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météorologie et Tagriculture , c'est la cause et Teffet.
Pour la santé, pour les voyages, pour la marine, pour les travaux publics, pour éviter les inconvénients des excès de la chaleur et du froid, nous sommes dans une continuelle dépendance de la météorologie, et ses utiles instruments, qui nous donnent le poids de l'air que nous respirons, sa chaleur, sou degré d'humidité, son état électrique, sont consultés à toute heure et peuvent même dans certains cas faire prévoir un peu à l'avance l'état futur de l'atmosphère , pour se garantir de ses fâcheuses influences ou de ses dangereux paroxysmes.
Je pourrais encore faire le tableau des brillants météores que l'atmosphère offre à notre contemplation, le bleu du ciel, les teintes de l'aurore, les couleurs de l'arc^ en-ciel, des couronnes et des halos, les éclats lumineux et sonores des orages de foudre , les aurores boréales, la polarisation de la lumière d'un ciel serein et les reflets lointains qui font que la chaîne des Alpes porte son effet jusque sur les crépuscules de lliorizou de Paris.
Tant que les saisons et leurs produits ordinaires n'offrent pas de trop grandes perturbations, le public distrait, et surtout le public des villes, ne prend pas un grand intérêt à Teffet trop habituel des météores. Les moissons naissent et mûrissent, tes bestiaux se propagent, les fleurs et les fruits se succèdent, l'hiver et la neige approvisionnent d'eau les réservoirs des sources et les infiltrations souterraines des ruisseaux et des rivières. L'homme semble n'avoir qu'à recueillir les bienfaits de la nature qui lui appartiennent de droit. li ne songe même pas à en être reconnaissant.
Mais si la marche générale des courants atmosphé-
XVI SUR LA SÉCHERESSE, LES rRRIGÀTIONS
riques vient tout à coup à changer et produit, comme en i856, de terribles inondations, si l'écoulement régulier de Tair de la France , sans aucun de ces arrêts et de ces soulèvements qui produisent la pluie , fait prévoir et réalise pour id58 une sécheresse qui, sitôt après un hiver sans neiges, était une triste certitude, alors les populations sortent de leur indifférence. Elles sentent qu'il y a quelque chose sinon à empêcher, du moins à prévoir, et que si la météorologie n'est pas une science faite, il faut se hâter d'y porter toute l'activité de l'esprit humain.
Lorsque l'Observatoire impérial de Paris, soutenu par la volonté ferme et éclairée du souverain (volonté à laquelle le monde doit l'établissement définitif deâ télégraphes sous-marins), lorsque notre Observatoire, dis-je, ainsi soutenu , commença à réunir et à donner au public ce qui sera un jour le bilan météorologique du monde entier, et nous fournira des pronostics certains, car ils n'auront rien de local, combien peu de bons esprits sentirent la portée de ce progrès scientifique. Cependant avec ces données complètes nous verrons les météores promener leurs influences sur notre globe, comme le berger d'Homère voit, du haut d'un promontoire élevé, un nuage qui arrive poussé par le souffle du Zéphire et qui jette une ombre noire sur les flots, lesquels s'agitent ensuite à leur tour et viennent avec retentissement se briser au rivage.
Sans doute il serait injuste d'accuser le public d'ingratitude, d'indifférence ou même d'inattention quand il s'agit de travaux qui ne porteront leurs fruits à la so- ^lAkà que dans un avenir éloigné; mais tous les esprits
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éclairés applaudiront unanimement à ces prévisions désintéressées qui seront dans la postérité Thonneur de notre siècle. Ce sont des arbres que le sage bienveillant plante pour un âge autre que le sien.
On me dira : Puisque la science est impuissante à remédier aux sinistres météorologiques, qu'elle peut tout au plus prévoir, que réclame-t-elle, par exemple, dans la circonstance présente où une sécheresse désolante réduit les bestiaux à une véritable famine et sur plusieurs points de la France entrave les travaux de culture de la terre en ne profitant qu'aux vignobles seuls? La réponse est simple et facile. Ce sont les travaux imprudents des hommes qui peu à peu , de siècle en siècle, ont établi le régime météorologique actuel ; c'est à d'autres travaux persévérants, aidés par la science, par le temps et avec la puissance moderne des machines, de l'industrie privée et du crédit public, c'est à ces travaux indispensables qu'il faut demander de reproduire ce qui a été détruit et de surpasser même la nature primitive , en faisant des eaux , qui sont présentement ou destructives ou improductives, des auxiliaires puissants pour le rappel du sol détérioré à la fertilité par l'irrigation.
J'ai sous les yeux le tableau des désastres que des défrichements malheureux ont produits dans un grand nombre de parties de la France. Le sol , privé de consistance par la dénudation provenant de la coupe des bois et des arbrisseaux et par l'effet de la bêche et de la charrue, s'est trouvé en proie au délayement et à l'entraînement des pluies, et surtout des pluies abondantes et subites qui ont lieu dans les vallées hautes à
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pentes abruptes. Les ravins qui se sont formés, et qui en quelques localités ont pris les proportions d'immenses précipices , sont devenus le lit momentané de torrents ravageurs qui, avec la terre végétale superficielle, ont rongé l'escarpement et entrainé des avalanches de pierres, de rochers, de cailloux et de détritus infertiles qui ont recouvert le sol cultivable de la vallée et peu à peu dépeuplé des contrées entières formant la lisière des montagnes, tandis que dans un âge antérieur au déboisement, des villages florissants existaient là où on ne trouve aujourd'hui que quelques ruines au milieu d'un désert. D'un autre côté, le déboisement des crêtes des collines, même dans les provinces éloignées des montagnes, et le piétinement des troupeaux ont dénudé et stérilisé complètement des champs jadis très-productifs. Tous les hommes compétents sont unanimes pour signaler cette détérioration continue et rapide du sol de la France, et nous pronostiquent, dans un avenir peu lointain, l'état actuel de la Grèce, du littoral de l'Asie Mineure et de tant d'autres contrées où la fertilité a disparu avec la végétation, laquelle avait cédé elle-même à l'avidité imprévoyante des habitants. Mais ce que ne ferait point l'intérêt privé, naturellement égoïste, la société prévoyante peut et doit le faire, et cela sous peine de s'amoindrir elle-même avec la fertilité de son sol nourricier.
Lorsque des peuplades faibles et pauvres subissent un fléau météorologique^ elles courbent la tête, comptent leurs pertes et subissent apathiquement les lois de la nature qui les tyrannise, comme les lois d'une irrésistible fatalité. Il n'en est pas de même d'une société