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L'UNIVERSITÉ DE LYON (I

Une Université est une école qui enseigne toute la science et travaille à l'accroître. Elle est divisée en Facultés : droit, médecine, sciences, lettres ; mais elle domine, coordonne et dirige chacun de ces ateliers; elle communique à tous la force motrice, qui est l'idée même et le culte de la science universelle.

Une Université prépare à la vie pratique.

Chaque année, elle fournit au pays des juristes, des médecins, des professeurs, des chimistes et des physiciens; mais elle donne à chacun d'eux des lumières générales. Elle avertit le futur avocat et le futur magistrat que certaines questions

(1) Publié le 10 novembre 1883.

de responsabilité doivent être étudiées à la Faculté de médecine; le futur historien, qu'il ne peut ignorer le droit, c'est-à-dire Fensembic des idées que les hommes se sont faites à des époques différentes sur l'homme et la société ; le chimiste et le physicien, que les spéculations les plus hautes mènent aux applications les plus techniques. Elle fait sentir aux étudiants qu'il est de leur dignité de n'être étrangers à aucune partie du travail intellectuel du siècle où ils sont nés.

Une Université, bien qu'elle soit un institut de science universelle, n'est pas cosmopolite ; elle est nationale. Elle honore le pays natal ; elle le sert en augmentant la valeur de l'esprit, source de toutes les valeurs; elle l'arme pour les luttes économiques ; elle cultive et fortifie le patriotisme.

Les Universités d'un même pays ne doivent pas ressembler de point en point les unes aux autres. Pour qu'une Université prenne racine à Lyon ou à Bordeaux, il faut qu'elle sache qu'il y a des ouvriers à la Croix-Rousse, des vignerons dans le Médoc, et qu'elle s'applique à guérir les maladies du ver à soie et de la vigne. Elle doit savoir aussi que Lyon et Bordeaux ont une longue histoire, dire par quelles voies la ville du prince Noir et la ville du Saint-Empire sont entrées.

dans la patrie française, quel rôle elles y ont joué et quelle place elles y tiennent aujourd'hui.

Une Université est un domicile de la jeunesse, un rendez-vous avant la dispersion, où Ton goûte le plaisir d'être jeune et d'être ensemble, où Ton chanle et rit en même temps qu'on travaille, où Ton se prépare à la vie, gaiement, sans pédantisme.

Voilà ce qu'est une Université idéale.

Le point d'où nous sommes partis pour nous approcher de cet idéal est marqué dans une Statistique de renseignement supérieur, publiée en 1867, et précédée d'une préface où M. Duruy, ministre de l'Instruction publique, après avoir confessé sans réticences les misères intellectuelles, morales et matérielles de nos grandes écoles, proposait tous les remèdes que nous employons aujourd'hui. Une autre statistique, publiée en 1877, avec une préface signée d'un ministre, mais où se reconnaissent l'esprit et la main de M. du Mesnil, constate les premiers progrès, déjà considérables. Depuis, sous la conduite d'Albert Dumont et de M. Liard, nous n'avons cessé de marcher.

L'histoire de notre enseignement supérieur depuis vingt années est honorable pour nous. On y voit les pouvoirs publics s'efforcer de donner à notre démocratie une aristocratie intellectuelle»

honorer la science et la renter; les villes et les départements, prodiguer l'argent pour les Facultés; mais surtout, ce qui est plus remarquable encore, une conduite suivie, l'accord entre l'administration et les administrés, des réformes préparées par ceux qui les doivent appliquer, des mœurs qui se forment et précèdent la loi.

Grâce à ce concours de bonnes volontés, les bâtiments s'élèvent dans les villes universitaires, les bibliothèques s'organisent, les laboratoires se munissent d'instruments, le nombre des professeurs est triplé. La raide hiérarchie universitaire s'assouplit, fait place aux jeunes et donne aux maîtres des compagnons qui leur succéderont un jour. Au chacun chez soi, à l'indifférence d'une Faculté envers sa voisine, à l'égoïsme, à l'étroitesse d'esprit, succède le sentiment de la solidarité des enseignements et des personnes.

De nouveaux étudiants, d'une sorte inconnue, les étudiants en sciences et en lettres, se joignent aux étudiants en droit ou en médecine. Ces jeunes gens se groupent, comme les bâtiments, comme les Facultés et comme les maîtres. Entre le corps des étudiants et celui des professeurs s'établissent des relations, nouvelles aussi et charmantes.

Ce grand travail n'est pas achevé partout, mais il est partout commencé.

Il y a doux ans, le conseil général des Facultés <le Paris me chargea du premier des rapports annuels sur l'état de renseignement. A mesure que je réunissais les éléments d'une statistique et que je trouvais dans les procès-verbaux du conseil des manifestations non douteuses de mœurs universitaires naissantes, je m'étonnais de voir se dessiner devant moi la figure dune Université de Paris. Habitué à envier à l'étranger ces grandes écoles dont la gloire s'ajoute aux gloires nationales, je ressentais un très vif plaisir. Je me disais : Nous aussi, nous avons une Université. Pourquoi ne pas le proclamer? Pourquoi, nous qui étalons nos laideurs, nous, les fanfarons de légèreté et de vices, ne montrons-nous point au monde nos qualités, nos forces, nos vertus intellectuelles?

J'ai éprouvé la même émotion en lisant le premier rapport rédigé, au nom du. conseil général de Lyon, par M. Fontaine, de la Faculté des lettres. J'y ai lu, nouvelle découverte pour moi, que si l'Université de Paris est, avec ses dix mille étudiants, la plus considérable de la terre, l'Université de Lyon, comparée à nos émules d'Allemagne, ne le cède, pour le nombre des professeurs, qu'à Berlin, Leipzig, Munich et Breslau. Lyon a lOi professeurs, Gœttingue en a 103; Bonn, 100; Halle, 96; Heidelberg, 88.

Pour le nombre des étudiants, Lyon, qui en a 1,500, passe avant Breslau, Gœttingue et Heidelberg. Pourtant les noms que je viens de dire sont célèbres, et depuis longtemps, tandis que notre Université lyonnaise date de douze années tout juste.

Lyon ne possédait, en 1815, qu'une Faculté des sciences et une Faculté des lettres, toutes les deux mal pourvues et mal installées. La Faculté de droit a été instituée en 1875, la Faculté de médecine en 1877. Dès lors, les parties d'une Université étaient juxtaposées.

Le rapport de M. Fontaine montre qu'elles se sont unies.

Le conseil général s'efforce de faire que les étudiants soient, non de telle ou telle Faculté, mais de l'Université. La Faculté de médecine, par exemple, demande que la préparation, mal faite dans les collèges, du baccalauréat es sciences restreint, cet examen bâtard, soit remplacée, pour les futurs étudiants en médecine, par une année d'études de sciences naturelles auprès de la Faculté des sciences. Les Facultés des sciences et des lettres réclament la création d'un cours de géographie scientifique où se rencontreront les étudiants géographes de la Faculté des lettres et les étudiants en sciences naturelles. Ce ne sont que des vœux; mais déjà le droit et les lettres

se sont entendus pour établir un enseignement historique commun aux élèves des deux Facultés. Le droit et la médecine ont un enseignement commun très suivi dans les cours libres professés, l'un sur la médecine légale, l'autre sur Y aliénation mentale au point de vue légal et administratif. Des philosophes suivent régulièrement les cours de physiologie à la Faculté des sciences.

Les Lyonnais ont donc un sentiment très juste de la nécessité d'abaisser où il faut les frontières, en plus d'un point factices, qui séparent les Facultés, au grand péril des jeunes esprits.

Chacune des Facultés de Lyon sait qu'elle a des devoirs envers la science, et qu'une Université qui ne ferait que des cours, pour ne former que des praticiens, ne remplirait pas toute sa mission. Des publications sont groupées autour des Facultés : les Annales de droit commercial, dirigées par M. Thaller, professeur à la Faculté de droit; les Annales d'anthropologie criminelle et de sciences pénales, dirigées par M. le docteur Lacassagne, professeur à la Faculté de médecine, et par M. Garraud, professeur à la Faculté de droit; la Revue de médecine, dont un des principaux rédacteurs est M. le docteur Lépine, professeur à la Faculté de médecine, correspondant de l'Institut; la Revue de chirurgie, dont M. le docteur OUier, un des maîtres de la

chirurgie française, est codirecteur; les Anna/es de V Observatoire de Lyon, dirigées par M. André, professeur d'astronomie physique à la Faculté des sciences; la Bibliothèque de la Faculté nés lettres de Lyon, dont le secrétaire est M. Emile Bourgeois, et qui est digne de figurer à côté de la Bibliothèque de l'École des Hautes-Études; la Bévue des patois, dirigée par M. Léon Clédat, professeur de langues et littératures romanes à la Faculté des lettres. Plusieurs de ces périodiques ont déjà porté au dehors la réputation de la science lyonnaise.

Les professeurs ont voulu faire davantage.

Chacun des périodiques qui viennent d'être cités appartient à une des spécialités de l'Université : ils se sont donné un Bulletin des travaux de r Université de Lyon (1), où chaque maître analyse ses publications.

Les étudiants ont fondé une association, qui deviendra riche, car elle fait des économies,, et ses budgets se soldent par des excédents. Elle est une société de secours mutuels, une société artistique, littéraire et scientifique, un cercle. Elle donne des fêtes qui ont leur célébrité locale. Le guignol lyonnais y débite ses fantaisies et s'exprime librement sur les choses universitaires.

(1) Au Bulletin vont s'ajouter, eu 1890, les Annales de l'Universilé de Lyon.

La vie universitaire est représentée aussi dans les soirées amicales par des « ombres » lyonnaises. Sur la toile blanche se projette, par exemple, Fombre d'un maître en chaire, qui salue d'un « Messieurs » un auditoire de trois cents chapeaux, parmi lesquels il n'y a pas un chapeau d'homme. Et voici qu'apparaît l'ombre du doyen de la Faculté, qui est connu pour sa sévérité à l'égard des fumeurs, bien qu'il fume beaucoup lui-même. Il tend aux belles dames un écriteau. . Notez que professeur et doyen assistent a la représentation, et qu'ils sont les premiers à rire. Le défilé continue; la soirée s'achève, etla bande joyeuse sort, en monôme bien entendu; mais elle a l'idée malheureuse de traverser quelques brasseries, et le guet s'en irrite. Heureusement, M. le doyen de la Faculté des lettres a pressenti l'événement. Il a suivi la bande sans en avoir l'air; il parlemente avec la police et l'apaise.

Le maître d'autrefois, isolé dans la majesté de sa chaire et dans sa dignité de juge, a fait place à l'homme accessible, qui connaît, non plus un groupe d'étudiants anonymes, mais des individus dont chacun a son nom, sa figure et son esprit. Dans les laboratoires des Facultés de médecine et des sciences, dans les conférences des Facultés de droit, des sciences et des lettres, maîtres et élèves vivent ensemble; ils aiment cette collabo-

ralion intellectuelle où le cœur joue toujours sa partie. Il est naturel que, de temps à autre, ils se réunissent pour rire et qu'un doyen aille redemander à la police ses brebis mises en fourrière.

Bien que le mot Université ne soit pas consacré encore par la loi, les professeurs l'ont écrit dans le titre de leur Bulletin; les étudiants Font adoplé. Il est entré, d'ailleurs, dans la langue des Lyonnais. Il se rencontre dans les journaux de tous les partis et dans les documents municipaux. Lyon a son patriotisme de grande cité et le place bien. Cette ville industrielle et démocratique a l'esprit élevé. Elle a l'ambition de la gloire intellectuelle et l'achète par des sacrifices.

Elle a créé un observatoire et Ta doté largement. Son Muséum <f histoire naturelle est un des premiers de l'Europe : rattaché à l'Université par son directeur, M. Lortet, doyen de la Faculté de médecine, il offre aux jeunes gens de précieux moyens d'études. Il est permis d'espérer que la ville lui donnera un jour des locaux plus vastes, dans le voisinage des Facultés.

La municipalité a fondé des prix et des bourses pour les étudiants. Elle rétribue à la Faculté des sciences des cours pratiques de chimie industrielle, que M. Raulin a organisés et qui sont une école d'industrie.

Elle n'est point seulement préoccupée de l'utile. Elle projette de confier à M. Emile Bourgeois — l'idée est de M. Gailleton, maire de Lyon et professeur à la Faculté de médecine — la réimpression des registres de la commune de Lyon. Elle a contribué pour 2,000 francs aux frais de la publication du célèbre manuscrit vaudois de Y Ancien Testament.

Ce ne sont là que les menus suffrages de la libéralité lyonnaise. La ville concourt avec PÉtat à donner une installation grandiose à son Université. Un bâtiment magnifique s'élève aux bords du Rhône, en façade sur le quai de laGuilledieu. C'est le palais de la médecine et des sciences. Au début de cette année, sur l'avis du recteur, M. Charles, de qui le nom sera gardé dans l'histoire de l'Université lyonnaise, le conseil municipal a voté la construction des deux Facultés de droit et des lettres, en façade sur le même quai et séparées des deux autres seulement par une rue. Quand ces nouveaux édifices seront bâtis, l'Université de Lyon parlera même aux yeux des passants.

Il faut se hâter de terminer ce qui est commencé et d'exécuter ce qui est projeté, afin que la seconde ville de France soit mise en possession définitive de la seconde Université de France.

Les Universités d'Allemagne ont leur fortune propre, qu'elles emploient à mieux doter leurs services et leurs maîtres. Elles peuvent appeler, par la séduction d'un traitement élevé, un professeur éminent, et retenir, par le même procédé, tel autre qui voudrait s'en aller. Cela est bien prosaïque, dira-t-on, mais nous vivons en prose. Il n'est pas à craindre, d'ailleurs, que nous tombions, comme nos collègues transrhénans, dans certaines hontes de marchandage. Le banquier allemand Bleichrôder (voyez le Journal de Frédéric III) la dit : Les Français ne savent pas manier les grandes affaires. Je n'imagine pas un professeur de Lyon se ménageant un « appel » à Bordeaux pour faire « chanter » l'Université de Lyon. Mais il est très naturel qu'un professeur lyonnais, père de famille, soit attiré vers Paris par un plus gros traitement, et il importe à l'avenir de nos Universités provinciales que Paris n'ajoute pas cette attraction à tant d'autres.

C'est à Lyon de retenir ses professeurs. Peutêtre se trouvera-t-il un conseiller municipal pour en indiquer le moyen à ses collègues. Une partie de la somme employée par la ville à la dotation de la Faculté de médecine va passer à la charge de l'État. Il faudrait qu'elle fût maintenue au budget de l'enseignement supérieur lyonnais,

pour enrichir les bibliothèques et les laboratoires, et grossir les traitements des professeurs les plus considérables. L'initiative privée se manifestera sans doute à son tour par des dons à l'Université, ou bien à une Faculté, ou bien à l'association des étudiants. N'est-il pas possible qu'une société se forme dans une cité si riche, et qu'elle se propose de soutenir et d'accélérer le progrès de l'Université lyonnaise (1)?

Nous sommes convaincu que ces vœux seront entendus par qui de droit. Lyon a son originalité : rien ne s'y trouve de la petite ville; coteries et factions y sont noyées dans un patriotisme local, qui fortifie le patriotisme national.

La récente visite de M. le Président de la République (2) a révélé, dans la seconde ville de France, un état d'esprit que la première lui peut envier. Aucun désaccord ne s'y est manifesté. L'Église et l'Etat, le riche et le pauvre, le monarchiste et le républicain, toutes les antinomies de l'heure présente semblaient réconciliés. Tout le monde a parlé gravement. Des paroles ont été dites, par exemple celles de M. Sevenne, président de la Chambre de commerce, qui déviaient être gravées sur le marbre. La manifestation, au défi) Cette société existe aujourd'hui, sous le titre de Société des amis de l'Université lyonnaise.

(2) Au mois d'octobre 1888.

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part de M. Carnot (cette longue acclamation, ce salut immense d'une foule sérieuse), avait une signification très haute. Elle disait: « Nous voulons travailler en paix, vivre dans l'honnêteté, la liberté, la justice, avec l'amour de la patrie que vous représentez, de la République dont vous êtes le magistrat. »

Comparez avec les triomphes de l'empereur allemand chez les coalisés. La scène de Lyon est d'un état de civilisation bien supérieur.

M. le Président de la République a fait visite à l'Université, et elle Ta reçu dans son atrium. M. le recteur Charles et M. Caillemer, doyen de la Faculté de droit, ont rappelé les progrès accomplis. Ils ont demandé que des Facultés si bien unies en fait fussent unies en droit par un nom qui les désignât toutes ensemble, et que le Lyonnais pût dire « notre Université ».

Pourquoi donc lui refuser cette satisfaction, au Lyonnais? L'égoïsme municipal, le particularisme provincial ne sont plus à redouter. L'activité locale ne peut plus désormais qu'ajouter à l'activité générale, l'amour du foyer prochain à l'ardeur du grand foyer.

Les étudiants étaient aussi dans Y atrium. Ils venaient recevoir un drapeau, que les professeurs leur ont donné et que dés mains lyonnaises ont tissé de soie et d'or. M. le Président de la

République a remis le drapeau au président de l'association, M. Pic, qui Ta remercié en très bons termes, car ces jeunes gens savent exprimer avec simplicité les sentiments nobles qui sont dans leurs cœurs. Le drapeau porte une cravate violette, c'est-à-dire de la couleur de l'Université, et la devise de la ville : « Avant! Avant! Lyon le meillor... » La couleur violette et la devise lyonnaise sur les couleurs nationales signifient que l'Université et la ville de Lyon sont les servantes de la patrie.

Nous vivons dans un tumulte de passions, de doutes et d'inquiétudes. Hommes de bonne volonté, troublés par la fièvre, nous courons d'une besogne à l'autre. Que de choses nous avons essayées depuis dix-huit ans! Que d'efforts dépensés et combien de millions ! Quelles espérances au début! Mais voici que tout paraît se lasser : efforts, millions, même l'espérance (]).

C'est donc chose douce et rassurante de penser que tout notre travail n'a pas été perdu. Nous avons, après tout, refait notre force matérielle et décuplé nos forces intellectuelles ; notre armée est belle et solide, et, s'il nous reste à corriger, dans nos écoles, maintes erreurs anciennes et nouvelles, nous avons de belles écoles. Dans

(1) Ces lignes ont été écrites au moment où l'agitation dite boulangiste commençait à troubler les esprits.

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renseignement supérieur, source de tout enseignement, nous avons suivi des idées, avec une patience continue. Nous les suivrons encore, car nous ne sommes pas au bout du chemin.

Je me souviens qu'un jour, mon ami Albert Dumont m'entretenait, selon son habitude, de l'œuvre qu'il servait, de la régénération intellectuelle et morale du pays parla science, la raison et le patriotisme. Je lui disais que nous ne verrions, ni lui, ni moi, le succès de nos efforts, et qu'un demi-siècle passerait entre les semailles et la moisson. Je ne crois pas m'être trompé. Il nous faut encore des années de travail, et nous courons plus d'un risque, chemin faisant.

Nous le savons bien, mais nous persévérerons dans notre effort, heureux de voir poindre par endroits, sur le champ immense, la belle petite herbe verte, annonce de la moisson lointaine.

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