V Orateur du peuple, t. VI, p
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pour le 7 mai 1791. Danton assista à cette séance et il dut désavouer l'affiche en termes fort embarrassés. Il dit « que les ternies qu'on lui imputait dansTarrêté ne pouvaient pas être regardés comme ses propres expressions, puisqu'il ne les avait pas signés ; qu'il n'était pas responsable d'une rédaction qui lui était étrangère ; qu'au surplus il offrait de donner une déclaration par écrit, sur le fait dont il s'agissait, qui, sous des expressions différentes, aurait cependant, dans son opinion, le même sens ».
Alors les membres du Directoire déclarèrent au Conseil « que, le 18 avril, ils s'étaient réunis à deux époques différentes : la première, pendant qu'un attroupement considérable empêchait le départ du roi ; que M. Danton n'était point alors présent ; qu'il est faxix que, dans cette séance, le maire de Paris et le commandant général aient demandé à être autorisés à faire feu sur le peuple, qui s'opposait au départ du roi ; la seconde, après que le roi avait renoncé à partir pour Saint-Cloud ; et qu'à cette seconde séance M. Danton et plusieurs autres membres du Conseil étaient présents ; quil n'avait été demandé, dans cette séance, aucunordre de faire feu sur le peuple, et que, l'attroupement étant alors dissipé, il n'y aurait pas même eu de motif de demander un pareil ordre ».
Puis on invita Danton à écrire et à signer la déclaration qu'il avait offerte. La voici :
« Je déclare que, le 18 avril, étant réuni dans une des salles de l'Assemblée nationale avec plusieurs membres du département, dans les conférences qui eurent lieu tant avec
M. le maire que M. le commandant général, ils m'ont paru l'un et l'autre, par leurs discours, être constamment d'avis que le départ du roi devait être protégé par la force armée. A Paris, le 7 mai 1791. Signé Danton *. »
C'était, on le voit, une rétractation complète. Le département s'en tint pour satisfait, et l'affaire n'eut pas d'autre suite. Mais elle nuisit à la considération de Danton dans l'esprit des gens sérieux. Son crime n'était pas grand : il avait, en causant, exagéré, dramatisé le récit des faits 2 . Les vrais coupables furent ses amis, ses maladroits amis, qui imprimèrent et Grent afficher des fantaisies, des gasconnades échappées à une imagination échauffée par la bataille et sincèrement indignée de l'attitude antipopulaire des La Fayette et des Bailly .
Mais nous n'avons pas fini le récit de ce que fit Danton dans cette année 1791, alors qu'il était membre du département de Paris. De grands événements se préparent, la fuite à Varennes, un premier mouvement républicain, une réaction sanglante, un changement des partis, une orientation nouvelle de la politique. Nous consacrerons une prochaine étude au rôle de Danton dans cette seconde phase de la Révolution.
Mars 1893.
1 . Pour le récit de cette séance du département, nous avons suivi le procès verbal officiel. On le trouvera dans Schmidt, lableaux de la Révolution, t. I, p. 25-26. L'original de la déclaration de Danton est aux Archives, F 7 , 4385. — Cf. Musée des Archives nationales, Paris, Pion, 1872, in-4, n° 1217.
2. Aux témoignages déjà cités, il faut ajouter celui de l'allemand GElsner : « La Fayette a demandé au directoire du département de proclamer la loi martiale ; Danton et Alexandre Lameth se sont opposés avec raison à ce moyen désespéré. » (Luzifer, p. 193.)
Quel fut le rôle de Danton dans le mouvement républicain qui se produisit à Paris aux mois de juin et de juillet 1791? Prépondérant, disent ses apologistes ; et Auguste Comte a cru que l'orateur cordelier avait été le premier à comprendre la nécessité de substituer, dès lors, la république à la monarchie. C'est là une vue qui est d'accord avec les principes de la philosophie positive, mais que les faits me semblent démentir. Il est bien vrai qu'il y eut, à cette époque, un mouvement républicain ; mais ce n'est pas Danton qui l'inspira et le dirigea : il sortit spontanément de l'accès d'indignation que causa la fuite du roi, et, malgré les efforts d'une élite d'ardents démocrates, pormi lesquels on ne vit pas Danton, il cessa quand la colère populaire fut apaisée.
C'est un fait que Danton ne fut point de ceux qui, après la fuite à Varennes, crièrent Vive la République!
ou qui participèrent à la manifestation républicaine du club des Cordeliers ou à celle de Condorcet '.
Certes, son esprit est ouvert à l'idée républicaine ; mais il voit que la France est encore monarchique : il craint que la république ne soit irréalisable et il laisse ses amis les Cordeliers s'engager seuls. Présent à la séance des Jacobins où l'adresse cordelière est lue et huée, il ne dit rien, et le silence de l'ancien président des Cordeliers n'équivalait-il pas à un blâme? — Fut-il gourmande à ce propos par ses amis? Toujours est-il que, le 23 juin, il fit aux Jacobins une motion peu monarchique.
Après avoir posé le dilemme de Louis XVI criminel ou imbécile, il ajouta : « L'individu royal ne peut plus être roi dès qu'il est imbécile, et ce n'est pas un régent qu'il faut, c'est un Conseil à linterdiction. Ce Conseil ne peut être pris dans le Corps législatif. Il faut que les départements s'assemblent, que chacun d'eux nomme un électeur, qu'ils nomment ensuite les 10 ou 12 membres qui devront composer ce Conseil, et qui seront changés, comme les membres de la législature, tous les deux ans a . »
Il faut remarquer que Danton ne prononce pas le nom de République et que ce Conseil à l'interdiction aurait très bien pu, qu'il le voulût ou non, favoriser la candidature du duc d'Orléans au trône 3 .
1. Je supprime ici quelques pages où je racontais le mouvement républicain en juin-juillet 4791. On trouvera ce récit dans mon Histoire politique de la Révolution, p. M 4 à 153.