DE L'INFLUENCE DES COURANTS ET DES VENTS DE LA MÉDITERRANÉE
SUR LE CilMAT DES CONTREES RIVERAINES.
Les vents et les courants de l'Océan , ou plutôt des trois grands océans du globe, nous offrent une régularité due à l'étendue même de ces plaines liquides, où les mouvements des airs et des eaux s'effectuent en liberté. Ce n'est que dans le voisinage des côtes et sous l'influence de l'aspiration produite par réchauffement des terres, qu'il se produit des perturbations dans le régime ordinaire de ces vastes courants; on peut même dire, qu'à part le tribut des grandes rivières , les courants de la mer sont à peu près indépendants de l'effet produit par le soleil sur les continents , et qu'ils ne sont influencés que par la configuration des côtes contre lesquelles ils viennent se briser. Il n'en est pas de même des courants d'une mer limitée en tous sens comme la Méditerranée, A cause de son peu d'étendue , les courants ne peuvent y acquérir une grande force, puisqu'ils rencontrent promptement sur leur chemin un obstacle qui les arrête et rompt leur vitesse ; de plus, l'influence des vents de terre est comparativement plus grande dans des bassins moins vastes qui, de tous côtés, subissent le choc de ces mêmes vents. Pour se faire une idée plus claire du sens de cette remarque, nous dirons qu'au
milieu de l'Atlantique, par exemple, les vents accidentels des côtes d'Europe et d'Afrique ne se font' aucunement sentir, pas plus que ceux des deux Amériques , tandis qu'à une plus petite distance les vents continentaux , connus sous le nom de pampero, d'/iarmattàjfc aussi bien que les brises de terre et de mer, agissent très-énergiquement comme utiles ou nuisibles. Les moussons des Indes, ces grands échanges périodi|nes de l'air de la terre avec l'air de la mer, sont en grand des phénomènes de même espèce. Une preuve que les •ourants de la Méditerranée n'atteignent jamais une grande vitesse, c'est que le vent , même modéré , suffit pour en renverser la direction, et tandis que, sans doute, à de grandes profondeurs le même courant subsiste toujours , la couche superficielle reçoit l'influence du vent et le suit» dans sa marche. C'est donc dans les temps de calme soutenu qu'il faut considérer les courants de la Méditerranée. Comme l'homme se sert, pour la navigation, encore plus des courants d'air que des courants d'eau, l'attention a dû se porter naturellement de préférence sur les courants de l'atmosphère ou sur les vents dominants, bien plus que sur les faibles courants maritimes.
La Méditerranée est naturellement divisée en deux grands bassins séparés l'un de l'autre par l'interposition de la Sicile entre l'Italie d'une part et l'Afrique de l'ail; tre. Le bassin occidental est borné par l'Espagne, la France, l'Italie occidentale, la Sicile et l'Afrique s^Wentrionale, depuis Carthage jusqu'à l'occident du Maroc. Une splendide porte de sjpUe s'ouvre entre les deux montagnes qui bordent au Uprd «et au sud le détroit de
Gibraltar, et cette voie de communication avec le monde entier semblerait devoir donner issue aux eaux de la Méditerranée pour s'écouler dans l'Atlantique. Mais c'est précisément le contraire qui a lieu ; car , par un courant perpétuel, les eaux de l'Océan viennent augmenter celles de la Méditerranée et réparer les perles qu'elle fait par l'évaporation. On remarque avec étonnement que cette mer, limitée en étendue et qui reçoit de plusieurs rivières une masse d'eau assez considérable, emprunte encore à la mer Noire une autre masse d'eau non moins abondante par un courant rapide qui traverse le Bosphore et les Dardanelles. Ainsi, en ajoutant à ce que lui fournissent l'Océan et la mer Noire, tout le produit des fleuves qui s'y jettent, savoir : TÈbre d'Espagne, le Rhône, le Pô, les petits fleuves de la Grèce, l'Èbre de Thrace, les rivières de l'Asie Mineure, l'Oronte de Syrie et surtout le Nil africain, sans compter les petits cours d'eau de l'Afrique septentrionale, on aura le bilan exact de l'excès de perte que cette mer fait par l'évaporation, comparé à ce qu'elle gagne par les pluies et les météores aqueux. Nous verrons plus tard que l'influence siccative des vents du nord, du nord-est et du nord-ouest, semble expliquer cet excès de perte. En général, toute masse d'air, transportée au-dessus de la Méditerranée, en sort plus humide que quand elle y est arrivée. ' Avant de nous faire une idée précise de la cause mécanique qui doit produire les courants des divers bassins delà Méditerranée, dont le système des eaux comprend aussi le bassin de la mer Noire, il faut bien établir comment sont dirigés ces courants dans chacun de ces bassins. Quant au bassin occidental, le courant océanique
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qui pénètre par le détroit de GiBrjiÉeif $bïjge la côte barbaresque , arrive devant Tunis , puft ,- passant audessus de la Sicile , arrive aux côtes d'Italie, s'arrondit dans le golfe de Gênes ; puis, longeant la côte de France, il se joint au courant descendant du Rhône ; enfin, arrivant aux côtes d'Espagne et recevant le courant de l'Èbre, il vient au midi de l'Espagne se joindre au courant océanique pour former un vrai circuit qui, pour un observateur placé au milieu du bassin, tourne de droite à gauche, se dirigeant à l'ouest sur les côtes de France ; au midi , le long des côtes d'Espagne ; à l'est , le long des côtes septentrionales de l'Afrique et de la Sicile, et enfin remontant, au nord, le long de la côte occidentale de l'Italie.
Le second bassin de la Méditerranée a pour limites la Sicile , les côtes d'Afrique , de Palestine et de Syrie , l'Archipel et la Grèce continentale , et enfin le midi de l'Italie. Ce bassin est à peu près double en étendue du précédent. Si l'on en suit les courants à partir du Nil, dont les eaux, à la sortie de l'Égypte, prennent à l'orient pour se porter vers les côtes de Palestine, on les voit entraînées par un courant qui , montant au nord , baigne successivement les côtes de Palestine et de Syrie, puis prend à gauche entre Chypre et Rhodes, d'une part, et FÂsie Mineure de l'autre. Arrivé à l'archipel, ce courant se mêle au courant descendant <fe la iqqr Noire qui arrive afk travers des Cyclade^^jecmel courant lui-même se dirige vivement à l'ouest , entre CftRire et le Péloponègey puis, recevant le trop-plein He. l'Adriatique, qui lui-même est entraîné à l'ouest , ce couranfcrpàsse entre la Sicile et Malte, pour revenir au sud vers Tripoli,
144 iNnçiNGB des courants et des vents le long de la côte orientale du royaume de Tunis; de là, suivant la côte d'Afrique, il revient à l'embouchure du Nil pour y compléter un circuit fermé. Pour un observateur placé au centre du bassin , ce circuit porte évidemment les eaux de gauche à droite comme dans le premier , et la même cause mécanique s'appliquera à tous les deux.
Dans le très-petit bassin que forme l'Adriatique , entre Venise et Corfou , on observe un courant qui longe la côte orientale de l'Italie en descendant vers le sud, puis remonte vers le nord , le long des cotes opposées de la Dalmatie , allant ainsi de Venise à Ancône, d'Ancône au canal d'Otrante, à Raguse et à Trieste. Le temps du trajet complet des eaux dans ce circuK n'est pas connu non plus ; seulement on peut présumer que, pendant les crues du Pô et des eaux vénitiennes, ce courant est plus rapide que dans les basses eaux de ces mêmes rivières. Évidemment, ce courant va aussi de gauche à droite , pour un observateur placé sur ur navire au milieu de la mer Adriatique.
Le même sens de transport persiste pour cette belle masse d'eau à demi-dessalée connue sous le nom de mer Noire ou Pont-Euxin. Les peuplades sociales de poissons marchant en bancs et suivant le courant, parcourent les côtes de cette mer, en marchant à l'est , le long de la côte nord de l'Asie , puis prennent au nord le long de la côte caucasienne, puis à l'ouest parle midi de la Crimée, et enfin abordent les embouchures do Borysthène et du Danube du nord au sud, pour rentrer dans la Méditerranée, d'où elles étaient parties en petit nombre pour aller frayer et se multiplier dans les
eaux moins salées de cette mer. La mer d'Azoff , extrême limite de la mer Noire, est elle-même si peu salée par la prépondérance des eaux du Tanaïs , qu'elle irèle très-facilement, ce qui, du reste, est d'autant plus naturel, qu'elle n'est nullement abritée des terribles vents de nord-est qui dévastent la Crimée septentrionale et la Russie méridionale. Môme sons de courant pour le circuit de la mer Noire que pour les trois précédents : c'est toujours de gaucho à droite pour un observateur situé au centre de l'enceinte liquide, c'està-dire qu'au sud il marche à Test ; à Test il marche au nord ; au nord il marche à l'ouest; et enfin à l'ouest il marche vers le sud.
Plusieurs géographes, navigateurs ou météorologistes ont paru croire que le courant qui passe devant Cartilage traversait le détroit qui sépare la pointe de l'Afrique de la Sicile, et allait se joindre à la portion du circuit du bassin oriental qui, passant entre Malte et la Sicile , descend ensuite vers Tripoli ; mais , si Ton fait attention que, d'après les observations de l'amiral Smyth , les effets très-faibles de la marée suffisent pour faire passer les eaux du bassin oriental dans le bassin occidental, et réciproquement, et que de plus la Sicile, suivant l'expression de ce savant hydrographe, est une île continentale, c'est-à-dire qu'elle n'est .séparée de l'Italie et de l'Afrique que par des eaux très-peu profondes , on admettra que le circuit du bassin oriental et celui du bassin occidental sont parfaitement distincts l'un de l'autre, aussi bien que ceux de la mer Noire rt de l'Adriatique.
La vitesse du courant dans les divers points d'un
même circuit n'est pas toujours la même. Aux endroits ou le courant se trouve resserré , sa vitesse est beaucoup plus grande, par cette raison très-simple que la même quantité d'eau devant passer partout en même temps, sous peine d une accumulation que Ton n'observe point , il faut que le courant, dans les lieux resserrés, soit d'autant plus rapide que son canal est plus étroit. De toutes les lois du mouvement des fluides dont le régime est réglé, la plus générale est cette loi d'égale dépense qui fait qu'en chaque point il passe la même quantité de fluide. Sans cela, il se produirait une accumulation nouvelle.
On a encore un exemple de cette loi d'égale dépense dans le mouvement de l'air autour des obstacles qui s'opposent à son transport régulier. Au pied des édiûces isolés, un courant d'air , très-modéré ailleurs, devient un vent furieux , parce qu'il est obligé de compenser par la vitesse ce qui lui manque en espace pour suivre le mouvement général de la masse dont il fait partie. Il serait trop long d'indiquer ici tous les points où ces courants méditerranéens sont plus ou moins sensibles. Cinq ou six localités, et notamment le détroit de Messine, celui qui sépare TEubée de l'Attique, montrent les couri« iits qui sont occasionnés parles marées, par les vents ru toute autre cause, extrêmement amplifiés par le ress errement et le peu de profondeur des eaux.
Avec un peu d'attention, l'énoncé d'un principe mécanique très-facile à comprendre nous donnera l'explication de ces curieux phénomènes. Tout le monde sait aujourd'hui tjise notre globe tourne sur lui-même avet
une rapidité considérable , puisqu'un corps situé à l'équateur , où le mouvement est le plus considérable, fait le tour de la terre en vingt-quatre heures , ce qui est à peu près une vitesse de 4 à 5oo mètres par seconde, c'est-à-dire la vitesse ordinaire d'un boulet de canop. Si ce mouvement nous est insensible , c'est parce que tous les corps qui nous environnent le partagent avec nous , et si nous ne sommes pas lancés dans l'espace , aussi bien que ces mêmes objets, c'est que, comme eux, la pesanteur nous retient fixés à la terre. Mais cette pesanteur en est notablement diminuée , et si, avec un ressort, on pèse prùs du pôle une masse de 289 kilogrammes, on trouve qu'à l'équateur le même ressort portant la même masse indique 1 kilogramme de moins, c'est-à-dire une diminution d'environ un trois-centième. Ce mouvement de la terre est dirigé vers l'est ; aussi , c'est vers cette région que nous voyons apparaître ou , suivant le langage vulgaire, se lecerle soleil, la lune, et tous les astres, tandis qu'ils disparaissent ou se couchent dans la région opposée. Ce mouvement, trèsgrand à l'équateur, n'est plus , aux enviions de Paris, que les deux tiers de ce qu'il est à l'équateur , et vers Stockholm ou Saint-Pétersbourg, il n'en est plus que la moitié. Or c'est une loi parfaitement établie qu'un corps en mouvement garde ce mouvement jusqu'à ce qu'il rencontre des obstacles matériels ; ce mouvement ne se perd jamais de lui-môme, il ne diminue qu'en se communiquant à d'autres corps. Ainsi , par exemple , une masse d'air , portée par le vent de l'équateur vers les pôles , emporte avec elle un excès de mouvement vers l'est , et marchant vers l'est par son excès de vi-
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tesse, devient un véritable vent soufflant de l'ouest. Au contraire, une masse d'air voyageant du pôle vers l'équateur, se trouve avoir moins de vitesse vers l'est que les contrées qu'elle aborde; elle reste donc en arrière vers l'ouest et fait précisément l'effet d'un vent soufflant de l'est. Ceci est connu de tout le monde. '
Un calcul rigoureux, mais facile à faire , montre que ces vitesses sont considérables. Mais ce à quoi on a fait beaucoup moins d'attention, c'est que les masses d'eau transportées de même vers le nord ou vers le sud , doivent se jeter vivement à l'est ou à l'ouest au milieu de celles auxquelles elles viennent se mêler et donner naissance à des transports d'où résultent mathématiquement les courants que l'on observe.
Partons de ce seul principe , que toute masse d'eau marchant vers le sud doit se jeter à l'ouest par un déficit de mouvement vers Test, comme toute masse d'eau portée vers le nord doit se jeter à l'est par un excès de momement vers cette région, mouvement qu'elle emporte, avec elle. Quelles sont dans notre bassin occidental les masses d'eau affluentes? C'est d'abord le Rhône, qui, descendant vers le sud, aussi bien que I "Fibre d'Espagne, doit, par là même, prendre à l'ouest et longer les côtes d'Espagne , ce que , du reste , on reconnaît à une moindre salure entre les îles Baléares <»t la côte de Valence ; puis les eaux de l'Océan, qui, entrant par le détroit de Gibraltar, remontent ensuite vers le nord, d'après la configuration de l'embouchure entre l'Kspagne et l'Algérie, et qui. par suite, doivent se porter à l'est , le long des côtes d'Afrique. Une fois le mouvement de ce demi-circuit déterminé, les eaux de
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la Sicile doivent remonter , par compensation , vers le nord , longer les côtes d'Italie , en se jetant à l'est en vertu du môme principe ; puis , continuant leur marche , arriver vers l'embouchure du Rhône , pour remplir le vide qu'ont laissé tes eaux du Rhône en se portant à l'ouest vers l'Espagne. Yéilà la théorie mécanique indiquant à priori le circuit que l'observation a fait reconnaître. Dans le bassin oriental, les eaux du Nil , remontant vers le nord avec un excès de vitesse \ers l'est, doivent^se porter vers les côtes delà Palestine, aîfisi que YaA indiqué , d'après les vases mobiles qu'on rencontre en mer de nos jours , l'amiral Smyth , et bien plus anciennement Hérodote, 45o ans avant notre ère. Ce courant longe la Syrie et l'Asie Mineure , puis il vient accoster le courant de la mer Noire qui , descendant vers le sud , se porte , comme le Rhône , à l'ouest jusqu'à l'embouchure de l'Adriatique ; là il se confond avec, le trop-plein de l'Adriatique, lequel , marchant auariaasnd, se porte à l'ouest et continue le même drcuft^Àmvées dans les parages de la Sicile et descendant vers le sud, ces eaux continuent de se porter à l'ount et viennent accoster la côte orientale du royaume de Tunis , au-dessus de Tripoli. Cette portion considérable de circuit étant déterminée, le reste se complète par le dévërsement naturel de l'eau affluente dans les parages de Tripoli , vers la côte égyptienne , ' 'que les eaux ont abandonnée pour se porter à l'orient , vers la Palestine. Voici donc le second circuit établi.
Celui de la mer Adriatique résultera de même des eaux du Pô, qui sont forcées de descendre vers le sud, puisque cette mer est fermée au nord par la côte de
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Venise et de Trieste ; en descendant vers le sud , elles se jetteront à l'ouest et détermineront un courant longeant la côte orientale de l'Italie ; par contre , les eaux de la côte opposée remonteront vers le nord , et, par suite, se portant à Test, suivront lac<ôte occidentale de ' la Grèce et de la Dalmatie, et compléteront ce petit circuit. Quant à la mer Noire , tous ces fleuves qui y tombent du nord, détermineront dans cette partie un courant vers l'ouest , et les eaux mêmes du Danube, forcées de se plier vers le sud pour arriver au ^Çosphore , se porteront à l'ouest et côtoieront le rivagô âe la Bulgarie et de la Thracc. Sans mettre en ligne de compte les • affluents comparativement peu considérables de la côte d'Asie qui débouchent dans cette mer vers le nord, et, par suite , doivent se porter à l'est , on voit que le courant établi depuis le Caucase jusqu'au Bosphore par les affluents du nord et par le Danube, se complétera naturellement par les eaux qui se porteront en remplacement du vide laissé par toutes les rivières qui ont pris à l'ouest , lequel courant , montant vers le nord le long de la côte caucassienne , devra , par suite , se porter à l'est, et raser ces mêmes côtes.
Les courants de l'atmosphère ou les vents qui, comme nous l'avons dit, sont les vrais dominateurs de la Méditerranée, et qui, avant l'emploi de la vapeur, pouvaient même en être regardés comme les tyrans , sont presque constamment dirigés du nord au sud. On explique assez bien cet effet, en considérant que les masses d'air qui reposent sur le sol brûlant des déserts de l'Afrique , de l'Égypte , de l'Arabie et de la Perse , étant dilatées par la chaleur, ne peuvent faire équilibre aux
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masses plUfifï^^s reposant sur la Méditerranée et sut l'Europe tout* êntîèr^P'est ainsi qu'on voit dans une cheminée, et encore mieux dans le tuyau d'un poêle, l'air échauffé s'élever rapidement , pour être remplacé par l'air froid qui s'engouffre avec rapidité dans l'espace précédemment occupé par l'air chaud. Comme le veul d'ouest estfle vent dominant de r Europe, on peut s'étonner qu'il ne règne pas sur la Méditerranée comme il le fait dans l'Europe entière ; voici comment on peut expliquer ce siiiguliftfceffet. D'abord, la Méditerranée se rapproche des ^ints .du globe situés entre les tropiques, et qui , au lieu d'avoir le vent d'ouest pour vent dominant , ont précisément là vent d'est comme vent habituel. Ainsi donc, en suppdijfrnt même qu'il existât, Je vent d'ouest serait bien plus faible dans les parages de Gibraltar qu'il ne l'est à Paris ou à Londres ; mais la véritable cause est , je pense , dans le transport vers le sud de l'atmosphère européenne , par l'aspiration des déserts de l'Afrique. Qui ne voit, en effet, qu'en passant d'Europe en Afrique, pardessus la Méditerranée, ces masses atmosphériques, descendant vers le sud , doivent se porter à l'ouest, et par conséquent arrêter les masses d'air océaniques qui arriveraient en sens contraire de celles-ci? Ceci explique assez bien pourquoi , dans le bassin occidental , ce sont les vents du nord-ouest, entrant sur la Méditerranée par la côte de France, qui sont les vents dominants. Car leur tendance à se porter vers l'ouest est contre-balancée par le vent d'ouest arrivant de l'Atlantique; tandis que les mêmes vents du nord arrivant par-dessus les côtes méridionales de la mer Noire , et n'étant pas contre-ba-
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lancés dans leur tendance à marcher l'ouest, y marchent réellement, et joignit à leur mouvement venant du nord une tendance à l'ouest, doivent produire le vent de nord-est que Ton observe en effet à Constantinople , dans la Grèce orientale et sur la côte d'Asie opposée. Ces vents de nord , de nord-est et de nord- ouest, sont proprement ceux que les anciens désignaient par le nom de vents étésiens.
Etesia Jlabra atjuilomtm-
Ils sont plus forts en été qu'en hiver, ce qui provient de ce qu'en été le soleil étant beaucoup plus près du nord de l'Afrique , échauffe davantage ce continent, et, par la raréfaction de l'air, y produit une aspiration bien plus énergique. Mais , dira-t-on , ces notions météorologiques , tout importantes qu'elles sont pour la navigation, ne touchent que bien secondairement les habitants riverains, qui, à une distance petite dans les terres, vivent étrangers au commerce, aux pêcheries et aux voyages maritimes. Or, s'il y a une idée fausse dans lo monde , c'est assurément celle-là. Pour le démontrer, il nous suffira de considérer les puissantes inlluences dos vents dominants sur la salubrité des diverses contrées. La quantité des lieux où règne ce qu'on appelle la malaria sur le territoire de Rome, va nous convaincre que cette question, futile en apparence1 , est une question de vie et de mort pour les populations d'un grand nombre de contrées riveraines de la Méditerranée, et encore plus dans notre bassin occidental que dans le bassin oriental et dans celui de la mer Morte.
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Pour prendre un exemple qui soit pour ainsi dire sous nos yeux , nous citerons le marais Vernier , situé près de l'embouchure de la Seine, au fond d'une vallée abritée de toutes parts des vents de terre et de mer, et surtout de l'influence salubre du vent d'ouest qui s'étend sur toutes les côtes occidentales de l'Europe. Ce marais, d'ailleurs très-fertile , peut rivaliser avec les célèbres marais Pontins des environs de Rome. Je tiens de M. le vicomte de Santarem, excellent géographe aussi bien qu'homme d'État, qu'à l'embouchure du Tage, une localité d'une exposition semblable est frappée du même fléau. Mille autres exemples pourraient être cités. La côte orientale d'Espagne , étant privée de vents réglés par l'effet dont nous avons parlé plus haut, est bien plus insalubre que la côte occidentale. L'amiral Smyth, dans son admirable ouvrage sur la Méditerranée , cite ces paroles du grand André Doria, l'amiral de Charles- Quint : « fln'y a que trois ports sûrs dans la Méditerranée : Juin , Juillet et Carthagène. » Eh bien , vers la fin du dernier siècle, où l'Espagne, tirée de sa léthargie séculaire par les idées qui fermentaient alors dans le monde entier, songea qu'un pays entouré par la mer de trois côtés et demi, devait chercher à avoir une marine, ie"port de Carthagène parut devoir fixer l'attention et devenir un port militaire de premier ordre ; mais on avait compté sans la malaria , et on ne put y installer les arsenaux maritimes. Les mêmes causes d'abritement insalubre réagissent sur notre Rochefort, qui cependant commence à devenir un peu moins exposé aux fièvres d'automne qui ont fait complètement abandonner la petite vitte fortifiée de Brouage. La malaria semble être
un fléau auquel l'espèce humaine ne peut pas s'acclimater, les miasmes délétères qui empestent l'air sont, au reste, d'une ténuité telle, qu'aucun réactif chimique ne peut les rendre manifestes ; ils sont aussi insaisissables que l'agent qui produit en nous la sensation de l'odorat, et plusieurs physiologistes considèrent leur action plutôt comme une influence nerveuse que comme un empoisonnement réel , car pour l'empoisonnement, où serait la matière empoisonnante ?
On peut en dire autant du choléra ; mais ici nous ne reconnaissons pas l'influence météorologique qui agit pour ou contre. C'est un triste tableau que celui de la malaria , qui semble choisir de préférence les localités les plus fertiles pour en interdire à l'homme la jouissance, et l'empêcher d'y établir ces nombreuses populations que le sol y nourrirait facilement. Toute la côte méditerranéenne de France, depuis Perpignan jusqu'auprès de Marseille, et tout le delta du Rhône, sont cruellement dépeuplés ; les ouvriers pour l'agriculture n'y bravent les fièvres locales qu'au prix d'un salaire ruineux pour l'exploitation. La campagne de Rome n'a pas môme un village. La partie orientale de la Corse est complètement inhabitable. Bien d'autres localités en Corse et en Sardaigne sont aussi infestées de cette maladie qui va même attaquer les marins dans le voisinage des côtes frappées de cette pestilence aérienne ; c'est ce que la flotte anglaise a éprouvé dans sa station de Besika, trop rapprochée do la plaine de Troie, empestée par les marais du Xanthe et du Simoïs. En général, toute côte marécageuse abritée du vent est malsaine. Quand cet abritement résulte de forêts , on peut quel-
de la Méditerranée: i55 quefois détruire l'effet en supprimant la cause; mais, en général, on ne peut combattre ces épidémies réglées par la saison qu'au moyen de médicaments chers et hors de la portée de la généralité des habitants de ce pays. Quant au delta du Rhône, rien ne s'oppose à ce que de puissants travaux hydrauliques y ramènent la salubrité et la riehesse , et en fassent pour la France une véritable conquête qui sera le triomphe de la science et du travail. Les parties malsaines semblent être celles qui sont tantôt à sec et tantôt inondées, et, quand cet effet a lieu au moyen d'eaux plus ou moins salées, l'influence pernicieuse semble redoubler. A voir les mêmes effets se produire dans la froide Zélande et $ous les feux du tropique, comme dans les zones tempérées, on reste convaincu que la physiologie comme la physique n'ont point encore dit leur dernier mot sur la malaria. Les côtes d'Afrique, constamment abordées par les vents étésiens, en empruntent une salubrité remarquable telle que celle que nos côtes occidentales doivent au vent d'ouest. L'amiral Smyth vante, à juste titre, le climat exceptionnel de la contrée où était Carthagc.
Nous examinerons, en finissant, les vents méditerranéens sous le rapport de la dessiccation qu'ils font éprouver à la Méditerranée. Evidemment , cette mer recevant des eaux de l'Océan, de la mer Noire et même de l'Adriatique , doit être considérée comme ne réparant pas par les rivières qu'elle reçoit et la pluie qui y tombe, les pertes qu'elle fait par Tévaporation ; et comme l'évaporation n'enlève que de l'eau pure, cette mer doit, de siècle en siècle, augmenter de salure. On observe , en effet, que ses eaux surpassent en poids celles de l'Océan
dans le rapport de trente à vingt-huit; c'est-à-dire que les oaux de TOcéan pèsent vingt-huit millièmes de plus que leau pure, et que Veau de la Méditerranée, loin des embouchures des fleuves, pèse trente millièmes de plus que l'eau distillée.
La mer Noire, comparée également à l'eau douce, ne peso que quatorze millièmes en sus ; elle est donc, par rapport à l'Océan, à moitié dessalée, ce qui s'explique par l'immense quantité d'eau douce qu'y versent le Tanaïs , le Borysthène et le Danube. Elle arrivera , par la suite des siècles, à ne plus contenir que de l'eau pure t omme le lac Buïkal.
C'est un principe de physique que l'air contient d'autant moins d'humidité qu'il est plus froid ; ainsi, toute masse d'air qui se réchauffe, marche vers la dessiccation, puisque dans son nouvel état elle pourrait admettre une plus grande quantité de vapeur. Il en résulte que l'air qui se transporte do l'Europe sur la Méditerranée, pour arriver ultérieurement en Afrique, s'échauffe à mesure (pi 'il baigne dos contrées de plus en plus méridionales, et par suite do plus en plus chaudes ; il devient donc un \ ont soc et capable de prendro de l'humidité, tandis que s'il eut marché on sens contraire , le refroidissement qui fût sunenu aurait tendu à faire précipiter en eau la \apour mêlée avec lui. Dans leur passage sur la Méditerranée, du nord au sud. les courants d'air s'échauffent : ils enlèveront donc un excès d'humidité et augmenteront la perte de la nappe d'eau qui leur fournit l'excès de \apour que comporte la température plus élevée qu'ils prennent. Pour n'omettre aucune des causes logiques qui expliquent les emprunts que fait la Méditerranée à
toutes les mers environnantes, nous ferons remarquer que- la même cause qui rend l'air de plus en plus avide " d'eau à mesure qu'il se réchauffe en traversant la Méditerranée du nord au sud , cette même cause , disonsnous, doit diminuer considérablement le nombre de cas où Fair peut abandonner de l'eau, c'est-à-dire le nombre des cas de pluie ; le réchauffement de l'air transporté du nord au sud est donc non-seulement une cause de perte *par l'évaporation qu'il augmente , mais encore par la pluie qu'il empêche. Oa peut présumer dès lors que la quantité de pluie qui tombe au niveau de la mer et sur les côtes de l'Algérie doit être inférieure à ce que comporterait une contrée de même latitude et non soumise aux mêmes vents de nord.
Le vend du sud arrivant des déserts de l'Afrique avec un excès de chaleur, et par suite d'humidité , doit agir par débilitation sur les organes, car sa chaleur est accablante en même temps que l'humidité, qu'il doit à sa haute température, supprime la transpiration insensible qui est un puissant moyen de rafraîchissement pour le corps. Gomme en passant d'Afrique en Europe il s'est chargé sur la Méditerranée de l'humidité que comporte sa haute température, il produit tous les effets bien connus du siroco qu'il ne faut pas confondre avec le simoun, qui est un vent éminemment seC et nuisible par l'excès même de sa sécheresse.
Au commencement de ce siècle , les professeurs de physique consacraient une leçon ou deux à la météorologie, et croyaient avoir dit tout ce qu'il était nécessaire d'enseigner sur cette science. Avec les matériaux qui depuis lors ont été recueillis , il est douteux qu'un