‹ Études et leçons sur la récolution françaiseChapitre 60 sur 158 · La Société des Jacobins, t. III, p · texte numérisé non relu

La Société des Jacobins, t. III, p

déclarer la guerre, il donna à entendre qu'il fallait la faire, mais après avoir pris ses précautions contre le pouvoir exécutif, après l'avoir mis dans l'impossibilité de nuire, surtout après avoir déjoué les desseins des modérés, des La Fayette, qui voyaient dans la guerre un moyen de faire triompher leur politique rétrograde.

Voici quelques-unes des expressions que lui prête le Journal des Jacobins :

Si la question était de savoir si en définitive nous auron la guerre, je dirais : Oui, les clairons de la guerre sonneront oui, l'ange exterminateur de la liberté fera tomber les satellites du despotisme. Ce n'est point contre l'énergie que je viens parler. Mais, Messieurs, quand devons-nous avoir la guerre? N'est-ce pas après avoir bien jugé notre situation, après avoir tout pesé ? N'est-ce pas surtout après avoir bien scruté les intentions du pouvoir exécutif qui vient nous proposer la guerre ?. . .

Nous avons à nous prémunir contre cette faction d'hommes qui veulent mettre à profit une guerre générale, qui voudraient, comme je l'ai déjà dit, nous donner la constitution anglaise, dans l'espérance de nous donner bientôt le gouvernement de Constantinople. Je veux que nous ayons la guerre ; elle est indispensable ; nous devons avoir la guerre : mais il fallait avant tont épuiser les moyens qui peuvent nous l'épargner. Comment se fait-il que ces mêmes ministres n'aient pas senti qu'ils sont plus que suspects quand ils viennent nous dire que le moyen de rendre à la France sa prépondérance dans l'Europe, c'est une déclaration de guerre ¥ Et que pourrait dire es pouvoir exécutif, qui reproche à l'Assemblée nationale de ne pas seconder ses intentions, quand il aurait dû faire lui-même disperser les forces des émigrants? Quand j'ai dit que je m'opposais à la guerre, j'ai voulu dire

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que l'Assemblée nationale, ayant de s'engager par celte démarche, doit faire connaître au roi qu'il doit déployer tout le pouvoir que la nation lui a confié contre ces mêmes individus dont il a disculpé les projets et qu'il a dit n'avoir été entraînés hors du royaume que par les divisions d'opinion.

On le voit : Danton n'est ni de Ta vis de Robespierre, qui ne veut pas la guerre, ni de l'avis de Brissot, qui la croit sans danger et qui la réclame avec un enthousiasme optimiste. Eu réalité il hésite, il est perplexe: il sent les périls de la guerre; il en devine aussi les avantages possibles; surtout il a conscience de la force du mouvement d'opinion qui entraîne la France à une expansion militaire. Bonou mauvais, il lui semble que ce mouvement est irrésistible, que l'homme d'Etat ne doit pas s'y opposer, mais tâcher de le diriger et d'écarter de cette nouvelle marche de la Révolution les écueils et les pièges. Puisque la France veut la guerre, il faut la faire, mais la faire au profit de la France, et non au profit du roi.

Si le compte rendu du discours de Danton est obscur, c'est peut-être que ce discours môme n'avait pas été clair. Interpellé à ce sujet au Tribunal révolutionnaire, il fera encore une réponse plus obscure, mais je crois y démêler qu'il se justifia en disant qu'il avait conseillé de faire une guerre nationale et non une guerre royale l .

\ . Ce n'est que dans les notes de Topino-Lebrun (p. 19) que nous trouvons une trace, d'ailleurs obscure et tronquée, de sa réponse à ce sujet : « Sous la législature, je dis : la preuve <pw

Dans ce discours du 16 décembre 1791, Danton avait fait allusion en ces termes à la modération d'attitude que lui inspirait sa récente élection aux fonctions de substitut du procureur de la Commune: «Le peuple m'a nommé pour défendre la constitution, et quelles qu'aient pu être mes opinions contre ceux qui en ont empêché retendue (sic), je déclare maintenant que je ne défendrai le peuple, que je ne terrasserai ses ennemies qu'avec la massue de la raison et le glaive de la loi *. » Ce caractère constitutionnel de l'attitude qu'il entendait prendre, il l'accentua encore dnns le discours qu'il prononça pour son installation comme substitut du procureur de la Commuue*.

J'ai été nommé, dit-il, pour concourir au maintien de la Constitution, pour faire exécuter les lois jurées par la nation. Eh bien, je tiendrai mes serments, je remplirai mes devoirs, je maintiendrai de tout mon pouvoir la Constitution, rien que la Constitution, puisque ce sera défendre tout a la fois la liberté, l'égalité et le peuple 3 .

c'est la cour qui veut la guerre, c'est qu'elle a (mot illisible) l'initiative et la sanction ; que les patriotes se rallient, et alors, si nous ne pouvons vous vaincre, nous triompherons de l'Europe. »

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