‹ Études et impressions de guerreChapitre 4 sur 38 · LES CHAMPS DE BATAILLE DE LA MARNE · texte numérisé non relu

LES CHAMPS DE BATAILLE DE LA MARNE

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Octobre igi5.

LA VICTOIRE DE LA MARNE

La bataille (13 Septembre)

La bataille de la Marne a commencé le 5 septembre, avec l'intervention de l'armée de Paris sur la droite de l'armée von Klûck. L'ordre général du généralissime, en date du 5 septembre au matin, prescrivait de prendre l'offensive sur toute la ligne le 6, conformément aux prévisions du dispositif ordonné le 4 au soir. Ainsi fut fait, mais l'attaque qui surgissait soudain de Paris se heurta, dès le 5 septembre dans l'après-midi, aux avant-postes du 4 e corps allemand de réserve, flanc-garde de l'armée von Klûck, au nord-ouest de Meaux. De violents combats s'engagèrent immédiatement à Penchard, Monthyon, Neufmontiers. Nos avant-gardes enlevèrent ces villages, et le 5 au soir, la manœuvre qui allait donner lieu à la bataille de l'Ourcq et jouer un rôle décisif dans la bataille de la Marne était en pleine exécution.

Il semble qu'il se soit produit dans le public quelque confusion et qu'on soit porté aujourd'hui à distinguer et à séparer les deux batailles de l'Ourcq et de la Marne. Des récits particuliers et fort intéressants ont été consacrés récemment à la bataille de l'Ourcq. Elle a pu en effet être étudiée facilement sur les lieux mêmes, puisqu'elle a été livrée à proxi-

mité de Paris. Le champ de bataille est déjà un but de pèlerinage et de manifestations patriotiques, qu'on ne saurait trop encourager, tandis qu'il est assez difficile encore de se transporter sur les autres terrains où tant de sang fut versé, où tant d'héroïsme fut dépensé, où tant de gloire fut acquise.

La bataille générale s'est développée sur un front de près de 200 kilomètres, s'échelonnant pour ainsi dire de la gauche à la droite. Et si la victoire a été incontestable le 12 septembre, les combats se sont prolongés à notre aile droite, devant TArgonne, jusqu'au 14 septembre.

Il n'y a donc eu qu'une seule bataille, et on ne saurait autrement la diviser, pour la décrire et l'analyser, que par journées et par armées.

Cependant, comme la manœuvre de l'armée Maunoury a bien été la cause déterminante de la reprise de l'offensive, c'est à juste titre qu'on doit la mettre au premier plan dans un tableau d'ensemble comme celui où nous essayons de fixer les traits essentiels d'une bataille qui, nous nous plaisons à le répéter, n'a pas d'égale dans l'Histoire.

La 6 e armée, placée sous le commandement du général Maunoury, avait été constituée le 26 août dans la région d'Amiens. Elle comprenait la 14 e division (7 e corps) et des divisions de réserve, pour la plupart transportées de Lorraine où elles avaient pris part aux premières batailles. Le corps de cavalerie Sordet coopérait avec elle. Elle entra en ligne le 29 août, au sud de la Somme. Dans l'esprit du général en chef, elle était destinée à appuyer l'armée anglaise, fortement pressée par l'enveloppement de l'armée von Klûck, à intervenir par une manœuvre contraire sur la droite de cette armée, pendant que l'offensive générale serait reprise par toutes nos

LA VICTOIRE DE LA MARNE

armées. Éventuellement elle devait se retirer sur Paris, couvrir la capitale et concourir à sa défense.

La 6* armée combattit le 29 sur le front Proyart, Framerville, Chaulnes. Quand, malgré les succès de notre contre-offensive, en particulier à Guise (5° armée), le généralissime décida de continuer la retraite vers la Marne, l'armée Maunoury reflua sur Clermont, puis sur le camp retranché de Paris, où elle s'établit le 2 septembre dans la région nord.

Le général Galliéni venait d'être nommé gouverneur militaire de Paris et avait réclamé l'augmentation des forces de la défense; l'armée Maunoury allait en former la partie mobile. Mais le recul de nos armées sur la ligne générale Paris- Verdun devait entraîner l'absorption des deux grandes places dans le plan d'opérations du généralissime.

Le 2 septembre, en effet, une décision du ministre de la Guerre plaça l'armée de Paris sous les ordres supérieurs du général en chef. C'est peut-être de cette mesure opportune qu'est sortie la bâtai Ile de la Marne, car elle associait étroitement le général en chef et le gouverneur militaire de Paris à l'œuvre commune. Leur entente allait mettre à profit l'occasion favorable que la présomption de l'ennemi offrait enfin à notre stratégie.

En effet, le 3 septembre, les postes d'observation du nord de Paris signalèrent que les têtes de colonnes de l'armée von Klûck, qui avaient atteint Senlis et Nanteuil, semblaient, après s'être arrêtées, s'infléchir vers le sud-est, dans la direction de Meaux. Les reconnaissances confirmèrent le lendemain que le terrain était libre au nord de Paris et que l'armée von Klûck défilait au nord-est, se portant sur la Marne. Il n'y avait aucun doute à avoir que, remettant à plus tard l'attaque brusquée qu'on avait pu

craindre sur Paris, l'aile droite allemande, ayant achevé sa grande conversion, se portait à la bataille générale et décisive que le plan allemand, fidèle à la doctrine de guerre, recherchait pour achever la destruction de nos armées.

Le changement de direction de von Klûck était en lui-même logique, et on ne peut le considérer comme une faute stratégique. Que von Klûck ait obéi à des directives supérieures ou qu'il ait agi de sa propre initiative, son mouvement devait l'amener à concourir à nouveau, en temps utile, à l'enveloppement et à l'écrasement de notre aile gauche. Mais la chose étonnante, extraordinaire, fut que von Klûck et l'Etat-major allemand n'aient pas été informés, n'aient pas même soupçonné qu'il y avait dans le camp retranché de Paris une armée capable de prendre l'offensive et d'intervenir au moment opportun. Pour une fois, l'espionnage qui sévissait encore dans la capitale manqua son coup. Mais, même mal renseignés, les chefs allemands auraient dû prévoir et craindre toutau moins unesorrie de lagarnison (i). Von Klûck crut prendre des précautions suffisantes en couvrant son flanc exposé par un corps d'armée, le 4 e corps de réserve, qui prit position sur les hauteurs au nord de Meaux. On doit présumer aussi que les Allemands s'imaginaient que l'armée anglaise n'avait plus de consistance et qu'ils la renverseraient facilement pour faire converger ensuite leurs efforts sur notre 5 e armée.

Le 4 septembre, le général en chef et le gouverneur

(i) 11 est possible aussi que von Kliick, sachant que le gouvernement avait quitté Paris et que la prise de la capitale ne donnerait pas le moyen de traiter, n'ait pas voulu engager son armée dans une bataille de faubourgs, meurtrière et sans objet autre que la destruction de la cité.

LA VICTOIRE DE LA MARNE

militaire prirent d'un commun accord la décision ique comportait la situation nouvelle. Elle fut trauluite dans les ordres donnés le soir même et complé- 2tés le 5 au matin (i). Ils contenaient en germe toute

la victoire de la Marne I On peut les résumer ainsi : Toffensive générale, attaque centrale par les 4% 5 e et armées et l'armée anglaise, attaques de flanc, à qauche par l'armée Maunoury, et à droite par la

3 e armée, Sarrail.

A cette date, les cinq armées allemandes, von

Klûck, von Bulow, von Hausen, duc de Wurtemberg,

Kronprinz, débouchaient en masse sur la Marne. ^Les trois premières la franchissaient de Meaux à IChâlons, tandis que les deux autres, descendant de

:haque côté de l'Argonne, se portaient sur l'Ornain. -.'L'armée du Kronprinz visait particulièrement Verudun.

L'attaque française devait s'ébranler le 6. Nous •vavons vu que, dès l'après-midi du 5, l'armée Maunoury était aux prises avec la flanc-garde de von LKlûck.

Cette armée avait été renforcée par la 45 e division, venant d'Algérie, par une brigade d'infanterie marocaine et par le 4 e corps, prélevé sur la 3 e armée, et qui •'n'entra en ligne qu'à partir du 6 septembre.

Le 4 septembre au matin, le général Galliéni avait imis le général Maunoury au courant de la situation et lui avait indiqué la manœuvre possible. Toutes ses > troupes devaient être orientées et prêtes à marcher vers Test le soir même.

Conformément aux ordres du général Joffre, l'armée Maunoury poussait franchement de l'avant le 5 septembre et prenait le contact avec le 4 e corps alle-

(1) Voir aux annexes.

mand. Par sa gauche elle dépassait et débordait les éléments de droite des positions allemandes vers Acy-en-Multien. Le 6, elle s'engageait à fond, comme les autres armées. Son objectif capital était Nanteuille-Haudouin, par où elle pouvait prendre à revers la ligne de bataille de l'armée von Klûck, aux prises avec les Anglais. C'est sur cet étroit espace compris entre la rive droite de l'Ourcq et Nanteuil que pendant quatre jours se joua la partie décisive de la grande bataille.

Décisive ! L'expression pourra paraître surprenante à l'égard des admirables combats livrés par nos autres armées et auxquels nous rendrons tout à l'heure la part qui leur est due.

Tous les efforts se sont remarquablement enchaînés. Jamais peut-être dans aucune autre bataille un tel élan offensif n'a été aussi continu, aussi égal partout, aussi lié d'un bout à l'autre d'un champ d'action dont les dimensions étaient inusitées. Et cependant le duel Maunoury-von KAùck a été le nœud de la lutte. Si la 6 e armée avait succombé, la victoire n'eût sans doute pas été acquise aux Allemands, mais le dénouement serait resté indécis, et les deux adversaires auraient commencé dès lors, sur les rives de la Marne, cette guerre de tranchées qui étonne le monde! C'eût été une plus grande partie de notre sol souillée et dévastée par l'invasion! C'eût été toutes nos provinces du nord, Calais, Dunkerque, aux mains de l'ennemi l La défaite et la retraite de von Klûck ont entraîné la rupture de toute la ligne allemande.

Et l'on sait aujourd'hui avec quelle habileté et quelle âpreté le général allemand, surpris par l'attaque qu'il n'avait pas pressentie, sut faire face au danger, rétablir une situation compromise, mettre son adversaire à son tour en péril. Nous ne connaîtrons qu 'après

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la guerre les raisons secrètes de la défaillance dernière qui, dans la nuit du 9 au 10 septembre, obligea les corps allemands, presque victorieux la veille, à abandonner la lutte et a se dérober rapidement (1). Mais nous savons fort bien maintenant que Maunoury et ses soldats opposèrent la plus inébranlable fermeté aux retours offensifs de toute l'armée von Klûck remontée en hâte vers le nord; que le 9, quand nos divisions faiblissaient et reculaient au nord de Nanteuil, menacées d'enveloppement à leur tour, le général en chef ayant prescrit de continuer l'offensive pour aider l'avance déjà marquée des 5 e et 9 e armées et de l'armée anglaise, le mouvement de recul fut aussitôt arrêté, et que jusqu'à la nuit nos troupes des y r et 14 e divisions, malgré leur épuisement, contre-attaquèrent sans relâche, résolues à tenir, comme on le leur avait demandé, jusqu'au dernier homme.

Faut-il rappeler aussi avec quelle attention perspicace le gouverneur militaire de Paris suivait l'action de la 6 e armée et la renforçait chaque jour avec tous les éléments dont il disposait? Tous les Parisiens présents à Paris le 8 septembre n'oublieront jamais cette exode des taxi-autos qui s'en allèrent transporter, à raison de cinq hommes par voiture, les troupes de la 7* division jusqu'à la zone de feu.

Le 10 septembre, en cette même et heureuse journée, l'armée anglaise, qui avait passé de vive force la Marne le 9, pénétrait dans la trouée ouverte entre von Klûck et von Bûlow, et son apparition, un peu tardive, sur la gauche de von Klûck était sans doute une des causes qui déterminaient ce dernier à la retraite.

(1) Il est certain que l'armée von Klûck eut à son tour sa crise de munitions, que son artillerie lourde était restée en arrière, et que son infanterie était extrêmement fatiguée.

Simultanément la 5 e armée, Franchet d'Espérey, victorieuse sur les glorieux champs de bataille de Montmirail, de Vauxchamps et de Champaubert, atteignait et passait la Marne à Château-Thierry, refoulant l'armée von Bûlow. Elle pouvait, dès le 10, prêter un de ses corps d'armée à la 9 e armée.

La 9 e armée, Foch, n'entrait à Châlons-sur-Marne que le 12, mais le 10, elle avait mis la garde impériale en déroute dans les fameux marais de Saint- Gond. Des combats d'une violence extrême se livrèrent les 9 et 10, aux abords de ces marais, autour de Saint-Prix et du château de Mondement.

L'intervention du 10 e corps, détaché de la 5 e armée, permit au général Foch de faire une très brillante manœuvre qui enfonça la gauche de l'armée de von Hausen.

La 4 e armée, de Langle de Cary, après une lutte très dure, au cours de laquelle il fallut la renforcer d'un corps d'armée de Lorraine, s'emparait de la igne de l'Ornain le 12 et entrait à Vitry et à Sermaize.

La 3 e armée, Sarrail, s'était trouvée dans des conditions particulièrement difficiles. Appuyant sa droite à Verdun, elle avait pivoté et fait face au nord-ouest, sa gauche à l'Ornain, vers Revigny. L'armée du Kronprinz, qui lui était supérieure du double, dut ainsi, au sortir del'Argonne, dévier sa direction générale nord-sud et obliquer au sud-est et à l'est. Tandis que le duc de Wurtemberg tenait tête à l'armée de Langle, le Kronprinz essaya de faire passer sa droite entre la 4 e et la 3 e armée par Revigny et d'atteindre ainsi Bar-le-Duc ; il tournait ainsi la 3 e armée, tandis que des corps d'armée, détachés des armées de Lorraine, attaquaient Verdun et Saint-Mihiel sur les derrières de la 3 e armée. Celle-ci résista avec une

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énergie invincible à toutes les attaques. L'entrée en ligne d'un corps d'armée de renfort arrêta les tentatives d'offensive sur Bar-le-Duc. Les 12 et i3 septembre, le Kronprinz, apprenant la retraite générale des armées allemandes, se repliait à son tour sur l'Argonne.

Voici un bien pâle résumé du rôle joué par chacune de nos armées dans cette bataille. Nous ne voudrions pas qu'on pût nous reprocher de leur avoir fait des parts de proportions inégales. 11 n'est pas possible, dans de brèves chroniques, de détailler de tels hauts faits (1). Nous avons essayé simplement de mettre surtout en lumière la liaison des divers actes accomplis par ces armées. Ce n'est pas d'ailleurs un récit que nous faisons, c'est un hommage que nous rendons, en ces premiers anniversaires, à ceux qui forcèrent la victoire. Nous associons aujourd'hui les noms des chefs, qui sont sur toutes les bouches, à tous les noms inconnus des soldats qui ont exécuté leurs ordres.

Si l'on veut trop analyser de pareils événements, on risque d'en abaisser la grandeur. Nous n'en sommes pas encore à l'heure de la critique historique. Il y a eu un fait dont il est impossible, dont il serait vain de méconnaître l'éclat et la portée, c'est que des armées qui se croyaient victorieuses de par la supériorité de leur préparation et de leur organisation, qui avaient réalisé du premier coup la partie la plus audacieuse d'un plan formidable, ont été soudain renver-

(1) Plusieurs relations de la bataille de la Marne ont déjà paru, avec un caractère demi-officiel. Il parait difficile d'en faire un récit documenté et précis, tant que les archives des Etats-majors ne seront pas ouvertes. Des polémiques ont pu s'élever sur certains faits. Nous avons cherché surtout à donner une impression aussi juste que possible, et nous pouvons affirmer aujourd'hui à nos lecteurs que rien de ce que nous avons écrit ne sera démenti plus tard.

sécs et défaites par l'adversaire qu'elles s'imaginaient déjà à leur merci. Et qui oserait dire que ce ne fut pas une victoire, unique dans la galerie des victoires, cette bataille de six jours où l'on ne sait ce qu'il faut le plus admirer, le sang-froid et la lucidité des chefs, la hardiesse et l'opportunité des résolutions et des décisions aux heures les plus critiques, la persévérance et la coordination dans l'effort, la constance de tous les courages, l'exaltation et l'espoir qui soutinrent tous les cœurs dans une lutte suprême d'où dépendait le salut du pays ! De tels chefs et de tels soldats n'étaient-ils pas dignes de ce retour, non de fortune, mais de justice ?

On s'est parfois demandé pourquoi ils n'ont pas obtenu cette victoire dès le premier jour où ils ont été aux prises avec l'ennemi. S'ils avaient été vainqueurs à Gharleroi et dans les Ardennes, l'invasion eût été arrêtée, et même la guerre se fùt-elle prolongée, elle aurait épargné nos territoires.

On pourrait répondre, sans manquer d'arguments, que nos épreuves du début furent la résultante et la sanction de fautes et d'erreurs antérieures à la guerre. Mais ne vaut-il pas mieux admirer simplement comment tout a été réparé, comment les forces traditionnelles d'une armée et d'une nation qui paraissaient affaiblies — et n'était-ce pas sur cette déiailiauce apparente que l'ennemi avait fondé son guet-apens ? — ont réagi tout d'un coup et ont donné la preuve éclatante que la France n'avait rien perdu de son énergie guerrière !

Les soldats qui se battirent sur la Marne, après avoir subi durement ce que nous appelons l'épreuve du feu, avaient pu être un moment ébranlés. Mais ils étaient partis dans un tel sentiment unanime qu'il fallait en finir avec cet ennemi dont la menace

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incessante pesait sur le pays depuis quarante-cinq ans, ils avaient pris les armes avec un tel enthousiasme que, dans le temps si court qui s'écoula entre les premiers revers et la bataille de la Marne, la flamme qui brûlait dans leurs cœurs n'avait pu s'éteindre. Au cours d'une retraite qui fut marquée par de superbes retours offensifs, jamais le découragement n'envahit nos âmes. On sentait confusément, mais avec certitude, qu'il arriverait un moment où « on les aurait » ! Et c'est ainsi qu' « on les a eus » à la bataille de la Marne.

On ne saurait trop la commémorer. Et à défaut de solennité officielle, en attendant qu'on érige le grand monument de gloire de la France triomphante, tandis que la guerre se prolonge encore, pourquoi n élèverait-on pas déjà, sur le champ de bataille voisin de Paris, une haute colonne de la Victoire avec l'inscription :

Aux vainqueurs de la Marne, la patrie reconnaissante !

Octobre igr 5.

LES BATAILLES DE LORRAINE (Août-Septembre 1914)

Pendant que se livrait, entre Paris et Verdun, cette immortelle bataille de la Marne, dans ces mêmes champs catalauniques où, il y a quinze siècles, se brisèrent l'orgueil d'Attila et la fureur de ses hordes, d'autres combats avaient lieu en Lorraine et en Alsace, qui contribuèrent, eux aussi, à la victoire. S'ils n'eurent pas la portée que les projets primitifs de notre haut commandement leur avait attribuée, pour les raisons que nous allons indiquer, ils font néanmoins partie intégrante des hauts faits de nos armées, et il serait injuste de méconnaître le rôle qu'ont joué en août et en septembre les corps d'armée des généraux Dubail et de Castelnau et de ne pas rendre l'hommage qu'il mérite à l'héroïsme des défenseurs du Grand-Couronné de Nancy. Par eux a été préservée de la souillure de l'invasion la vieille capitale lorraine, par eux a été gagné et conserve le pan d'Alsace qui est le gage de la reprise prochaine l

Se souvient-on de quel tressaillement d'allégresse, de quel souffle d'enthousiasme, de quelle exaltation morale fut soulevée la France tout entière en apprenant, le 8 août, l'entrée de nos troupes à Mulhouse ?

La mobilisation était à peine terminée, la concentration de nos armées était en cours d'exécution, le plan allemand se laissait déjà entrevoir par l'attaque de Liège et par la violation de la Belgique. Et notre premier combat nous ouvrait la porte de l'Alsace, notre drapeau reparaissait, après quarante-cinq ans d'exil, sur la terre sacrée, jamais oubliée ! N'y avaitil pas de quoi exciter toutes les espérances ?

Les jours passèrent, et l'Alsace, à peine ouverte, se referma sur nos troupes frémissantes, contraintes à une retraite que les événements rendaient nécessaire. Mais si elles furent forcées d'abandonner Mulhouse, elles purent garder, comme témoignage de leurs premiers succès, les cantons vosgiens riverains de la frontière, et depuis cette époque, elles ont élargi, au prix de persévérants efforts, l'occupation des vallées qui conduisent à la plaine et au Rhin.

Nous étions, mes soldats et moi, au bord de la Meuse quand nous apprîmes le combat d'Altkirch et la prise de Mulhouse. Et l'ardeur de notre joie nous donna la certitude immédiate, profonde, qu'à notre tour nous allions, dans le grand flux de l'offensive, passer la frontière quelque part, de l'autre côté de la Moselle.

Deux jours plus tard, traversant les Côtes lorraines pour nous porter en couverture, je montrais à mes officiers, à l'aube d'une claire matinée d'été, la Woëvre, qui s'éveillait sous sa parure habituelle de brumes transparentes, gazes argentées laissant deviner les replis moelleux de la plaine féconde, les étangs étincelants au milieu des sombres frondaisons des forêts, les doubles allées de peupliers et d'ormeaux, ombrant les routes, les villages rougeâtres massés autour des clochers dont la pointe se couronne presque toujours d'un coq gaulois. Et leur

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indiquant au loin, à l'horizon indécis, quelques lignes plus distinctes, je leur disais : Saint-Privat I Gravelotte ! Metz ! Les Vosges ! Et au delà, la Terre Promise !

La Terre Promise ! Qui de nous eût douté alors que nous marchions vers elle ? Qui de nous songeait à d'autres combats que ceux qui s'engageraient en terre lorraine, pour la délivrance de notre Lorraine, de nos Vosges, de notre Alsace ? Qui songeait à Charleroi ?

Depuis quarante ans, toutes nos pensées, tous nos travaux, tous nos espoirs étaient tournés vers la frontière de la défaite, vers la réparation, vers la restitution 1 De la Meuse à la Moselle, de la Meurthe à la Sarre et aux Vosges, de la Sarre et des Vosges au Rhin, dans ce vaste et antique champ clos, enfermé entre les neutralités de la Belgique, du Luxembourg et de la Suisse, devait avoir lieu la grande rencontre, le choc prévu qui déciderait des destinées des deux adversaires irréconciliables, du spoliateur et du spolié I

Ce fut une erreur peut-être d'avoir trop concentré notre attention inquiète, notre vigilance militaire sur cette région de l'Est, comme nous l'appelions couramment, d'avoir cru que l'ennemi respecterait les droits d'autrui et nous aborderait sur ces mêmes terrains qui avaient fait l'enjeu de 1870 et qui restaient l'objet du litige. Erreur qui témoigne au moins de notre loyauté et de notre esprit de justice, et qui montre que nous ne recherchions dans une lutte nouvelle, si elle devait se produire, que la reprise de ce qui nous avait été injustement et violemment enlevé. Et jusque dans ces dernières années, où parurent se dévoiler des desseins plus étendus et plus troublants de la politique allemande, n'était-on pas fondé, par

l'étude et la comparaison des forces et des dispositifs de part et d'autre de la frontière, à conclure que, sous réserve de certaines diversions discutables, les masses principales, rassemblées en face l'une de l'autre, se heurteraient en deçà ou au delà des poteaux frontières, suivant que les stratégies opposées auraient déchaîné leurs offensives et pris l'initiative des opérations dans des conditions inégales de temps, de lieu et de méthode ?

On a reproché à notre État-major, depuis le fait accompli, de n'avoir pas prévu la manœuvre qui s'est opérée par la Belgique, de s'être laissé hypnotiser par le danger de l'Est, et d'avoir été ainsi surpris par l'attaque formidable venue du nord. Nous avons déjà dit, dans un chapitre précédent, notre pensée à ce sujet. Il n'y a pas de doute à avoir que toutes les probabilités et les possibilités de la violation de la Belgique avaient été envisagées dans l'élaboration et l'exécution de nos plans de concentration et d'opérations. Les variantes nécessaires, c'est-à-dire les déviations des trains de transport en cours de concentration et les navettes éventuelles en arrière du front, d'une zone d'opérations à l'autre, avaient été préparées. Et la meilleure preuve qu'elles ont fonctionné avec une régularité aussi remarquable que la concentration normale apparaît dans la remarquable exécution du changement de front et aussi dans la nouvelle répartition des forces qui transformèrent notre dispositif en portant la masse principale de la droite vers la gauche et en la redressant face au nord, contre les armées allemandes débouchant en Belgique et dans les Ardennes.

Mais toute modification aussi radicale d'un plan préconçu implique un certain déséquilibre momentané dans l'exécution et dans l'orientation nouvelle

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des opérations, et si l'audace de l'ennemi ne laisse pas le temps au commandement d'assurer sa maîtrise et la liaison des armées ainsi retournées, l'avantage reste acquis à la stratégie qui s'est maintenue immuable dans le développement de sa conception, qui sait où elle veut et où elle doit frapper, et elle conserve des chances de gagner une victoire décisive, tant que l'adversaire n'a pas suffisamment discerné et compris le péril et ne s'y est pas dérobé par une contre-manœuvre habile et opportune.

On peut appliquer aujourd'hui ces réflexions à ce qui s'est passé il y a un an, sans craindre d'être démenti. Notre stratégie a conjuré le danger auquel elle s'était exposée, et par un de ces justes retours dont l'Histoire est remplie, c'est la stratégie, trop sûre d'elle-même et du triomphe, qui a fauté par excès d'orgueil et de rigidité, et qui a été frappée du même coup dont elle avait cru accabler un adversaire surpris.

Il n'est pas superflu d'expliquer ces vicissitudes qui ont paru si émouvantes et si tragiques. Si lointaines qu'elles soient déjà dans le tableau, de plus en plus chargé, de cette sombre et interminable guerre, elles reviennent bien vite au premier plan, quand on recherche les grandes lignes et les traits essentiels ;

elles sont comme des clartés qui illuminent l'obscur

avenir.

Nous mîmes en ligne au début des opérations cinq armées, numérotées de i à 5, de la droite (Vosges) à la gauche (Meuse moyenne). Elles comprenaient nos 22 corps d'armée (y compris le 19 e corps d'Algérie et le corps colonial) et un certain nombre de groupes de divisions de réserve, les uns affectés à chaque armée, les autres indépendants.

Notre concentration était préparée de longue date

derrière le rideau des forteresses de la Meuse et de la Moselle. En avant, au plus près de la frontière, elle était protégée par les troupes de couverture qui avaient été notablement renforcées en 191 3, après le vote de la loi de trois ans, devant la menace de l'agression allemande. Le dispositif stratégique faisait naturellement face au nord-est entre Mézières et Belfort. Sans vouloir préciser les positions respectives des armées, qui se sont modifiées d'ailleurs dès les premiers jours de la guerre, nous pouvons dire aujourd'hui que notre plan d'opérations comportait une offensive d'ensemble, probablement l'aile droite en avant, avec les deux armées des Vosges et de Lorraine, les autres armées s'échelonnant et avançant suivant les circonstances au delà de la Meuse, au sud de Metz. L'idée d'offensive était devenue très nette et très formelle dans nos esprits. Elle tenait pour ainsi dire lieu de doctrine de guerre officielle. Les leçons de la guerre russo-japonaise et des guerres balkaniques paraissent avoir porté quelque trouble dans l'enseignement de l'école de guerre et dans les directives de notre grand Etat-major. Au moment où s'ouvrit la guerre, le débat était aigu entre les partisans de l'offensive à outrance et ceux qui, prévoyant la formidable manœuvre de l'Allemagne, penchaient vers une méthode plus prudente, plus avisée, qu'ils quaMùaïentde stratégie défensive et tactique offensive.

Cependant il fallait tenir compte des projets de l'ennemi, de ses premières manifestations, et de certaines particularités du théâtre d'opérations. Plusieurs hypothèses avaient été prévues et étudiées. En premier lieu, celle d'une attaque brusquée sur Nancy et sur nos places fortes de Verdun et de Toul. Il était constant que, depuis la prise de possession de TAlsace-Lorraine, les Allemands avaient

LES BATAILLES DE LORRAINE

transformé leur conquête en une place d'armes offensive où ils avaient accumulé les garnisons et tout l'outillage indispensable à la concentration rapide de leurs armées. En se montrant intransigeant sur la cession de Metz, de Moltke savait qu'il préparait ou laissait à ses successeurs le soin de préparer dans les meilleures conditions la prochaine guerre. Les revendications du germanisme pesaient moins dans ses prévisions que les avantages militaires de la base future d'opérations.

L'organisation défensive qui réédifia, en face de la frontière ouverte, une frontière militaire, fortement barrée, ne troubla pas d'abord les Allemands. Et si plus tard ils en envisagèrent la destruction et le forcement par des moyens appropriés, ils ne parurent pas abandonner leur plan classique d'attaque en masses contre le front Meuse-Moselle. Qu'ils fussent tentés de faire précéder leur offensive par un premier bond, exécuté avec leur armée d'Alsace-Lorraine, prête dès la première heure, sur Nancy ou sur Verdun, et de briser ainsi notre couverture trop mince, on pouvait le supposer. Et les précautions furent sans doute prises, puisque cette attaque brusquée n'eut pas lieu, que la bataille de Nancy, qui était présumée comme devant inaugurer la guerre, ne fut livrée qu'en septembre, en même temps que la bataille de la Marne, et qu'au contraire ce furent nos armées qui franchirent la frontière et attaquèrent à Sarrebourg et à Morhange. Tant il est vrai qu'il ne faut laisser au hasard rien de ce que la raison peut concevoir et ordonner I

L'offensive allemande, en se portant au delà de la frontière, trouvait devant elle deux directions divergentes, séparées par la place de Toul. Elle avait à choisir entre la Haute-Lorraine, au nord de Toul,

dont les routes aboutissaient à la Meuse (moitié contre la région fortifiée Verdun-Toul, moitié en aval de Verdun) et la Basse- Lorraine au sud, largement ouverte vers les passages de la Haute-Meuse et les grandes voies conduisant sur Paris et sur l'intérieur de la France. De toute façon, la prise rapide de Toul et de Verdun importait à la liaison des armées allemandes et au développement de la manœuvre doctrinale d'enveloppement que l'État-major chercherait fatalement par une aile ou par l'autre, et peut-être même par les deux.

Toutes ces considérations s'adaptaient, on le voit, au seul théâtre d'opérations français, sans préjuger l'extension de cette offensive aux territoires voisins, interdits par les conventions internationales. Et jamais théâtre d'opérations ne fut mieux étudié, mieux pratiqué, mieux connu, d'abord par nous qui en sentions le prix et devions y chercher le secret de la victoire, et aussi, il faut bien le dire, par l'adversaire, qui sut en reconnaître et en pénétrer la valeur, qui sut, à toutes tins utiles, en préparer l'exploitation éventuelle par tout un travail d'avant-guerre que nous connaissons aujourd'hui, et qui sut nous duper en nous dissimulant le changement de plan qu'il allait opérer, trop incertain qu'il était devenu sur le résultat d'une offensive limitée à la Lorraine.

Tous nos générauxet tous nos officiers d'État-major, sans exception, avaient fréquenté les terrains de l'Est. Chaque année, les officiers de TEcole supérieure de guerre passaient plusieurs semaines à parcourir et à visiter les futurs champs de bataille. Le haut commandement y dirigeait de préférence les grands exercices de cadres et les études d'État-major. Chaque commandant d'armée y venait en mission spéciale reconnaître sa zone d'action.

LES BATAILLES DE LORRAINE

Combien de fois, pour ma part, fidèle à la tradition laissée par les grands professeurs des débuts de l'Ecole de guerre, Niox, Langlois, Maillard, Bonnal, ai-je conduit des groupes d'officiers fervents sur ces hauteurs de Mousson, du mont d'Amance, du Pain-de- Sucre, de Léomont, d'Hablainville, d'où l'on s'imaginait fiévreusement entendre les grondements de la bataille, trop tardive à notre gré, d'où l'on contemplait à l'horizon le panorama, fuyant comme un mirage, mais que rapprochaient nos espoirs immanents, du doux pays en souffrance 1 De ces mêmes sommets, gardés au prix de tant de sang, nos soldats regardent aujourd'hui la terre qu'ils vont enfin reprendre: demain, après-demain, peu importe 1 Le terme est désormais marqué par la Justice 1

Ces batailles, que nous avions entrevues, d'abord dans la Woëvre, sur les rives de la Moselle et de la Meurthe, sur les pentes des Vosges, et plus loin, nous en avions le ferme espoir, sur la Sarre et dans le Palatinat — jusqu'au Rhin, enfin ! — ces batailles ont eu lieu, mais réduites, disproportionnées avec le plan grandiose qui les avait préparées, et c'est ailleurs, dans des conditions presque inattendues, aux confins des Ardennes, entre Sambre et Meuse, sur les anciens chemins historiques de Belgique qu'on pouvait croire désormais fermés aux invasions, que s'est rouvert le grand duel entre France et Germanie, qui met en face aujourd'hui tous les tenants de deux conceptions opposées, l'une de force et de domination brutales, l'autre de justice et de liberté nationales.

Nos armées, que nous avons indiqué tout à l'heure concentrées sur Meuse et Moselle, mais suffisamment articulées pour varier leur front sous des angles étendus, après avoir essayé d'arrêter le torrent qui se déversait à travers la Belgique, exécutèrent ce recul

stratégique dont nous avons exposé la remarquable ordonnance, et frappèrent sur la Marne le coup qu'elles auraient pu porter en Lorraine ou en Belgique.

En chroniqueur qui cherche simplement, en dehors de toute tendance et de toute critique inopportunes, qu'on ne pourrait d'ailleurs appuyer, à l'heure qu'il est, de la documentation précise nécessaire à l'Histoire, nous ne voulons, à la suite de ces considérations générales, que retracer ce qui fut fait et non point ce qui aurait pu être fait, en mieux ou en pire.

Les deux armées de Lorraine conjuguées, qui formaient l'aile droite de notre dispositif, commencèrent de bonne heure leurs opérations offensives. Celles-ci furent facilitées par l'attitude en apparence défensive des troupes allemandes d'Alsace-Lorraine. L'attaque brusquée se produisait contre Liège au lieu de Nancy.

Le 7 août, en pleine concentration, nos troupes du 7 e corps pénétraient en Alsace et entraient à Mulhouse. La relation officielle, publiée le 5 décembre, dit que cette opération, qui constitue bien une attaque brusquée, fut ordonnée, ainsi que celles qui vont suivre en Lorraine, pour maintenir en Alsace-Lorraine le plus grand nombre possible de corps d'armée ennemis et permettre le changement de front qu'allaient opérer les autres armées vers la Belgique.

Mulhouse fut reprise parles Allemands le io, puis réoccupée le 19 août. Nos avant-gardes poussent vers Colmar. Mais il faut reculer, les troupes d'Alsace sont nécessaires ailleurs ! Mulhouse est de nouveau abandonnée aux représailles allemandes. Nous ne conservons que Thann 1

Le 17 août, l'armée de Lorraine refoule les troupes de couverture allemandes. On entre à Château-

LES BATAILLES DE LORRAINE

Salins, à Sarrebourg, on atteint Delme, Morhange. Mais déjà notre aile droite est affaiblie par les prélèvements imposés pour le renforcement de notre gauche. Deux armées allemandes se présentent sur le front en équerre de Lorraine et d'Alsace. Nos corps d'armée se heurtent à des organisations défensives très puissantes. Comment ne les avait-on pas reconnues ? L'énergie de nos troupes s'use à essayer de les forcer, la contre-attaque allemande les surprend les 20 et 21 août.

Le 23 août, en même temps que commençait la retraite de Charleroi et des Ardennes, nos armées de Lorraine se repliaient également et repassaient la frontière. La bataille allait s'engager autour de Nancy. Elle aura deux actes, dont le dernier coïncidera avec la bataille de la Marne.

Octobre igi5.

vu

NANCY ET LE GRAND-COURONNE

(20 Août — 12 Septembre)

La vieille capitale de la Lorraine déploie la belle ordonnance de ses rues, de ses monuments et de son activité dans la vasque magnifique que forme la Meurthe entre les collines boisées, aux pentes roides, escaladées par les faubourgs populaires et les villas bourgeoises. Nancy n'a guère de vues que sur les échappées de la grande vallée, mais en revanche, dès qu'on a atteint les hauteurs d'alentour, les panoramas les plus variés se déroulent au loin, vers Metz, vers Lunéville, vers les Vosges, vers l'horizon lorrain.

Toutes ces hauteurs, de niveau assez égal, qui entourent la ville et se prolongent au nord et au sud sur les deux rives de la Meurthe et de la Moselle, font partie de ces fameuses crêtes du bassin parisien, dont les falaises, très reconnaissables même dans le simple et rapide parcours en chemin de fer, enveloppent d'anneaux semi-circulaires et parallèles le grand centre régional, lTle-de-France et Paris. Qui n'a remarqué les grandes Côtes lorraines, qu'on aperçoit de loin en venant de l'est comme une sombre muraille barrant les routes de la Meuse, et sur lesquelles les forts de Verdun et de Toul bravent encore aujourd'hui les « 420 » allemands ?

Autour de Nancy, deux de ces lignes faîtières se croisent et se confondent. Elles forment ce que les tacticiens de l'est ont appelé d'un nom devenu légendaire, le Grand-Couronné !

Le mot demande quelque explication, et le récit des batailles qui s'y sont livrées du 20 août au 12 septembre doit être précédé d'une description sommaire du terrain.

Le Grand-Couronné est à la fois une métaphore géographique et un système défensif. En effet, les collines et les plateaux de la région de Nancy dessinent bien comme une couronne autour de la ville, couronne par la disposition des principaux sites, comme par les beaux fleurons qu'ils ajoutent à la cité royale et ducale. Et l'art militaire, en les utilisant pour la défense de la frontière si voisine, n'a pu trouver une appellation plus juste que ce vieux terme de la fortification, le Couronné !

A l'examiner sur la carte, la couronne paraît assez déchiquetée et peu distincte. Cependant, si l'on suit d'un observatoire aérien, ou simplement du grand mont d'Amance, la périphérie des hauteurs, on reconnaît assez vite une ligne extrême, à peu près circulaire, que jalonnent les côtes isolées : Sainte- Geneviève, mont Toulon, mont Saint-Jean, promontoire de la Rochette, mont d'Amance, Pain-de-Sucre, hauteur de Pulnoy. De tous ces sommets, on domine la plaine ondulée de la Seille, la sombre forêt de Champenoux, et le regard se porte au loin, apercevant, selon la transparence de l'air, les fumées et les tours de Metz, la côte de Delme en pays annexé, les coteaux de la forêt de Bezange, les croupes fuyantes qui se perdent à l'horizon dans la forêt de Parroy et dans les Vosges aux couleurs changeantes.

Quatre riantes et étroites vallées, descendant ver

NANCY ET LE C.R AND-COURONNÉ

la Meurthe et la Moselle, coupent le Couronné en autant de secteurs de valeur inégale. La Natagne sépare les côtes Sainte-Geneviève, Toulon et Saint- Jean du plateau du bois du Chapitre. La Mauchère coule aux bords escarpés du plateau du bois de Faux. L'Amézule passe entre le mont d'Amance et le plateau de Malzéville qui domine directement Nancy. La Pissotte forme le fossé de la pointe sud du Couronné, qui déjà s'abaisse vers la Meurthe et le Sanon. Les routes et les voies ferrées empruntent naturellement ces vallées.

De l'autre côté de la Meurthe, entre le confluent de cette rivière avec la Moselle, le large plateau de la forêt de Haye, que prolongent au nord les hauteurs de l'Avant-Garde et du bois Le Prêtre, semble veiller sur Nancy et le Grand-Couronné avec les deux forts qui l'encadrent, Frouard et Pont-Saint-Vincent, avancées de la grande place de Toul.

Le Grand-Couronné constitue donc la position principale d'un grand champ de bataille, entre la Seille, la Moselle, la M eurthe et le Sanon. Que l'attaque vienne du nord, de l'est ou du sud-est, elle se heurte, après avoir passé la Seille, à ces lignes de bois et de hauteurs qui offrent aux trois armes, en particulier à l'infanterie et à l'artillerie, les conditions les plus favorables.

Le champ de bataille, où devait avoir lieu fatalement la première rencontre, aux premiers jours de la guerre, était connu dans les moindres détails, non seulement par les troupes du 20 e corps qui y séjournaient et manœuvraient en permanence, mais par tous les corps de l'est et par tous nos oiïiciers brevetés d'État-major.

Il avait reçu une organisation défensive de campagne, c'est-à-dire qu'on y avait préparé des emplâ-

céments de batteries, des chemins d'accès sur les hauteurs et à travers bois, et prévu des travaux de tranchées et de barrages du moment.

Mais il n'y avait autour de Nancy aucune fortification permanente. Pendant trente ans on a discuté la question de Nancy camp retranché et place forte. Ce n'est pas l'heure de revenir sur ces controverses. Nous rappellerons seulement qu'en dehors du débat technique sur l'opportunité et la possibilité de fortifier Nancy, il y eut certainement intimidation de l'adversaire campé en face sur la place d'armes d'où il préparait son futur guet-apens. La fortification de Nancy eût été dénoncée comme un acte hostile et menaçant : nous dévorâmes l'humiliation 1 Nous en avons dévoré bien d'autres I Mais le compte est bon aujourd'hui, et le Grand-Couronné, même sans fortifications,, a vu se briser sur son écueil l'écume allemande 1

Le 19 août, l'armée de Castelnau, dépassant la frontière, était entrée à Château-Salins et atteignait Morhange et Delme. L'armée Dubail opérait à sa droite, de Sarrebourg aux Vosges, tandis que le général Pau reprenait Mulhouse.

Le 20 août, la défaite de Morhange forçait la 2 e armée à reculer sur les premières positions de couverture. La i re armée se repliait à son tour. Deux armées allemandes, kronprinz de Bavière, et von Heeringen, dévoilaient leur supériorité par une ardente contre-attaque.

Dans son offensive vers le nord, le général de Castelnau avait confié l'appui de sa gauche et la défense du Grand-Couronné au 2 e groupe de divisions de réserve, commandé par le général Léon Durand. L'une des trois divisions ayant été adjointe au 20 e corps, les deux autres occupèrent le Grand-

NANCY ET LE GRAND-COURONNÉ

Couronné sur sa face nord, de la Moselle à la Seille. Elles furent attaquées le 20 août par des corps allemands sortis de Metz. Nomeny fut pris et incendié. Nos troupes de réserve tinrent bon. La 2 e armée put opérer sa retraite en pivotant sur le Grand-Couronné.

Si les Allemands avaient porté leur principal effort à ce moment sur la région de Nancy, peut-être eussent-ils réussi à forcer le Grand-Couronné. Mais entraînés à la poursuite des i re et 2 e armées, préoccupés de se frayer le passage au delà de la Meurthe et de la Moselle par la classique trouée de Charmes (1), les chefs allemands parurent dédaigner Nancy, comme plus tard von Kluck s'écarta de Paris pour aller achever la destruction de l'armée anglaise et concourir à la bataille décisive.

Le général de Castelnau avait pu ramener ses corps éprouvés sur la rive gauche de la Meurthe et les avait établis sur les très fortes positions de Saffais- Belchamps, entre Meurthe et Moselle. Le 20 e corps, à cheval sur le confluent du Sanon et de la Meurthe, était accolé au groupe de divisions de réserve. Une partie du 9 e corps, dont quelques unités s'étaient déjà embarquées pour aller renforcer les armées du nord, restait dans les lignes du Grand-Couronné.

La i ro armée était disposée face au nord, presque en équerre avec la 2 e armée, la gauche appuyée à la

(1) Il y a lieu de supposer que l'Etat-major allemand poursuivait dès lors l'enveloppement par les deux ailes, en forme de tenaille. C'était une stratégie colossale, dérivée des théories du général de Schlieffen, qui fut le successeur du maréchal de Moltke. Elle a pu séduire la mégalomanie du Kaiser, et on en trouverait la preuve dans sa présence devant Nancy. Mais vraiment, si telle fut la conception stratégique, elle dépassait les bornes du possible et du dédain de l'adversaire. Nous renvoyons nos lecteurs à l'ouvrage de M. Hanotaux et à nos annexes.

forêt de Charmes, le centre sur la Mortagne, au sud de Gerbéviller, la droite traversant la Meurthe à Baccarat et se prolongeant vers Badonviller.

L'effort allemand se porte d'abord contre la 2 e armée, serrée de près par les vainqueurs de Mo rhange. Mais la disposition de nos armées de Lorrain va prendre l'ennemi dans une sorte de tenaille. Tandis que la i re armée reprend l'offensive, les divisions du Grand-Couronné contre-attaquent sur leur flanc les colonnes allemandes. Trois batailles simultanées s'engagent : au Grand-Couronné, à Saffais- Belchamps et sur la Mortagne. Elles durent' trois jours : 24, 2,5 et 26 août. Elles ont pour résultat d'arrêter l'offensive allemande. L'accalmie se prolongera jusqu'au 4 septembre.

Pendant cette période, un certain nombre des corps de Lorraine sont transportés à l'ouest et prendront part à la bataille de la Marne. Mais les divisions qui avaient été maintenues sur la frontière italienne étaient devenues disponibles et renforcèrent les armées de Lorraine.

Le rôle des i re et 2 e armées est dès lors devenu défensif. Leur mission est de retenir devant elles les armées allemandes qui leur sont opposées et de les empêcher de se porter au delà de la Moselle, soit sur Verdun et Toul, soit sur la Haute-Meuse, pendant que se livre la grande bataille entre Verdun et Paris.

On peut s'étonner aujourd'hui que l'État-major allemand, qui portait son attaque principale par son aile droite et son centre sur Paris et la Marne, se soit privé du concours d'une partie de ses armées de Lorraine. Il aurait sans doute pu fixer, comme nous le fîmes, nos i re et 2 e armées réduites, et devancer l'opération qu'il tenta plus tard — trop tard — contre la droite de l'armée Sarrail, au sud de Verdun. Mais

NANCY ET LE GRAND-COURONNÉ

nous savons aujourd'hui quelles étaient son infatuation, sa confiance présomptueuse, et aussi, il faut le dire, l'incapacité de la direction suprême.

Qu'allons-nous voir en effet ? Le Kaiser, à qui nous ferons l'honneur de croire qu'il dirigeait ses armées d'Occident, du moins avec l'aide de son chef d'Étatmajor, de Moltke, — qu'on pourra surnommer le Petit, — au lieu d'être à l'-endroit où se joue la partie décisive, vient assister à l'attaque de Nancy et se prépare à y faire une entrée pompeuse, qui précédera de quelques jours sa chevauchée triomphale sur l'avenue de la Grande-Armée i

L'Histoire a des rapprochements d'une ironie singulière. Le Kaiser avait sans doute oublié qu'un de ses ancêtres en orgueil et en démence, ce Charles, duc de Bourgogne, qui rêva aussi d'être empereur d'Europe, vint périr misérablement devant Nancy et fut retrouvé, nu, dépouillé de ses oripeaux, au bord d'un étang glacé. Le surnom de Téméraire peut être largement appliqué au Hohenzollern, qui n'est entré, en fin de compte, ni à Nancy ni à Paris.

La deuxième bataille du Grand-Couronné s'engage le 4 septembre. Déjà, le 2 septembre, les Allemands avaient tenté une surprise sur les avant-postes d'Erbéviller et de Reméréville, à la lisière est de la forêt de Champenoux. A partir du 4 commence cette bataille des huit jours, qui coïncide avec la bataille de la Marne.

L'attaque commence d'abord par le nord, sur la côte Sainte-Geneviève qui constitue un point faible entre la Moselle et la Seille, à proximité de Metz. Elle est battue, à bonne portée, de la côte de Mousson, et sa possession permet aux troupes qui ont passé la Moselle de progresser sur la rive gauche.

Les Allemands étaient pressés; ils voulurent l'em-

porter de vive force. Le 6 au soir, dans la nuit du 6 au 7, et toute la journée du 7, des assauts furieux se brisent devant la résistance d'un bataillon du 3 14 e , sous les ordres du commandant de Montlebert. Les feux de notre infanterie fauchent les assaillants, qui viennent expirer jusque dans nos réseaux de fils de fer. Le commandement, inquiet de l'avance des Allemands sur la rive gauche de la Moselle, donne l'ordre à Montlebert de se replier. Il refuse, il continue la lutte, et il ne consent à se retirer que sur un ordre écrit. Or, au moment où les survivants de l'héroïque bataillon s'arrachent avec douleur à cette crête que l'ennemi n'a pu atteindre, celui-ci, abandonnant des centaines de morts qui jonchent les pentes, renonce à la lutte, et nos soldats n'ont qu'à se retourner pour constater leur victoire.

Il y eut là une de ces défaillances de l'âme allemande dont nous allons voir un nouvel exemple dans l'autre partie de la bataille, du côté de la forêt de Champenoux. Et de ces défaillances survenant après les plus rudes, les plus âpres, les plus constants efforts, l'histoire de cette guerre est déjà remplie. La bravoure et la ténacité ne manquent point cependant à nos adversaires, mais leur infanterie a montré que sa force de résistance morale était de beaucoup inférieure à la nôtre (1). Est-ce le fait d'une discipline trop brutale, de ce drill prussien qui les a dressés à une sorte de mécanisme passif, d'automatisme, qui se désagrège et se disloque dès qu'une rupture se produit dans l'effort voulu et ordonné ? Est-ce le fait de la surprise de trouver un adversaire plus fort, plus opiniâtre, plus meurtrier qu'on ne l'avait montré, et de sentir tout à coup que la victoire promise est à un prix trop élevé, et qu'entre le dernier effort à faire

(1) Verdun vient de nous en donner un nouvel exemple.

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pour l'atteindre et la force restante au cœur et à la tête, le soldat allemand ne trouve ni dans ses nerfs ni dans sa vertu militaire le sursaut suprême qui redresse un Français, ce sursaut qui fait tenir le quart d'heure de plus qu'il faut et qui rétablit une situation désespérée ? Ce sera un des étonnements de l'historien futur de cette guerre de constater et d'expliquer ces revirements extraordinaires qui se sont produits, ces renversements soudains d'une armée victorieuse, sûre d'elle-même, ces chutes brusques de l'attaque la plus poussée à fond, cette inanité, qui en résulte, des méthodes et des organisations de guerre les plus puissantes qui aient existé. Je crois bien que déjà la psychologie allemande nous a livré le secret de sa faiblesse. Mais revenons au Grand-Couronné.

Quand on vient de l'est, par la route de Château- Salins, après avoir traversé la forêt de Champenoux que la vallée de l'Amezule coupe en deux parties à peu près égales, on se heurte ad magnifique mamelon d'Amance, dont les deux extrémités portent les noms un peu prétentieux de Grand et Petit-Mont. A tort ou à raison, le mont d'Amance, qui domine toute la région, passe pour la clef du Grand-Couronné.

Les pentes en sont fort roides, le village d'Amance est à mi-côte, dans le col entre les deux monts. C'est donc sur le mont d'Amance que les Allemands dirigent leur attaque. Et prenant plus de précautions qu'à Sainte-Geneviève, ils le couvriront d'un ouragan de projectiles, qui durera pendant presque toute la bataille. Leur artillerie lourde, postée sur les hauteurs de la Seille, arrosera sans se lasser toute la périphérie du Grand-Couronné, mais si les obus passent audessus de la forêt de Champenoux, il faut que l'infanterie y pénètre et en sorte, pour donner l'assaut au mont d'Amance et à ses satellites moins élevés.

Et c'est la forêt de Champenoux qui deviendra l'enjeu de la bataille des huit jours. Les Allemands s'en empareront, les Français la reprendront. Les villages et les fermes attenantes incendiés passeront de mains sanglantes en mains sanglantes, mais les bataillons allemands, malgré la volonté impériale qui les précipite les uns sur les autres, ne pourront aborder les pentes du mont.

C'est dans la journée du 7 septembre que l'attaque allemande prononça son action la plus violente et la plus acharnée. Une masse de 10 bataillons, soutenue par 14 batteries dont 8 lourdes, s'engouffre dans la partie nord de la forêt, et après quatre heures de corps-à-corps avec les 206 e et 212 0 régiments de réserve elle arrive à la lisière ouest, devant le terrible mont perdu dans la fumée des obus, entouré de flammes. Mais nos 75, qui se sont tenus à l'abri, sont prêts à parler, et tout ce qui sort des bois est fauché. Notre infanterie contre-attaque sans répit. Les batteries lourdes d'Amance, qui ont résisté au bombardement effroyable, rentrent en scène, les batteries de Pulnoy prennent d'écharpe les lisières de la forêt. La nuit tombe sur les Allemands décimés et épuisés.

Le lendemain, 8 septembre, et le 9, nous continuons à maîtriser les débouchés de la forêt. Au bois de Velaine, au sud delà route de Château-Salins, un bataillon du 286 e est tout à coup cerné. Il se forme en carré, et après une lutte inouïe de trois heures, il se fait jour à la baïonnette.

Le 9 au soir, Nancy reçoit 5o projectiles. Un régiment de marche de Toul arrive à propos dans la nuit.

Le 10, nous passons à l'attaque. Les i ro et 2 e armées unissent leurs efforts. Les Allemands se sont retranchés. Par le nord et par le sud, comme au centre par

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le couloir de rAmezule et la route de Château-Salins, nos divisions de réserve et le 20 e corps rivalisent d'énergie et persévérance. Un groupement provisoire de régiments dont le 286 e et le 34 e colonial, sous le commandement du colonel d'Ollone, le célèbre explorateur, force le passage dans la forêt de Champenoux et arrive à la lisière orientale.

Le 11, l'attaque continue, mais nos troupes sont épuisées, et le commandement est anxieux ; il redoute une nouvelle tentative de l'ennemi.

Or, le 12, les Allemands disparaissent, sous la protection de leur artillerie. Sur le front du Grand- Couronné comme sur tout le front de la Meurthe, comme sur la Marne, ils s'avouent vaincus !

Qu'ajouterons-nous de plus ? Nous avons bien faiblement rendu la physionomie de ces batailles de Lorraine. Nos lecteurs jugeront qu'elles ont leur place à côté de la bataille de la Marne et qu'elles furent aussi une victoire, complémentaire de l'autre. 11 serait banal de faire l'éloge des chefs et des soldats.

Ce qu'il faut reconnaître, c'est que les armées de Lorraine, déchues du rôle magnifique qu'elles devaient d'abord jouer dans notre conception stratégique, vouées à subir le choc d'un adversaire supérieur, ont rendu un inappréciable service à la France dans les conjonctures tragiques du début de la guerre. Elles ont sauvé Nancy 1

Nancy aux mains des Allemands, c'eût été surtout une défaite morale, une douleur poignante ajoutée à tant d'autres. On avait sans doute prévu la prise de cette grande ville, laissée ouverte. On avait tâché d'y préparer l'opinion. Ce n'eût pas été un désastre, une perte irréparable. Mais quelles doivent être notre fierté et notre reconnaissance pour les défenseurs du

Grand-Couronné d'avoir préservé Nancy de la souillure impériale !

Depuis lors, les Allemands n'ont pu faire un pas vers la ville. (Test à peine s'ils se maintiennent dans quelques villages au delà de la frontière. Et le jour où nos troupes auront libre carrière, elles reparaîtront cette fois en Lorraine annexée en libératrices définitives, là du mont d'Amance les canons annonceront à Nancy que le drapeau français flotte sur Metz et Strasbourg l

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