‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiques (volume 2)Chapitre 4 sur 21 · VU · texte numérisé non relu

VU

Quelles sont donc , en résumé , les règles de raisonnement qui doivent nous guider pour la recherche expérimentale des lois dans les sciences d'observation (i)?

Xi) Je demande pardon aux expérimentateurs et aux écri-

Nous no sommes plus au temps où Ton attribuait à Taction immédiate de la Divinité tout ce qui paraissait extraordinaire dans la nature. Les astres , les météores, étaient guidés par des pouvoirs supérieurs. Jupiter présidait à la pluie , au temps serein , et surtout au tonnerre. Chaque météore donnait un nom à la Divinité : on avait Jupiter pluvieux, Jupiter amonceleur de nuages, Jupiter tonnant, Jupiter serein. Déjà la philosophie des anciens avait admis comme règle qu'il ne fallait recourir à l'action immédiate des dieux que quand il était bien constaté qu'aucune cause naturelle ne pouvait expliquer les phénomènes. Je ne pense pas que personne aujourd'hui soit tenté de raisonner autrement. Dès qu'une cause plausible d'un effet observé se présente sans exiger un agent surnaturel , il est absurde de recourir à celui-ci , et môme , dans les cas où , sans pouvoir préciser les effets d'une cause présumée , on trouve l'in-

Yains qui ont bien voulu me communiquer leurs obser- Tations et leurs ouvra{;es de ne pas présenter ici Tanalyse complète de leurs travaux. Le cadre scientifique de cet ouvrage ne comprend que la partie des observations positives qui sont susceptibles de conduire à des conclusions précises sur des faits, indépendamment de toute vue étrangère à la science proprement dite. A mesure que des faits se développeront, je réclamerai peut-être Taide de ceux qui ont bien voulu me faire des offres de concours et de renseignements précis; mais d'ici à longtemps je ne prévois pas pouvoir rien ajouter à ce que j'ai déjà dit, à moins de sortir de la circonscription où je me limite. Les conclusions auxquelles je suis amené me paraissent devoir justifier pleinement cette présomption.

dication de cette cause à côté du fait qui peut sV rapporter, on peut atteudre sans trop d'impatience que les rapports qui les unissent se développent de plus en plus par des observations subséquentes. Ainsi , après avoir entrevu que les marées étaient en rappoi:t avec la position du soleil et de la lune, on a été conduit enfin à la théorie complète des mouvements périodiques de la mer dus à ces deux causes , et cela par une série de progrès non interrompus de l'observation et de la théorie, qui montraient de plus en plus la liaison du mou- -vement des eaux terrestres avec la marche des deux corps célestes qui en étaient la cause et Torigine.

Dans la question qui nous occupe , une table que l'on presse de ses doigts prend un mouvement. A qui persuadera-ton que la table ne reçoit pas de mouvement des mains qui posent dessus, et si cette action est admise, comment irait-on chercher un effet surnaturel pour expliquer un effet si simple et si ordinaire? Évidemment ce qu'il y a à chercher ici , c'est la manière dont le mouvement se transmet de la main à la table, et non pas ce qui est la cause du mouvement. En admettant que ce fût un esprit, est-on bien sûr qu'un esprit , chose en général regardée comme très-légère et très-peu compacte , aurait assez de force , assez d'impulsion, assez de choc, pour mouvoir une lourde table? Mais , dira-t-on , si Dieu le veut? Alors je n'ai plus rien à dire quant à la possibilité ; mais convenons qu'il sera d'un bien meilleur goût à la pauvre petite espèce humaine de chercher une cause un peu moins transcendante, que d'aller importuner et déranger la suprême puissance en faveur d'une société bourgeoise endiman-

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chée qui \'eut prendre la récréation des tables tour nantos. En \énté, si Dieu est bien bon^ les hommes sont bien exigeants !

£1 Cest une nécessité , dit Lucrèce, de concevoir k naUire des dieux comme jouissant de leur immortalilé dans le calme d'une paix jvrofondeT séparés par uni disUmce immense des artaires humaines ^ et y reaâri tout à fait étrangers; car ne redoutant aucune douleiw, au-dessuis de luuâ les périls, , puissante de ses propnai avantages, et n'ayant aucunement besoin dos martels la Divinité ne se laisse ni séduire par Iqs hommages intéressés f ni courroucer par les ressentiments, w VoilA ce que disait on païen de Fàge qui précéda le ïîÈdf (rAuguste. Ji'ls iiti^f chrétiens sitr if s labiés iottr^ûnîejii

Mais, dira t-en^ puisque c'est une illusion a,J[réah]« que de faire comparaître à sa volonté les esprits dei f^Tands hommes pour leur jeter à la tète quelques paor vretés dans le style des Dialogues des mDtts de Laciefl ou de ceux do Fontenelle, au moins vous nous permel trez de déranger ceux-là ; ils ne sont pas si grands «t î^neurs, et peut-être, comme le fameux j^madis éé

Tandis que les tables parlent encore par les esprits, hâtons-nous de converser avec eux, mais tâchons, s'il est possible , que ces esprits soient un i)eu spirituels.

Après le mouvement des tables, le phénomène le plus curieux est celui des coups frappés par les esprits. Conçoit-on l'étonnement d'un homme qui entend frapper quelques coups à sa porte et qui ouvre sans voir personne? L'auteur de l'écrit intitulé Comment f esprit vient aux tables, ouvrage d'un grand mérite pour le fond (et ici le fond est tout) paraît attribuer les sons perçus, le bruit de la grêle et de la pluie qui fouettent les vitres, à des hallucinations des témoins des opérations surnaturelles. Cette supposition, trop diflicile à admettre , sera facilement écartée si l'on hasarde le mot de ventriloquie timidement prononcé en Angleterre et aux États-Unis , où Ton s'applique cependant à ne provoquer aucun rapprochement entre les manifestations des esprits et les tours des légers-de-main ou escamoteurs. Ainsi dans ces manifestations on n'a eu garde de faire figurer les scènes bien connues de M. Comte et de ceux qui prêtent leui-s voix aux animaux et aux êtres inanimés. Les corbeilles et les petites tables écrivantes ont leur spécialité et un certain air do nouveauté. Mais, indépendamment de ce que les tables magiques ont été retrouvées dans l'antiquité, les pierres qui arrivent on ne sait d'où, les pincettes qui dansent, et changent de côté de cheminée avec les pelles et les pokers, les tableaux qui se décrochent ou dont les figures s'animent, les horloges qui chantent, enfin tout le vieil arsenal des visions ne vaut-il pas aussi la peine qu'on le remette à neuf? N'est-il pas plus étonnant de voir retirer d'un II. 3

5o TABLES TOURN.VxNTES.

chapeau qu'on remet à un escamoteur une omelette ou un gros lapin vivant que de produire un mouvement dans une table légère , en réunissant sur elle les efforts d'une demi-douzaine de personnes à qui un ennui nerveux finit par donner des trépidations concordantes? Allons , espérons , les manifestations surnaturelles n'ont pas dit leur dernier mot ; mais convenons qu'au lieu de renvoyer les faiseurs de miracles fluidiques à l'examen des académies , il vaudrait mieux les renvoyer aux théâtres des physiciens. C'est du reste à quoi ressemblent fort les réunions américaines avec leurs médiums bien payés, leurs coups frappés bien distinctement, et dont les empreintes se marquent sur le bois, enfin toute la pcrformaRce habilement conduite qui distrait un instant nos frères transatlantiques de leurs affaires d'intérêt, de leurs constructions , de leur colonisation intérieure, de leur activité maritime , et enfin de leurs ambitieux projets politiques. Quoi qu'il en soit, on peut rendre cette justice à une nation qui dans peu sera au premier rang sur la terre : c'est qu'elle a cultivé aussi sérieusement les hautes sciences, les mathématiques, l'astronomie, la météorologie et la géographie, qu'elle a peu sérieusement prêté son attention à tous les esprits frappeurs manifestés à l'appel d'un médium gagé. Je no finirai pas sans rappeler que, puisque nous avons des moyens de produire des sons qui semblent partir d'un point donné quelconque, il est inutile de chercher la cause des bruils des esprits frappeurs ailleurs que dans un jeu d'acoustique parfaitement connu.

TABLES TOl'RAANTES. T)!

Que dire en définitive do tous ces faits observés? Y a-t-il des coups frappés? Oui. — Ces coups répondent-ils à des questions? Oui. — Quand on passe le bout du doigt ou la pointe d'un crayon sur un alphabet, les coups frappés correspondent-ils à des lettres choisies par rintelligence qui répond à l'interrogateur par W moyen du sujet ou médium? Oui. — Ces lettres forment-elles un sens? Oui, presque toujours; mais* la portée de ces morceaux d'élociuence surnaturelle n'est jamais très-élevée. — Qui est-ce ipii produit ces sons? Le médium. — Par quel procédé? Par le procédé ordinaire de Tacoustique des ventriloques. — Mais on avait supposé que les craquements des doigts ou des orteils pouvaient donner ces sons? Non , car ils partiraient en apparence toujours du mémo point, ce (pii n'est pas (i). — Les tables se meuvent-elles i)ar l'imposition des mains suffisamment ])rolongée? Oui. — Quelle est la cause des mouvements souvent très-énergi(|ues ainsi produits? C'est la simultanéité d'action de tous les efforts conspirants, quand ces efforts, très-petits en étendue, sont à l'état que j'ai ai)pelé naissant, — Les tables se soulèvent-elles d'un côté? Oui, par une inégalité de pression. - Peut-on , après avoir agi sur une table, la soulever et la maintenir en l'air, en repos et sans qu'elle soit lancée? Non, cent fois non! — Les indications de la table sont-elles intelligentes? Oui, car

(i) Je connais personiiellemenl des individus qui produisent ù volonté ces deux sortes d«î craquements.

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