Journal des Débats et des Décrets, p
222 RÉVOLUTION FHANÇAISB
individuelle, le maintien des lois, la tranquillité publique, l'unité des quatre-vingt-trois départements, la splendeur de l'État, la prospérité du peuple français, et, non l'égalité impossible des biens, mais une égalité de droits et de bonheur.
Puis, il exaltait Mably et Rousseau, « ces flambeaux immortels delà législation » S il gourmandait les tribunaux, dout les opinions n'étaient guère d'accord avec la révolution nouvelle, il leur faisait réloge des Sociétés populaires, il leur dévoilait les trahisons de Louis XVI, et il les engageait, en termes éloquents, à répandre la vérité sur la journée du 10 août, sans leur cacher qu'une attitude franchement favorable au nouvel état de choses était la condition même de leur propre maintien :
Maintenant que la vérité des trahisons que nous avions dénoncées brille dans tout son éclat ; maintenant que vous êtes pénétrés et comme investis de la lumière, maintenant que vous voyez, empressez-vous d'éclairer ceux à qui vous êtes chargés de dispenser la justice sur ces faits dont la connaissance vous est transmise ministériellement. Ilestenco c en votre pouvoir de reconquérir la bienveillance nationale. Imitez le tribunal de cassation et les tribunaux de Paris. Jurez l'égalité, félicitez l'Assemblée nationale de ses décrets libérateurs, tournez contre les traîtres, contre les ennemis de la patrie et du bonheur public le glaive de la loi qu'on avait voulu diriger dans vos mains contre les apôtres de la liberté. Que la justice des tribunaux commence, et la justice du peuple cessera !
1. On a vu que ses préférences étaient plutôt pour DWerot et l'Encyclopédie : mais il n'y avait pas, dans la Révolution, d'écolo exclusive, et on s'y réclamait volontiers de tous les philosophes du siècle.
Mais Danton ne réussit pas à décider les tribunaux à ce zèle révolutionnaire, qui aurait pu seul donner au gouvernement la force et le goût de résister au vœu général de l'opinion, si hautement prononcée pour h» remplacement de toutes les autorités existantes, et les décrets des 22 septembre et 19 octobre 1792 invitèrent les électeurs à renouveler tous les corps administratifs, municipaux et judiciaires.
Un des premiers soins du nouveau ministre de la justice, ce fut de s'occuper de changer le sceau de l'Etat. « Il sollicita .des artistes pour lui présenter un , type qui fût adapté aux circonstances. On lui en présenta un, qu'il adopta : c'était un Hercule terrassant le royalisme, entouré de 84 étoiles, symbole de l'amitié qui liait les 84 départements de la France. » C'est Fabrc d'Églantine qui fit connaître cette circonstance dans le procès des Girondins *. Il ajoute que la commission extraordinairede la Législative « fit retrancher les étoiles et tout signe d'union ». Il voit là un indice des projets fédéralistes de la Gironde. Il est plus vraisemblable que cet Hercule terrassant le royalisme, alors que la France était encore également une monarchie, leur parut indiscret, et le décret du 15 août 1792 ordonna que le sceau de l'Etat « porterait la figure de la Liberté, armée d'une pique surmontée du bonnet de la Liberté, et pour légende : Au nom de la nation française. »
Mais Danton ne renonça pas à son idée d'un symbole