DE LA MÉDITERRANÉE
la Sicile doivent remonter , par compensation , vers le nord , longer les côtes d'Italie , en se jetant à l'est en vertu du môme principe ; puis , continuant leur marche , arriver vers Tembouchure du Rhône , pour remplir le vide qu'ont laissé les eaux du Rhône en se i)ortant à Touest vers l'Espagne. Voilà la théorie mécanique indiquant à priori le circuit que l'observation a fait reconnaître. Dans le bassin orientiil, les eaux du Nil, remontant vers le nord avec un excès de vitesse \ ers l'est, doivent se porter vers les côtes de la Palestine , ainsi que l'ont indiqué , d'après les vases mobiles ([uoii rencontre en mer de nos jours , l'amiral Smyth , et bien plus anciennement Hérodote, 4^0 ans avant notre ère. Ce courant longe la Syrie et l'xVsie Mineure, puis il vient accoster le courant de la mer Noire qui , desc^Midant vers le sud , se porte , comme le Rhône , à l'ouest jusqu'à l'embouchure de l'Adriatique ; là il se confond avec le trop-plein de l'Adriatique, lequel, marcliant aussi au sud , se porte à Touest et continue le même circuit. Arrivées dans les parages de la Sicile et descendant vers le sud , ces eaux continuent de se portei' à l'ouest et viennent accoster la côte orientale du royaume de Tunis , au-dessus de Tripoli. Cette portion considérable de circuit étant déterminée, le reste se complète par le déversement naturel de l'eau afûuente ians les parages de Tripoli , vers la côte égyptienne , lue les eaux ont abandonnée pour se porter à l'orient, ers la Palestine. Voici donc le second circuit établi. Celui de la mer Adriatique résultera de même des lux du Pô, qui sont forcées de descendre vers le sud, cette mer est fermée au nord par la côte do
DE LA XEDITERR.V.NEE. i .1
masses plus froides reposant sur la MéditerriiiHv ■■• -nlEurope tout entière. Cest ainsi qu'on voit «ijiis n:' ■ cheminée, et encore mieux dans le tuyau dun ; --r.-. l'air échauffé s'élever rapidement , pour itre réiMj ..■ • par l'air froid qui s*engouffre avec rapidité ilani i ^ sj"' •■ précédemment occupé par l'air chdud. Ojmmi- ! ■ »■• d'ouest est le vent dominant de lEurope, un j iit -•tonner qu'il ne règne pas sur la Méditerranée C' mim-i il le fait dans l'Europe entière : vuici comment « :i ; « f expliquer ce singulier effet. D'aburd. la Médittrn ::• * -. rapproche des points du glube situés entre m-^ îm . ques, et qui , au lieu d'avoir le \ent douait pii;» • ■ i ' dominant, ont précisément le \rnt rlest coumv -. • ' habituel. Ainsi donc, en supposrmt même qu'il i^\:-' " lèvent d'ouest serait bien plus fulble dans 1«? [ù:!'.- de Gibraltar qu'il ne l'est à Paris ou à Londres: m i ^ véritable cause est, je pense, dans le transport v isud de l'atmosphère europé-jnne, par ra>pirati>-ri - «iéserts de l'Afrique. Qui ne voit, en effet, ipi't-R • sant d'Europe en Afrique, par-<lessus la Méditerr. :;•■• ces masses atmosphériques, descendant vers l** -iii . doivent se porter à luuest, et par conséquent an-î- 1 les masses d'air océaniques qui arriverait -nt en - ; contraire de celles-ci"? Ceci explique assez bien ;.■•:,quoi, dans le bassin occidental, ce sont les vents «n. nord-ouest, entrant sur la Méditerranée par la cùte i!- France, qui sont les vents dominants. Car leur t» rtdance à se porter vers l'ouest est contre-balancée p.T vent d'ouest arrivant de l'Atlanti^iue; tandis que hmêmes vents du nord arrivant par-dessus les cùti s méridionales de la mer Noire , et n'étant pas contre-ba
l5l INFLUENCE DES COURANTS ET DES VENTS
lancés dans leur tendance à marcher vers l'ouest, y marchent réellement, et joignant à leur mouvement venant du nord une tendance à l'ouest, doivent produire le vent de nord-est que Ton observe en effet à Constantinople , dans la Grèce orientale et sur la côte d'Asie opposée. Ces vents de nord , de nord-est et de nord- ouest, sont proprement ceux que les anciens désignaient par le nom de vents étésiens.
Etesiajlahra aquilonum.
Ils sont plus forts en été qu'en hiver , ce qui provient de ce qu'en été le soleil étant beaucoup plus près du nord de l'Afrique , échauffe davantage ce continent, et, par la raréfaction de l'air , y produit une aspiration bien plus énergique. Mais, dira-t-on, ces notions météorologiques , tout importantes qu'elles sont pour la navigation , ne touchent que bien secondairement les habitants riverains, qui, à une distance petite dans les terres , vivent étrangers au commerce , aux pêcheries (4 aux voyages maritimes. Or, s'il y a une idée fausse dans le monde , c'est assurément celle-là. Pour le démontrer, il nous suffira de considérer les puissantes influences des vents dominants sur la salubrité des diverses contrées. La quantité des lieux où règne ce qu'on appelle la malaria sur le territoire de Rome , va nous convaincre que cette question, futile en apparence , est une question de vie et de mort pour les populations d'un grand nombre de contrées riveraines de la Méditerranée, et encore plus dans notre bassin occidental que dans le bassin oriental et dans celui de la mor Morte.
DE L.V MÉDITERRANÉE. l53
Pour prendre un exemple qui soit pour ainsi dire sous nos yeux , nous citerons le marais Vernier , situé près de Tembouchure de la Seine, au fond d'une vallée abritée de toutes parts des vents de terre et de mer, et surtout de l'influence salubrc du vent d'ouest qui s'étend gur toutes les côtes occidentales de l'Europe. Ce marais, d'ailleurs très-fertile , peut rivaliser avec les célèbres marais Pontins des environs de Rome. Je tiens de M. le vicomte de Santarem, excellent géographe aussi bien quTiomme d'État, qu'à l'embouchure du Tage, une localité d'une exposition semblable est frappée du même fléau. Mille autres exemples pourraient être cités. La côte orientale d'Espagne , étant privée de vents réglés par l'effet dont nous avons parlé plus haut, est bien plus insalubre que la côte occidentale. L'amiral Smyth, dans son admirable ouvrage sur la Méditerranée , cite ces paroles du grand André Doria, l'amiral de Charles- Quint : « n n'y a que trois ports sûrs dans la Méditerranée : Juin , Juillet et Carthagène. » Eh bien , vers la fin du dernier siècle, où l'Espagne, tirée de sa léthargie séculaire par les idées qui fermentaient alors dans le monde entier, songea qu'un pays entouré par la mer do trois côtés et demi, devait chercher à avoir une marine, le port de Carthagène parut devoir fixer l'attention et devenir un port militaire de premier ordre ; mais on avait compté sans la malaria , et on ne put y installer les arsenaux maritimes. Les mêmes causes d'abritement insalubre réagissent sur notre Rochefort, qui cependant commence à devenir un peu moins exposé aux fièvres d'automne qui ont fait complètement abandonner la petite ville fortifiée de Brouage. La malaria semble être
l54 INFLUENCE DES COURANTS ET DES VENTS
un fléau auquel ^espèce humaine ne peut pas s'acclimater, les miasmes délétères qui empestent Tair sont, au reste, d'une ténuité telle, qu'aucun réactif chimique ne peut les rendre manifestes ; ils sont aussi insaisissables que l'agent qui produit en nous la sensation de l'odorat, et plusieurs physiologistes considèrent leur action plutôt comme une influence nerveuse que comme un empoisonnement réel , car pour l'empoisonnement, où serait la matière empoisonnante ?
On peut en dire autant du choléra ; mais ici nous ne reconnaissons pas l'influence météorologique qui agit pour ou contre. C'est un triste tableau que celui de la malaria , qui semble choisir de préférence les localités les plus fertiles pour en interdire à l'homme la jouissance, et l'empêcher d'y établir ces nombreuses populations que le sol y nourrirait facilement. Toute la côte méditerranéenne de France, depuis Perpignan jusqu'auprès de Marseille, et tout le delta du Rhône, sont cruellement dépeuplés ; les ouvriers pour l'agriculture n'y bravent les fièvres locales qu'au prix d'un salaire ruineux pour l'exploitation. La campagne de Rome n'a pas même un village. La partie orientale de la Corse est complètement inhabitable. Bien d'autres localités en Corse et en Sardaigne sont aussi infestées de cette maladie qui va même attaquer les marins dans le voisinage des côteS frappées de cette pestilence aérienne ; c'est ce que la flotte anglaise a éprouvé dans sa station de Besika, trop rapprochée de la plaine de Troie, empestée par les marais du Xanthe et du Simoïs. En général, toute côte marécageuse abritée du vent est malsaine, '^•land cet abritement résulte de forêts , on peut quel-
DE LA MÉDITERRANÉE. l55
quefois détruire l'effet en supprimant la cause; mais, en général, on ne peut combattre ces épidémies réglées par la saison qu'au moyen de médicaments chers et hors de la portée de la généralité des habitants de ce pays. Quant au delta du Rhône, rien ne s'oppose à ce que i\v paissants travaux hydrauliques y ramènent ta salubrité et la richesse , et en fassent pour la France une véritable conquête qui sera le triomphe de la science et du travail. Les parties malsaines semblent être celles qui sont tantôt à sec et tantôt inondées, et, quand cet effet a lieu au moyen d'eaux plus ou moins salées, l'influence pernicieuse semble redoubler. A voir les mêmes effets se produire dans la froide Zélande et sous les feux du tropique, comme dans les zones tempérées , on reste convaincu que la physiologie comme la physique n'ont point encore dit leur dernier mot sur la malaria. Les côtes d'Afrique, constamment abordées par les vents étésiens, en empruntent une salubrité remarquable telle que celle que nos côtes occidentales doivent au vent d'ouest. L'amiral Smyth vante, à juste titre, le climat exceptionnel de la contrée où était Carthage.
Nous examinerons, en finissant, les vents méditerranéens sous le rapport de la dessiccation qu'ils font éprouver à la Méditerranée. Evidemment , cette mer recevant des eaux de l'Océan, de la mer Noire et môme do l'Adriatique , doit être considérée comme ne réparant pas par les rivières qu'elle reçoit et la pluie qui y tombe, les pertes qu'elle fait par l'évaporation ; et comme l'évaporation n'enlève que de l'eau pure , cette mer doit, de âède en siècle, augmenter de salure. On observe , en effet, que ses eaux surpassent en poids celles de l'Océan
l38 INFLUENXE DES COVRATT
fm , qui reviennent sur eux-mùin perpétuel , nous nous hasarderpn du sujet, à en dire quelques muïj
On a souvent attribué le gran l'Atlantique à Tinfluence du soufllif constamment entre les tropiques, l'ouest. Le contre-courant du Giild autre circuits analogues pournii(| aux contre-courants d<?a alizés qû mais si Ton fait attention que la ne sont pas seulement superficie pagent à une grande profondeur ^ { faire intervenir ici l'action supeH autre cause plus puissante agit (C que les points de la terre situés I plus de vitesse que les points siti élevées; cette vitesse a lo mémor] de la terre, c'est-à-dire i.]u elle Or maintenant, si l'on considèîi cales , échauffées par le soleil , au-dessus des couches voisine® ^ i suite un déversement continuel l pôles, lequel, portant dans le^l douée d'un mouvement vers même , dans ces latitudes , uji { Test, comme l'indique Tobso^f cotte eau déversée, il en revit»* des courants de retour, et v\ les courants permanenia.
Si l'on chauffe un vase paH mites que l'on met à côté d
DB LA MÉDITERRANÉE. l57
toutes les mers environnantes , nous ferons remarquer que la même cause qui rend l'air de plus en plus avide d'eau à mesure qu'il se réchauffe en traversant la Méditerranée du nord au sud , cette même cause , disonsnous, doit diminuer considérablement le nombre de ca? où Tair peut abandonner de l'eau, c'est-à-dire le nombre des cas de pluie; le réchauffement de l'air transporté du nord au sud est donc non-seulement une cause de porte par l'évaporation qu'il augmente , mais encore par la pluie qu'il empêche. On peut présumer dès lors que la quantité de pluie qui tombe au niveau de la mer et sur les côtes de l'Algérie doit être inférieure à ce que comporterait une contrée de même latitude et non soumise aux mêmes vents de nord.
Le vend du sud arrivant des déserts de l'Afrique ave<un excès de chaleur, et par suite d'humidité, doit agir par débilitation sur les organes, car sa chaleur est accablante en même temps que l'humidité , qu'il doit à sa haute température, supprime la transpiration insensibU* qui est un puissant moyen de rafraîchissement pour le corps. Gomme en passant d'Afrique en Europe il s'est chargé sur la Méditerranée de l'humidité que comporte^ sa haute température , il produit tous les effets bien connus du siroco qu'il ne faut pas confondre avec le simoun, qui est un vent éminemment sec et nuisible par l'excès même de sa sécheresse.
Au commencement de ce siècle , les professeurs de physique consacraient une leçon ou deux à la météorologie, et croyaient avoir dit tout ce qu'il était nécessaire d'enseigner sur cette science. Avec les matériaux qui depuis lors ont été recueillis , il est douteux qu'un
l58 INFLUENCE DES COURANTS ET DES VENTS, ETC.
cours tout entier pût suffire à développer tout ce que le raisonnement, l'observation et les expériences de physique nous ont appris. En abordant cette partie de la médecine et de la physiologie qui a pour but l'hygiène , c'est-à-dire la conservation de la santé , on comprend tout de suite l'importance de la météorologie. En général, l'influence des sciences, même au point de vue métaphysique, frappera les esprits les moins attentifs, quand ils réfléchiront que, dans les sociétés modernes, la science et le travail ont à jamais mis la force du côté de l'intelligence.
U GOUiSTITUTIO!! 1!<TÉRIEI)RE DU GLOBE.