‹ Études et leçons sur la récolution françaiseChapitre 94 sur 158 · Procès-verbal, t. I, p · texte numérisé non relu

Procès-verbal, t. I, p

gonne le 5 octobre. Le 23 octobre, Kellermann, sur les remparts de Longwy reconquis, fera tirer trois salves d'artillerie pour annoncer qu'il n'existait plus d'ennemis sur le territoire de la République l .

Que s'était-il passé ?

On sait que les Prussiens avaient proposé, après Valmy, un plan de négociations dont la base était le rétablissement de Louis XVI.

Le 25 septembre, le Conseil exécutif avait arrêté, à la romaine, qu'il serait répondu que la République française ne peut entendre aucune proposition avant que les troupes prussiennes aient entièrement évacué le territoire, et, le 26, Le Brun l'avait déclaré à la Convention, avec force menaces au roi de Prusse et grand dédain de la diplomatie.

Mais c'est une tradition constante que Danton avait décidé ses collègues à négocier quand même.

Dans la nuit même du 26 au 27, partent deux émissaires du Conseil exécutif, Westermann et Benoît, chargés de négocier avec le roi de Prusse. Et peu après, part aussi Fabre d'Églantine, chargé par Danton de concilier Kellermann et Dumouriez. Fabre décida Kellermann à se prêter aux vues de Dumouriez, à permettre aux Prussiens de se retirer.

Dumouriez jugeait l'armée prussienne encore trop forte. Il ne voulait pas risquer une bataille. D'autre part, il caressait toujours ses projets sur la Belgique.

Les Prussiens, de leur côté, se jugeaient perdur.

Chuquet, p. 47 i.

Eux qui avaient rompu les négociations, ils les reprirent avec joie, mais sans sincérité. Il s'agissait pour eux de se tirer d'un mauvais pas. Ils laissèrent les Français parler d'alliance, il y eut une convention tacite. Kellermann, chargé de les poursuivre, les accompagna plutôt. On aurait pu les détruire: on préféra s'attacher à cette chimère classique de l'alliance prussienne, qui échappera éternellement à la France et qui amènera peu à peu la campagne d'Iéna.

Mais l'opinion ne voyait pas de si loin. On ne crut pas être dupe. On se félicita de ce beau succès, acheté sans effusion de sang, et d'ailleurs les Prussiens ne furent guère des ennemis actifs pendant les campagnes suivantes.

Danton quitta donc le ministère en pleine gloire, et seulement parce qu'il n'y était plus indispensable.

Après sa sortie du ministère, Danton reçut divers honneurs.

Le 10 octobre, il est nommé président des Jacobins et, en cette qualité, il répond à Dumouriez, le 14. C'est le moment de sa grande intimité avec ce général.

Le 11, la Convention le nomme membre du Comité de Constitution, avec Siey es, Thomas Payne, Brissot, Petion, Vergniaud, Gensonné, Barère et Condorcet.

DASTON A LA CONVENTION 2oi

C'était là une éclatante adhésion à sa politique de concorde. Mais il ne semble pas que Danton ait pris une grande part aux travaux de ce Comité. Il répugnait à toute besogne de bureau : élu secrétaire de la Convention le 18 octobre, il donne sa démission le 23.

Jusqu'à son départ pour la Belgique, il prononça peu de discours importants, mais ces discours sont décisifs ; ce sont des actes. Rappelons son rapport du 19 octobre pour inviter les volontaires à ne pas quitter l'armée le 1 er décembre, comme la loi les y autorisait ; son discours du 23 sur le bannissement des émigrés ; sa courte et vive justification de la Commune, le 26 ; sa réponse du 29 au rapport pessimiste de Roland. Dans le duel oratoire entre Lôuvet et Robespierre, il se montre, par ses interruptions, hostile à Louvet : il est contre toute discorde. Mais les succès militaires, la prise de Mayence par

Custine, ont rendu la concentration des patriotes

moins nécessaire l .

Le 10 novembre, on apprend la victoire de Jemma-

pes. On se croit à l'abri de tout danger extérieur, et

on s'imagine pouvoir aborder, en toute sécurité, les

grandes questions de principes, et notamment la

question religieuse.

C'est par le côté financier que se présenta, à la fin de

1792, la question des rapports de l'Église et de l'État.

4. Danton la croit toujours indispensable. Il ne tenait alors qu'à lui d'être à la tête d'une majorité modérée, comme le prouve la composition du Comité de Constitution, et de vaincre les Robespierristes. 11 ne le fit pas.

Les impôts ne rentraient plus. Le 13 novembre 1792, Cambon, au nom du Comité des finances, vint proposer d'autoriser la Caisse de l'extraordinaire à verser a la Trésorerie nationale les millions nécessaires pour combler le déficit du mois d'octobre.

Un de ses collègues du Comité des finances, Jacob Dupont, fit aussitôt une critique très vive de ce mode d'expédients provisoires. Il demanda qu'on organisât enfin le système des impositions en budget normal. Parmi les dépenses permanentes et considérables auxquelles il fallait s'attendre, il signala surtout celles qui étaient nécessitées « pour l'instruction de la génération qui commence et de la génération actuelle, puisque c'est le seul moyen de délivrer l'espèce bumaine, par l'exemple que la République en donnera, de l'influence de cette multitude de tyrans subalternes connus sous le nom de prêtres, après l'avoir délivrée, par l'exemple qu'elle en a donné, de cette autre horde de tyrans connus sous le nom de rois » *.

Ce langage était nouveau à la tribune de la Convention. On n'y vit peut-être qu'une déclamation, prélude de la déclaration publique d'athéisme que fera bientôt le même Jacob Dupont. Ce ne fut pas lui qui posa la question de la séparation de l'Église et de l'État ; mais elle fut posée, séance tenante, par Cambon, dans la réponse qu'il improvisa aussitôt.

1. Il faut rétablir l'ordre de la discussion d'après le Journal des Débats et non d'après le Moniteur, qui a confondu le projet de Cambon avec celui de Dupont.

Après avoir dit que les expédients financiers provisoires étaient nécessités par la guerre et qu'il serait temps, dans l'état de 1793, de distinguer les dépenses ordinaires, auxquelles on pourvoira par des contributions, et les dépenses extraordinaires, auxquelles on pourvoira en aliénant les capitaux, Cambon annonça que le Comité des finances s'occupait d'une réforme générale. Ce Comité proposera à la Convention de supprimer l'impôt mobilier, l'impôt des patentes, et de diminuer l'impôt foncier de 40 millions. Et quelles dépenses supprimera-t-on ? Les dépenses des cultes.

Voici, d'après le Moniteur, comment s'exprima Cambon :

Il faut le dire au peuple : il est une dépense énorme une que personne ne croira, une qui coûte cent millions à la République. (On applaudit.) Ayant à nous occuper de l'état des impositions de 1793, nous devions vous proposer cette question : si les croyants doivent payer leur culte. (On applaudit.) Cette dépense pour 1793 ne peut pas être passée sous silence, parce que la Trésorerie nationale ne pourrait la payer...

Faisons l'application des vrais principes, qui veulent que celui qui travaille soit payé de son travail, mais payé par ceux qui l'emploient. (On applaudit.) Si cette question eût été présentée isolée a la Convention , on dirait : Voyez ces financiers ; ils ne cherchent qu'à supprimer. Mais lorsque nous dirons au peuple : Nous diminuerons cent millions *, et vous, laboureurs, qui payez 100 livres de contribution mobilière, vous, cabaretiers, qui payez 3 ou 400 livres de patentes, si vous avez confiance dans cet ecclésiastique. qui a bien servi la Révolution, eh bien ! vous ne serez plus soumis

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