LES SIX PREMIER? MOTS DE CAMPAGNE RUSSE
nouvelles armées russes se sont constituées sur ia Vistule et en Galicie, et, dès la fin de janvier, elles marquent leur existence par deux offensives simultanées aux ailes.
Les Russes pénètrent pour la troisième fois en Prusse orientale et s'avancent rapidement, au nord de la Vistule, dans la direction de Thorn, tandis qu'ils refoulent les Autrichiens dans les Carpathes et menacent de nouveau la Hongrie. Nous voyons alors une dernière tentative faite par Hindenburg pour ouvrir la route de Varsovie. Autour de Sochatzef, de Lowicz, de Bolimof et Borgimof, une nouvelle bataille s'engage, plus courte et plus meurtrière que les "précédentes. Les Allemands continuent leur folle tactique d'attaques en masse et sont fauchés par le feu des Russes, laissant sur place, par un froid terrible, des monceaux de blessés et de morts. Il en est de même dans les Carpathes, en particulier autour des cols de Dukla et de Uszok.
Il se produit alors un changement stratégique très curieux et très symptomatique. Les Autrichiens, constamment défaits, sont épuisés et démoralisés. Les Hongrois parlent de paix séparée. L'attitude de la Roumanie et de l'Italie devient inquiétante. Si l'armée roumaine entre en ligne, à côté de l'armée serbe reconstituée, et donne la main aux Russes débouchant de la Bukovine, c'est la Hongrie envahie, Budapest et Vienne menacées, l'Autriche en danger! L'Etatmajor allemand prend alors la direction complète des opérations; il envoie des corps d'armée allemands renforcer et ranimer les armées autrichiennes. Il fait face partout avec une singulière énergie. Mais une telle dispersion de ses forces paraît incompatible avec les principes de la guerre décisive qui caractérisaient la stratégie allemande. Le poids delà guerre retombe,
de plus en plus, sur les armées allemandes, déjà fortement décimées. Allons-nous assister aux derniers efforts d'une puissance militaire qui paraissait si formidable, et qui, après avoir été frappée de vertige, semble irrémédiablement atteinte dans ses sources vives ?
En février 191 5, le maréchal von Hindenburg, abandonnant la Pologne, s'est porté en Prusse orientale, où le danger devenait pressant, et refoule à nouveau, non sans peine, les Russes, mais que signifierait même une victoire sur ce théâtre d'opération lointain et excentrique, si les masses russes parviennent à reprendre l'offensive vers la Silésie et à travers les Carpathes ?
Les navettes stratégiques de Monsieur de Hindenburg, si rapides soient-elles grâce à l'admirable réseau ferré des Allemands, seront impuissantes à nourrir la lutte sur cet immense front. A ce terrible jeu, il n'y a pas de forces qui ne s'usent, et celles des Allemands sentent déjà l'épuisement. Nous en sommes à la quatrième offensive allemande. Nous verrons bientôt la troisième offensive russe, et celle-ci sera probablement décisive (1).
(1) Nous avons laissé cette conjecture que les événements ont démentie. Mais on ne pouvait prévoir alors la crise politique et militaire qui allait mettre la Russie à la merci de l'offensive allemande. La trahison y a eu sa part. Il faut aussi tenir compte de l'infériorité de l'usine de guerre russe et des difficultés de ravitaillement de nos alliés. L'échec du forcement des Dardanelles a eu sa répercussion sur l'offensive allemande en Pologne.
Février i g i 5.