‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiques (volume 3)Chapitre 10 sur 49 · DE LA CONSTITUTION INTÉRIEURE · texte numérisé non relu

DE LA CONSTITUTION INTÉRIEURE

ture plus élevée que les sources ordinaires et superficielles. ^ . , ,

Il n'est pas rare de voir, à Tépoque des tremblements de terre, des masses d'eau bouillante jaillir de dessous le sol entr'ouvert. C'est encore un des indices de la grande chaleur qui règne dans les profondeurs de la terre. Toutes les eaux souterraines qui s'infiltrent et font des amas à 3 ou 4 kilomètres au-dessous de la surface sont forcément des eaux bouillantes. Les faits sont ici par centaines.

Avant d'aller plus loin, je veux réfuter une erreur des plus accréditées. Plusieurs géologues ont imaginé que la vapeur d'eau pouvait produire les soulèvements qu'on observe dans les masses continentales, et que cet agent puissant, renfermé dans les entrailles de la terre, où la chaleur ne manque pas, pouvait exercer une réaction capable de mouvoir une couche de terrains et de roches de 6o kilomètres d'épaisseur. C'est une grande erreur physique. Tous ceux qui ont essayé de représenter par une formule la force croissante de la vapeur d'une eau de plus en plus échauffée ont reconnu que cette force tendait vers une limite qu'elle ne pouvait pas dépasser. Ceci est peut-être un peu sérieux pour nos lecteurs, mais qu'ils veuillent bien prendre la peine de suivre ce raisonnement : J'ai de l'eau et de la vapeur dans un vase de fer battu d'une résistance indéfinie et j'active le feu. A mesure que de nouvelles quantités de chaleur s'insinuent dans l'eau au travers du fer, il s'ajoute de nouvelles quantités de vapeur aux quantités déjà formées, et la force élastique s'accroît. Si le vase de fer n'est pas à l'épreuve,

il se brise en éclats dangereux comme ceux d'une bombe ; mais s'il résisté, voici ce qui se passe : à force de s'accumuler, la vapeur devient tellement compacte, que l'attraction qu'exercent ses particules l'une sur l'autre balance le ressort qui natt de l'accession d*une nouvelle quantité de vapeur, et que le ressort de la masse diminue. Les gaz sont dans le même cas. A force d'être condensés, l'attraction prédomine enfin. Dans plusieurs expériences fort périlleuses que j'ai tentées en arrêtant mécaniquement des dégagements gazeux, et notamment celui de l'hydrogène, l'accroissement de la force n'était point en proportion de l'accroissement de la quantité du gaz : il y avait donc contre-balancement de la force élastique de ce dernier. Dans les expériences déjà citées de M. Cagniard de la Tour, la force des vapeurs compactes produites dans les appareils n'était point en proportion avec la grande condensation de ces espèces de liquides élastiques. Il faut donc renoncer à toute cette belle théorie d'Aristote, qui faisait des gaz et des vapeurs renfermés dans la terre l'agent des tremblements de terre et des soulèvements partiels de terrain. « Il y a, dit Ovide, près de Trézène une colline élevée et sans arbres dont l'origine est due à la force des vents, qui, renfermés dans le sein de la terre et essayant de se faire jour sans succès, ont renflé la terre de la plaine comme le souffle de l'homme fait bomber une outre. La terre s'est ensuite endurcie dans sa nouvelle forme, et nous présente l'aspect d'une haute colline. » On peut voir dans les admirables observations de M. de Humboldt des &its presque contemporains tout semblables à ceux qu'Ovide place à

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eolé du nom de Thésée. Aujourd'hui le géologue qui peut dire avec Racine :

A peine nous Bortions des portes de Trézène

ne manque pas de réciter les vers d'Ovide et de penser aux voyages de M. de Humboldt.

Laissons la vapeur d'eau produire les effets qui sont dans sa nature, entraîner nos wagons sur nos voies ferrées avec la rapidité des chevaux de course lancés à fond de train sous le poids de maigres jockeys adroitement identifiés avec l'animal qu'ils guident, et faisant I \ kilomètre par minute. Laissons cette vapeur dans les geyzers de l'Islande soulever des colonnes d'eau plus que bouillante, de loo mètres de hauteur. Laissons Joseph Banks et ses compagnons faire cuire leurs pièces de viande et leurs poissons à ces calorifères infernaux, au risque d'éclaboussures fort malsaines et impossibles à prévenir. Pour mouvoir des continents, il faut d'autres forces que celles de la vapeur d'eau et de toutes les vapeurs connues. Il faut la réaction du feu central, du gaz centrai, pour ébranler la surface actuelle de la terre au point d'encroûtement où elle est aujourd'hui parvenue. Quand on veut entraîner une voiture, il ne faut pas y atteler un chien ; quand ou veut faire courir un train de wagons, il ne faut pas y atteler un cheval, quand on veut mouvoir des continents de 60 kilomètres d'épaisseur, il ne faut pas y faire travailler la force insufOsante de la vapeur.

La croûte ou écorce du globe terrestre, épaissie par un refroidissement de plusieurs millions de siècles, offre aujourd'hui une assiette solide aux habitants delà

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terre et des mers. Cependant, comme l'état actuel a été précédé de rechutes nombreuses à mesure que le noyau du globe allait en se refroidissant et en se réduisant de volume, beaucoup de fragments de terrain solide mal agrégés entre eux menacent ruine quand les ag^ts mécaniques viennent les ébranler dans Tétat incertain d*équilibre où ils ont été amenés depuis longtemps. En un mot, tous ceux auxquels la stabilité a manqué sont retombés sur le noyau central, et tous ceux qui étaient un peu plus solides menacent ruine aujourd'hui. Les premiers se sont enfoncés hier, les autres crouleront demain.

Lorsque la rechute des masses continentales vers le centre de la terre a lieu tout d'une pièce et sans soubresauts, les mouvements du sol n'ont rien de bien dangereux ; mais c'est surtout aux extrémités des continents, aux limites de la terre et de la mer, que la continuité est interrompue et que la même cause d'empilement qui a maintenu ces localités au-dessus de la mer les agite plus ensuite que tous les autres points. Telle est l'explication de l'influence du voisinage de la mer, laquelle est ici fort innocente des désastres dus à la mobilité du sol et à l'état brisé des couches amoncelées sur les rivages. Ces jours derniers on a observé quelques légères oscillations au Havre, et au xtiii* siècle, la ville 'de Honfleur, qui est en face du Havre, fut efi^yée par les roulements d'un tonnerre souterrain, qui du reste ne fut accompagné d'aucun tremblement de terre.

Ces bruits souterrains, ruidos, ont toujours causé beaucoup de frayeur aux habitants des localités où ils

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