Etienne Gharavay, Assemblée électorale, p
Danton ne trouva pas grâce auprès de ses nouveaux collègues. Leur froideur l'écarta des séances du département, sans réussir cependant à le rejeter daus la rue.
D'après les quelques procès-verbaux des séances du département qui nous restent 1 , Danton ne semble avoir assisté qu'aux séances des 18 février, 28 avril, 5, 7 et 10 mai, et 9 juin 1791, c'est-à-dire à six séances. On ne le nomme d'aucune commission, et même, dans la séance du 4 mat quand le Conseil départemental se divise en trois bureaux, Finance 1 , Direction et surveillance des institutions publiques, Protection à l'Industrie nationale, le nom de Danton est omis. Et qu'on ne dise pas que cette omission soit venue de l'absence de Danton. Six membres absents, Cerutti, Dutremblay, Talleyrand, Maillot, Incelin et Charton n'en furent pas moins désignés. Danton vint à la séance du 5 mai, et se fit inscrire dans le bureau de la direction et surveillance des institutions publiques 2 .
1. Le registre des délibérations du département de Paris (Conseil et Directoire) a sans doute disparu dans l'incendie de l'Hôtel de Ville en 1871. Mais on a aux Arch. nat., F I e III, Seine, 43, quelques copies de procès-verbaux du Conseil de département certifiées conformes par le secrétaire Blondel, à la signature duquel s'ajoute parfois celle du président La Rochefoucauld. Ce sont les séances des 18, 19, 21, 23, 24, 25, 26 février; 1« et 2 mars; 28 avril; 2, 4, 5, 7, 10, 17, 23, 25, 31 mai ; 3, 6, 7, 9. 21,22, 23, 24, 25, 26, 27 juin; 4, 8, 12, d8, 21, 30 juillet ; 6 août 1791. D'autre part, M. A. Schmidt, dans ses Tableaux de la Révolution (Leipzig, 1867-1871, 4 vol. in-8, dont un de tables), t. I, p. 11 et suivantes, donne en partie ou en totalité les séances des 28 février 23 avril, 7 et 10 mai, 21 à 27 juin, 21 juillet, 16 novembre, 9,23 et 27 décembre 1791, 12 juin 1792.
2. Dans la séance du 4 mai, il y avait vingt-cinq présents sur
Il est très probable qu'il ne prit aucune part aux travaux de ce bureau. Il n'avait voulu que maintenir ses droits d'administrateur du département : l'antipathie de ses collègues et le sentiment de son isolement 1 au milieu de ces modérés lui semblaient le dispenser de ses devoirs.
Pendant cette année 1791, ce n'est plus au club des Cordeliers ou à la section du Théâtre-Français qu'il exerce toute son activité. La tribune cordelière n'avait pour auditoire que Paris : c'était à la tribune des Jacobins qu'on parlait à toute la France. La Société des amis de la Constitution, par ses mille succursales,
trente-cinq (Mirabeau, décédé, n'avait été remplacé que comme membre du Directoire et non comme membre du Conseil de département), et trente et un membres furent répartis entre les trois bureaux. Trois furent omis, Danton,' Daix et Alexandre de Lameth. Ces deux derniers se firent inscrire dans le troisième bureau. Le président La Rochefoucauld ne fit partie d'aucun bureau. Voici en résumé comment ces trois bureaux furent composés :
1° Finances : Arnoult, Cretté, De Faucoupret, d'Ormesson, Brierre de Surgy, Trudon des Ormes, Gravier de Vergennes, Anson Jean de Bry, Davous, de Mautort.
2° Direction et surveillance des institutions publiques : Kersaint. Gerutti, Dutremblay, Lacépède, Brousse-Desfauchcrets, Thouin, Siéyès, de Jussieu, Thion de la Chaume, Vieillard, Treil-Pardailhan et Danton.
3° Protection à Vindustrie nationale : Glot, Taïleyrand, Maillot, lncelin, Lefebvre, Dumont, Barré, Charton, Germain Garnier, Daix et Alexandre de Lameth.
1. Cependant, il semble lié avec Kersaint. (La Société des Jacobins, t. II, p. 338.) Il.l'é tait peut-être aussi avec Alexandre de Lameth.
Aulard, Études. — IV. 1*
influait sur l'opinion des départements, l'interprétait, la régularisait, et, dans une certaine mesure, la dirigeait. Ce n'était que là que Danton pouvait se faire connaître du pays, se transformer, d'agitateur parisien qu'il était, en conseiller de l'opinion française, et jouer le rôle d'un Mirabeau ou d'un Robespierre. Nous avons vu que, dès septembre 4790, il siège aux Jacobins. Je doute qu'il y ait jamais amené cette députa tion des Cordeliers qui, le 25 février 1791, vint proposer de démolir le donjon de Vincennes 1 : ces bruyantes fanfaronnades n'étaient plus de son goût. Mais le 30 mars 1791, il prit la parole dans le club pour tancer Collot d'Herbois, alors modéré, qui avait rédigé le procès-verbal en termes élogieux pour Bonnecarrère, récemment nommé ministre auprès du prince de Liège. « Le fier Danton, dit le Patriote français, est monté à la tribune et a relancé, avec sa voix stentorale, le louangeur. D'après sa verte semonce, M. Bonnecarrère ne doit plus être regardé comme un ami de la liberté, parce qu'il est entré dans le corps ennemi, le pouvoir exécutif, et son éloge ne convient plus qu'à des esclaves. Grands murmures, grande colère de M. d'Herbois; et le tout s'est terminé par une mention pure et simple, dans le procès- verbal, de la communication faite aux Amis de la Constitution de l'enrôlement de M. Bonnecarrère dans la diplomatie 2 ... »