ATTAQUES D'ARTOIS ET DE CHAMPAGNE L'ÉCHEC DES DARDANELLES
RÉSUMÉ DE CETTE PÉRIODE
Au moment où les Russes arrivaient aux Carpathes et commençaient à descendre le versant hongrois, l'Etatmajor allemand lançait contre eux une formidable offensive, préparée au cours de l'hiver.
Il semble que la stratégie russe n'ait pas prévu suffisamment le danger qui la menaçait. Portant son effort principal sur les chemins qui vont de la Galicie à Budapest, elle tentait évidemment à la fois une manœuvre
d'aspiration de la Roumanie et la défaite de l'Autriche. Elle gardait une attitude défensive en Pologne. Entre les armées opérant en Pologne et sur les Carpathes, la liaison devait être solidement assurée dans la trouée de Cracovie, sur la Dounaietz et le San. C'était le point faible. C'est là que les Allemands frappèrent avec des moyens d'action très supérieurs à ce qui avait été fait précédemment. Ils accumulèrent en particulier une artillerie lourde de très gros calibre, et écrasèrent les lignes russes sous des ouragans de fer et de feu. Puis ils attaquèrent en masses épaisses, en phalanges.
Par une coïncidence singulière, les Russes se trouvèrent soudain à court de munitions. Cette crise, où la trahison joue certainement un rôle, n'a pas été encore éclaircie. Il y a lieu de croire que les incuries de l'administration, les difficultés du ravitaillement extérieur, des troubles et des accidents dans le fonctionnement des usines, contribuèrent à cette pénurie soudaine des obus, qui faillit amener un désastre sans exemple.
Heureusement le sang-froid du haut commandement et l'énergie combative du soldat russe permirent aux armées de battre en retraite méthodiquement et lentement sans qu'aucune d'elles ait subi une catastrophe du genre de celles de Sedan ou de Metz.
Les armées austro-allemandes mirent cinq mois à envahir la Pologne, la Lithuanie, la Courlande, la Wolhynie, et elles durent s'arrêter, épuisées, devant la barrière formée par les armées russes de la Dvina au Pripet et au Dniester. Pétrograd, Moscou, Kiev, objectifs stratégiques, ne furent pas atteints.
La victoire allemande eut néanmoins un grand retentissement, en particulier dans les Balkans et chez les neutres.
Mais sur le front occidental les Allemands se maintenaient avec peine. Les offensives françaises d'Artois (mai-juin) et de Champagne (tin septembre) furent des succès tactiques et gagnèrent du terrain. Elles soulagèrent dans une certaine mesure le front russe, et montrèrent que la France et l'Angleterre, étroitement unies, étaient capables d'un effort prolongé et progressif.