DB LA CONSTITUTION INTÉRIEURS
Tatmosphère aérienne limitée au point où elle cesse d'être perceptible à nos sens, c'est un peu moins que la centième partie de la distance de la surface au centre de la terre. Il n'y a donc qu'une petite partie de notre globe qui soit refroidie et solidifiée. L'ensemble est encore une vaste sphère de feu recouverte d'une pellicule comparable à la fine pellicule qui enveloppe une prune ou un grain de raisin, quoique comparativement la pellicule du globe soit bien moins épaisse que celle des fruits ordinaires et notamment que l'écorce de l'orange, dont la forme aplatie est ordinairement prise pour type de celle de la terre.
Au-dessous de cette enveloppe ou écorce terrestre solide se trouve une couche de matière liquide en fusion généralement désignée sous le nom de lave, et que presque tous les géologues considèrent comme constituant à elle seule le globe entier au-dessous des continents qui flottent sur cette mer de feu. Telle n'est pas notre opinion. Nous admettons, avec Laplace, le noyau central comme doué d'une puissante élasticité gazeuse en même temps qu'il est plus compacte et plus lourd que les continents et la lave qui porte ces derniers, et qui est portée elle-même sur le gaz compacte intérieur. Suivant nous, c'est ce gaz, la plus lourde des trois espèces de matériaux du globe, qui constitue, au-dessous d'une couche liquide de lave peu épaisse, le véritable noyau incandescent du globe que l'on sait être cinq fois et demie plus pesant que l'eau, au poids de laquelle on rapporte tout. La lave flotte donc sur ce gaz plus lourd, comme les continents flottent sur la lave plus lourde qu'eux. Ainsi, en pénétrant vers le centre de la terre,
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à partir des espaces célestes, on trouve d'abord le gaz léger ou l'air formant autour du globe une mer sans U* mitesni rivages, etportée surles océans et les continents plus compactes que Tatmosphère ; de même les océans reposent par leur fond sur l'enveloppe terrestre, qui est deux ou trois fois plus pesanteque les eaux desmers', ensuite la croûte ou enveloppe terrestre repose et flotte sur la lave encore plus lourde qu'elle; enfin celle-ci repose et flotte elle-même sur le gaz intérieur, le plus lourd de tous les matériaux de notre globe. Ajoutons que la lave n'est point d'un degré de poids spécifique qui permette d'en constituera totalité du globe terres* tre. Bien des indices même semblent établir que la couche de lave est peu épaisse, et que dans les éruptions I violentes elle manque promptement et fait place au gaz I qu'elle recouvrait d'abord, lequel pousse avec furie ses colonnesàressortirrésistible au travers de l'atmosphère, jusqu'à ce que leur refroidissement rapide les précipite en pluies de sables, mal à propos appelées pluies de cendres. C'est une pluie pareille, sortie du Vésuve, qui suffoqua Pline le naturaliste, qu'une vive curiosité scientifique poussait vers ce phénomène grandiose. Le célèbre philosophe grec Empédocle paraît avoir été une des victimes de l'Etna, dont il contemplait de trop près et de sang-froid les feux ardents, suivant le pitoyable jeu de mots d^Horace :
Ardentem frigidas £tnam.
Je crois me souvenir que dans un entretien avec M. Boussingault, où je fauchais en plein dans sa riche moisson d'observations volcaniques, ce savant acadé-
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micien me dit qu'il n'avait vu que peu ou point de lave dans la Cordillère équatoriale. Le fait est que les volcans très-élevés ne peuvent faire déborder la lave par le haut de leur cratère. L'Etna, qui de tous les volcans connus est celui qui pousse ses laves à une plus grande élévation, ne les déverse jamais du sommet toujours neigeux de sa région déserte. Ordinairement les flancs de la montagne crèvent sous l'effort du lourd fluide soulevé, et le fleuve embrasé se fait jour vers les plaines fertiles de la Sicile, qu'il stérilise pour bien des siècles à venir. Les écrits d'Empédocle ne nous sont point parvenus, et la science y a sans doute beaucoup perdu, car ce philosophe paraît, contre l'usage des philosophes grecs, avoir été un observateur autant qu'un raisonneur et un homme d'imagination. C'est de lui que Lucrèce a dit qu'il avait tiré du sanctuaire de son âme des oracles plus sacrés et plus certains que ceux que rend la Pythie, qui parle le laurier en tôte et assise sur le trépied d'Apollon :
SanctKis, et certà mnlto ratione magis qnkm Pythia, quaD tripode ex Phœbi lauroque profatur*
Je reprends ici une des raisons qu'on a d'exclure la vapeur d'entre les causes qu'on peut assigner aux convulsions du sol : c'est qu'à une certaine profondeur i) n'y a plus d'eau possible, à cause de la trop grande chaleur. Ainsi, non-seulement la force de la vapeur d'eau serait impuissante, mais de plus il n'y a pas de vapeur dans les entrailles de la terre, car il n'y a point d'eau. Ceci répond encore à une lettre qui m'a été adressée, et dont l'auteur attribue la diminution graduelle, bien
constatée de siècle en siècle, de tous les fleuves d'Europe à rinfiltration des eaux douces dans le sein de la terre. Or la chaleur centrale s'oppose à cette pénétration , et à 4 kilomètres de profondeur tout est sec et déjà brûlant dans l'intérieur de notre planète.
Une autre prétendue cause des tremblements de terre dont i\ est bon de faire justice, c'est l'action de la lune. On sait que par l'attraction de notre -satellite, renforcée de celle du soleil, l'Océan^ tourmenté sous cette force invisible, soulève ses flots au milieu du calme le plus profond, et envahit momentanément ses vastes grèves. Le 25 de ce mois de septembre par exemple aura lieu une des plus belles marées du siècle. Les observateurs placés sur les quais de Quillebœuf , à l'embouchure de la Seine, verront arriver l'Océan sur une largeur de lo à 12 kilomètres, pour se briser sur les jetées et sur les plages environnantes. Un instant après, ce fleuve remontera vers sa source avec une vitesse torrentielle, et Ton pourra contempler le mouvement des masses les plus imposantes que la nature puisse déplacer. Les recherches statistiques de M. Alexis Perrey, aussi bien que celles de trois auteurs allemands que cite M. de Humboldt, semblent établir que c'est à l'époque des grandes marées qu'ont principalement lieu les tremblements de terre, d'où l'on concluait que l'action attractive de la lune et du soleil pouvait influer sur la stabilité de nos continents solides. Il n'en est rien. Le calcul démontre que la force soulevante de la lune ne produirait pas à beaucoup près l'efifet que ferait le poids d'une couche d'un tiers de mètre d'épaisseur. Or, comme personne n'admettra qu'un terrassement de 3o centimètres
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puisse disloquer les continents, cette nouvelle cause des tremblements de terre va rejoindre la cause précédemment examinée, savoir le ressort élastique de la vapeur d'eau.
A ce propos, je suis bien aise de régler un petit compte avec quelques critiques, d'ailleurs fort bienveillants, qui désirent que je mette un peu plus de mathématiques et de formules dans mes études. Donc, pour s'assurer de la vérité de l'assertion qui précède sur le peu d'énergie de l'action lunaire, les amateurs d'analyse voudront bien mettre la main à la plume et prendre l'int^jale de deux fois la masse de la lune multipliée par la dis* tance au centre de la terre et par la différentielle de la même distance, le tout étant divisé par le cube dé la distance de la lune à la terre. Ils trouveront pour résultat, entre les limites du rayon de la terre, la masse de la lune multipliée par le carré du rayon terrestre et divisée par le cube de la distance lunaire. Cette force, comparée à la pesanteur, devient égale au rapport des masses de la terre et de la lune multiplié par le cube du rapport du rayon de la terre à la distance de la lune. Or, d'après la détermination récente de M. Le Verrier, la masse de la lune est la quatre-vingt-quatrième partie de celle de la terre, et de plus on sait que la distance de la lune à la terre est égale à soixante fois le rayon de la terre. Avec ces données, on trouve que la pesanteur n'est diminuée que d'un dix-huit millionième, ce qui, sur un rayon d'environ 6000000 de mètres, ne fiut qujà peu près un tiers de mètre. Tel est l'effet minime de cet astre. Il est évident que la lune a été calomniée quand on a vcnilu la rendre responsable des dés-
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astres que prodiiÎBeiit les secousses des tremblements du globe.
Pour faire encore mieux comprendre le peu d'action de la lune sur les objets placés ici-bas, je dirai que sur UB corps pesant 90 kilogrammes la diminution de poids ne serait que de i centigramme* Ainsi un homme qui marcbe ayant la lune au-dessus de sa tête n'a pas son poids diminué de cette quantité. C'est la centième partie du poids d'une pièce d'argent de 20 œntimes.
Les limites d^un article scientifique, basées naturellement sur le d^ré d'attention que l'écrit peut donner sans se fatiguer aux sujets sérieux, me forcent à remettre ce qui nous reste à examiner et à édaircir sur toute ^^te importante théorie de la constitution intime de notre globe et sur les déductionset applications qui s'ensthrent. Je ne dirai qu'un mot encore en finissant sur ces singulières paniques, ces épidémies de terreur, qui de temps en tempe saisissent les populations entières, et {M'enneiit les proportions d'tme vraie calamité publique. Vers les trois quarts du siècle dernier, ce furent les comètes qui causèrent cette frayeur. Le mot de fin du monde était dans toutes les bouches, et les instruc* tioDs publiées par des autorités édairées étaient regardées comme des précautions de police prises sans conviction par les dépositaire^ du pouvoir, ùi même frayeur seiépandit vers 1826 à propos d'une faute d'imfffession cpd s'était glissée dans un almanach maritime annonçant une navée de ii33 mètres au lieu d'une marée de 113. Tout le littoral de la France et de la Belgique attendait la fin du monde par un déluge d'eau salée, et, en attendant la catastrophe, plusieurs personnes furent
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malades par l'effet de rimagination. Ces jours derniers, les tremblements de terre ont failli avoir Thonneur d'une petite panique de fin du monde, malgré la stabilité du sol de la France et sa pente régulière vers FAtlantique. Il semble que les gens du monde ne devraient se passionner pour la peur qu'après en avoir obtenu la permission des Académies, du moins dans les choses qui ont rapport à la science. Chez nos ancêtres, les jours de pleine lune et de nouvelle lune, les quartiers de croissance et de décours exerçaient une influence trèsréelle sur les malades, quoique rien ne soit plus chimérique que cette influence prétendue. Les Orientaux font le conte que voici : Un saint derviche en prières au lever du soleil, dans les environs du Caire, iioit un fantôme qui se dirige vers la ville. « Qui es-tu? — La peste. — Où vas-tu? — Au Caire. — Pour quel motif? — Pour y tuer quinze mille hommes. — N'y a-t-il pas moyen de t'arrôter? — Non, c'est écrit. — Va donc, mais n'en tue pas un seul de trop, i» A la fin de la contagion, la même rencontre se renouvelle. « Tu viens du Caire? — Oui. -- Qu'y as-tu fait? — J'y ai tué quinze mille hommes. — Tu mens, car il en est mort trente mille! — J'en ai tué quinze mille, les quinze mille autres sont morts de peur. »
La réponse à la question : « Pourquoi la terre ne tremble-t-elle pas tous les jours? » c'est l'affirmative. En prenant le monde dans son ensemble, il n'est pas un jour où quelque contrée n'éprouve un de ces ébranlements provenant d'un tassement et d'une rechute des masses continentales vers le centre de la planète. Ces légers brisements de l'écorce du globe ne sont qu'une
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miniature de la grande catastrophe qui, il y a un petit nombre de mille ans, déprimant et noyant les anciens continents, soulevant et desséchant les continents actuels, circonscrivant le bassin des mers, élevant par entassement les montagnes, établit Tordre actuel des choses à la surface de la terre, et, par suite du changement de l'état météorologique de la nature entière, substitua un autre règne animal et un autre règne végétal aux anciens règnes organiques, enfin introduisit ce qu'on commence à appeler le quatrième règne, savoir celui des êtres doués d'intelligence.
On sait que tout le littoral de la Baltique continue à se soulever graduellement , et j'ai moi-même constaté que toute la côte de France qui borde l'Atlantique s'élève de siècle en siècle d'une quantité sensible. Les cales des vaisseaux établies à Rochefort du temps de Louis XIV sont .aujourd'hui de plus d'un mètre auâeaeus des cales modernes. Les marais salants du littoral de l'Âunis passent successivement à l'état de marais» eàiSf c'est-à-dire abandonnés par la mer, non pas que celle-ci se retire, mais bien parce que le sol se soulève réellement. C'est le contraire du sens exprimé par le toeux vers d'Ovide
Crescunt terre decrescentibus undis* Et la terre s^accroit par le décroH des eaux,
levers français est, je crois, de Chapelain. Je le répète, le sol mobile s'est soulevé. H en est de même à ^uage, petite ville forte du temps de Richelieu , et d'où la malaria a chassé tous les habitants. Les murs de la ville portent encore les anneaux où s'amarraient
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les vaisseaux de Louis XHI; mais les fossés ne pourraient admettre aujourd'hui que de faibles barques, et encore au moment de la haute mer. Parmi les innombrables autorités que je pourrais invoquer sur VOcéan comme sur la Méditerranée, je prends le passage do continent dans Ttle de Noirmoutiers, passage facile aujourd'hui même avec un cheval ou un âne, et qui , du temps de Henri IV, était parfois fort dangereux. C'était au point qu'un soir, se disposant à s'embarquer pour rile, où l'attendaient une société choisie de dames et de seigneurs, une chère excellente et une belle partie de jeu , le roi fut forcé de passer la nuit très-mal à Taise dans la cabane du batelier, malheureux de l'incomBDiodité présente comme du regret des jouissances qu'il n'avait qu'en perspective. Le fait géologique du changement d'état de ce passage acquiert une certitude complète par la connaissance du caractère du personnage, que tout le monde sait avoir été aussi brave que vicieux.
On ne saurait trop répéter du reste que les grandes catastrophes, les changemenits universels n'ont lieu qu'à des époques prodigieusement éloignées les unes des autres. Pour former les dépôts qui séparent les époques antérieures à la nôtre, il a fallu des millions de siècles, et comme la dernière catastrophe ne date que de six mille ans, le genre humain peut être rassuré pour longtemps encore, sauf les petits soulèvements, les petites rechutes, les petites dislocations locales, les petits retours à l'équilibre, qui ne sont rien pour l'immense nature, mais qui sont beaucoup pour l'homme, qui n'est grand que par l'intelligence.
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Les astronomes et les physiciens, qai ont conquis le monde des infiniment grands et celui des infiniment petits par la précision inconcevaUe de leurs moyens d'observation, se plaignent universellement de fimta^ bilieé de la terne. Depuis TAllemagne jusqu'en Amérique^ depuis llnde jusqu'à la pointe méridionale de l'Afrique, en Angleterre, en France, en Italie, les lunettes et les niveaux décèlent un sol flottant, comme le serait le vaste pont d'un vaisseau de guerre dans un port calme. On voit l'étoile polaire troublée dans sa distance au pôle par d'inexplicables oscillations, dont l'instabilité bien avérée de nos continents nous dévoile aujourd'hui la cause. Et qu'on ne croie pas cpie ces minimes causes d'erreurs soient de peu de conséquence pour les astronomes, au moral comme au physique. J'ai parlé, à l'occasion des comètes, de ces passions froides qui sont plus puisantes encore que les passions fougueuses. Sans rappeler le conte de l'antiquité sur Aristote, que l'on prétend s'être jeté de dépit dans l'Euripe, parce qu'il ne pouvait pénétrer le secret des marées de ce détroit, nous avons dans ce siècle l'exemple de deux astronomes morts littéralement de chagrin pour cause de discordance dans leurs observations. Quand les astronomes sentent osciller la terre au moyen de leurs lunettes, qui semblent osciller dans le ciel étoile, on peut être assuré qu'elle oscille bien réellement et d'une manière tout à fait irrégulière. Nous retrouverons tout à l'heure ces curieuses observations, quand nous examinerons si les pôles ou pivots de la terre ne sont point ébranlés par les secousses du sol , ou si l'effet de ces commotions qui nous paraissent si fortes n'est point.
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comme insensible par rapport à la masse entière du globe.
Ceux à qui l'on montre par la pensée un abîme de feu sous nos pieds, avec la seule épaisseur de Técorce au globe qui nous en sépare, sont préoccupés tout de suite de la sensation de chaleur que nous devrions sentir par ce voisinage. Plusieurs auteurs ont cru que la végétation était activée par ce feu souterrain; il n'en est pourtant rien. On a cultivé un terrain placé sur une couche de glace permanente faisant glacière, et le blé y a crû comme sur un terrain ordinaire. Dans la Sibérie du nord , où le sol ne dégèle jamais, la croissance rapide des plantes dans la couche dégelée, qui n'excède pas d mètres de profondeur, montre bien que la chaleur centrale n'est pour rien dans la cause qui produit la végétation , et qui n*est exclusivement que la chaleur solaire. La chaleur traverse rapidement les corps minces ; mais quand l'épaisseur devient considérable, le passage de cette chaleur devient fort lent, même au travers des masses métalliques. J'ai vu dans les fonderies d'artillerie des blocs de cuivre qu'on venait de fondre , et qui n'avaient pas plus d'un demimètre en tous sens, conserver plusieurs jours leur chaleur centrale, en sorte qu'au moment môme où ils semblaient assez refroidis pour qu'on pût les toucher impunément, si on les couvrait d'une substance qui arrêtât le refroidissement de la surface « ce corps posé dessus prenait feu. Je citerai encore un exemple curieux. Des voyageurs égarés dans les hautes riions désertes oe l'Etna, au milieu des poussières volcaniques, étaient tourmentés par la soif, comme cela
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semble naturel dans une contrée qui est le domaine exclusif des feux et des matières ignées. Un des guides, enfonçant par hasard un bâton ferré dans le sable brûlé et croulant, s'aperçoit que la pointe de fer mord dans quelque chose d'inaccoutumé.: c'était une couche de neige et de glace que les éruptions du volcan avaient recouverte de matière volcanique sans la fondre entièrement, tant la chaleur envahit lentement les masses épaisses. Il est bien entendu que les voyageurs profitèrent de l'utile dépôt respecté par les feux du dedans et du dehors de la montagne. Tous ceux qui arrivent aujourd'hui du Vésuve ne tarissent pas sur le peu d'épaisseur qu'il faut mettre entre le fleuve de feu et la chaussure du voyageur pour que celle-ci reste intacte. Fourier, d'après les notions de la physique moderne, a calculé que la chaleur qui peut traverser l'écorce du globe, même en la supposant aussi perméable que les métaux, ne ferait pas, à beaucoup près , un millième de degré de notre thermomètre , et qu'ainsi, météorologiquement parlant, l'effet en est complètement nul.
Voici quelque chose de moins sérieux pour ceux qui voudront bien comprendre comment il est possible qu'une très-petite couche de substance interposée arrête le progrès de la chaleur. L'historien Mézeray, homme grave et penseur-, quoique assez excentrique dans ses manières, voit un jour entrer dans son cabinet une toute petite fille qui vient lui demander du feu. n n'y avait peut-être pas à cette époque une seule mai< son , un seul ménage en France où il n'y eût un vieux sabot cassé destiné à aller chercher du feu chez les vol-
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sins en cas d'extinction de celai qu'on couvrait de cendre tous les soirs. « Volontiers, ma petite, mais ta n'as pas de sabot? — Oh! monsieur, si vous voulez le permettre, j'en prendrai bien tout de même. — Fais. » Alors l'enfant, s'accroupissant près du foyer, couvrit sa petite main gauche de cendre, et de la droite elle chargea cette cendre de charbons allumés qu'elle emporta en remerciant et sans aucune crainte de brûlure. « Tout philosophe que je suis, dit tout haut l'atrabilaire collaborateur du Dictionnaire de l*Acaeiémie, je ne me serais jamais avisé d'un tel expédient I »
Comme la cendre et le sable, on trouve que le charbon pilé, le duvet de cygne, celui de l'édredon, et plusieurs espèces de fourrures, sont presque imperméables à la chaleur. Les moules de sable, où l'on fond et coule les boulets et les bombes, sont froids à une petite distance du fer fondu^ et les pauvres ramoneurs de la Savoie et de l'Auvergne trouvent dans un sac de suie l'équivalent du somptueux édredon enfermé dans la soie qui recouvre les lits de l'opulence.
Une dame qui avait suivi avec attention les considérations que je développe ici me 6t cette observation : « Je suis enchantée de savoir qu'il passe si peu de chaleur au travers de l'écorce terrestre, et que par conséquent il faille tant d'années au globe pour se refroidir ! — Et pourquoi donc, puisque la chaleur que nous recevons de l'intérieur de notre planète ne peut influer en rien sur les saisons et sur les productions de la nature? — Le voici : c'est que, là terre mettant trèslongtemps à se refroidir, le noyau fondu et élastique qui porte nos continents sera extrêmement longtemps à
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perdre sa force par le refreidiasement, et qu'il sera encore pendaDt bien des millions de siècles capable de porter nos continents actuels. Cela me rassure pour l'avenir. — Parfaitement raisonné, madame, et je ferai part de votre observation au public. »
A l'époque qui a précédé la nôtre, y avait-il plus ou moins de terrain à découvert? En un mot, les mers occupaient-elles plus ou moins d'espace qu'elles n'en occupent maintenant? Je crois qu'on peut présumer que les saillies du sol étaient moins prononcées quand l'épaisseur des continents était moindre, et que les primitives rechutes de la surface du globe, s'opérant dans un terrain moins épais, avaient dû enfoncer et creuser beaucoup moins les bassins des mers. Au reste, la science moderne marche vers la solution de ces questions, que Ton ne peut atteindre avant d'avoir recueilli les données qui nous manquent elicore. On a placé sur nos cartes modernes de géographie physique non-seulement les diverses races d'hommes, mais encore toutes les races d'animaux, d'oiseaux, d'insectes, de végétaux, tant ceux de la terre que ceux de la mer. Si nous avions ces mêmes renseignements pour les habitants de notre globe à l'époque antérieure à l'homme, nous pourrions poser les limites de la terre et des eaux, ou, comme disaient les Grecs, du sec ou du mouillé (^npv* xai v/pov] à cette même époque. Les géologues travaillent activement à cette belle œuvre d'après la distribution géographique des restes fossiles des diverses races éteintes. Malheureusement, comme l'Océan occupe sans doute aujourd'hui une grande partie des terrains qui étaient à découvert dans la période qui a précédé la nôtre, il est
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à craindre que les notions que peut atteindre la science de l'homme ne restent toujours incomplètes.
On m'a demandé de préciser l'observation de M. de Humboldt relative à un terrain soulevé en Amérique de la même manière que celui de Trézène dans l'Attique. Voici des détails. C'est en 1767, au Mexique, qu'un terrain de trois à quatre milles carrés se souleva en forme de vessie qui se gonfle. On reconnaît encore aujourd'hui par les couches disloquées les limites où le soulèvement s'arrêta. Sur ces limites, l'élévation du terrain au-dessus de son niveau primitif, ou bien audessus de la plaine environnante, n'est que de 12 mètres ; mais, vers le centre de l'espace soulevé, l'exhaussement total n'a pas moins de 160 mètres. Ce phénomène avait été précédé de tremblements de terre qui avaient duré deux mois; mais quand le soulèvement s'opéra, tout était tranquille. Il se forma des milliers de petits volcans d'une à deux fois la hauteur d'un homme. Ces petits volcans microscopiques sont célèbres sous le nom de fours (hernitos) que leur donnèrent les indigènes. Enfin, au bout d'une longue crevasse du terrain, un véritable volcan, le JoruUo, de 400 ^ ^00 mètres de hauteur» annonça son existence en vomissant des laves basaltiques. En iSatt, à la suite du tremblement de terre qui détruisit en trois minutes les villes de Valparaiso, de Mélipilla, de Quillota et de Casablanca, au Chili, toute la cô(e américaine fut soulevée de I à a mètres. Les bancs d'huîtres qui affleuraient la surface de la mer étaient soulevés de cette quantité hors de l'eau.
Il y a des faits géologiques qui ont été tant de fois
cités, qu'ils font l'effet de ces anecdotes que tout le monde sait, et dont il suffît de prononcer le premier mot pour qu'on puisse se dispenser de conter l'histoire entière. Telle est l'apparition de l'ile voisine de Santorin (Saint-Irénée) en 1707 ; telle est aussi Tapparition momentanée de l'île Julia ou Graham en i83i. Cette fie, pendant le peu de mois de son existence éphémère (de juillet à décembre), reçut la visite de Walter Scott presque mourant qui se rendait à Naples. Cependant le romancier survécut à l'Ile* Enfin on n'est pas moins las des redites sur le temple de Sérapis, dans la baie de Baïa, lequel, entre le iii* et le xvi' siècle, s'est à une époque inconnue enfoncé sous la mer avec le sol qui le portail pour reparaître plus tard avec ses colonnes percées par les coquillages qui attaquent la pierre et s'y logent. On ne sait si la catastrophe a été subite ou si la dépression a été graduelle ou lente. Le terrain paraît aujourd'hui s'abaisser un peu d'année en année. Au reste, ce prétendu temple de Sérapis n'est pas plus, dit-on, un temple de Sérapis que la colonne d'Alexandrie n'est la colonne de Pompée, dont elle porte le nom. Si le lecteur se souvient de ce que j'ai dit sur la catastrophe de la Jamaïque, où le sol du quai fut tellement abaissé, que la mer atteignait le faîte des maisons, il lui est facile de juger que si une future commotion relève quelque église engloutie, on observera sur ses murs l'empreinte des animaux marins et des mollusques qui s'y seront attachés. Un fait moins banal est celui des massives pagodes de Mélien-Waron , sur la côte de l'Inde, lesquelles, avec le sol qui les portait, sont descendues presque entièrement au-dessous du niveau de la mer,