‹ Études et leçons sur la récolution françaiseChapitre 39 sur 158 · Robiquet, Le Personnel municipal · texte numérisé non relu

Robiquet, Le Personnel municipal

3. Voici la pièce sur laquelle nous établissons le fait de la démission. C'est une copie de lettre, sans signature, mais en tête de laquelle on a écrit ces mots : M. Gouvion, 22 novembre 1790. « Monsieur, M. Danton a donné son désistement de sa nomination à la place de commandant du bataillon des Cordeliers, mais on se propose de convoquer demain une assemblée qui probablement ne sera que partielle, afin de procéder à la nomination d'un autre commandant; et comme M. de Courtaumer n'a pas voulu permettre d'assembler et qu'on ne peut disposer de tambours sans son ordre, l'intention est de fair* prendre une caisse

C'est peu avant cette époque, en octobre 1790, qu'il fut nommé par la section du Théâtre-Français membre de l'Assemblée électorale de Paris, le second sur 26 1 .

Cette nomination scandalisa les modérés, et, dans des réunions officieuses tenues par les électeurs avant leur constitution officielle en assemblée, la motion fut faite d'expulser Danton.

« Nous assistâmes, il y a quelques jours, dit un contemporain, à une de ces assemblées bâtardes. Une des premières motions qui fut faite tendit à l'expulsion du sieur Danton de sa place d'électeur. L'honorable membre qui la présenta n'osa l'attaquer qu'indirectement, et pour ainsi dire, par derrière ; il craignit

par un citoyen qui sera escorté par huit volontaires, baïonnettes au bout du fusil. M. le commandant général, qui désire de mettre fin à toutes ces divisions, m'a chargé d'avoir l'honneur de vous demander une autorisation en vertu de laquelle il convoquera demain le bataillon ; il désire qu'elle porte qu'on s'y rendra en uniforme et sans armes. 11 vous demandera cette autorisation, parce que l'affaire relative à cette nomination a été portée devant le corps municipal. Je vous prie, Monsieur, de me la faire passer ce soir, s'il est possible, parce que je n'ai pas de temps à perdre pour notifier les ordres à M. de la Villette. » — Dibl. nat., manuscrits, fonds français, n° 11,697.— Danton n'en conserva pas moins une grande influence sur le bataillon des Cordeliers. Quand, en mai 1791, la minorité de ce bataillon voulut qu'on prît lo nom de bataillon de V Observatoire, comme pour désavouer le passé révolutionnaire, Danton s'y opposa victorieusement. (L'Orateur du peuple, ap. Bougeart, p. 50.) Gf CElsner, Luzifer,]). 197.

1, ÉUenne Gharavay, Assemblée électorale de Paris, p. 65.

DANTON AUX CORDELIEBS ET AU DÉPARTEMENT lit

le Veto polonais que Danton porte toujours sous le bras et à l'appui duquel il prétend toujours avoir raison. Cette motion fut conçue en ces termes : a II est « essentiel, Messieurs, de répandre dans le public, par <c la voie de l'impression, des réflexions sur le mode « de la vérification des pouvoirs, de manière à ce « qu'elle porte, non seulement sur les pouvoirs, mais « sur le personnel (sic) de l'élu 1 . »

Cet incident n'eut pas d'autre suite. Danton put siéger à l'Assemblée électorale : il arriva même à la place honorable et en vue qu'il convoitait depuis si longtemps. Après avoir été ballotté plusieurs fois*, il fut enfin, le 31 janvier 1791, élu un des administrateurs du département de Paris 3 , le vingt-deuxième sur trente-six. Il n'obtint que trois voix pour la place de procureur général syndic, à laquelle on nomma Pastoret, le 15 février 1791, et il ne fut pas membre

t. Journal électoral, s. I. n. d., 1 numéro in-8. — Bibl. nat., Lc*/2545.

2. On trouvera le chiffre de voix obtenu par Danton, à différents scrutins et pour diverses fonctions, dans Ktienne Charavav, Assemblée électorale, p. 403, 258, 260, 261. 381, 383, 385, 397, 40*7. 408, 414, 417, 418, 425, 430, 437, 464, 477, 471, 5i7, 5'*9, 581, 615. — Le 15 février, l'Assemblée électorale le nomma scrutateur général, par 160 voix.

3. Par 144 voix. — Les trente-six administrateurs du département de Paris furent : Anson, Arnoult, Barré, Brierre de Surgy, Brousse-Desfaucherets, Cerutti, Charton, Gretté de Palluel, Daix, Danton, Davous, Jean de Bry, De Fauconprct. De Mautort, Dumont, Dutramblay, Germain Garnicr, Glot, Gravier de Vergennes, Incelin, Jussieu, Kersainl, Lacépède, Alexandre de Lameth, La Rochefoucauld, Lefebvre, Lefèvro d'Ormesson, Maillot, Mirabeau, Siéyès, Talleyrand, Thion de la Chaume, Thouin, Treil-Pardailhan (en remplacement Pastoret, élu procureur général syndic le 15 février 1791), Trudon des Ormes et Vieillard.

du Directoire, quoi qu'en disent ses trop complaisants biographes 1 .

Il fit partie du département jusqu'au 7 décembre 1791, époque de son élection au poste de substitut du procureur de la Commune.

Il y siégea peu, il n'eut aucune influence; il disait en riant : « Je n'ai pas fait une recrue parmi les ânes du département 2 . »

Son acte le plus remarquable comme membre du département de Paris, ce fut peut-être la lettre d'acceptation qu'il écrivit le 1 er février, au président de l'Assemblée électorale. C'est aussi le premier texte authentique important qui s'offre à nous dans la carrière politique de Danton, ce fut sa première profession de foi personnelle que nous connaissions d'original.

Voici cette lettre :

Monsieur le président, je vous prie d'annoncer à l'Assemblée électorale que j'accepte les fonctions auxquelles elle a cru devoir m'appeler. Les suffrages dont m'honorent de véritables amis de la liberté ne peuvent rien ajouter aux senti-

1. Les huit membres du Directoire, élus parle Conseil de département, du 21 au 23 février, furent Dutremblay, Anson, Germain Garnier, Mirabeau, Siéyès, Gretté de Palluel, Davous et Glot. Le 2 mai suivant, Talleyrand et Thion de la Chaume furent nommés membres du Directoire, en remplacement de Mirabeau et de Dutremblay. Le président du département fut La Rochefoucauld. Danton ne fut pas même un des cinq commissaires élus, le 24 février, pour remplir, dans les cas prévus par la loi du 5 novembre 4790, les fonctions de directoire de district : ce furent Brierre de Surgy, Trudon des Ormes, de Mautort, Thion de la Chaume et Maillot.

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