‹ Études et leçons sur la récolution françaiseChapitre 78 sur 158 · Chronique de Paris du 20 août · texte numérisé non relu

Chronique de Paris du 20 août

4. Voir sa lettre de refus dans le Courrier de Gorsas du 24 août 1192. Cf. Hamel, Histoire de Robespierre, t. II, p. 386.

Aulard, Études. — IV. 13

un incident désagréable pour Danton, qui parut avoir manqué de tact.

Quant à l'histoire du ministère de Danton, si on considère son administration proprement dite, en tant que ministre de la justice et indépendamment de la politique générale, on en trouvera un résumé dans le compte qu'il rendit à la Convention le 6 octobre 1792 4 .

Cette administration ne fut pas nulle, ainsi qu'on a afïecté de le croire. Outre ce compte rendu, je signalerai, comme preuve de l'activité de Danton, même en tant que ministre de la justice, deux lettres qu'il adressa au président de l'Assemblée nationale, le 7 et le 13 septembre 1792.

La première a pour objet les élections des commissaires du pouvoir exécutif :

Monsieur le Président,

Des réclamations sans nombre me sont adressées, chaque jour, sur les difficultés qu'éprouvent les administrations dans le choix des commissaires du pouvoir exécutif. Une des plus grandes, sans contredit, est l'âge fixé pour être admis au titre d'éligibilité.

Une réflexion, Monsieur le Président, fondée sur l'expérience et sur l'étude du cœur humain, semble prouver qu'à vingt-cinq ans on convient mieux aux emplois publics, quand on réunit d'ailleurs l'étude et les connaissances nécessaires pour les bien remplir, que dans un âge plus avancé. Si l'homme, alors en butte aux nombreuses passions qui l'assiègent, peut quelquefois se laisser entraîner à leur vio-

1. On trouvera ce compte dans la première série de ces Études et Leçons p. 140 etsuiv.

lence, n'est-ce pas cette même violence aussi qui entretient le feu de son génie, qui agrandit ses idées et qui donne à son caractère cette force et cette énergie nécessaires, surtout dans des temps de révolution ?

L'amour de la liberté ne peut entrer que dans des âmes ardentes ; il faut du courage pour la défendre, et c'est à la jeunesse principalement que sont réservés les succès dans cette lutte possible.

Je propose donc à l'Assemblée, Monsieur le Président, de fixer à vingt^cinq ans l'âge compétent pour être admis aux fonctions de commissaire du pouvoir exécutif. Les tribunaux y gagneront de bons citoyens, nourris dans les principes de la liberté et de l'égalité, et plus propres à les bien soutenir que des hommes vieillis dans les préjugés de la servitude.

Un second avantage qu'on retirerait de cette disposition, c'est que, les choix étant plus prompts et plus faciles, la marche de la justice ne sera plus longtemps entravée.

Je suis avec respect, Monsieur le Président, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le Ministre de la Justice, Danton.

Paris, ce 7 septembre 1792, Van 4 e de la liberté et de légalité le 1 er K

La seconde lettre se rapporte au Tribunal de famille :

Monsieur le Président,

La loi du 24 août 1790 sur l'organisation judiciaire ne contient que deux articles sur le Tribunal de famille. Et tous les jours on fait de nouvelles épreuves de l'insuffisance absolue

1. Arch. nat, G, 164, 2» liasse, pièce 12. — La signature àeule est autographe.

de celle loi. 11 est, surtout, deux questions qui entravent principalement l'institution du Tribunal de famille, et jo crois devoir les proposer, dès a présent, à l'Assemblée nationale.

La première : Que doit-on faire, lorsqu'un juge de famille refuse ou néglige de juger, et ne veut pourtant pas se départir ?

La seconde : La récusation, applicable aux juges donnés par la loi, peut-elle être étendue aux juges de famille, qui ne sont institués que par la confiance?

S il était possible, Monsieur le Président, qu'au milieu des grands intérêts qui l'occupent, le Corps législatif donnât, par une loi précise, la solution de ces deux questions, des affaires particulières qui restent en souffrance depuis longtemps seraient bientôt terminées ; et il résulterait la paix et l'union dans beaucoup de familles divisées par des discussions d'intérêts.

Je suis avec respect,

Monsieur le Président, Votre très humble et très obéissant serviteur,

Le Ministre de la Justice, Danton.

Paris, ce 13 septembre 1792, Van 4 e de la liberté et de légalité le 1 er l .

Le programme de Danton, comme ministre de la justice, a traita la politique générale. Il l'exposa à deux reprises. Le 11 août 1792, quand il se présenta

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