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LES SIX PREMIERS MOIS DE CAMPAGNE RUSSE 12S

souvent rigoureux ; au printemps, les dégels et les pluies transforment la plaine en un océan de boue, et sous le soleil ardent de l'été, le moindre vent ou le passage d'une voiture soulèvent des nuages de poussière.

La région montagneuse des Carpathes forme un obstacle assez considérable. Elle se prolonge en Autriche par deux sortes de grands bastions : les Beskides et le Tatra à l'ouest, le plateau de Transylvanie au sud-est. Très boisées, sans avoir le caractère abrupt des Alpes, elles ne sont franchissables que par des défilés étroits, d'ailleurs nombreux. Les revers nord des Carpathes s'inclinent par les coteaux ondulés de la Galicie vers la plaine russe, sur un large front, entre Cracovie et Czernowitz ; vers le sud, au contraire, les routes se resserrent et convergent, dans la vallée de la Tisza (Theiss), vers la plaine hongroise.

Les rivalités nationales et les politiques de dynasties et d'intérêts ont tracé dans ces régions des frontières qui ne s'accordent en rien avec les limites naturelles qu'imposeraient le relief du sol et la diversité des populations. La Pologne y a formé longtemps un Etat à peu près homogène ; il s'est disloqué sous la pression de voisins puissants. Elle a été partagée, comme on le sait, entre la Russie, l'Autriche et la Prusse. La frontière détermjnée en i8i5 est une des plus contradictoires qui existent, à la fois au point de vue ethnique et au point de vue militaire. Laissant à la Prusse la Prusse orientale, berceau de la monarchie, et l'ancienne province polonaise, la Posnanie, elle décrit une double et vaste courbe enveloppant la Pologne russe et dépassant la limite naturelle des Carpathes de toute la région de la Galicie attribuée à l'Autriche.

Il est facile de se rendre compte sur la carte que si la Pologne russe, avec la vieille capitale, Varsovie, forme un saillant dont la pointe est à 400 kilomètres au plus de Berlin, la Prusse orientale et la Galicie sont comme les deux branches d'une tenaille qui enclave la Pologne russe. Et l'on voit tout de suite que, sans tenir compte des obstacles du sol, la stratégie est influencée très nettement par cette forme même de la frontière.

Dans l'état actuel des choses, la Russie ayant contre elle l'Allemagne et l'Autriche alliées, toute offensive russe, qui s'avancerait par le saillant de la Pologne vers Posen et Berlin, est menacée sur ses flancs par les offensives allemandes et autrichiennes partant de la Prusse orientale et de la Galicie. D'autre part, les forces allemandes et autrichiennes qui voudraient, soit se porter isolément dans les directions de Vilna ou de Kiew, soit essayer de se rejoindre vers Brest-Litowski, seraient exposées à être coupées et enveloppées par les masses russes concentrées à l'est de la Vistule.

D'autres considérations interviennent qui ont toujours été prévues dans les plans d'opérations et qui ont produit leurs effets dans la grande lutte présente. La Russie n'a pu donner sur son immense territoire à son réseau ferré l'extension démesurée qu'auraient comportée les nécessités stratégiques. C'eût été hors de proportion avec ses intérêts économiques et ses ressources financières. Elle a pourtant développé, dans ces dernières années, les voies ferrées aboutissant en Pologne, mais on ne peut comparer ces quelques grandes lignes, qui couvrent pourtant des centaines de kilomètres, au réseau allemand, fortement resserré sur un espace relativement étroit. Le réseau autrichien, quoique inférieur au réseau aile-

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