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doDt les vagues se brisent contre ces singuliers écueils faits de main d*homine.
En voilà assez sur ce qu'on sait. Voyons maintenant ce qui nous reste à savoir, ou du moins ce qu*on peut espérer de savoir un jour. M. Biot a dit fort éloquemment : « Rien n'est aussi facile que ce que Ton a trouvé hier, mais rien n'est si difficile que ce qu'on trouvera demain. » C'est aussi de cette manière que raisonne la curiosité, toujours avide de l'inconnu. Une fois satisfaite, le prix des objets baisse sensiblement pour elle. L'esprit humain vient à peine d'enregistrer ses récentes découvertes, qu'il aspire à de nouveaux succès. Horace l'a dit dans un beau vers :
Transvolat in medio posita et fugoDtia captât.
La première de toutes les conséquences qui découlent de la constitution de la terre, c'est sa forme extérieure, qui est exactefnent celle d'un corps fluide tournant sur lui-même, et par suite se renflant à Téquateur, et s'aplatissant au pôle dans la forme d'une orange qui tournerait sur des pivots placés à l'extrémité de sa plus petite épaisseur. La France a eu l'initiative et Thonneur des expéditions destinées à la détermination de la figure de la terre, et dans le siècle dernier, tandis qu'une société d'académiciens partait pour le Pérou et l'équateur, d'autres, s'acheminant vers le sud, allaient, suivant Voltaire,
Geler auprès du pôle aplati par Newton. Il est juste de dire que Newton n'était pas le premier
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qui eût aplati la terre. Huygens Tavait fait avant lui , mais la cause d'aplatissement qu'il alléguait n'était pas la seule agissante. Depuis Louis XIY, il ne s'est pas écoulé cinquante ans de suite sans une expédition, en France ou au dehors, ayant pour but la détermination de la figure de notre globe. Les travaux des académiciens sur ce sujet sont aujourd'hui remplacés par ceux des officiers d'état-major, auxquels on doit la nouvelle carte de France et un grand nombre de travaux géodesiqués du premier ordre , qui , avec l'intervention du directeur actuel de l'Observatoire de Paris et les longitudes électriques, vont atteindre le dernier degré de la perfection.
C'est à Louis XIV qu'il faut faire remonter l'honneur de la première mesure exacte de la terre. Il confia ce travail à l'abbé Picard, dont la réputation dans le monde littéraire n'est pas à la hauteur de son mérite. Cet excellent observateur adapta le premier des lunettes à ses instruments géodésiques. Il poussa ses triangles jusqu'à Amiens, et pour point de départ il mesura exactement une distance de lo kilomètres sur la route de Paris à Fontainebleau. Cette localité doit être à jamais célèbre dans les fastes de la géodésie. Au-dessus de Villejuif commence une plaine immense , élevée de 80 à 100 mètres au-dessus du niveau de l'Océan , et qui atteint à son extrémité les premières maisons de Juvisy. La route traverse en ligne droite cette vaste étendue, qui n'offre aux regards rien de pittoresque. Pour toute contemplation, le vent y fait l'été onduler les épis d'un sol d'une fertilité rare. L'hiver, ce plateau se couvre d'un tapis de neige non moins monotone. La verdure
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du printemps, les guérets de rautomne qui nous y montrent homériquement la terre noircissant sous le traiml de la charrue, tout y est réglé et normal. C'est là le domaine exceptionnel de la météorologie pour les pluies, les rosées, les orages^ les vents, la chaleur et les influences agricoles. Au milieu de cette base de Tabbé Picard , à la rencontre de la route qui vient de Versailles, quelques maisons formant le hameau de la Belle- Épine marquent Torigine des eaux qui vont sourdre plus bas, à quelques centaines de mètres, et qui alimentent Taqueduc d'Ârcueil. Là , loin de l'influence de la capitale, les saisons conservent leur type normal. Les nuits, peu semblables à celles de Paris, sont calmes et obscures.
On n'y TOit que la nuit, n'entend que le silence,
pour emprunter l'expression de oe Delille auquel on refuse aujourd'hui le titre de poëte. Là sans doute on élèvera quelque jour un monument à l'abbé Picard. Ce fut sa mesure de la terre qui révéla à Nev^ton qu'il tenait le secret de l'univers, l'attraction. La mesure de la terre par Picard lui disait : Tu Vas trouvé !
Voilà la terre définie dans son ensemble, mais les mesures modernes sont si précises, qu'on aperçoit mille petites irrégularités dans cette figure. J'ai hasardé depuis bien des années l'idée que cette vaste masse fluide ne tournait pas uniformément sur elle-même, et que les parties centrales tournaient un peu moins vites que les continents qui en constituent la surface. Cette théorie est d'accord avec l'idée des rechutes successives de l'enveloppe extérieure vers le centre, lesquelles ont dû
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donner aux masses rapprochées du centre un surcroît de vitesse de rotation. Le calcul appliqué à cette hypo^ thèse montre que vers les latitudes moyennes il doit se produire un renflement additif à la figure que prendrait une masse fluide tournant tout d'une pièce. Le fait du renflement semble mis hors de doute par les mesures géodésiques. Ainsi, tandis qu'en général la terre est une sphère aplatie d'un trois-centième, l'Europe et les latitudes moyennes semblent appartenir à une sphère d'un aplatissement presque double, et que le docteur Young évalue à un cent-cinquantième. Les mesures des parallèles conduisent à des conclusions analogues ; toutes donnent, à moitié distance entre l'équateur et le pôle, la ceinture de la terre plus grande qu'il ne convient à sa forme générale. Notre xix*" siècle laissera encore sans doute bien des choses à trouver là<dessus au xx"*, qui nous arrive à grands pas.
Si l'hypothèse hardie que je viens d'indiquer est réellement la cause efficace de ce qu'on observe , on voit que les continents, tournant plus vite vers l'orient que le noyau central qu'ils devancent, feront de la terre une véritable machine électrique qui aura ses courants de l'est à l'ouest, et qui, par suite, dirigera l'aiguille aimantée du nord au sud avec toutes les irrégularités que comportent naturellement l'inégalité des épaisseurs de la croûte terrestre, les accidents de température et le déplacement intérieur de la lave et du fluide central. La seule conclusion générale que l'on puisse tirer de cette idée théorique, c'est que nos continents, marchant plus vite que le noyau central, laisseront quelque peu en retard les lignes inagnétiques dont le globe est couvert ,