‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiques (volume 2)Chapitre 12 sur 18 · INFLUENCE * * DES COURANTS DE LA MER SDR LES CLIMATS · texte numérisé non relu

INFLUENCE * * DES COURANTS DE LA MER SDR LES CLIMATS

Tout le monde connaît la division des mers , d'abord en trois grands océans, savoir : i° l'océan Atlantique , qui sépare l'Europe et l'Afrique de l'Amérique du Nord et de l'Amérique du Sud ; a° l'océan Pacifique , qui couvre la moitié du globe entre les deux Amériques d'une part , et , de l'autre , l'Asie orientale et la Nouvelle-Hollande , avec l'archipel placé entre deux ; 3° enfin, le petit océan, qui porte le nom de mer des Indes, lequel est presque tout entier au-dessous de l'équateur , entre l'Afrique , l'Asie et la Nouvelle-HoUande.

Si l'on divise en deux , au nord et au sud de L'équateur , chacun des deux grands océans , et si l'on tient compte des deux mers polaires , on aura en tout sépt divisions , dans lesquelles on pourra étudier le mouvement des eaux chaudes ou froides, leur déversement de l'équateur vers les pôles, et leur retour vers leur point de départ. C'est à ce mouvement que sont dus , dans la mer universelle , des courants d'eaux chaudes ou d'eaux froides , dont le déplacement majestueux et lent et la température plus ou moins élevée donnent naissance à

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des effets bien autrement importants dans l'économie des climats que ne pourraient le supposer , au premier abord , ceux qui ne connaissent le globe que par les cartes géographiques ordinaires.

Mettant de côté pour un moment les deux mers Glaciales circompolaires du nord et du sud , décrivons le circuit que forment les eauxdans l'océan Atlantique du nord , qui nous est le mieux connu , et que sillonnent continuellement les navires qui vont de l'Europe à l'Amérique du Nord et à l'Amérique centrale , et qui en reviennent.

C'est un fait connu de tout le monde que , dans les régions équatoriales , les eaux de toutes les mers sont poussées à l'ouest par un mouvement incessant qui, dans l'Atlantique , les porte vers l'Amérique tropicale. Ce vaste courant, de 3o degrés de largeur, dont 20 au nord et 10 au sud, vient se briser contre les rivages du nouveau monde. D'après la configuration de l'Amérique, dont la pointe la plus orientale est fort au-dessous de l'équateur, la plus grande partie des eaux de ce courant se dirige vers le golfe du Mexique , dont il longe les sinuosités pour aller ressortir sous la pointe de la Floride et côtoyer les Étas-Unis du sud au nord. Ensuite , tournant à l'est à la hauteur du banc de Terre-Neuve , ce courant revient vers l'Europe par une direction opposée à celle qu'il avait suivie d'abord , et qui était dirigée à l'ouest.

Arrivé dans le voisinage de l'Europe , et après avoir envoyé une branche vers la mer Glaciale en longeant l'Irlande, l'Écosse et la Norwége, le reste des eaux tourne vers le sud , à la hauteur des côtes occidentales

de l'Espagne, pour venir rejoindre le grand courant tropical à la hauteur du milieu de l'Afrique. Ces eaux , après s'être réunies à ce courant , dont elles sont pour ainsi dire la source , se portent de nouveau à l'ouest pour atteindre encore les côtes du Mexique , celles des États-Unis , et traverser , pour la seconde fois , l'espace qui sépare les États-Unis de l'Europe, formant ainsi un circuit continu de l'Afrique au Mexique avec retour au point de départ par le chemin que nous venons d'indiquer. Les beuteilles flottantes que les marins jettent à la mer, avec l'indication du lieu et la date du jour où elles ont été confiées à l'Océan , ont appris que ce tra- ' jet de 20 à 3o ooo kilomètres s'opérait en trois ans et demi environ. Les vents suivent à peu près la même marche que les eaux, c'est-à-dire qu'entre les tropiques soufflent les vents d'est, appelés vents alizés, qui portent l'atmosphère d'Afrique en Amérique, comme le courant tropical y porte aussi les eaux. Entre les États-Unis et l'Europe , de même que le courant porte la mer vers l'est , de même aussi les contre-courants des alizés soufflent vers l'Europe ; d'où résulte , comme on sait , une traversée beaucoup plus rapide des États- Unis en France et en Angleterre, que d'Europe aux États-Unis ; car , dans ce dernier cas , on a le vent et le courant contraires , lesquels favorisaient le trajet du nouveau monde vers l'ancien. On sait que lorsque Christophe Colomb tenta l'entreprise hardie de s'abandonner dans l'ouest, il descendit à la hauteur de l'Afri: que pour y prendre les vents d'est, qui devaient, suivant son estime, le mener en Chine. On ne conçoit guère qu^ette époque, où les connaissances géogra-

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phiques étaient assez avancée^ pour connaître à peu près les dimensions du globe T et la distance itinéraire de l'Inde et de la Chine , un homme ait été assez confiant dans l'impossible pour espérer atteindre les côtes orientales de la Chine , -après une navigation égale à trois ou quatre fois la distance de l'ancien au nouveau monde. Si l'Amérique n'eût pas existé , il eût péri cent fois avant d'arriver en Chine; et , quand ses gens, vers les deux tiers de la traversée , manifestaient de vives appréhensions, on doit convenir qu'ils n'avaient pas tout à fait tort , avec les idées géographiques que l'on possédait alors.

Après plusieurs voyages en Amérique , Colomb est mort dans la persuasion qu'il avait atteint les côtes orientales de l'Asie. De dire comment il pouvait faire une erreur d'un peu plus de la moitié du globe , car telle est la largeur de l'océan Pacifique , c'est ce qu'il est difficile d'expliquer. La postérité admirera donc son intrépidité, sa témérité, son bonheur et non pas sa science.

Audentes fortuna juvat.

Il ne lui en reste pas moins le mérite d'avoir accompli la plus grande découverte du xv6 siècle , découverte qui ne contribua pas peu , en rendant l'esprit humain plus confiant en sa force , à l'énergique développement d'idées et de faits qui caractérisa le xvie siècle , dont Colomb ne vit que les premières années.

Avant de passer aux autres circuits maritimes analogues au circuit de l'Atlantique septentrional, appesantissons-nous sur les circonstances qui caractérisent

celui-ci. Les eaux tropicales, dans leur trajet des côtes de l'Afrique à celles de l'Amérique , voyagent sous les feux d'un soleil zénithal , et s'échauffent continuellement jusqu'à leur entrée dans le golfe du Mexique; elles se déversent ensuite par le détroit de Bahama, où elles forment un rapide courant d'eau chaude, qui remonte à l'est des États-Unis, vers le banc de Terre Neuve. Là le courant , comme nous l'avons dit , tcfarne à l'est pour revenir vers l'Europe ; mais il conserve encore l'excès de chaleur qtfil doit à son cMf£fce tropicale , et c'est là un des grands moyens que JâTnature met en œuvre pour tempérer notre globe, «Apportant ainsi, par le moyen des eaux, vers des régions plus septentrionales , la chaleur que le soleil verse enUfe&$ trôp?jjjies. A mesure que ce courant s'avance, il penH)^ sa chaleur en la distribuant à l'atmosphère et aux jpfers qu'il traverse; puis il revient, en laissant à sa gauche l'Espagne et le haut de l'Afrique, reprendre sa place dans le courant tropical , pour s'y imbiber de nouvâm d'une chaleur qu'il reportera encorè dans les latitudes de l'Europe.

Mais , dira-t-on , quelle influence peut avoir sur notre Europe , par exemple , une masse d'eau tiède voyageant au milieu de l'Atlantique , et que bien âes kilomètres séparent de l'intérieur du continent européen ? La mer, fût-elle cent fois plus chaude, pourrait-elle envoyer ses influences calorifiques jusqu'au milieu de l'Espagne , de la France , et encore moins de l'Allemagne? Lorsque dans la Méditerranée, autour du volcan de Stromboli , la mer s'échauffe ^presque à la température de l'eau bouillante, par Pëflet des feux soutes

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rains, le thermomètre monte-t-il à Messine ou à Palerme? Non, sans doute. Aussi, c'est par l'intermédiaire des vents que la chaleur de la mer se communique au continent.

Rappelons-nous, en effet, qu'jk la hauteur de l'Europe, les vents dominants du globe sont les vents d'ouest inclinant vers le sud-ouest. On voit tout de suite que ces courants d'air, ayant pour base un courant d'eau chaude , en prendront la température et souffleront sur l'Europe avec une température bien plus élevée que si la mer, privée du courant chaud que nous avons décrit , fût restée au degré de chaleur que comporte sa latitude. Pour se convaincre de cette assertion, il suffit de comparer le climat et la température des villes américaines qui sont à la même latitude que nos villes de France.

Par exemple, Boston est bien plus au midi que Bordeaux et Marseille; cependant, tous les hivers, les lacs et les étangs y gèlent à un mètre de profondeur, à une latitude où , en Europe , on cultive l'olivier en pleins champs. Je dirai en passant que les actifs et industrieux Américains ont trouvé le moyen de rendre plus profitables leurs glaces d'hiver que les Espagnols leurs maigres récoltes d'olives. Deux cents navires, chargés de blocs de glaces artistiquement découpés et bien empaquetés dans la sciure de bois , les feuilles de maïs ou celles des roseaux , vont vendre cette singulière récolte d'hiver dans le monde entier, depuis le golfe du Mexique jusque dans les grandes Indes et à la Chine. Quelques bâtiments américains, chargés d'ananas et de glace, ont même paru à Londres et à Liver-

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pool. On cite, comme un fait curieux , qu'ils ont vendu toute leur cargaison sans avoir à payer un schelling à la douane pour droits d'importation , les tarifs étant complètement muets sur ce genre de denrées.

Voilà donc l'effet bien différent que produit le souffle du vent quand il a passé sur les continents ou sur les mers. A Boston , le vent d'ouest arrive du continent , après avoir rasé, l'hiver, une terre couverte de neige, refroidie par la gelée et par l'exposition à un ciel qui ne lui renvoie aucune chaleur, tandis que les rayons trop obliques du soleil, alors méridional, sont inefficaces poqr arrêter les progrès du refroidissement. Voilà pourquoi les étangs de Boston gèlent à une si grande profondeur , et pourquoi , en général , par ces latitudes, les côtes orientales des continents sont remarquablement froides. Au contraire , ce même vent d'ouest arrivant en France , réchauffé par son contact avec les eaux tièdes de l'Atlantique, tempère le froid de cette saison , et l'on voit facilement que cette influence s'étçntlra fort loin des côtes, jusqu'à ce que l'air ait perdu de nouveau , par son contact avec les terres , la chaleur qu'il devait au courant chaud de l'Atlantique. Quand on compare à la latitude égale l'Europe avec la Sibérie , où les vents d'ouest ne pénètrent pas , on est frappé des conséquences de cette influence météorologique. Pour en donner encore un autre exemple, on remarquera que , pendant plus de six mois de l'année , vent dominant del 'est et du sud-ouest porte l'air de \ sur la Russie , et que, dans l'hiver, le peu que nous avons à Paris sont ceux ants cèdent la place aux vents pppo-

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sés qui soufflent de la Russie sur la France. On sait, en général, que, dans toutes les régions où régnent des vents dominants , les vents opposés sont , après ceuxci , ceux qui soufflent le plus fréquemment. Quant à l'importance hygiénique de ces courants aériens, tout le monde sait que, pour l'Angleterre , le vent d'est est un fléau redoutable qui souffle le malaise et le spleen, dont nous rions en France , mais qui est aussi sérieux en Angleterre que le khamsin en Arabie et le siroco en Italie.

Lorsque les navigateurs, le thermomètre à la main, traversent les mers , ils reconnaissent à leur^ehaleur ces grands fleuves océaniques d'eau chaude , xpû n'ont d'autres rivages que les eaux froides qu'ils sillonnent, et qui , revenant sur eux-mêmes, forment de vrais fleuves sans fin. Ces eaux chaudes , dans les parages de Terre- Neuve, offrent une barrière infranchissable aux baleines, qui s'arrêtent à leurs limites, et l'on peut même, sans observations thermométriques , présumer que les courants chauds sont remontés plus au nord qu'à l'ordinaire , lorsqu'on est obligé d'aller chercher les baleines à une latitude plus élevée. Dans ce cas , on peut s'attendre , en Europe , à un hiver plus doux que d'ordinaire. C'est ce contre-courant chaud de l'Atlantique du nord qui vient donner à l'Europe le beau climat qu'elle possède exclusivement. Chaque localité du milieu de la France , par exemple , possède une température plus élevée qu'aucun autre point du globe , situé à la même distance de l'équateur , tandis qu'en Amérique, le Labrador et le Canada, qui font le pendant de l'Angleterre et de la France , sont presque des contrées

polaires où les fleuves gèlent des mois entiers. Les céréales remontent en Europe bien au-dessus de la latitude de la baie d'Hudson , et l'orge même atteint presque jusqu'au cap Nord. **•* y,;^

Les pécheurs de baleine et de morue qui fréqujÇktent les côtes d'Amérique, à la limite du Gulf-Sg^am, ne s'approvisionnent jamais de bois; ils savent que le courant équatorial leur apportera les arbres que le Mississipi, le Rio del Norte, et peut-être même l'Orénoque, auront, à l'époque de leurs crues, poussés dans le courant tropical. Avant la découverte de Colomb, les Irlandais , les Écossais , les Scandinaves voyaient avec étonnement la mer leur apporter de temps en temps des débris d'une végétation inconnue dans leur pays. Des graines, des fruits, analogues à ceux des grandes Indes, étaient recueillis et semblaient arriver par miracle. On mentionne que des pirogues indiennes, dont les rameurs avaient dû périr depuis longtemps, avaient été recueillies sur les côtes de Norwége. Mais ces indices d'un monde lointain ne faisaient point concevoir l'idée d'aller chercher ce monde au delà d'un océan qui présentait à la fois des vents et des courants contraires. D'ailleurs , les assertions sur l'existence d'un autre continent, différent de celui qui comprenaitiŒurope , l'Asie et l'Afrique , n'étaient pas neuves , et nous les trouvons formulées même du temps d'Alexandre. ,

Aristote , beaucoup plus avancé en géographie

Christophe Colomb, et qui, d'après les notions qi^gjtà^ conquêtes d'Alexandre avaient données de la distance des Indes et de la Chine, n'imaginait pas que les côtés orientales de l'Asie fussent accessibles à des navigateurs

partant d'Europe , d'après la logique seule annonce de nouveaux continents dans ces vastes mers, qui devaient occuper les deux tiers du monde entre l'Europe occidentale et les rivages orientaux de l'Asie.

L'assurance de son discours n'eût pas été plus forte après que Colomb et Vincent Pinson eurent touché l'orient de l'Amérique, et que Btlboa, Cortès et Pizarre en eurent reconnu lei^c^^ .oq^totales. Il eût été très-facile à la nature de l$nppore un autre nouveau monde entre l'Amérique ef PJÉp, dans la plus vaste étendue qu'occupe l'océan Pacifique ; mais , en se bornant aux deux Amériques, est-il rien de plus précis que les paroles d'Aristote?

Après avoir parlé de l'ancien continent et des lies qui l'entourent , il affirme que les continents eux-mêmes sont entourés par des mers et n'offrent point de continuité. Évidemment, la mer qui, à l'orient, bornait l'Asie, et l'immense espace qui restait entre cette limite et l'Europe, même avec les notions peu exactes qu'on avait sur la grandeur de la terre, lui donnaient l'idée fort juste que ces nouveaux continents devaient être isolés de l'ancien. Son assertion indique une certitude parfaite :

« La terre habitable, dit-il, est divisée, dans le langage vulgaire , en continents et en îles. Ils ignorent, ceux qui parlent ainsi, que notre continent est une grande île unique , baignée de tous côtés par la mer désignée sous le nom d'Atlantique ; mais il faut admettre qu'il y en a plusieurs autres dont les rivages sont opposés à nos rivages et qui gisent à de grandes distances : les unes sont plus grandes que notre continent, les autres sont plus petites. Pour nous, toutes ces terres

isolées sont inconnues , à l'exception de la nôtre. De même que nos petites îles sont séparées par les petites mers qui les entourent , de même notre terre est isolée par les flots de l'océan Atlantique , et les autres continents le sont par la mer universelle. Ces continents sont donc, comme le nôtre, des espèces de grandes îles, baignées et entourées par des mérs immenses. » 4

Qu'aurait dit de plus exact ce grand seigngur grec , époux d'une reine , et qui eut l'honneur d'être le précepteur d'Alexandre , s'il eût pu jeter les yeux sur une de nos cartes que la civilisation actuelle, avec ÏÏ\ lithographie, vend au prix de quelques centimes, et qu'il y eût vu les deux Amériques et l'Australie? Quel honneur pour ce grand génie , d'avoir connu , sans le voir , ce que Christophe Colomb vit sans le connaître !

De même que, dans l'Atlantique du nord , le courant équatorial , qui s'engouffre dans le golfe du Mexique , revient sur lui-même en passant par des latitudes élevées , une autre portion de ce courant, bien plus petite, après avoir heurté le cap Saint-Roch qui forme la peIKte orientale de l'Amérique du Sud , descend le long de la côte orientale de cette même Amérique du Sud, et ensuite , traversant l'Atlantique de l'ouest à l'est, revient vers l'Afrique inférieure pour remonter ensuite le long des côtes occidentales de cette partie du monde, et rejoindre le grand courant tropical par le sud comme le Gulf-Stream lé rejoint par le nord. A la quantité près des eaux, ce courant est parfaitement semblable au circuit qui occupe le nord de cet océan. La portion qui se déverse hors des tropiques et qui revient de l'ouest à l'est du sud de l'Amérique au sud der l'Afrique est

aussi un courant d'eau chaude, comme le Gulf-Stream l'est entre les États-Unis et ^'Europe. La comparaison des masses d'eau qu'entraîne séparément chacun de ces deux circuits montre combien le nord , dans la proportion des eaux chaudes qu'il reçoit, est favorisé comparativement au midi. On peut assurer que le circuit du nord forme un courant qui est cinq à six fois plus abondant que le circuit du midi.

Si nous jetons maintenant les yeux sur l'océan Pacifique, nous y voyons de même les eaux tropicales venir se briser contre la Nouvelle-Hollande , l'archipel de la Sonde et le bas de l'Asie. La plupart de ces eaux remontent au nord en un vaste courant d'eau tiède qui vient donner à la haute Californie et à l'Orégen un climat presque comparable à celui de notre Europe. On cite la végétation de l'Orégon , comme unique dans le monde entier. On parle d'arbres gigantesques dont la cime .atteindrait 100 mètres. Dans l'Orégon comme dans l'Europe, c'est encore le vent d'ouest qui jette un manteau d'air tiède sur ces contrées privilégiées, tandis que sur les côtes correspondantes de la Chine , à latitudes égales, le climat est infiniment moins favorable. C'est encore l'histoire de l'Europe comparée aux États- Unis, et, de même que, dans l'Atlantique, un petit courant chaud bien constaté par M. Duperrey, de l'Institut, se dirige vers le sud, et revenant à l'est vers la bas de l'Amérique, vient enfin rejoindre le grand courant tropical dont il a été dérivé, tandis que presque toute la masse de ce courant tropical remonte vers les régions septentrionales, où elle porte son utile chaleur.

Ainsi dans le Pacifique comme dans l'Atlantique, on

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voit que le partage des eaux chaudes est tout*à fait en faveur des régions septentrionales^ comparativement aux régions antarctiques. Il existe un cinquième petit circuit dans la mer des Indes , cet océan qui n'a de déversement que vers le sud. Encore ce courant , borné à la pointe sud de l'Afrique et de la Nouvelle-Hollande , ne descend pas à des latitudes bien considérables. ^ On voit donc que dans leur ensemble les trois petits circuits qui portent au sud les eaux de l'équateur, sont loin d'égaler en efficacité les deux immenses courants du nord de l'Atlantique et du Pacifique. Aussi la portion nord de notre globe jouit-elle de climats bien autrement favorables que l'hémisphère sud ; et , pour n'en citer qu'un exemple, les glaces polaires descendent à peine au nord jusqu'à 10 degrés du pôle, tandis qu'au sud elles atteignent en moyenne le cercle polaire antarctique à 11 degrés et demi du pôle sud.

Comme indépendamment des cinq circuit* qui occupent l'Atlantique du Nord, l'Atlantique du Sud, le Pacifique du Nord , le Pacifique du Sud , et enfin la mer des Indes , nous avons mentionné une mer Glaciale du Nord et une mer Glaciale du Sud , nous dirons sommairement que, dans ces mers, le courant semble dirigé vers l'est r tout alentour du pôle voisin.

Les faits que nous ve.nons de relater s'appuient sur une admirable carte de M. Duperrey, où , sans égard à aucun système, il a tracé les courants maritimes les plus authentiquement constatés, soit par lui, soit par les autres navigateurs scientifiques. Quant à la théorie mécanique de ces grands mouvements des eaux , théorie qui a indiqué d'avance l'existence de ces fleuves sans

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fin , qui reviennent sur eux-mêmes par un mouvement perpétuel, nous nous hasarderons, malgré la difficulté du sujet, à en dire quelques mots.

On a souvent attribué le grand courant tropical de l'Atlantique à l'influence du souffle des alizés qui règne constamment entre les tropiques , en allant de Test à l'ouest. Le contre-courant du Gulf-Stream et des quatre autre circuits analogues pourrait être aussi attribué aux contre-courants des alizés qui soufflent vers Test; mais si l'on fait attention que les courants maritimes ne sont pas seulement superficiels , mais qu'ils se propagent à une grande profondeur, on sera moins tenté de faire intervenir ici l'action superficielle du vent. Une autre cause plus puissante agit ici : tout le monde sait que les points de la terre situés entre les tropiques ont plus de vitesse que les points situés à des latitudes plus élevées ; cette vitesse a le même sens que la rotation de la terre, c'est-à-dire qu'elle est dirigée vers l'est. Or maintenant, si l'on considère que les eaux tropicales, échauffées par le soleil, se dilatent et s'élèvent au-dessus des couches voisines, on conçoit qu'il en résulte un déversement continuel de l'équateur vers les pôles , lequel , portant dans les latitudes élevées de l'eau douée d'un mouvement vers l'est, engendre, par là même, dans ces latitudes, un courant marchant vers l'est , comme l'indique l'observation. Pour suppléer à cette eau déversée , il en revient de nouvelle provenant des courants de retour, et c'est ainsi que s'établissent les courants permanents.

Si l'on chauffe un vase par le flanc comme les marmites que l'on met à côté du feu et non dessus, on

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voit s'opérer rapidement le déversement de la partie antérieure voisine du feu vers la partie postérieure et froide, tandis que l'eau froide revient par -dessous prendre la place de l'eau qui s'est déversée sur elle. L'expérience peut même se faire très-délicatement et sans vase aucun T avec une petite caisse carrée de papier léger que tout le monde sait faire et à l'un des bouts de laquelle, après y avoir mis de l'eau, on applique un fer à repasser assez fortement chauffé ; on voit alors le déversement se prodolr^de la partie chaude sur la partie froide. Enfin, MÉKiii veut complètement reproduire le phénomèiÉ^Hfilmnts maritimes terrestres , on place un vaséMe I^R^ààë^auffé par un de ses bords sur une plate-forme ^nf tourne d'un mouvement uniforme , et l'on reconnaît , fdjfci'indication de petits plongeurs fixés sur les bords d«l vase , que le courant a parfaitement la même disposition que sur notre globe tournant , ne laissant ainsi aucnn doute sur la réalité de la théorie qui précède.

E nous resterait encore à examiner plusieurs présomptions relatives à des échanges qui se feraient entre les divers océans et qui , vers les pointes méridionales des continents , comme par les détroits de Davis et de Behring, produiraient de véritables courants d'échange ; mais la théorie risque toujours beaucoup quand elle veut devancer l'observation des faits ; au milieu de toutes les complications des actions de la nature, c'est déjà fort heureux que de trouver l'explication des faits bien constatés. Sans en adopter l'orgueil, citons, en finissant,'ces remarquables paroles de Pline : Contenti-sitmis invertis, aliquid veritati et posteri conférant.

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« Contentons-nous de ce que nous avons trouvé , et laissons à la postérité quelque chose à faire pour la connaissance de la vérité. »

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