Ibid
3. lbid. t et- Courrier des 83 départements du 22 janvier 4792,
m une en fut si scandalisé qu'il demanda que les tribunes fussent rappelées à Tordre : mais les huées couvrirent sa voix 1 .
Le maire Petion répondit très brièvement 2 . Il paraphrasa en quelques mots les déclarations constitutionnelles de Danton : « Plus vous vous êtes montré l'ami de la liberté, dit-il, plus vous vous montrerez l'ami de la loi, parce que sans elle il n'est point de liberté ». Son petit discours peut se résumer ainsi : Soyez sage.
Ce qui est certain, c'est que le substitut Danton vécut dans un accord parfait avec le maire Petion et avec le procureur Manuel 3 . Tous deux subirent son influence : il excita le flegmatique Petion, il dirigea la fougue de Manuel, il fit du bureau de la municipalité le centre de l'opposition aux constitutionnels modérés. Le Conseil général de la Commune était peu favorable à la politique de Danton. Mais les élections partielles des 11, 15 et 20 février 1792 envoyèrent à l'Hôtel de Ville 24 officiers municipaux d'opinion démocratique, comme Clavière, Thomas, Sergent,
p. 346. Les séances n'étaient pas encore complètement publiques, mais les sections y envoyaient des délégués.
4. Nous ne savons pas le nom de ce membre. Le Courrier et le Thermomètre nous apprennent qu'il était apothicaire de son état et le plaisantent là-dessus.
2. Il sembla que Petion donnait une leçon de goût à Danton : « M. Petion a mieux observé dans sa réponse ces convenances oratoires, qui, loin d'affaiblir le langage de la liberté, servent à le faire goûter et respecter même de ses ennemis » (Révolutions de Paris, n» CXXXIV, p. 229),
3. Le 16 janvier, aux Jacobins, Manuel se félicita que Danton dût être installé avant lui et se déclara « charmé de l'avoir pour précurseur ». La Société des Jacobins, t. III, p. 321.)
Boucher Saint-Sauveur, Osseliu, Panis 1 . Deux d'entre eux, amis de Danton, Panis et Sergent, entrèrent au département de la police et y furent les maîtres. Le corps municipal (bureau et conseil) se trouva ainsi plus avancé d'opinion que la majorité du Conseil général, et Danton, par Petion et Manuel, put exercer une sérieuse influence, sinon sur les délibérations, du moins sur les actes de la Commune.
Cette influence fut encore accrue par la publicité complète des séances, que le Conseil général vota le 10 mars 1792, sur le réquisitoire de Manuel. La présence du peuple dans les tribunes donnera à Danton et à Manuel des arguments irrésistibles pour entraîner la majorité modérée de la Commune.
Mais, pour des motifs que j'ai indiqués plus haut, Danton eut très peu d'occasions de se produire comme substitut du procureur. Je n'ai pu trouver que trois exemples de son intervention en cette qualité dans les débats du Conseil général.
Le 19 avril 1792, il y eut à la Commune un vif débat sur l'enlèvement des bustes de La Fayette et de Bailly placés dans l'Hôtel de Ville. Cette question causa un vif tumulte de la part des gardes nationaux qui assistaient à la séance. C'est en vain que Danton, « avec un organe dominant », essaya de se faire entendre ;
1. Robiquet, Le Personnel municipal, p. 472. Le détail de ces scrutins nous manquent, sauf pour l'élection de Dusaulx, C1&* vière, Chambon, Thomas, Sergent, Boucher Saint-Sauveur, Bidermann, Patris, Boucher-René et Mouchet, élus les 10 et 11 février. On trouvera l'extrait (imprimé) du procès-verbal de ce scrutin auc Arch. nat., T. 604-605.
il dut quitter la place et se retira au milieu des huées. Cette manifestation hostile ne nous est qu'imparfaitement connue par le compte rendu de la séance des Jacobins du lendemain 1 .
Le 14 mai suivant, Manuel venait d'exposer comment il avait délivré un certain Escourbiac, détenu illégalement dans une pension bourgeoise :
M. Danton a dit ensuite que, tandis que, d'un côté, M. le procureur-syndic (sic) de la Commune s'occupait à déterrer des victimes du despotisme, on s'occupe de l'autre à lui susciter des querelles antipatriotiques. On vient de le décréter d'ajournement personnel, à l'occasion d'un prétendu vol des Lettres de Mirabeau. On l'accuse d'avoir violé les greffes de la police, pour découvrir les lettres dans lesquelles cet homme célèbre disait la vérité, a Les ennemis de la chose publique, « a dit Danton, n'osent pas attaquer la liberté ; ils s'achar- « nenl contre ceux qui la défendent. A peine eut-on appris la « nomination de M. Manuel à la place de procureur de la « Commune, que ces mêmes ennemis qui l'attaquent aujour- « d'hui firent leur possible pour l'empêcher d'y monter. On a lui contesta son éligibilité, on fit une descente nocturne c chez le libraire Garneri, etc., et l'on enleva l'édition des « Lettres de Mirabeau. Depuis ce temps, cette affaire était « demeurée ensevelie ; mais aujourd'hui, au moment qu'un « grand coup se prépare dans la capitale, on veut enlever au « peuple ses meilleurs amis. C'est moi qui va (sic) être le a défenseur de M. Manuel auprès du tribunal provisoire, où « cette affaire est portée. Nous nous transporterons ensemble « pour cet effet au greffe, afin d'en prendre connaissance, etc. « M. le procureur de la Commune aurait pu équivoquer sur « un décret non constitutionnel ; mais il aime mieux se
1. Discours de Raffron du Trouillet (La Société des Jacobins, t. III, p. 513).
a suspendre lui-même de sa place jusqu'au moment où cette « affaire aura pris la tournure qu'elle doit prendre. Quant à « moi, je prie le corps municipal de vouloir bien m'accorder « un congé pour quelques semaines, afin d'avoir le temps de « préparer la défense de M. Manuel. » Sur la proposition de plusieurs membres, attendu l'importance de l'objet dont est question, la demande de M. Danton est renvoyée au Conseil général *. »
Les patriotes s'émurent de cet abandon momentané que Danton se proposait de faire de son poste, et Merlin (de Thionville) l'adjura, dans une lettre publique, de ne pas prendre de congé 5 . Manuel annonça qu'il se défendrait lui-même, « avec la sainte colère de la liberté » 3 , et le projet de Danton n'eut pas d'autre suite : Manuel et lui restèrent à leur poste.