‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiques (volume 3)Chapitre 9 sur 49 · DE LA CONSTITUTION INTBRIEUKE · texte numérisé non relu

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qu'elles tenaient de leur origine solaire. Buffon avait imaginé aussi une terre fluide de feu , en supposant qu'une comète avait détaché par son choc une petite partie de la matière solaire ; mais il ne donnait à cette matière détachée du soleil que la fluidité liquide ordinaire des matières fondues, et de plus il admettait que depuis les âges anciens la terre avait eu le temps de se refroidir jusqu'au centre et de se solidifier. Or c'est ce que contredisent tous les faits de la science moderne. La théorie de Laplace est donc une grande induction vers cette vérité constatée d'ailleurs, que la terre est fluide.

Ce qui manque presque toujours aux idées scientifiques, c'est l'intérêt actuel. Les lois de la nature sont tellement fixes, qu'il importe peu de savoir aujourd'hui ou demain tel ou tel résultat des sciences d'observation. L'astronomie et la météorologie, par leurs phénomènes de chaque année ou de chaque saison, soit prévus, soit fortuits, ofl'rent un peu plus de ce qu'on appelle aujourd'hui actualité; mais quand on n'a rien à espérer ou à craindre des phénomènes de la nature, on s'en met rarement en peine. Le sujet que nous traitons ici est devenu intéressant pour le pid)lic pai^ la circonstance du tremblement de terre récent qui s'est fait sentir en Suisse et dans quelques localités de la France. Lorsqu'une circonstance imprévue amène l'attention publique sur un fait ou une catastrophe physique , bien des personnes s'adressent à ceux qu'elles croient pouvoir leur donner des nouvelles de ce pays inconnu grâce à notre éducation ou à notre nature, et que l'on nomme la science. Alors on croit aveuglément celui qu'on in-

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terroge , on lui demande des oracles, et non des démonstrations. Il n'en est plus de même toutefois dans la circonstance présente : chacun est convaincu que la terre est solide et inébranlable, que le terrain est froid et humide ; qu'en creusant des puits profonds ou des mines on trouve de Teau et non du feu. Aussi, au moment où l'on énonce les conclusions modernes de la science, relativement au feu central, à la mobilité des continents, qui flottent sur un noyau incandescent, un cri d'incrédulité s'échappe-t-il de toutes les bouches. « Monsieur, je ne croirai jamais que des terrains, des roches dures puissent flotter sur quelque chose de mou et de fondu. — Monsieur, d'après votre système, il n'y aurait qu'à creuser un puits assez profond pour y puiser de la chaleur : ce serait fort utile, mais c'est parfaitement inadmissible. — Et puis, pourquoi la terre ne tremble-t-elle pas tous les jours, si elle porte sur un noyau liquide? Pourquoi le feu central ne nous arrivet-il pas à la surface du globe comme l'eau d'un lac arrive à la surface quand les glaçons viennent à se casser? Faites donc attention que nous sentirions sous nos pieds celte grande chaleur centrale que vous admettez, et que les glaces des pôles et celles des glaciers de la Suisse seraient bien vite fondues. — Suivant vos idées, un trou profond dans la terre, une cassure entre les roches disloquées des terrains accidentés deviendraient une véritable marmite dont le fond serait comme sur le feu , et qui , étant remplie d'eau par les sources souterraines, fournirait de l'eau bouillante par son trop-plein. Il suf* firait ainsi de creuser une galerie profonde pour y avoir la chaleur de l'été! Gomment expliquez-vous d'ailleurs

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es volcaos avec votre feu central? Si ce feu naturel fondait i'écorce qui fait notre continent, nous serions brûlés misérablement, nous et tous les objets qui nous environnent. » Puis viennent les questions : « Yaura-t-il bientôt des tremblements de terre? En quelle saison arrivent-ils? Peut-on les prévoir, s'en garantir, etc.? » Sans m*astreindre à suivre les questionneurs dans leurs exigences , voici des réponses catégoriques à toutes ces demandes.

D'abord il est important d'arriver à la fluidité centrale de la terre autrement que par des inductions théoriques. Si grande que soit l'autorité de Laplace, nous sommes loin des temps et des idées des pythagoriciens, qui se contentaient de Vuùvoç ff«, le maitre Va dit.

Or, dès qu'on s'enfonce dans la terre d'environ 3i mètres, on trouve la couche inférieure plus chaudô . de I degré, en sorte qu'à une profondeur assez petite comparativement aux dimensions de la planète, tout doit se trouver en fusion, surtout si l'on considère que tous les matériaux dont nous pouvons supposer que l'intérieur du globe est composé, comme les laves, les porphyres, les trachites, les pierres coméennes, les ampniboles et tout ce que rejettent les volcans, sont des substances bien plus fusibles que le granit, les cailloux, les roches aluminiennes, tout ce qui enfin, sous l'influence de l'eau et des météores, s'est cristallisé et dégagé des mélanges par lesquels s'augmente en général la fusibilité des matériaux. On peut consulter làdessus un Mémoire de M. Cordier, de l'Institut, où il a rassemblé tout ce que les observations faites dans des

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mines profondes ont appris sur cet accroissement universel de température à mesure que Ton descend vers le centre de la terre, si bien qu'à une grande profondeur on n'aurait d'autre embarras que de se prémunir contre- rexcès de la chaleur. Dans les àiines de charbon ' de terce des Comouailles et dans les mines de sel de Wielicza en Pologne, la température est celle de l'été, et les chevaux y prennent un pelage noir et frisé en rapport avec l'influence de la température .locale. Le forage du puits de Grenelle dans Paris a ramené des eaux à vj degrés centigrades, et M. Walfçrdin, qui seul a pu sonder la température à de telles profondeurs en France et en Allemagne, a constaté un accroissement de 3i mètres environ dans la profondeur pour chaque degré de chaleur en plus. Si l'on eût pu atteindre une couche d'eau inférieure de 2 à 3oo mètres, et qui est indiquée par quelques inductions géologiquesy on eût ramené de l'eau toute chauffée pour bains et lavoirs publics et pour plusieurs usages domestiques où le combustible apporte ses inconvénients et sa cherté.

Pour ne plus y revenir, vu la simplicité de la chose, nous dirons que les eaux thermales sont le produit de sources qui tombent dans de profondes fissures ou cavités dont le fond est par conséquent fort chaud, et (|Q'elles ressortent de là en débordant par la chute de nouvelles quantités d'eau froide qui vont se réchauffer à leur tour et déborder ensuite. Rien de plus simple. Od peut du reste, le long des falaises de Normandie, constater que les sources de fond qui sortent de dessous )es plateaux étendus sont sensiblement à une tempéra-

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