Gela ne se trouve pas dans le procès-verbal du 22. mais
Le lendemain 23, une députation des Cordeliers vient lire des pièces relatives à l'attitude du district dans l'affaire de Marat, et elle demande ensuite qu'on admette au serment les trois nouveaux élus. La Commune arrête « qu'il sera procédé de suite à la réception de ce serment, qui a été prêté en la forme accoutumée par MM. Danton, Testulat de Charnière et Ablée (sic) ».
Restait à admettre les deux autres représentants du district. L'un d'eux, Legendre, prêta serment dans la même séance. Je n'ai point trouvé mention de la réception du cinquième. Mais Godard, dans son Exposé, nous donne la liste des cinq députés des Cordeliers à la Commune en 1790, et nous voyons que Saintin en fait partie. Il faut donc admettre ou qu'il avait été réélu, ou qu'il n'avait pas donné sa démission 1 .
Ainsi, Danton ne siégea à la Commune provisoire, avec voix délibérative, qu'à partir du 23 janvier 1790 2 .
dans le discours de la députation des Cordeliers, séance du 23, p. %t du Procès-verbal.
1. C'est peut-être la liste de Godard qui a induit en erreur les biographes de Danton et leur a fait reporter indûment son élection au mois de novembre 4789. Cette liste est intitulée : Représentants de la Commune nommés depuis le 18 septembre 1789, en remplacement de ceux qui ont donné leur démission. Godard n'y donne que ceux qui étaient en exercice au moment où il imprimait son livre, c'est-à-dire en 1790, et il ne parle pas des élus de novembre 1789.
2. Je crois devoir répéter ici que cette étude a été écrite avant la publication des Actes de la Commune par M. Sigismond Lacroix : on y trouvera, t. II et III, d'utiles éléments pour compléter ou rectifier les pages qu'on vient de lire.
Son rôle y fut très effacé.
Voici les principales indications que fournisse une lecture attentive du procès-verbal.
23 janvier 1790. — Danton demande et obtient copie des procès- verbaux dressés contre lui dans la journée du 22 à propos de Marat.
28 janvier. — Pétition des Cordeliers pour la défense de Danton et réponse bienveillante du président de la Commune.
4 février. — Danton demande, avec Barré et plusieurs autres, qu'on admette le public au serment civique.
16 février. — Ici se passe un incident assez curieux pour la biographie de Danton : il a à représenter la Commune dans un acte d'amour pour Louis XVI . Le président reçoit la lettre suivante du comte de Saint- Priest :
Paris, le 16 février 1790, Monsieur,
Je me fais un plaisir de vous annoncer que le roi, sensible au désir de la commune de Paris d'obtenir son buste en marbre, a daigné y satisfaire en ordonnant à M. Houdon d'y travailler. Cette marque de la bienveillance de Sa Majesté offre à la capitale un monument flatteur, et je me trouve heureux d'être chargé de vous l'écrire.
J'ai l'honneur d'être, etc.
Le comte de Sàint-Priest.
L'Assemblée arrête aussitôt « qu'il sera fait de très humbles remerciements au roi par une députalion de
24 de ses membres, ayant M. le maire à leur tête ». Et, parmi ces 24, elle nomme Danton.
3 mars. — D'Anton (sic) est un des six commissaires pour examiner un mémoire relatif à la réception des droits municipaux aux barrières.
5 mars. — Il est un des six commissaires chargés de rédiger une adresse à l'Assemblée nationale en faveur des habitants de Brives, vexés par leur seigneur (suit le texte de cette adresse).
13 mars. — Il est commissaire pour l'examen d'un autre mémoire (affaire insignifiante).
19 mars. — A l'occasion du décret de prise de corps contre Danton, un membre demande qu'il soit fait une députation à l'Assemblée nationale pour lui demander de remplacer le Ghâtelet par un grand juré. Cette motion est faite à la suite d'une démarche du district des Cordeliers. Mais, le 20, on la repousse.
1S juin. — Danton est un des commissaires nommés pour examiner les plaintes d'ouvriers renvoyés (ouvriers employés à la démolition de la Bastille). Il est aussi un des quatre commissaires nommés pour examiner une dénonciation et une demande du distrïctdes Cordeliers au sujet de l'affaire du baron de Menou.
19 juin. — Il est un des commissaires nommés pour présenter une adresse à l'Assemblée nationale au sujet des biens nationaux.
23 juin. — Il présente, concurremment avec Fauchet, le projet de cette adresse. Son projet est préféré à celui de Fauchet. Mais on lui adjoint Mulot et Godard pour le retoucher, et il n'en est plus question.
Enfin, Danton est un de ceux qui prêtèrent, le 30 septembre, le serment libellé par arrêté de la Commune du 24, et par lequel chaque membre de cette Commune jurait « qu'il n'avait reçu, touché, retenu directement ni indirectement, à quelque titre que ce puisse être, aucuns deniers ni choses équivalentes, à l'exception des déboursés justifiés nécessaires 1 . »
Voilà tout ce que j*ai pu retrouver sur le rôle de
Danton à la Commune provisoire. C'est bien peu de
chose. On sent que ses collègues, qui sont en général
des constitutionnels modérés, ne lui laissent aucuu
rôle important dans les affaires municipales. L'orateur
cordelier n'est encore pour eux qu'un démagogue
dont ils subissent la présence et dont ils redoutent la
violence et les incartades. Ils ne se doutent guère du
grand rôle auquel leur collègue est destiné et quelles
qualités d'homme d'État il cache sous sa brusquerie
de tribun.
Février 1893.
i. Procès-verbaux de la Commune, t. VIII, p. 140. Le Conseil de ville prit, le 27, un arrêté pour déclarer que ce serment n'était pas obligatoire. (Robiquet, Le personnel municipal de Paris, p. 383.) Des cinq représentants du district des Cordeliers, un seul, Labiée, refusa de prêter ce serment.
Nous avons étudié les débuts de Danton dans la carrière politique, au district des Gordeliers et à la Commune provisoire. Nous avons tâché de rectifier quelques erreurs de ses biographes, de préciser les dates et les faits autant que c'était possible pour une période mal connue et avec si peu de documents authentiques. Le chemin que nous allons* parcourir aujourd'hui sera un peu plus solide, un peu mieux éclairé, et notre récit pourra s'appuyer plus souvent sur des textes officiels et sûrs.
On a vu quelle fut l'insignifiance du rôle de Danton comme membre de la Commune provisoire: il ne pouvait avoir grande influence dans cette assemblée, dont la majorité "était formée de constitutionnels modérés, partisans de La Fayette et de Bailly. C'est au district des Cordeliers que s'exerça surtout son acti-
j DANTON AUX CORDELIERS ET AD DEPARTEMENT 129
! vite. Décrété de prise de corps à propos de l'affaire de , Ma rat, non seulement il fut préservé de l'emprisonnemeut par sa qualité de membre de la Commune, mais il put même et il osa s'attaquer à ce Châtelet qui l'avait décrété. Le 20 avril 1790, il signa comme président et rédigea sans doute une très remarquable adresse du district des Cordeliers, en vue de la suppresion du Châtelet, qui serait remplacé par un grand juré chargé de connaître les crimes de lèse-nation. C'était déjà l'idée de ce tribunal révolutionnaire que Danton fera créer le 10 mars 1793. Cette adresse fut présentée à l'Assemblée constituante le 22 avril 1 . Elle n'amena pas une solution immédiate de la question, mais ce fut une des plus caractéristiques manifestations du mouvement d'opinion d'où sortira plus tard la loi du 5 mars 1791, qui créa la Haute-Cour nationale d'Orléans.
Quoique membre de la Commune, il mène dans son district une guerre ouverte contre le maire Bailly, surtout aux mois de juin et juillet 1790. A ce momentlà, c'est encore lui qui préside le district. Le viceprésident est son camarade Paré. Les secrétaires sontFabred'Eglantine, Pierre- J.-Duplain et Laforgue 4 . Le district des Cordeliers, c'est Danton.
Ce conflit entre le district et le bureau de la ville a toujours pour objet le plan de municipalité définitive, préparé par la Commune provisoire, voté par TAssem-
1. Le texte en a été reproduit dans les Archives parlementaires, t. XV, p. 251 et suivantes.