Arch. nat., \V 291. n
prétextes avaient été mis en avant pour le poursuivre:
« Si, dit-il, fort de ma cause, qui était celle de la nation, j'ai préféré les dangers d'une seconde proscription judiciaire, fondée non pas même sur ma participation chimérique à une pétition trop tragiquement célèbre, mais sur je ne sais quel conte misérable de pistolets emportés en ma présence dans la chambre d'un militaire, dans une journée à jamais mémorable, c'est que je suis incapable de conserver des relations qui deviennent impures et d'associer mon nom à ceux qui ne craignent pas d'apostasier la religion du peuple qu'ils avaient d'abord défendue. »
Claires pour les contemporains, qui connaissaient l'acte d'accusation contre Danton, ces allusions sont obscures pour nous, qui n'avons pas cet acte. Mais il en ressort évidemment que Danton u'était pas accusé de complicité avec les pétitionnaires du 17 juillet, et il fallait que sa non -participation aux événements du Champ -de -Mars fût évidente et notoire pour qu'on allât chercher les prétextes obscurs dont il parle.
Il y a pourtant un autre de ces prétextes qui nous est connu d'ailleurs, et qui est très clair. Le 21 juillet 1791, le Conseil de département de Paris dénonça Danton à l'accusateur public du tribunal du 6 e arrondissement au sujet des propos séditieux qu'il avait ténus contre La Fayette dans la journée du 21 juin et que nous avons relatés plus haut 1 .
1. Voir le procès-verbal de la séance du Conseil de département du 21 juillet 1791, ap. Schmidt, t. I, p. 59, 60.
Si donc Dantoa, et c'est chose prouvée, ne fut pas poursuivi comme complice de la pétition du 17 juillet, c'est qu'il fut étranger à cette pétition.
Ainsi, il y eut deux pétitions, Tune très constitutionnelle, monarchique, celle du 16 juillet 1791, et Danton en est sûrement un des auteurs responsables 1 , l'autre constitutionnelle encore, mais violente, mais tendant à réorganiser la monarchie, n'excluant pas formellement la république, et Danton n'y est pour rien.
C'est donc une erreur de le présenter comme le fondateur du parti républicain en France, comme le premier qui ait voulu la république, qui Tait demandée. Surtout c'est une erreur de le présenter comme le directeur suprême de la politique avancée en 1791 : je suis frappé de le voir, au contraire, à la remorque, au second plan. Il hésite, il ne croit pas l'heure venue, il n'est plus avec les Cordeliers, il n'est pas tout à fait avec les Jacobins, il suit prudemment l'opinion. Ces hésitations sont d'un sage, si vous voulez, et d'un homme d'État, mais permettent-elles de dire, comme on le fait, que Danton joua un rôle prépondérant dans la crise de juin et juillet 1791 ?
1. C'est cette pétition dont il voulait parler au Tribunal révolutionnaire, quand il dit : « La pétition à laquelle j'ai concouru ne contenait que des intentions pures » (Bûchez, t. XXX, p. 136). Saint-Just l'avait accusé d'avoir traîtreusement rédigé, avec Brissot, la pétition du 17, afin d'amener le massacre des patriotes [ibid., p. 87).
La victoire sanglante des modérés au Champ-de- I Mars amena une réaction, une sorte de terreur. Quand I les Gordeliers voulurent se réunir, le soir du 17, ils ' trouvèrent leur porte fermée et clouée l . Bailly ordonna d'arrêter les colporteurs des journaux de Fréron et de Marat 2 . On poursuivit les patriotes avancés, Camille Desmoulins, Marat, Hébert, Brune, Momoro, Santerre, Fauchet et beaucoup d'autres 3 . Alexandre de Lameth avertit Danton qu'il eût à se cacher*. Il se réfugia d'abord dans la campagne de son beau-père, à Rosny-sous-Bois : une bande de coupe-jarrets l'y poursuivit 5 . Il se rendit alors dans sa ville natale, à Arcis-sur-Aube, chez son ami Courtois, où il put défier pendant quelque temps les menaces de ses ennemis, comme le prouve cette lettre d'un huissier, que je donnerai en entier parce qu'elle est inédite et curieuse :