DEVOIRS ENVERS L'ÉTRANGER
Messieurs,
Pour vous prouver l'efficacité de l'œuvre patriotique dont il est l'âme, M. Foncin n'a eu qu'à dépouiller devant vous la correspondance de l'Alliance française. Vous y avez vu comment des hommes de bonne volonté portent au loin le nom et, avec le nom, les bienfaits de la France.
En écoutant le secrétaire général de l'Alliance, je pensais que ces écoles, fondées et entretenues au loin, font une utile propagande en faveur de nos grandes écoles nationales. Tel
(1) Allocution prononcée dans une réunion de l'Alliance française.
enfant, à qui 1" Alliance aura donné les premières notions de notre langue, viendra un jour achever ses études à Paris. Or, je pense, Messieurs, que nous devons nous efforcer d'attirer chez nous les jeunes étrangers. Laissez-moi vous dire mes raisons.
Les impressions de jeunesse sont profondes»
et notre mémoire garde jusqu'au dernier jour le souvenir de cette poussée printanière où fleurissent l'amitié et l'amour, où la joie de vivre et un sentiment intense de la liberté, de la croissance et de la vigueur donnent à notre âme la foi en l'avenir.
De notre temps de jeunesse, la mémoire embellit tous les détails : la chambre où Ton demeurait, la rue où Ton passait, le cabaret où l'on riait, l'école où l'on étudiait, les visages des maîtres et des camarades et jusqu'aux petites misères, les caprices du porte-monnaie, les soirs sans feu, l'attente de la fin du mois, d'autant plus pénible et plus longue qu'elle commençait quelquefois aux premiers jours, la lutte pour la vie contre les créanciers, l'ennui des études, car elles ont toutes des ennuis, les rigueurs de l'examen et les boules noires que l'examinateur mettait dans l'urne.
Il se peut bien que ce soit notre propre personne que nous aimions dans ces souvenirs, car
l'amour de soi a mille façons malicieuses de se déguiser ; mais qu'importe ! Nous ne nous avouons pas notre égoïsme, et nous croyons aimer sincèrement et pour lui-même le tnilieu où nous avons vécu.
Heureux donc les peuples qui savent attirer vers eux la jeunesse des autres peuples! Ils se préparent, pour l'avenir, une clientèle d'amis.
Nul peuple n'a plus besoin, que nous de se donner cette clientèle ; nul n'est plus capable de l'acquérir.
Vous entendez dire tous les jours que nous ne sommes pas aimés au dehors. Cela n'est pas vrai. Nous ne sommes pas aimés partout, sans doute, et nous n'avons pas l'ambition que tout le monde nous aime. Cet amour de tous nous mettrait dans l'embarras : il est tel et tel que nous ne pourrions payer de retour. Mais tenez pour certain qu'en un grand nombre de pays nous pouvons éveiller ou réveiller des sympathies.
Seulement, il nous faut nous en donner la peine : un effort est nécessaire, parce que nous sommes desservis à l'étranger et que nous nous desservons nous-mêmes.
Convenons, Messieurs, que nous travaillons pour nos ennemis. Nous avons des fantaisies extraordinaires, et qui font grand tapage : fantaisies en politique, fantaisies dans les lettres,
fantaisies dans les arls. Nous étalons nos décadents, nos impressionnistes, nos incohérents et le général Boulanger. Nous crions nos scandales dans Ifes rues, si fort qu'il faudrait qu'un Lapon fut sourd pour ne pas les entendre au fond de sa Laponie.
Dans cette œuvre de dénigrement de nousmêmes, nous avons un collaborateur très zélé, la presse étrangère.
Autrefois, un peuple était estimé dans le monde à peu près ce qu'il valait. Au xvn e et au xvm e siècle, l'étranger voyait en France l'éclat, mais aussi les vices de la cour, la puissance et les excès de cette puissance, l'esprit et l'abus de l'esprit. Nous avions des ennemis, très acharnés même. Des fabriques de pamphlets antifrançais livraient au public européen leur marchandise. Il s'y trouvait, à côté de vérités, des exagérations et des mensonges, mais point la haine brute, l'injustice préméditée, la calomnie systématique. Tout le monde demeurait d'accord que la nature a créé la France belle et que la France s'est fait un beau génie, exprimé par une langue à laquelle le concert des peuples décernait un brevet d'universalité. Les étrangers qui nous aimaient le moins venaient visiter notre pays. Dans le programme d'une vie bien employée figurait toujours un voyage en France ; en toute éducation, le fran-
çais tenait sa grande place, et les rayons de toutes les bibliothèques étaient remplis par nos libraires. Des hommes cultivés de tous pays la France était la seconde patrie.
Que les temps sont changés!
Je sais bien que les raisons du changement sont diverses et nombreuses. La plus sérieuse est que l'Europe a fait, depuis un siècle, de grands progrès, et que des pays, autrefois nos tributaires, peuvent aujourd'hui se passer de nous. Mais il faut dire encore que les fabriques de pamphlets ont amélioré leur outillage et l'ont poussé à la perfection; elles tirent à des milliers d'exemplaires qui portent partout, en même temps que la critique méritée, le mensonge et l'injure.
Il existe quelque part un bureau central de calomnies, relié par des fils à des bureaux auxiliaires qui sont partout. La matière première que nous fournissons avec une libéralité fâcheuse est immédiatement saisie et façonnée.
Par exemple, des romans paraissent, dont l'auteur décrit des mœurs d'ouvriers, de paysans et de bourgeois, qu'il donne pour les mœurs de tous les ouvriers, de tous les bourgeois français. Nous savons, nous, ce qu'il en faut penser; mais, au dehors, tout le mal que nous disons de nousmêmes est réputé parole d'Évangile, et toute une
presse vertueuse nous accuse de vivre dans l'ordure.
Un incident se produit dans notre vie politique, malheureusement féconde en incidents : tout de suite il est exagéré, et le bruit en est partout répandu. Un parti fait à un de ses membres des funérailles publiques, à grand fracas (je parle d'un petit événement de l'été dernier) (1). Le moment est bien choisi : une grève a jeté dans la rue des milliers d'ouvriers. Comme nous sommes un peuple libre, et très libre, aucun excitant ne manque aux esprits échauffés. Des journaux, des orateurs de réunion publique, ont convoqué le peuple en masse. Mais le peuple ne vient pas : quelques centaines de manifestants (toujours les mêmes) entourent la maison mortuaire. En tout et pour tout, il y aura une bagarre comique sur une place. Mais M. le correspondant de la Gazette de Cologne était là. Il a tout regardé avec ses lunettes qui grossissent. Il a télégraphié à son journal, qui a lu la dépêche avec des lunettes de même espèce : « Corbillard arrive, a dit le correspondant, et tout le monde se découvre. » La Gazette s'imagine que Corbillard, pour être l'objet de ce respect universel, doit être quelque révolutionnaire. Elle transforme Corbillard en un
(1) Les funérailles d'un ancien membre de la Commune.
chef survivant de la Commune, et décrit la marche triomphale dudit Corbillard à travers Paris, qui le salue au passage : preuve certaine que nous aspirons à la restauration de la Commune et à la joie de nous brûler nous-mêmes.
Vous connaissez l'histoire des incidents de frontière. Plus d'une fois les torts y ont été partages assurément, et des nôtres y ont fait des sottises. Mais ce n'est pas nous qui avons invité poliment un officier de police à un rendez-vous d'affaires où il a trouvé des argousins qui l'ont saisi au collet. Ce ne sont pas des étudiants français qui ont insulté dans un buffet de chemin de fer deux personnes, dont l'une était une femme. Ce n'est pas un soldat français qui s'est caché pour tirer sur des chasseurs comme sur du gibier et qui a fait coup double. Ce n'est pas nous qui plantons aux portes des gares de la frontière un gendarme qui réclame le passeport, l'ouvre et toise du regard le voyageur. Et pourtant, c'est nous seuls qu'on accuse de violence contre les personnes et contre les choses. Un ministre n'at-il pas dit que les marchandises hongroises ne seraient pas en sûreté à l'Exposition, et que nos insultes, à nous Français, étaient à craindre pour le drapeau de Hongrie, pour ce drapeau que nous aimons et que ce ministre si impertinent envers nous cache humblement dans un pli du drapeau
d'Allemagne? Ne sont-ce pas enfin des journaux ministériels (ministériels pour des raisons claires et sonnantes) qui nous représentent an monde comme « un pays de sauvages »?
Oui, il y a un système de calomnies organisé contre nous, bien organisé. La conclusion en est répétée de temps à autre sous la forme de cet avis que vous pouvez lire dans les journaux allemands : « N'allez pas en France! »
Messieurs, l'Alliance française doit répliquer, partout où elle est représentée, par l'invitation contraire : « Venez en France! »
Venez en France! Mais que verront donc chez nous ceux qui viendront en France?
Je connais, Messieurs, nos misères de l'heure présente; je crois en avoir le sentiment amer et profond. Mais je sais aussi que nous avons des forces et des vertus, et que nos hôtes étrangers les voient.
Au mois de juillet dernier, un Berlinois, un professeur, venu à Paris pour y passer quelques semaines, se présentait chez moi sur la recommandation d'un ami commun. Je le reçus fort bien, ayant été moi-même toujours aimablement accueilli en Allemagne. J'estime, d'ailleurs, que la courtoisie envers les personnes est d'obligation stricte dans tous les pays, que nous aurions le plus grand tort d'y manquer, et qu'il nous faut
garder cette partie de notre patrimoine qui est la politesse française.
Mon Berlinois m'avoua qu'il n'était pas venu en France sans quelque appréhension. Ses collègues, quand il s'était ouvert à eux de son projet, lui avaient demandé s'il avait écrit son testament. Il avait été rassuré très vite : bien qu'il fût reconnaissais à l'accent, me dit-il, et bien qu'il fût allé partout (il avait entendu, le 14 juillet, les discours de la Ligue des patriotes devant la statue de Strasbourg), il n'avait recueilli aucun désagrément. Il trouvait Paris très beau, ce qui est aimable de la part d'un Berlinois, car le Berlinois professe une admiration sans limites pour sa ville natale. C'est en Allemagne un sujet inépuisable de plaisanteries, qui rappellent nos taquineries à l'adresse des Marseillais. Je lisais dernièrement le récit humoristique illustré du voyage d'un Berlinois au Tyrol. Un aubergiste tyrolien demandait à ce voyageur, en lui montrant le panorama des montagnes : « Avez-vous des montagnes comme cela à Berlin? » La question était perfide, car Berlin a, en effet, une montagne, un tas de sable haut de 15 à 20 mètres et qui s'appelle la montagne de la Croix. Sur ce sommet, un roi de Prusse a fait élever un monument d'où les ascensionnistes contemplent la ville. Le citadin sentit la malice. Il renia le Kreuzberg et ré-
pondit simplement : « Non, nous n'avons pas de montagnes; mais, si nous en avions, elles seraient bien plus hautes que cela! » Je liens à dire que je comprends l'affection des Berlinois pour une ville où je me suis toujours bien plu; je me sentis d'autant plus agréablement flatté lorsque mon hôte me vanta la beauté de Paris. Que pensait-il des Parisiens? Vous ne devineriez pas en mille l'objet qui l'avait tout d'abord et le plus vivement frappé. C'était que les nègres qu'on voit dans nos rues y circulent tranquillement, comme les autres hommes. Je ne compris pas le sens de cette observation : « S'il y avait, lui dis-je, quelques nègres à Berlin, comme il s'en trouve à Paris, vous vous habitueriez à les voir et, tout comme nous, vous les laisseriez passer sans vous retourner. » Il me trouva évidemment ober/Iâchlich, c'est-à-dire superficiel. C'est un des reproches que nous adressent le plus volontiers les Allemands, qui, en toutes choses, croient voir plus avant que nous. Ce qu'il voyait, lui, dans notre façon d'être avec les nègres, c'était une manifestation de « notre esprit démocratique ». Faut-il vous l'avouer? A la réflexion, me rappelant l'antipathie que certaine race éprouve pour les hommes de couleur, j'en suis venu à croire que le Berlinois pouvait bien avoir un peu raison. Nous sommes si humains que, sous les
peaux de toute couleur, nous trouvons tout de suite l'homme.
Cette première confidence de mon hôte fut suivie d'une autre. « Je ne me doutais pas du tout, me dit-il, de ce que pouvait être l'esprit démocratique; à présent, je le sais. » Je cite ses paroles textuellement. Je voulus apprendre de lui comment il avait découvert en quinze jours — car il était à Paris seulement depuis quinze jours — l'esprit démocratique. C'était à toutes sortes de signes : à un air partout répandu de familiarité, de cordialité, à la manière dont nous nous abordons et nous entretenons les uns les autres, au ton des ordres donnés à des domestiques, à la mine modeste des agents de police, qui n'ont pas l'air, comme les gendarmes allemands, de porter un monde sur leurs épaules, à la circulation où la blouse et la redingote se mêlent(comme les blancs et les nègres) tout naturellement. Il avait vu un monsieur bien mis aider une femme à ramasser des pommes de terre tombées d'un panier. Il n'avait trouvé nulle part ni morgue ni brutalité. Cette libre allure, cette bonne humeur, ce va-et-vient d'égaux, tout cela lui paraissait charmant et pas d'un « pays de sauvages » .
Il me parla encore de notre activité, de notre rapidité, de notre gaieté dans le travail. Il avait regardé passer l'ouvrière qui se rend à l'ate-
lier en bavardant el en riant. Il avait écouté avec grand plaisir des peintres en bâtiment « qui chantaient des bèlises ». Trois personnages surtout l'avaient étonné : le placier de commerce, dont les cartons glissentdans les intersticesde la cohue, rue Montmartre; la marchande de journaux, qui en un même moment reçoit plusieurs paquets, paie les porteurs, ploie ses journaux, les débite et en touche le prix; le garçon de restaurant populaire, qui, à l'heure du coup de feu, reçoit les commandes les plus diverses, n'en écrit aucune, a l'air de servir tout le monde en même temps, vous jette en passant des nouvelles du plat qu'il n'a peut-être pas commandé, mais qui va bien, déplace devant vous un verre ou une assiette, frappe la nappe d'un coup de torchon et vous fait croire qu'il n'est occupé que de vous. De ces petits faits, d'autres encore, il concluait par induction que la France n'est pas si ruinée qu'on le dit au dehors, et même qu'elle ne sera jamais ruinée, puisqu'elle travaille beaucoup et sait travailler.
Que voulez-vous? Cette conversation m'a fait plaisir! Elle est un bon argument pour mon sujet: appelons chez nous les étrangers !
Appelons-les et recevons-les bien. Nous avons des devoirs envers eux, dont il faut nous pénétrer. Je sais bien que tous les peuples sont
occupés, aujourd'hui, à s'entourer de barrières et à expulser les éléments étrangers. La langue de la France et les goûts français ne sont plus en honneur chez nos voisins de l'Est. On les poursuit jusque sur les menus de table, on les traque jusque dans les cuisines. C'est un fait avéré que la connaissance du français n'est plus si répandue en Allemagne qu'autrefois. Soit! Les Aile-" mands désapprennent notre langue et nous commençons à apprendre la leur. Grand bien leur fasse, et à nous aussi!... N'imitons point ce mépris de l'étranger. Vous me direz que nous avons des précautions à prendre à l'égard des inconnus. Mais nous exagérons la prudence et la défiance. Notre- manie de voir des espions partout est un peu sotte, et elle est dangereuse. Elle nous mènerait à nous renfermer en nous-mêmes. Or, notre nature à nous, notre mission, est de répandre au dehors notre esprit : à plus forte raison de faire bon accueil à ceux qui viennent le chercher chez nous.
Puisque c'est d'étudiants étrangers qu'il s'agit, je dirai que nous, j'entends nous les universitaires, nous ne nous donnons pas assez de peine pour les attirer. Quand nous leur accordons l'équivalence de leurs grades avec le baccalauréat, nous leur demandons de l'argent. Ce petit tribut ne nous enrichit pas, et en d'autres
pays on se garde de le percevoir. Ils ont le désir naturel d'emporter de chez nous un certificat attestant les études qu'ils y ont faites : nous n'ayons pas trouvé le moyen de les satisfaire. Sans doute, il ne faut pas leur donner des privilèges aux dépens de nos nationaux; ce serait pure duperie. Nous ne devons pas conférer à des étrangers, par exemple, plus libéralement qu'à des Français, le droit à l'exercice de professions en France. Que ceux qui veulent profiter des avantages donnés par nos lois se soumeLtent à nos lois, rien de mieux. Mais il serait aisé d'assouplir pour les autres la rigidité de notre système d'examens. Je vois arriver chaque année des jeunes gens qui viennent de pays lointains pour y retourner. Ils sont, par exemple, étudiants à la Faculté des lettres. S'ils veulent obtenir un diplôme officiel, ils doivent se préparer à la licence es lettres, comme les étudiants qui se destinent au professorat dans nos collèges! C'est absurde. À la Sorbonne, nous avons institué une attestation d'éludés supérieures que nous décernons aux étrangers et aux Français qui ont travaillé chez nous librement, sans rechercher un grade • officiel quelconque. C'est fort bien, mais il faudrait généraliser la mesure et lui donner un caractère public. Une étudiante étrangère m'exprimait, un jour, le regret de ne pouvoir passer un
examen sur les cours qu'elle avait suivis et les matières qu'elle avait apprises pendant ses études en France. Elle avait raison. Nous aurions dû l'interroger et lui donner un beau diplôme en parchemin, avec la signature du ministre de l'Instruction publique et de grands cachets de cire violette.
Je voudrais, en terminant, adresser quelques mots aux étudiants français.
Si j'étais étudiant, comme je ferais la cour aux étudiants étrangers!
Je serais aimable avec eux jusqu'à la coquetterie. Je leur ferais les honneurs de la bonne hospitalité française. S'ils vivent entre eux, comme ils font d'ordinaire, je trouverais bien moyen d'arriver jusqu'à eux et de leur faire aimer ma compagnie. Puis, je les attirerais dans les groupes français, je les égaierais au contact de notre gaieté. Je leur parlerais de leur pays et du mien, des choses qu'ils voient et de celles qu'ils ne voient pas en France. Je plaiderais devant eux notre cause, et je la gagnerais. La cause n'est-elle pas, en effet, grande et belle? Ne sommes-nous pas le seul peuple au monde qui se soit imaginé de vouloir vivre sous les lois de la seule raison? Notre marche estdifficile, c'est vrai, parce que nous allons sur la corde raido sans balancier. Nous n'avons ni hiérarchie des
classes, ni pouvoir monarchique, rien qui soutienne ou retienne. Ailleurs, l'autorité descend du ciel et de l'histoire; ici, elle monte du sol et du présent, du sol qui tremble et du présent agité par des passions et des folies. Gagnerons-nous notre gageure contre toutes les coutumes et toutes les règles usitées avant nous de la vie politique? Je ne sais pas; mais je sais bien que, tôt ou tard, les peuples en viendront où nous sommes, et je doute qu'ils se tirent aussi bien que nous de cette hardie expérience que nous faisons de réaliser l'égalité dans la liberté.
Croyez bien, en tout cas, qu'il est, par toute la terre et chez tous les peuples, des hommes qui rendent justice à nos efforts. Nous ne pouvons que gagner à multiplier le nombre de ces amis.
Je reviens à mon point de départ. Aidez l'Alliance française à porter au loin dans le monde notre langue et notre esprit; aidez-la dans sa propagande patriotique, afin qu'elle puisse ajouter de nouvelles écoles à celles où le génie de la France appelle à lui les petits enfants, afin qu'elle montre à des jeunes gens le chemin de la France. Ces jeunes gens verront de leurs yeux que ce pays calomnié vit, pense et travaille. Ils n'auront pas de peine à découvrir qu'il ne vit pas, ne pense pas, ne travaille pas que pour lui. S'il r ' * T s qui ait le droit, en ce moment, d'êUe
égoïste, c'est la France. Pourtant, s'il est un pays qui aime la justice hors de chez lui, qui souffre des torts faits à autrui et s'intéresse au sort de tous les malheureux, c'est encore la France. Et nous la servons en la faisant connaître, parce qu'on ne peut la connaître sans l'aimer.