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Aulard, Études. — IV. 15
à un corps électoral. Au lieu de lui donner 12 ou 4.500 livres, vous lui donnerez 3 ou 4.000 livres. (On applaudit.)
« Ainsi, citoyens, au lieu de 300.000 livres, vous n'en aurez que 200 à imposer. 11 ne faudra pas tant de moyens coercitifs. Avant huit jours, le rapport sera prêt. Ce rapport si désiré est attendu, j'ose le dire, de tous les prêtres et de tous les Français... »
Sur la proposition de Lanthenas ', la Convention décréta qu'elle entend ce rapport le lundi suivant, 19 novembre.
Mais elle ne l'entendit ni ce jour-là ni les suivants: l'opposition que souleva le projet de Cambon aux Jacobins et dans l'opinion fut si violente qu'on n'osa même pas le discuter.
Les Jacobins s'occupèrent du projet de Cambon dans leurs séances des 16, 17 et 18 novembre.
Il fut soutenu avec ardeur par Chabot et Manuel, au nom de la philosophie, au nom de la Déclaration des droits : ils estimèrent contraire à la liberté de conscience que les non-croyants payassent les prêtres. On admettait d'ailleurs que des pensions alimentaires fussent données aux ministres des cultes actuellement en service.
Les arguments des opposants furent de deux sortes.
Les uns, comme Alexandre Courtois, « tracèrent avec les couleurs du sentiment et de l'éloquence le
i. Lanthenas donna des raisons philosophiques. Voir le Journal de Perlet, p. 426.
tableau des services que les prêtres ont rendus à la patrie et des persécutions que leur zèle constant et vraiment sublime a méritées i ».
Les autres pensèrent que le peuple n'était pas assez instruit pour comprendre cette réforme, qu'elle détacherait les campagues de la République, qu'elle armerait tout le clergé contre la Révolution, qu'il y avait là un terrible risque de guerre civile. On se demanda môme si ce n'était pas là une manœuvre des Brissotins. Cambon fut traité d'économiste de boutique.
C'est Basire, ami de Danton, qui se signala par l'énergie de son opposition.
Le club ne prit pas d'arrêté, mais son opposition ne fut pas douteuse.
Robespierre ne parla pas, mais il fit mieux : il publia une solennelle réfutation du projet de Cambon dans sa VHP lettre à ses commettants.
Il déclara ce projet attentatoire à la moralité du peuple.
Après avoir loué la croyance en Dieu, base de toute morale, de toute politique :
« Le dogme de la divinité, dit-il, est gravé dans les esprits, et ce dogme, le peuple le lie au culte qu'il a professé jusqu'ici ; et à ce culte il lie au moins en partie le système de ses idées morales. Attaquer directement ce culte, c'est attenter à la moralité du peuple. »