‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiques (volume 2)Chapitre 7 sur 21 · INFLUENCE DES COURANTS DE LA MER · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES COURANTS DE LA MER

SDR LES CLIMATS.

Tout le monde connaît la division des mers , d'abord en trois grands océans, savoir : i° l'océan Atlantique, qui sépare l'Europe et l'Afrique de l'Amérique du Nord et de l'Amérique du Sud ; 2° l'océan Pacifique , qui couvre la moitié du globe entre les deux Amériques d'une part , et , de l'autre , l'Asie orientale et la Nouvelle-Hollande , avec l'archipel placé entre deux ; 3^ enfin, le petit océan , qui porte le nom de mer des Indes , lequel est presque tout entier au-dessous de l'équateur , entre l'Afrique , l'Asie et la Nouvelle-Hollande.

Si l'on divise en deux, au nord et au sud de l'équateur, chacun des deux grands océans, et si l'on tient compte des deux mers polaires , on aura en tout sept divisions , dans lesquelles on pourra étudier le mouvement des eaux chaudes ou froides, leur déversement de l'équateur vers les pôles , et leur retour vers leur point de départ. C'est à ce mouvement que sont dus , dans la mer universelle , des courants d'eaux chaudes ou d'eaux froides , dont le déplacement majestueux et lent et la température plus ou moins élevée donnent naissance à

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des effets bien autrement importants dans l'économie des climats que ne pourraient le supposer , au premier abord , ceux qui ne connaissent le globe que par les cartes géographiques ordinaires.

Mettant de côté pour un moment les deux mers Glaciales circompolaires du nord et du sud , décrivons le circuit que forment les eaux dans l'océan Atlantique du nord , qui nous est le mieux connu , et que sillonnent continuellement les navires qui vont de l'Europe à l'Amérique du Nord et à l'Amérique centrale , et qui en reviennent.

C'est un fait connu de tout le monde que , dans les régions équatoriales , les eaux de toutes les mers sont poussées à l'ouest par un mouvement incessant qui, dans l'Atlantique , les porte vers l'Amérique tropicale. Ce vaste courant , de 3o degrés de largeur , dont 20 au nord et 10 au sud, vient se briser contre les rivages du nouveau monde. D'après la configuration de l'Amérique, dont la pointe la plus orientale est fort au-dessous de l'équateur, la plus grande partie des eaux de ce courant se dirige vers le golfe du Mexique , dont il longe les sinuosités pour aller ressortir sous la pointe de la Floride et côtoyer les Étas-Unis du sud au nord. Ensuite, tournant à l'est à la hauteur du banc de Terre-Neuve , ce courant revient vers l'Europe par une direction opposée à celle qu'il avait suivie d'abord , et qui était dirigée à l'ouest.

Arrivé dans le voisinage de l'Europe , et après avoir envoyé une branche vers la mer Glaciale en longeant l'Irlande , l'Ecosse et la Norwége , le reste des eaux ' '^urne vers le sud , à la hauteur des côtes occidentales

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de TËspagne, pour venir rejoindre le grand courant tropical à la hauteur du milieu de F Afrique. Ces eaux , après s'être réunies à ce courant , dont elles sont pour ainsi dire la source, se portent de nouveau à Fouest pour atteindre encore les côtes du Mexique , celles des États-Unis , et traverser , pour la seconde fois , l'espace qui sépare les États-Unis de l'Europe, formant ainsi un circuit continu de l'Afrique au Mexique avec retour au point de départ par le chemin que nous venons d'indiquer. Les bouteilles flottantes que les marins jettent à la mer, avec l'indication du lieu et la date du jour où elles ont été confiées à l'Océan , ont appris que ce trajet de 20 à 3o 000 kilomètres s'opérait en trois ans et demi environ. Les vents suivent à peu près la même marche que les eaux, c'est-à-dire qu'entre les tropiques soufflent les vents d'est, appelés vents alizés, qui portent l'atmosphère d'Afrique en Amérique, comme le courant tropical y porte aussi les eaux. Entre les États-Unis et l'Europe , de même que le courant port(* la mer vers l'est , de même aussi les contre-courants des alizés soufflent vers l'Europe ; d'où résulte , comme on sait, une traversée beaucoup plus rapide des États- Unis en France et en Angleterre, que d'Europe aux États-Unis; car, dans ce dernier cas, on a le vent et le courant contraires , lesquels favorisaient le trajet du nouveau monde vers l'ancien. On sait que lorsque Christophe Colomb tenta l'entreprise hardie de s'abandonner dans l'ouest, il descendit à la hauteur de l'Afrique pour y prendre les vents d'est, qui devaient, suivant son estime, le mener en Chine, On ne conçoit guère qu'à cette époque , où les connaissances géogra-

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phiques étaient assez avancées pour connaître à peu près les dimensions du globe , et la distance itinéraire de rindc et de la Chine , un homme ait été assez confiant dans l'impossible pour espérer atteindre les côtes orientales de la Chine , après une navigation égale à trois ou quatre fois la distance de l'ancien au nouveau monde. Si l'Amérique n'eût pas existé , il eût péri cent fois avant d'arriver en Chine ; et , quand ses gens , vers les deux tiers de la traversée, manifestaient de vives appréhensions, on doit convenir qu'ils n'avaient pas tout à fait tort, avec les idées géographiques que l'on possédait alors.

Après plusieurs voyages en Amérique , Colomb est mort dans la persuasion qu'il avait atteint les côtes orientales de l'Asie. De dire comment il pouvait faire ime erreur d'un peu plus de la moitié du globe , car telle est la largeur de l'océan Pacifique , c'est ce qu'il est difficile d'expliquer. La postérité admirera donc son intrépidité, sa témérité, son bonheur et non pas sa science.

Audenles fortuna juvat.

Il ne lui en reste pas moins le mérite d'avoir accompli la plus grande découverte du xv* siècle , décom-erte (|ui ne contribua pas peu , en rendant l'esprit humain plus confiant en sa force , à l'énergique développement d'idées et de faits qui caractérisa le xvi" siècle , dont Colomb ne vit que les premières années.

Avant de passer aux autres circuits maritimes analogues au circuit de l'Atlantique septentrional, appesantissons-nous sur les circonstances qui caractérisent

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rains, le thermomètre monte-t-il à Messine ou à Palerme? Non, sans doute. Aussi, c'est par Tintermédiaire des vents que la chaleur de la mer se conmionique au continent.

Rappelons-nous, en effet, qu'à la hauteur de l'Europe, les vents dominants du globe sont les vents d'ouest inclinant vers le sud-ouest. On voit tout de suite que ces courants d'air, ayant pour base un courant d'eau chaude , en prendront la température et souffleront sur l'Europe avec une température bien plus élevée que si la mer, privée du courant chaud que nous avons décrit , fût restée au degré de chaleur que comporte sa latitude. Pour se convaincre de cette assertion , il suffit de comparer le climat et la température des villes américaines qui sont à la même latitude que nos villes de France.

Par exemple , Boston est bien plus au midi que Bordeaux et Marseille; cependant, tous les hivers, les lacs et les étangs y gèlent à un mètre de profondeur, à une latitude où , en Europe , on cultive l'olivier en pleins champs. Je dirai en passant que les actifs et industrieux Américains ont trouvé le moyen de rendre plus profitables leurs glaces d'hiver que les Espagnols leurs maigres récoltes d'olives. Deux cents navires, . chargés de blocs de glaces artistiquement découpés et bien empaquetés dans la sciure de bois , les feuilles de maïs ou celles des roseaux , vont vendre cette singulière récolte d'hiver dans le monde entier, depuis le golfe du Mexique jusque dans les grandes Indes et à la Chine. Quelques bâtiments américains, chargés d'ana- "^«s et de glace, ont même paru à Londres et à Liver-

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pool. On cite, comme un fait curieux . qu iîs ont vr-ii-i^^i toute leur cargaison sans avoir à p^yer un scLt^llin^- a ;d douane pour droits d'importation , les tarifs étant C'-.-n:plétement muets sur ce genre de denrées.

Voilà donc l'effet bien diffèrent ijne j-njduit le siytt'r du vent quand il a passé sur les continents ou sur !♦'< mers. A Boston . le vent d'ouest arrive du contint-nt . après avoir rasé, l'hiver, une terre couverte de neL-t. refroidie par la gelée et par re\;-.sition à un ciel .l'i;: ne lui renvoie aucune chaleur . tandis que les rayens trop obliques du soleil, alors méridional. sc>nt inefficaces pour arrêter les progrès du refroidissement. Voii« pourquoi les étangs de Boston ^-elent à une si grande profondeur, et pourquoi, en général, [«r ces latitudes, les côtes orientales des continents sont remarquablement froides. Au contraire . ce même vent d" ouest arrivant en France, réchauffé par son contact avec les eaux tièdes de lAtlantique. tempère le froid de cette saison, et l'on voit facilement que cette inikience sètendra fort loin des cotes, jusqu'il ce que l'air ait perdu de nouveau, par sc-n contact av.-c les terres, la chaleur quil devait au courant chaud do l'Atlantique. Quand on compare à la latitude égale l'Europe avecla Sibérie, où les vents d'ouest ne pénètrent f)as. on est frappé des conséquences de cette influence météc»rologique. Pour en donner encore un autre exemple, on remarquera que. pendant plus de six mois de l'année, le vent dominant de lest et du sud-ouest porte l'air de la France sur la Russie . et que . dans l'hiver , le peu de jours rigoureux que nnus avons à Paris sont ceux où les vents dominants cèdent la place aux vents oppo-

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ses qui soufflent de la Russie sur la France. On sait, en général, que, dans toutes les régions où régnent des vents dominants , les vents opposés sont , après ceuxci, ceux qui soufflent le plus fréquemment. Quant à - l'importance hygiénique de ces courants aériens, tout le monde sait que , pour TAngleterre , le vent d*est est un fléau redoutable qui souffle le malaise et le spleen, dont nous rions en France , mais qui est aussi sérieux en Angleterre que le khamsin en Arabie et le siroco en Italie.

Lorsque les navigateurs, le thermomètre à la main, traversent les mers, ils reconnaissent à leur chaleur ces grands fleuves océaniques d'eau chaude , qui n'ont d'autres rivages que les eaux froides qu'ils sillonnent, et qui, revenant sur eux-mêmes, forment de vrais fleuves sans fin. Ces eaux chaudes , dans les parages de Terre- Neuve, offrent une barrière infranchissable aux baleines, qui s'arrêtent à leurs limites, et l'on peut même, sans observations thermométriques, présumer que les courants chauds sont remontés plus au nord qu'à l'ordinaire , lorsqu'on est obligé d'aller chercher les baleines à une latitude plus élevée. Dans ce cas , on peut s'attendre , en Europe , à un hiver plus doux que d'o^ dinaire. C'est ce contre-courant chaud de l'Atlantique du nord qui vient donner, à l'Europe le beau climat qu'elle possède exclusivement. Chaque localité du milieu de la France ^ par exemple ^ possède une température plus élevée qu'aucun autre point du globe , situé à la même distance de l'équateur , tandis qu'en Amérique, le Labrador et le Canada, qui font le pendant de l'Angleterre et de la France , sont presque des contrées

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oiaires où les fleuves gèlent des mois entiers. Les cééales remontent en Europe bien au-dessus de la latiude de la baie d'Hudson , et l'orge même atteint pres- [ue jusqu*au cap Nord.

Les pêcheurs de baleine et de morue qui fréquentent es côtes d'Amérique , à la limite du Gulf-Stream , ne s'approvisionnent jamais de bois; ils savent que le îourant équatorial leur apportera les arbres que le Mississipi, le Rio del Norte, et peut-être même l'Oréaoque, auront, à l'époque de leurs crues, poussés dans le courant tropical. Avant la découverte de Colomb, les Irlandais , les Écossais , les Scandinaves voyaient avec étonnement la mer leur apporter de temps en temps des débris d'une végétation inconnue dans leur pays. Des graines, des fruits, analogues à ceux des grandes Indes, étaient recueillis et semblaient arriver par miracle. On mentionne que des pirogues indiennes, dont les rameurs avaient dû périr depuis longtemps, avaient été recueillies sur les côtes de Norwége. Mais ces indices d'un monde lointain ne faisaient point concevoir l'idée d*aller chercher ce monde au delà d'un océan qui présentait à la fois des vents et des courants contraires. D'ailleurs , les assertions sur l'existence d'un autre continent , différent de celui qui comprenait l'Europe , l'Asie et l'Afrique , n'étaient pas neuves , et nous les trouvons formulées même du temps d'Alexandre.

Aristote , beaucoup plus avancé en géographie que Christophe Colomb, et qui, d'aprè» les notions que l«s conquêtes d'Alexandre avaient données de la distance des Indes et de la Chine, n'imaginait pas que les côtes orientales de l'Asie fussent accessibles à des navigateurs

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