‹ Études et leçons sur la récolution françaiseChapitre 14 sur 158 · Voir la Révolution française du 14 février · texte numérisé non relu

Voir la Révolution française du 14 février

petite commune de Challignac 1 adressa cette réquisition au maire et aux officiers municipaux : « Vous devez à vos commettants toute la justice que vous imposent votre fonction et votre devoir ; vous devez les faire jouir tous collectivement, comme chacun individuellement, de tous les avantages de la société ; vous devez sentir que l'égalité de consommation de subsistances entre les citoyens travaillant est un de vos premiers devoirs. » La municipalité de Challignac nomma des commissaires « pour se transporter chez tous les citoyens de ladite commune et faire le mesurage de leur consommation, et l'excédent être ensuite mis dans des sacs, pesés, cachetés, et mis en réquisition pour servir au premier besoin». On laissa aux possesseurs de grain la quantité nécessaire pour leur subsistance, à raison d'une livre pour chaque travailleur, et d'une demi-livre pour chaque citoyen ne travaillant pas. {

Ce ne sont là que quelques traits du collectivisme municipal en Tan IL et je laisse à quelque chercheur provincial le soin de tracer le tableau complet d'une de ces cités collectivistes <le la Terreur. Le peu que j'en ai dit suffira à montrer que, dans ces circonstances anormales, le collectivisme a été, jusqu'à un certain point, partiellement essayé çà et là dans la France convulsée par des efforts qu'elle fit pour sauvegarder, avec des moyens empiriques, son indépendance nationale.

{. Voir la Révolution française du 19 juin 1899.

Les origines historiques du socialisme français se retrouvent donc dans les principes, dans les actes, dans les circonstances de la Révolution française. Le principe de l'égalité, formulé en 1789 dans l'article premier de la Déclaration, contient logiquement le socialisme. Cette conséquence logique ne fut alors tirée par presque personne. C'est seulement quand on eut souffert des abus politiques du régime bourgeois, établi en contradiction avec la Déclaration des droits, que des écrivains demandèrent un supplément de révolution sociale. Ils se turent quand la victoire de la bourgeoisie au Champ-de-Mars, le 17 juillet 1791, en écrasant le parti démocratique, ôta l'espérance même d'un supplément de révolution politique. Le socialisme reparut sous la République démocratique, dans les premiers mois de Tannée 1793, quand la Révolution parut victorieuse de l'Europe. Puis, quand vinrent les défaites militaires, une sourdine fut mise à l'expression des doctrines socialistes, et le gouvernement de la Terreur combattit la loi agraire, affirma hautement son intention de maintenir la propriété. Mais en même temps, par des actes et par des lois de circonstance, il soutenait les pauvres contre les riches; il opérait partiellement, par des taxes et des emprunts forcés, une sorte d'égalisation des fortunes; et, si je n'exagère pas la portée des faits que j'ai cités,

je crois qu'on peut dire qu'il tendait, sans idée préconçue et seulement en vue de la défense nationale, à établir, pour la durée de la guerre, sinon partout, du moins en beaucoup de communes, une sorte de régime collectiviste.

Si ce régime avait été bon pour des circonstances, anormales, pourquoi ne serait-il pas bon pour des circonstances normales? C'est presque ce que dira Babeuf. En Tan IV, dans son Tribun du peuple, exaltant son idéal socialiste, il écrira : « Le seul moyen d'arriver là est d'établir l'administration commune, de supprimer la propriété particulière, d'attacher chaque homme au talent, à l'industrie qu'il connaît, de l'obliger à en déposer le iruit en nature au magasin commun, et d'établir une simpie administration des subsistances qui, tenant registre de tous les individus et de toutes les choses, fera répartir ces dernières dans la plus scrupuleuse égalité, et les fera déposer dans le domicile de chaque citoyen. Ce gouvernement, démontré praticable par l'expérience, puisqu'il est celui appliqué aux douze cent mille hommes de nos douze armées (ce qui est possible en petit Test en grand), ce gouvernement est le seul dont il peut résulter un bonheur universel inaltérable, sans mélange, le bonheur commun, but de la société. » Ce rêve d'avenir est-il autre chose qu'un souvenir du passé, un souvenir de la cité collectiviste qu'on avait vue s'ébaucher en France deux ans plus tôt, et dont Babeuf décrit, d'après une réalité récente, bien plus qu'il ne les imagine, les organes et le fonctionnement?

Le socialisme français, est donc né, pendant la Révolution, non seulement d'une sorte d'interprétation logique de la Déclaration des droits, mais d'une expérience inconsciente, d'un commencement de réalisation provisoire, involontaire et fortuit de la cité collectiviste.

15 août 1899.

L'érudition a amassé une quantité de documents sur Danton ; elle nous a procuré les éléments d'une biographie de cet homme célèbre, qui joua un si grand rôle dans la période la plus critique de notre histoire. Ces textes ont été réunis en vue de détruire la légende malveillante qui, inspirée par la passion politique, avait réellement défiguré la mémoire de Danton, et la très louable intention apologétique qui présidait à ces recherches érudites, dont les positivistes ont été les principaux directeurs, a peut-être, sur certains points, exagéré et faussé les conséquences à tirer des faits. Il s'est formé une sorte de loyale légende bienveillante, qu'il est du devoir de la critique de dissiper aussi, non pas en diminuant une gloire qui est solide et pure, mais en remettant toutes choses au point, en étudiant Danton non plus comme un saint à canoniser, mais comme un homme à faire connaître, en choisissant, parmi tant de notions récemment apportées sur ce personnage, celles qui sont certaines, en laissant parler les textes sans les solliciter aucunement. C'est ce que je voudrais

essayer aujourd'hui, en quelques mots, pour l'histoire de l'enfance et de la jeunesse de Danton, que de bienveillants Plutarques, qui l'avaient connu à Troyes ou à Paris, ont peut-être ornée avec trop de complaisance.

Georges-Jacques Danton était né à Arcis-sur-Aubc le 26 octobre 1759 K Son père, Jacques Danton, était procureur au bailliage d'Arcis. Il s'était marié deux fois : il avait eu trois enfants de sa première femme, Marie-Jeanne Bételot, et sept de sa seconde femme, Marie-Madeleine Camut, la mère du conventionnel. Us moururent fort jeunes, et, en 1794, au moment de la mort de Danton, il n'existait plus que sa sœur, une religieuse, Marie-Nicole-Cécile Danton, supérieure de l'hôpital d'Arcis, décédée le 11 janvier 1814*.

Le père de Danton mourut en 1762. Sa mère, qui survécut jusqu'en 1813, avait épousé en secondes noces JeanRecordain, négociant, en 1770 s .

Pour épuiser tout de suite ces questions de filiation.

1 . On trouvera son extrait de naissance dans Alfred Bougeait Danton, p. H.

2. Témoignage de M. Sardin, juge de paix a Arcis-sur-Aube, et petit-neveu de Danton. Voir la revue la Révolution française, t. XVII, p. 153.

3. Mémoire des deux fils de Danton, ap. Robinet, Mémoire sur la Vie privée de Danton, T« éd., p. 269, 271.— Sur le bon Recordain, voir ibid., p. 164.

L'ENFANCE ET Là JEUNESSE DE DANTON 71

disons dès maintenant que Danton épousa, le 9 juin 1787, Antoinette-Gabrielle Charpentier.

Il en eut trois fils :

1° François Danton, né en 1788, mort le 25 avril 1789, à Tâge de onze mois 1 ;

3° Antoine, né le 18 juin 1790, mort en 1858 ;

3° François-Georges, né le 2 février 1792, mort en 1848 2 ;

Tous deux étaient à la tète d'une filature de coton à Arcis. Ils n'ont pas laissé de postérité.

On a dit que Danton avait un fils nature] : Alexandre Rousselin Corbeau de Saint-Albin. C'est une erreur : Danton n'avait que dix ans au moment de la naissance de Rousselin.

La première femme de Danton mourut le 10 février 1793. Danton se remaria le 4 juin suivant, avec Sébastienne-Louise Gély, née en 1776, qui, devenue veuve le 5 avril 1794, se remaria en 1796 avec M. Dupin, commissaire du Directoire près l'Administration centrale de la Seine, qui devint sous Napoléon le baron Dupin, préfet dès Deux-Sèvres. Elle mourut en 1856 s .

On a prétendu qu'en mourant Danton laissa sa femme enceinte et qu'il doit exister ainsi une descendance directe. M. Sardin a péremptoirement réfuté cette légende*.

i. Révolution française, t. XVII, p. 252.

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