Journal de la Convention, n
Il n'y a rien, dit-il, absolument rien de préexistant à la Convention nationale... J'ai donc la faculté de jouir des droits que je tiens de la nation ; j'ai préféré le caractère de représentant du peuple à la place de ministre que j'occupais ; et, afin de ne point cumuler deux fonctions, j'ai déclaré moimême, dans cette Assemblée que je donnais ma démission de ministre de la justice. Mais, quand môme j'occuperais les deux places, je soutiens que j'en aurais le droit ; car il est un principe incontestable, c'est qu'il n'y a rien de préexistant dans une Convention où le peuple a nommé ses représentants, et, tant qu'on ne m'aura pas remplacé au ministère, je déclare que je me tiens responsable de ma gestion au ministère de la justice *.
La Convention se borna à déclarer que « la qualité donnée au citoyen Danton serait retirée du procèsverbal ».
Nul doute que Danton ne fût d'avis que les ministres ne pouvaient être pris dans la Convention et qu'il n'eût accepité de rester ministre. Il attendait une invitation, il espérait que cette nécessité serait comprise 2 .
Le 29 septembre, la question fut soulevée, à propos de la formation des listes de candidats aux places
1. Séance du 24 septembre 1792, dans le Courrier de Gorsas du 25, p. 62. — Après avoir rendu compte de cet incident, Gondorcet ajoute {Chronique du 25) : « M. Danton, qui connaît les maximes des républiques et qui sait que dans ces sortes do gouvernements, l'estime du peuple se donne moins aux dignités qu'on Peut accumuler sur sa tête qu'aux talents dont on fait preuve et aux services que l'on rend dans le poste où Ton est placé, a demandé de nouveau à la Convention de lui nommer un successeur. »
2. Dumouriez lui écrivait pour l'engager à rester au ministère. Chuquet, P- 215.
de ministres. On demanda si on pouvait inscrire des conventionnels, à condition qu'ils donnassent leur démission. Après un vif débat, la Convention décréta « que les ministres ne pouvaient être choisis parmi ces membres ». Elle écarta même un amendement tendant à ajouter le mot actuellement *.
C'était si grave que, presque aussitôt, ce décret fut remis en question. Un girondin demanda que l'invitation fût adressée à Roland, élu dans la Somme, de rester à son poste. On parla aussi d'inviter Servan, qui n'était pas député. Philippeaux demanda que l'invitation fût étendue à Danton : celui-ci fut obligé de décliner l'invitation ainsi présentée. Il se vengea en attaquant M me Roland avec une sorte de brutalité. La Convention passa à l'ordre du jour.
Le 6 octobre 1792 au soir, la Convention nomma François de Neuf château ministre de la justice. Il refusa. Le 9 au soir, Dominique Garât jeune fut nommé *. Mais il ne prit séance au Conseil que le 12 octobre, et Danton semble y avoir siégé jusqu'au 11 inclus.
Quel motif avait décidé la Convention à remplacer enfin Danton au ministère ?
C'est que sa présence n'y était £lus indispensable : la défense nationale était assurée, les Prussiens étaient en pleine retraite. Ils avaient franchi l'Ar-
1. La Convention avait déjà décrété, le 25, à propos du haut juré, « que l'exercice de toutes fonctions publiques est incompatible avec celle de représentant de la nation. »