant aux ravelins, il y en a trois faicts en esperon, qui sont celui des Espars, qui est très nécessaire ; celuy de la porte Drouaze, qui a esté très mal placé et fort mal revestu et mis hors de reigle et de raison en cet androict là ; celuy de la porte Morard, tout de mesme, car il eut mieux vallu fortifier par le dedans que jeter ses espérons au dehors, desoubz des montaignes qui n’i commandent desja que trop ; puis il y a le bastion de Saint-Michel, qui est beau et grand et bien travaillé par le dedans ; mais de tous les quatre, il n’y en avoit ung seul qui feust achevé, ni guères bien en desfence, principallement l’esperon des Espars, qui n’estoit que à demi rempli de terre, et la muraille que on avoit commandée d’un costé seullement, n’estoit ellevée que à la moitié de sa haulteur, que donna en grand adventage aux ennemis, comme je diray après.
La fosse dudict ravellin n’estoit point ouverte ni dressée, si bien que la courtine de la ville ni aucuns flancs, pour favorizer les rempars du dedans de la ville, estoient trop estroictz et trop bas, et en beaucoup de lieux il n’y en avoit poinct du tout, mais bien des maisons tout joignans les murailles. Lesdits rempars avoient esté ruinez et affaiblis depuis le premier siège par les propriétaires, qui vouloient acroistre leur cours et jardins.
Il n’y avoit autour ny plateforme ni cavalliers que trois, qui n’estoient pas si haultz que le parapet de la muraille, et n’y en avoit ung seul assez espacieux pour loger une pièce d’artillerie avec ses gabions et deffences.
Il y a autant de faulhourgs que de portes à la ville, et ung grand nombre de villages à l’entour, qui avoient esté tousjours bien conservés jusque au siège, lequel préveu longtemps auparavant et mesme durant celuy de Gorbeil, scachant que Son Altesse ramenoit la plus part de ses forces au pais-bas, que Monseigneur du Maine l’iroit accompagner jusqu’à la frontière, je le suplirav très humblement de me donner moyen de prendre quelques petites places autour de Chartres, pour y entretenir quelque regimant de
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gens de pied, afïin de les pouvoir retirer dedans la ville, s’il me venoit ung siège sur les bras, d’autant que refusoient les habitans d’en souffrir dedans les faubourgs. Mon dict seigneur trouva nécessaire ce que je luy proposay, conforme à des mémoires que auparavant je luy avois envoyés, pour les conserver, desquelz j’ay encores responses de la main du sieur de P..., l’un de ses secrétaires d’estat ; mais d’autres ocasions ont tousjours enpesché l’effect de ce dessein.
A. quelque temps de là, je me retireray à Chartres, et dedans le lendemain ou deux jours après je flx tenir assemblée de la ville ', où tous les capitaines furent apellés et les députés des paroisses qui y assistèrent tous, ausquelz je remonstré le péril où je les voyois proches de tomber, faute de donner ordre à leurs affaires ; qu’il n’y avoit aucun dessain plus à propos pour celles du roy de Navarre que d’ataquer leur ville, tant pour la commodité qu’il en pouroit retirer, que pour avoir resanti qu’ilz avoient esté le principal soulagement de la nécessité de Messieurs de Paris. Je les priois de retenir ce regimant du sieur de Pinelière, et le logeant au dedans des faubourgs, donner seullement aux soldats quelque munitions de pain et de vin, qui ne seroit. que pour quinze jours tout au plus, pour ce que j’espérois dedans ce temps tout au plus là qu’il se fortifieroit jusques au nombre de quatre cens harquebuziers, avec lesquelz je prandrais quelque petite place sur les ennemis pour les loger et nous en servir, s’il nous venoit ung siège 1 2. Mais les persuations dont je peux user n’eurent aucune force, car le lendemain la mesme compagnie s’assemblèrent, les députés des paroisses firent leur raport, qui estoit quasi tout semblable, disant qu’ils se passeroient bien de garnison, qu’il n’y avoit point d’apa-
1. Il ne reste pas trace dans les archives de la ville des délibérations prises pendant tout le siège. L’Hôtel de ville, au contraire, possède le registre des dépenses faites pour la défense de la place. On lit « une levée extraordinaire de deniers par forme de prest et advance sur les plus aisés habitans de la ville ». Cette levée produisit 7,717 écus 14 sols. L’évêque de Chartres fut taxé à 500 écus sols; Charles de la Chaussée à 100; Boursier, doyen du chapitre à 100; Mme Lambert de Marise à 50 ; la veuve Thierry Abraham à 200 ; Simon Conrard à 200 ; François de Villers à 100 ; M. Suireau, maire de la ville, à 96. La dépense totale s’éleva à 7,406 écus 38 sols.
2. C’est ainsi que dans l’année 1590, M. de la Chastre, aidé par M. de la Bourdaisière, prit le Puiset et Chàteaudun. Mais M. de Longueville à qui appartenait Châteaudun, y envoya le maréchal d’Aumont, beau-frère de M. de la Bourdaisiôre, qui se retira précipitamment à Chartres.
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rance qu’ilz peussent estre assiégez pour cest yver, et d’autres mauvaises raisons qu’il n’est besoing d’aléguer.
Le sieur de la Pinellière envoya son régiment trouver Monsieur de la Chastre, ayant acte dudict refus pour sa descharge et la mienne, lequel il a encore.
Depuis il se passa environ quinze jours avant que je feusse adverti de trois ou quatre endrois, mesme de ceux qui hantoient avec la noblesse de là autour tenant le party contraire, que sans nul doubte nous serions assiégés. Je dépêché incontinent messager à Monseigneur avec une lettre, dont il me semble debvoir estre icy la coppie, qui est telle :
Monseigneur,
Je vous ay escript plusieurs fois et représenté l’estât des affaires de ce pais, et mesmes lorsque toutes les forces en partirent pour aller trouver le roy de Navarre, je vous en donnay advis et de leur dessein, et ay envoyé la lettre à Monsieur le prévost des marchans de Paris, pour la vous faire tenir, et l’advertissois aussi de l’entreprise qui estoit sur la ville, ce qu’ils ont bientôt après cogneu véritable. Maintenant nous avons des forces des ennemis icy, dont celles d’Épernon sont les plus advancées. Je ne scay cy c’est pour passer pais et ce retirer, mais nous avons dès cest advertissement de beaucoup d’endroits que les ennemis s’assemblent en Normandye, au Perche et en tous le6 environs de ce gouvernement, et qu’ils ont dessein de venir assiéger ceste ville, où le peuple me semble fort résolu de leur résister, et a si peu de gens de guerre, qu’il y a eu très bonne dévotion d’y faire un bon service à Dieu et à vous, Monseigneur, et espère que nous vous donnerons loisir d’aprocher vos forces pour nous secourir. Toutes fois je vous 6uplieray très humblement, si nous sommes investis, d’advancer, ce qui sera pour nostre sécurité, le plus qu’il sera possible, et les accidans qui peuvent arriver parmy ung peuple qui est peu aisé de gens de guerre, et après avoir ozé en toute humilité vous baiser la main, je priray Dieu, Monseigneur, favoriser vos desseins de tout heure félicité. De Chartres, ce 6e febvrier MV° IIIIXX XI.
De laquelle j’euz response le deuxiesme ou troisiesme jour après
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que nous fusmes investiz, où il nous asseuroit de pourvoira nostre secours.
Outre cela, j’eus advis que le sr de Maligni avoit entrepris de surprendre la ville avec des eschelles, des petarz et des ponts sur des roues, avec des intelligences qu’il avoit dedans la ville, qu’il devoit se rendre maître d’un portail, et de faict il s’estoit assemblé avec le sieur de la Loupe, Favières et autres chefz, jusques au nombre de sept ou huit cens chevaulx en un bourg nommé Champront, qui est à sept lieux de Chartres, pensant exécuter leur dessein ; à quoy je remédié, mettant un bon corps de garde à la maison de ville et sur chaque portail un autre.
Mais quand au siège de Chartres, il ne me feu jamais possible de le persuader au peuple, ni de bruzler leurs faubourgs, et fis une assemblée généralle en la grand salle Saint-Père *, non seullement de corps de ville, des capitaines, des députez des paroisses, mais de toutes personnes indifféramment qui se voulurent trouver, et là je leur discouru aux long des advis que j’avois de beaucoup d’endrois, avec la lecture des lettres fort particulières qu’on m’an escrivit, leur remonstrant tout ce que je pansois estre pour leur bien et conservation ; de quoy ilz firent peu d’estat. Il y avoit des personnes malicieux qui au partir de là aloient semant parmy eux que c’estoit tous artiffices pour leur faire recepvoir des garnisons, dont j’estois bien empesché, car il n’y avoit aucunes forces à Orléans, Monseigneur de la Chastre les ayant toutes menées en Berri, n’y eu aucun autre lieu dont j’eusse peu me prévalloir, hors mis le capitaine la Croix-Cottereau, qui avoit quelque LX cuiraces, sept ou liuict vingt harquebuziers à cheval, en un faulbourg fermé près Dourdan, où je le mandé, scachantbien que le temps s’approchoit d’en avoir affaire.
Celuy que j’avois depesché le trouva à cheminer avec ses troupes vers Chartres, où il vint coucher, les laissant trois lieues derrière luy, en un village nommé Prunay-le-Gillon, où les sieurs de Sourdis, de Vivans1 2 et de Marolle, qui les chevalloient dès le
1. Célèbre abbaye de Bénédictins dans la basse ville, aujourd’hui caserne du 13e cuirassiers.
2. On connaît un Jean de Vivans, marquis de Noaillac, seigneur de Pusches et Moutluc en 1719. « D’or au lion de gueules. »
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matin, les vindrent charger avec quelque trois cens chevaux et deux régimens d’infanterie.
Nos gens se retirèrent dedans l’églize, où, après s’estre defl'anduz cinq ou six heures et scachant qu’il y avoit une bâtarde pour les battre, il firent capitulation, pour sortir avec l’espée, sans estre fouillés, et se retirer à Orléans ; mais, estant fouillez avec beaucoup d’indignité par ceux qui avoient charge de les conduire, ilz s’échapèrent et revindre désarmés à Chartres, trouver le capitaine La Croix. Je les fis accomoder aux faubourgs, estant bien adverti que le maréchal de Biron 1 avoit passé la rivière de Seine, et venoit avec l’infanterie et l’artillerie et s’aprochoit de Nogent-le- Rov, bien que aucuns disoient qu’il alloit attaquer Dreux.
Environ trois jours après, ce fut le lundi, unziesme jour de febvrier, sur les huict heures de soir, Monsieur de Grammont2 ariva au faubourg de la porte Guillaume, avec ses troupes, qui estoient composées de ses gardes, commandés par le sv de Longueville, de deulx compagnies de chevaulx-legers, commandées par les sieurs de Tours et d’Autrive3, et une d’arquebuziers à cheval, commandées parle capitaine Vieux ; qui faisoient tous ensemble environ soixante cuirasses et quatre-vingt harquebuziers à cheval, et avoient esté passant par Étampes, suivi de la cavallerie du roy de Navarre, j usques auprès de Dourdan.
Le mardy au matin, qui estoit le douzième, lesdictz sieurs de Vivans et Sourdieres, scachant qu’il y avoit la compagnie des gens de pied du petit La Croix et quelques recruees pour les capitaines du sr de Pinelière, qui pouvaient faire tous ensemble jusques à cent harquebuziers, lesquelz estoient logés en l’abbaye de Saint- Martin-au-Val 4, à quelque mil pas de la porte Saint-Michel, vinrent deux heures devant le jour pour les deffaire ; mais ayant eu quelque avis, je les avois faict retirer dès le soir dedans une mai-
1. Armand de Gontaut, dit le Boiteux, baron de Biron, maréchal de France, l’un des premiers partisans de Henri IV.
2. Il avait épousé une fille du premier lit de M. de Mayenne. Il s’attacha plus tard à la fortune de Henri IV qui le fit capitaine de too clievau-légers et de sa garde ordinaire, et lui écrivit des lettres aussi flatteuses qu’honoi-ables. « D’or au lion d’azur armé et lampassé de gueules. »
3. Famille encore existante; prit une part active aux guerres de religion dans les rangs des calvinistes.