Aujourd’hui hospice Saint-Brice
SIÈGE DE CHARTRES
son plus proche de la ville, leur enchargeant de jeter quelque santinelle dehors sur les advenues des ennemis, dont ils se trouvèrent bien, et eurent loisir de se retirer avec les armes dedans les fossez du bastion de Saint-Michel, n’ayant perdu que deux ou trois hommes, et ne laissant pas moins de perte aux ennemis qui sacheminèrent à si loger, et pour ce qu’il estoit question de faire entrer dedans la ville les troupes du sr de Grammont et les soldats dudit la Croix-Cotereau, faire les logis tant pour eux que pour les autres gens de guerre qui y estoient desja, il fut malaisé de faire des sorties qui incommodassent le logis des ennemis du costé de la ville ; l’on ne laissa d’entretenir les escarmouches la plus part du jour et mettre le feu dedans les maisons les plus proches de la ville et mesme en une tuillerie qui estoit ung peu en costé de la pointe de nostre esperon, mais quand il venoient en gros les nostres estoient contraincts de ce retirer, de sorte qu’ils avoient moyen d’oster le feu et l’eteindre.
Je n’oublieray à dire comme cinq ou six jours auparavant, afïin que chacun flst travailler aux endrois les plus faibles, et pour eschauffer ceux de la ville, j’avois départi les car tiers aux principaux de la noblesse qui estoient, c’est assavoir : la porte des Espars, son éperon et toute la courtine jusqu’à la porte de Chastellet, aux sieurs de Pescheray1 2 et de Longni3 ; celle de Chastellet jusques à la porte Drouaze, aux sieurs de la Patrière 4 et de Rochambeau5 ; le sr de Reclainville y fut joinct depuis, qui en a eu beaucoup de soing ; la porte Drouaze, son esperon, jusque à la porte de Guillaume, au sieur de la Pinellière6 et à ses capitaines; la porte Guillaume et son ravellin, jusques à la porte Morard, aux sieurs de la Montaigne 7 et de Hetigny ; la porte Morard et son éperon
1. Le capitaine La Rivière reçut 2 écus de gratification pour avoir apporté la première balle de l’ennemi.
2. Pescheray, « gentilhomme vendomois qui avoit épousé une fille de la maison de Courtalain. Ce gentilhomme avoit fort guerroyé les pais dudit Vendomois, de Touraine et Blesois, et s’estoit emparé du château de Lavardin, où il faisoit sa retraite. »
3. Charles-Philippe de Croy, seigneur en partie de Longny, marquis d’Havre, chevalier de la Toison d’Or, mourut le 23 novembre 1G13.