LES SIX PREMIERS MOIS DE CAMPAGNE RUSSE
i5 septembre, les Autrichiens étaient en pleine retraite sur Cracovie.
Les victoires de Galicie correspondaient à la victoire de la Marne, et les radiotélégrammes des deux généralissimes français et russe se croisaient dans les airs, au-dessus de ces champs de batailles, si lontains l'un de l'autre, où l'orgueil allemand venait de recevoir sa première atteinte.
Et pendant que les opérations vont prendre en France cette forme étrange et stationnaire de la guerre de tranchées, la guerre conserve, au contraire, du côté des Russes, son caractère classique de guerre de mouvements.
Après la victoire de Lemberg, les Russes investissent Przemysl et occupent la Galicie, jusqu'aux Carpathes; ils se rapprochent de Cracovie et menacent la Silésie. Le général von Hindenburg a constitué pendant ce temps une forte armée, sur le front Posen- Breslau ; il arrête la déroute des Autrichiens, et prend l'offensive dans le sud de la Pologne. Son objectif est Varsovie. Les Russes reculent et se dérobent. L'armée austro-allemande arrive presque à la Vistule, lorsqu'elle est attaquée sur son aile gauche par les armées russes débouchant de Varsovie et de Novogeorgiesk. Menacés d'enveloppement, les Allemands sont obligés de se replier après des combats acharnés. La retraite se transforme en une sorte de déroute, et le 6 novembre, le grand-duc Nicolas annonce pour la deuxième fois une grande victoire. La cavalerie russe atteintla frontière allemande sur plusieurs points. Une offensive générale paraît se dessiner vers Cracovie et la Silésie. La Prusse orientale est de nouveau envahie et les avant-gardes russes descendent en Hongrie.
C'est à ce moment que se livrait chez nous la ter-
rible bataille des Flandres. Seize corps d'armée se ruaient en colonnes serrées pour briser les lignes alliées et prendre Calais ! Les Russes pouvaient espérer ne trouver devant eux que des forces affaiblies, numériquement et moralement, mais ils avaient affaire à un adversaire autrement habile et clairvoyant que le Kaiser.
Le maréchal von Hindenburg, avec une rapidité et une décision qu'on ne peut qu'admirer, reconstituait son armée autour deThorn, rappelait à lui une partie de l'armée de Prusse orientale, et, dès le 12 novembre, il attaquait l'aile droite des Russes, entre la Vistule et Lodz. Ceux-ci font face immédiatement. Une grande bataille s'engage entre Lodz et Lowicz. Deux corps d'armée allemands sont enveloppés et n'échappent à la capitulation qu'en perdant la moitié de leur effectif. Mais les corps d'armée russes, enchevêtrés avec les corps allemands, échappent au commandement suprême. Le grand-duc Nicolas exécute alors un superbe recul stratégique, redresse sa ligne et s'établit fortement sur les rivières Bzoura, Rawka, Pilika et Nidda. C'est ce recul, et l'abandon de Lodz qui en est laconséquence, que les Allemands transformèrent en une grande victoire. On en avait besoin pour ranimer l'enthousiasme. La bataille des Flandres tournait de plus en plus mal. On pavoisa à Berlin 1
Or, à partir de la fin de novembre, Hindenburg essaie en vain de percer vers Varsovie. Il épuise ses forces, pendant le mois de décembre, contre le barrage infranchissable que lui opposent les Russes. On a donné à l'ensemble de ces combats le nom de bataille des Quatre- Rivièr es .
A partir du mois de janvier, les deux adversaires en sont réduits à faire de la guerre de tranchées, comme en Occident, sur le front polonais. Mais de