‹ Études et leçons sur la récolution françaiseChapitre 75 sur 158 · Œuvres de Camille Desmoulins, éd. de 1838, t. II, p · texte numérisé non relu

Œuvres de Camille Desmoulins, éd. de 1838, t. II, p

3. Déposition de Villain-Daubigny, ap. Robinet, Danton homme d'État, p. 97.

pistolet. Mais aucun des chefs de l'insurrection n'avait songé à le faire périr, et, à en juger par le procèsverbal de la séance ', Danton n'intervint même pas dans le débat. Sans doute, en l'amenant devant la Commune, il avait exposé Mandat à la mort. Mais quel avait été son but? De faire massacrer un adversaire? Non, il avait voulu désorganiser la résistance de la Cour en annihilant le chef militaire de cette résistance. S'il eut plus tard le triste courage de se vanter d'un meurtre auquel il avait été réellement étranger 2 , c'est qu'il parlait au Tribunal révolutionnaire, c'est qu'il défendait sa tête.

Voilà tout ce qu'on sait de certain sur le rôle de Danton dans la révolution du 10 août. Ainsi, il fit établir révolutionnairement le suffrage universel dans la section du Théâtre-Français; il fut un de ceux qui transférèrent le bataillon des Marseillais au couvent des Cordeliers; il siégea à l'Hôtel de Ville dans la nuit du 9 au 10, comme substitut du procureur de la Commune, maintenu par les insurgés; il contribua à faciliter aux commisssires des sections leur installation en forme de commune ; il arrêta de sa main le chef

1. Outre ce procès-verbal, nous avons le récit de Mortimer Ternaux (Histoire de la Terreur, t. II, p. 268-277). Ce récit est important parce que l'auteur a eu entre les mains, aux Archives de la Seine (aujourd'hui disparues) « les minutes des versions successives, préparées pour arriver à la rédaction du procèsverbal officiel ».

2. Est-il bien vrai que Danton ait réellement prononcé ces paroles? Nous n'avons, sur son procès, que les notes de Topino- Lebrun, qui sont informes, et que le Bulletin du Tribunal révolutionnaire, qui est menteur.

militaire du parti de la Cour. Il eut donc raison de dire au Tribunal révolutionnaire : On m'a revu solidement. Il n'est pas l'auteur, le chef unique de l'insurrection, et, sans lui, le trône n'en aurait pas moins été renversé à cette époque. Mais il est permis de croire que, si Danton n'avait pas mis son énergie et son esprit pratique au service de cette révolution, elle eût été plus violente, plus hasardeuse, plus sauglante. C'est pour ces motifs et dans cette mesure qu'il convient de l'appeler l'homme du 10 août.

Si quelqu'un doutait encore de l'importance du rôle de Danton dans cette journée fameuse, c'est qu'il oublierait que l'Assemblée législative prit elle-même le soin de désigner Danton à l'opinion et à l'histoire comme le héros de la victoire populaire, par le fait même qu'aussitôt après la prise des Tuileries, elle l'appela au poste de ministre de la justice.

On sait que, dans la journée du 10 août, la Législative, en considération « des défiances qu'avait inspirées la conduite du chef du pouvoir exécutif, dans une guerre entreprise en son nom, contre la Constitution et l'indépendance nationale », avait convoqué uue Convention nationale et suspendu provisoirement Louis XVI, en attendant que cette Convention prononçât définitivement l .

1. On a souvent dit que tout le côté droit était absent & cette

Pour cet intérim, elle établit, sans détruire l'ancienne organisation ministérielle, un Conseil exécutif provisoire, formé de six ministres. C'était l'ancien Conseil du roi, sans le roi.

Après avoir décrété que le ministre qui serait nommé le premier aurait la signature de tous les départements du ministère, tant qu'ils resteraient vacants,

— et cela indiquait, par avance, de quel degré exceptionnel de confiance elle honorerait ce premier élu,

— elle nomma Danton en premier lieu 1 . La majorité

séance du 10 août. C'est une erreur. Un député de la droite, Turquet de Mayerne (de l'Indre), protesta publiquement contre cette assertion dans le Journal des débats et des décrets du 2 septembre 1792. Voici sa lettre : « Paris, 29 août, Van IV de la liberté. — Monsieur, on lit dans votre journal, n° 321, p. 39, qu'aucun membre du côté droit n'était présent à la mémorable séance du 10, lorsque l'Assemblée s'est levée et a répété : Vive la nation ! Cette assertion est une erreur. Je me place dans cette partie de la salle, et j'y étais en ce moment avec plusieurs de mes collègues. J'ai à cœur que cette vérité soit connue et que quelques membres du Corps législatif ne soient pa3 défavorablement désignés dans une circonstance aussi marquable (sic). J'espère, monsieur, que vous voudrez bien insérer cette note dans votre prochain numéro. Signé : Mayerne, député a l'Assemblée nationale. »

1. M. Ghardoillet (pseudonyme du D' Robinet) a dédié son édition dos Notes de Topino-Lebrun à la mémoire de Danton, président du Conseil exécutif provisoire de la République française. Cette désignation pourrait faire croire qu'il y avait un président permanent du Conseil exécutif, analogue a notre président actuel du Conseil des ministres. 11 n'en était rien, comme cela ressort de l'article 3 de la loi du 15 août 1792, qui est ainsi conçu : « Chaque ministre remplira, à tour de rôle, semaine par semaine, les fonctions de président du Conseil. » Danton exerça ces fonctions pendant une semaine, à partir du 9 septembre 1792. Ses cinq collègues présidèrent de même tour à tour, chacun pendant sa semaine. Il n'y a donc aucune raison de lui donner ce titre de président du Conseil, plutôt qu'à Roland, à Cla

était de 143 voix :il y avait 282 votants. Danton fut élu ministre de la justice par 222 voix, tandis que Monge, élu après lui, n'en obtint que 154, et le Conseil se trouva ainsi composé : Justice, Danton; Marine, Monge; Affaires étrangères, Le Brun; Intérieur Roland ; Guerre, Servan ; Contributions publiques, Clavière.

Ces nominations étaient si bien d'accord avec le vœu public, que les journaux les mentionnèrent sans les commenter. Mais le plus illustre des électeurs de Danton, Condorcet,a expliqué ainsi son vote dans un écrit posthume :

« On m'a reproché d'avoir donné ma voix à Danton pour être ministre de la justice. Voici mes raisons : il fallait, dans le ministère, un homme qui eût la confiance de ce même peuple dont les agitations venaient de renverser le trône; il fallait, dans le ministère, un homme qui, par son ascendant, pût contenir les instruments très méprisables d'une révolution utile, glorieuse et nécessaire, et il fallait que cet homme, par son talent pour la parole, par son esprit, par son caractère, n'avilit pas le ministère ni les membres de l'Assemblée nationale qui auraient à traiter avec lui. Danton seul avait ces qualités; je le choisis, et je ne m'en repens point. Peut-être exagéra-

vière, à Le Brun, à Servan ou a Monge. Remarquons en outre que la République ne fut établie que le 22 septembre 1192, quand Danton ne siégeait plus au Conseil qu'à titre de ministre démissionnaire qui attend la nomination de son successeur. C'est donc une double erreur que d'appeler Danton président du Conseil exécutif de la République française.

t-il les maximes des constitutions populaires dans le pens d'une trop grande déférence aux idées du peuple, d'un trop grand emploi, dans les affaires, de ses mouvements et de ses opinions. Mais le principe de n'agir qu'avec le peuple et par lui, en le dirigeant, est le seul qui, dans un temps de Révolution populaire, puisse sauver les lois; et tous les partis qui se sépareront du peuple finiront par se perdre et peut-être par le perdre avec eux 1 . »

Nous voilà loin de l'époque où la Chronique de Paris se vantait dédaigneusement de ne pas connaître Danton !

D'autre part, nous savons qu'au moment du vote, Fabre d'Églantine dit à Brissot : « Les patriotes veulent porter Danton au ministère : vous opposerezvous à sa nomination? » Brissot répondit : « Non, au contraire ; ce doit être le sceau de notre réconciliation 5 . »

L'élection de Danton fut donc le résultat d'un double sentiment. D'une part, l'Assemblée législative, malgré laquelle s'était faite l'insurrection du 10 août, voulait, en nommant un des chefs de cette insurrection, se réconcilier avec le parti populaire et se garantir elle-même contre les violences de ce parti. D'autre part, cette élection indiquait à la France et à l'Europe, que tous les patriotes, modérés ou avancés, étaient unis contre l'étranger. Et il faut ajouter que

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