Cette suspension fut changée en suppression par la loi du
30 août-3 septembre 1792.
4. Moniteur, réimpr., t. XIII, p. 576 ; Journal des débats, 192. — Il faut dire, à la décharge de Danton, qu'à ce moment-là, les
prima tous ces commissaires et attribua leurs fonctions aux accusateurs publics et aux agents nationaux près des districts.
Danton avait donc peu à faire comme ministre de la justice, et il réduisit encore ses occupations au minimum, laissant aller les bureaux, usant et abusant de la griffe, se consacrant presque tout entier à la politique générale, à la défense nationale, à la diplomatie, — qju grand profit de la France, dont son génie organisateur préserva l'indépendance et prépara la grandeur.
On raconte que, le 11 août, à trois heures du matin, Camille Desmoulins et Fabre d'Ëglantine allèrent réveiller Danton pour lui annoncer sa nomination. « Il faut, lui dit Fabre, que tu me fasses secrétaire du sceau. — Et moi, ajouta Camille, un de tes secrétaires. » Danton, à moitié endormi, leur répondit : « Mais vous êtes bien sûrs que je sois nommé ministre? — Oui 1 . >
L'ancien secrétaire du sceau avait reçu, sous le nouveau régime, le titre de secrétaire général du département de la justice, et du sceau de l'État, avec des appointements de 12.000 livres 2 . Danton parcommissaires du roi étaient encore en fonctions, et qu'il n'avait pas le droit de les remplacer. C'est précisément à propos de la conduite antirévolutionnaire d'un de ces commissaires qu'il écrivit cette lettre du 29 août.
t. Prudhomme, Histoire générale et impartiale, t. IV, p. 75.
2. Avant le 10 août, le titulaire de ces fonctions, Duveyrier, gardait personnellement son traitement antérieur de 18.000 livres. Bibl. nat.,L' 1M /l, in-4.
tagea ces fonctions et ce traitement entre Fabre d'Eglantine et Camille Desmoulins. On ne sait pas quels furent au juste le titre et les attributions de ces deux secrétaires, mais il semble que Camille ne joua qu'un rôle effacé. C'est Fabre qui, en fait, eut la haute main sur les affaires du ministère de la justice.
Il eût été difficile à Danton de choisir pour auxiliaire des hommes plus spirituels que l'auteur du Philinte et que l'auteur des Révolutions de France et de Brabant. Il pouvait se vanter d'avoir mis à la tête de ses bureaux le dramaturge le plus original et le pamphlétaire le plus vigoureux de ce temps-là. C'était se conserver à lui-même une société agréable. C'était ne rien changer à ses habitudes de familiarité avec deux esprits brillants et amusants, mais c'était aussi une impardonnable faiblesse et un grave manque de tact de s'être laissé imposer, à titre de collaborateurs officiels, précisément les deux personnages les plus incapables détenue et de caractère qu'il pût rencontrer dans son entourage. Le bon Camille faisait l'effet d'une girouette, et il semblait qu'il eût été toujours le séide de quelqu'un, avant-hier de Mirabeau, hier de Robespierre. Tous deux étaient nerveux, sensibles à l'excès, et bavards. Fabre compromettra Danton à propos des massacres de septembre, lui jouera par étourderie un tour pendable lors de l'arrestation dA'dnen du Port, et contribuera à donner à son patron une réputation de cruauté qu'il ne méritait certes pas, lui dont la politique avait tendu à empê-
chéries vengeances populaires 1 . Le bon et insouciant Danton pardonna ces sottises et ne fit qu'en rire. Mais elles nuisirent à sa mémoire comme à sa politique, et il expia cruellement la légèreté et l'indiscrétion de ses aimables compagnons.
Il y avait au ministère de la justice un Comité judiciaire de quatre hommes de loi chargés de préparer les décisions du ministre 2 . C'étaient, avant le 10 août, MM. Lesparat, Leroy, Moreau et Serson. Danton les remplaça par Collot d'Herbois, Paré, Barère, — et Robespierre \ On voit qu'il restait fidèle à la politique de concentratiou entre les patriotes. Mais il commit, ou ses amis lui firent commettre, la faute de nommer Robespierre sans le consulter. Celui-ci refusa aigrement de se laisser subalterniser dans des fonctions qui le plaçaient sous le ordres de son rival*. Ce fut
1. Voir, dans la seconde série de ces Études et Leçons, l'étude sur DantoQ et les massacres de septembre.
2. « Ce Comité est composé de quatre hommes de loi, qui d'abord s'assemblèrent trois fois par semaine, et qui furent bientôt forcés, par la niultiUide toujours croissante des difficultés à résoudre, de s'assembler tous les jours. Ils examinèrent les questions sur Tordre judiciaire, distinguant celles qui tendent à l'interprétation des lois, pour être soumises à l'Assemblée nationale, et celles qui, purement relatives à l'exécution, peuvent être résolues par le ministre. Ils préparent, sur ces dernières questions, les décisions qui deviennent, lorsqu'il les a adoptées, les décisions personnelles du ministre. Ils sont, en outro, chargés d'examiner la légitimité et la nécessité des renvois à faire au Tribunal de cassation. » État des bureaux du département de la justice... Paris, imp. royale, 1791. Bibl. nat., in-4. L' 108 /!. — Malheureusement, il n'existe pas d'état semblable pour l'époque de l'administration de Danton.