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LES SIX PREMIERS MOIS DE CAMPAGNE DE NOS ALLIÉS RUSSES

Combien de fois ai-je entendu dire autour de moi : Que font les Russes ? — Tantôt ils avancent, tantôt ils reculent ! — Après six mois de guerre, ils en sont à peu près au môme point. — A la fin d'octobre, après l'échec de la première offensive allemande en Pologne, et alors que le grand-duc Nicolas annonçait une victoire décisive en Galicie, on parlait couramment de l'entrée des Russes à Berlin pour Noël 1 C'était sans doute exagéré, mais enfin, ils n'ont pas encore franchi la frontière allemande, sauf aux lointains confins de la Prusse orientale, et les dernières batailles ont eu lieu à 40 kilomètres de Varsovie 1

Les pessimistes qui voient tout en noir renchérissent naturellement sur toutes ces incertitudes. A les en croire, les Russes sont incapables d'une offensive prolongée et décisive. Sans doute, admettent-ils, ils se défendent admirablement, ils sont inattaquables chez eux, mais ils ne pourront jamais développer le fameux « rouleau compresseur » qui devait écraser l'Allemagne. De telles opinions, dont la propagande germanique se sert habilement pour entretenir dans l'esprit de la population allemande et des Etats

neutres l'illusion de la victoire, ne mériteraient pas d'être discutés, si les faits ne leur donnaient quelque apparence de crédit, de nature à impressionner l'opinion publique. C'est pourquoi j'ai voulu, au début de la deuxième partie de cette étude, donner um résumé aussi exact que concis des opérations des Russes pendant ces six derniers mois.

Tout d'abord, mettons-nous bien dans l'idée que le théâtre de guerre oriental est tout à fait différent de celui sur lequel combattent nos armées et celles de nos alliés, Anglais et Belges. Son étendue, sa configuration géographique, la nature du sol, les conditions climatériques, la forme même des frontières politiques, lui donnent une complexité qui influence fatalement les opérations.

De Tilsitt, sur le Niémen, à Belgrade, sur le Danube, la distance, à vol d'oiseau, dépasse i ooo kilomètres. Mais si l'on suit la ligne des frontières russo-allemande, austro-russe, roumaine et serbe, le développement atteint le double, plus de 2000 kilomètres. Cet immense théâtre de guerre se divise en deux grandes régions distinctes : au nord, les grandes plaines de la Pologne et de la Prusse orientale; a sud, la région montagneuse des Carpathes.

La plaine se développe, sans interruption, de la mer Baltique à la Galicie, plaine uniforme à peine accidentée dans la boucle de la Vistule, coupée de très nombreuses rivières, assez fertile en général, par conséquent assez populeuse et suffisamment fournie de routes et de chemins. Mais la nature du sol, tantôt trop humide et tantôt trop sec, suivant les saisons, en rend le parcours difficile. En hiver, la neige persiste pendant plusieurs mois, le froid y est

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