‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiques (volume 2)Chapitre 3 sur 21 · V ., .V j..».i>: \v..tî aussi l'iin · texte numérisé non relu

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rieuses que, par le moyen de nos organes, l'imagination et la volonté de Thomme peuvent produire sur les objets animés ou sur les objets matériels. Je renouvelle ici la question de savoir comment il se fait que la volonté, transmettant son action par les mouvemens naissants, très-énergiques, produise dans la table des mouvements dont les opérateurs n'ont pas la conscience ni pour le sens du mouvement, ni pour l'intensité? D'où vient cette fascination qui leur fait croire qu'ils sont entraînés par la table que réellement ils guident? Peuton développer magnétiquement dans des êtres doués de volonté, mais non de raison, savoir dans les animaux, les mêmes phénomènes d'action sans conscience que Ton observe dans les hommes? Si l'on pense aux faits bien constatés de fascination , de terreur, de penchant instinctif, cette action peut se faire sentir à distance et sans contact comme dans le somnambulisme humain. Les animaux, et notamment les chiens do chasse, sont comme les hommes agités par des rêves : sont-ils susceptibles de somnambulisme? Bien loin de rabaisser le mérite do pareilles recherches et de rétrécir le cercle de l'investigation , il faut l'étendre le plus possible. Il faut même sacrifier sans peine des opinions trop légèrement admises pour des opinions mieux fondées; mais il faut suivre une voie qui conduise à des résultats positifs et ne pas tourner constamment dans le même circuit de circonstances reproduisant toujours les mêmes points de vue. « Toute la difficulté de la philosophie de la nature, dit Newton, paraît consister à constater par un certain nombre de phénomènes les lois de la nature et ensuite à démontrer au moyen de ces lois le reste des

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phénomènes. » Lorsque cette marche sage et sûre aura été suivie dans les phénomènes des tables tournantes, nous saurons quelque chose sans Tintervention des esprits, sans merveilleux , sans surnaturel. Ce sera bien moins beau, bien moins poétique, bien moins transcendant, mais ce sera bien plus sûr. Je regretterai plus que tout autre de renoncer à un commerce avec les esprits de l'humanité entière, lequel commerce jusqu'ici ne nous a pas appris grand'chose ; mais je me consolerai de cet échec en pensant qu'il vaut mieux ne rien savoir que de savoir des choses fausses, et que dans l'étude de la nature , la première de toutes les sciences, c'est de savoir ignorer !

Je ne puis laisser passer sans un plus grand développement ce que j'ai dit de l'impossibilité de mettre en mouvement des corps matériels et lourds par la seule action de la pensée. Sans recourir ici à la raison d'effet sans cause ou de création de mouvement impossible à comprendre, observons ce qui est. De cette manière,

TABLES TOURN'.VNTES. 4'

parties solides du corps servent ensuite de cordes et de leviers pour transmettre et modifier mécaniquement cette force produite par l'impulsion originaire du cerveau. On peut suivre , dans les beaux travaux de M. Magendie , le fractionnement des diverses facultés à mesure qu'on paralyse telle ou telle partie du cerveau. Ui partie antérieure étant paralysée , l'animal ne peut plus reculer; il marche en avant. Est-ce la partie postérieure? l'animal recule sans cesse. Dans d'autres cas, il ne peut se mouvoir qu'en tournant à droite ou à gauche, en sautant, en rampant, ou môme en se roulant sur lui-même. On tient le fil par lequel le cerveau transmet ses ordres. On peut aussi suppléer, dans plusieurs cas , aux communications nerveuses , en remplaçant les nerfs par des fils ou des conducteurs métalliques de l'électricité. Je passe mille autres faits aussi curieux qu'importants.

Et on voudrait nous faire croire que tandis que les êtres vivants sont obligés d'employer un appareil si savant, si compliqué, si délicat, si bien coordonné, pour faire du mouvement matériel avec la volonté, ou, pour mieux dire, aux ordres de la volonté , on obtiendra directement, sans intermédiaire, sans aucun des moyens employés par la nature , des mouvements en opposition avec toutes ses lois : c'est vouloir gagner à la loterie sans avoir pris de billets (i).

(i) Cette idée de chercher lo critérium de la vérité dans Vobserration , idée qai a si heureusement guidé les bons eiprits dans les sciences physiques , n'a pas moins d'importance dans bien d'autres branches de nos connaissances.

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Abordons maintenant le côté soi-disant religieux

Un écri?ain qui aimait à rapprocher les questions mor. des questions scientifiques Tayait appliquée à l'organisât sociale. «Voulez-Tous régler la société? disait M. A Martin; étudiez Thomme tel qu'il est, tel qu*il doit être, qu'il peut être; faites des lois et des plans d'édacat d'après les instincts des masses que tous Toulez gouTen L'homme est un être sociable , faites-le jouir des avanb de l'association et de la mise en communauté des efiTorta tous pour le bien-être général. D'autre part, l'homme i sentiment de l'indépendance; ne lui demandez doncqw sacrifice de la part de libre action nécessaire au maintien la société, et qui doit payer les avantages qu'il retire del^ sociation à laquelle il est affilié. Évitez comme contnfai la nature de Thomme , et le despotisme social qui confiif l'indépendance individuelle au profit de la société trop 'ei géante, et l'anarchie qui détruit la société au profit ■ entendu de l'indépendance individuelle. Observez lesloii^ In nature pour faire les tuis de lu société* » — Be îiunibitt eiemples vienoent h Tappuî de ces s,i{^85 conseils, 5*îl ë-MJ droit conte&té par un {^rand nombre d'utopistes » c^esl dh de la transmission de la propriété de la terre par bére^'

uestion des manifestations prétendues surnaturelles, lirai d'abord que je ne partage nullement la crainte le démon , le principe du mal , attende les fidèles 3oin d'une table mobile comme un assassin au coin 1 bois , et ne tende , de cette bizarre position , des )ûches fatales à leur foi et à leurs principes religieux noraux. Cependant j'approuve fort les écrits pleins haute sagesse par lesquels les chefs de notre clergé toral ont prémuni les chrétiens contre les dangers la superstition. Ces mandements, dignes en tout ttt de la position élevée du clergé séculier français , me laissent rien à dire sur ce sujet. Il n'est peut- 3 aucun acte de ce corps, dont la puissance direce est si étendue , qui ait provoqué une plus unanime irobation et une absence si complète de réclamations

laintenant, si dans les campagnes comme dans les es les tables tournantes sont interrogées avec perérance , consultées avec confiance sur les afFaireg de de ou sur les espérances de l'avienir, si même des jnvénients graves peuvent résulter de l'autorité que :vent s'arroger les médiums de bas ou de haut étage font parler les tables, réfléchissons que l'amour du rveilleux, la curiosité et l'espérance, l'impatience ttendre l'événement, sont des éléments qui entrent is l'âme humaine. Ne songeons pas à supprimer, mais n à éclairer les penchants du cœur, et laissons à la le soin de réprimer les actes de captation ou de jliation prévus par le code dans les cas bien définis xercice do la sorcellerie, de la magie ou des manitations surnaturelles. S'il était besoin d'une expé-

rience de plus pour connaître combien le cœur humain est accessible à l'ascendant du meneilleux , il sufiBrait de jeter un coup d'oeil sur l'effet qu'a produit dans les vastes provinces de l'Union américaine une manifestation dont l'origine a été le jeu d'une enfant ventriloque qui s'amusait, par des coups en apparence frappés au mur, à la porte, à la vitre de la chambre, au bois du lit , à répondre aux battements de mains de sa sœur ou aux siens propres, en feignant d'ordonner à Tesprit de suivre ses indications. Cette jolie petite scène de M. Comte , de Robert Houdin et de cent autres , interprétée au gré du désir des esprits les plus positifs , mais les plus indépendants du monde, savoir les habitants des États-Unis, de\ient un immense événement. Elle passionne les habitants d'une contrée plus grande que l'Europe et peuplée à peu près comme la France. Trente mille sujets ou médiums correspondent avec les esprits frappeurs. Le nombre actuel de ces médiums est. évalué à soixante mille. Des vapeurs légères , des lueurs phosphoriques apparaissent et suivent les esprits. On converse avec les âmes de ses aïeux et avec ceUes des grands hommes qui ont été par la pensée et par l'action les aïeux de l'humanité entière. Enfin cette épidémie morale, cette frénésie se soutient pendant plusieurs années et envahit plus tard l'Europe entière. Quelle cause ! quel effet ! surtout quand on pense qu'il n'y a rien de neuf dans tous les prestiges américains! D'autres exemples que' les exemples d'actions physiques prouvent assez d'ailleurs que l'imagination ne connaît pas d'impossibilités. Ainsi , après la révolution de 1 83o , un grand nombre d'hommes sérieux sont pc-

;iipés de questions religieuses et des moyens de rapleler à des pratiques qu'ils jugent utiles un grand nom- 3re d'esprits élevés. On songe à introduire en France e grave unitarianisme anglais, à élever des temples à Wéu seul , soli Deo, On rêve la fraternisation de tous les cultes et l'admission du nouveau culte en le rapprochant du catholicisme autant que possible et en lui interdisant tout prosélytisme. Plusieurs personnes prononcent le nom de déisme chrétien : c'est la religion naturelle avec l'Évangile , c'est enfin tout ce qui paraît de mieux adapté aux lumières du siècle. Les événements marchent, et ce qui sort du mouvement religieux de i83o, c'est le saint-simonisme , c'est cette saturnale philosophique , politique et religieuse qui se heurte à tous les éléments constitutifs de l'âme humaine , et qui cependant trouve des adeptes dans les classes les plus éclairées de la société ! Plus tard la prétendue liberté conquise par la révolution de 1848 enfante des projets d'organisation politique moins applicables encore à l'homme que les projets des saints-simoniens. Avec les tables tournantes et en admettant même toutes les prétentions des partisans des manifestations, je trouve que la société d'aujourd'hui en est quitte à bon marché; mais enfin j'aimerais mieux le bon sens pur et simple.

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