DIVERS AGES DE LA TERRE
La longévité humaine^ la quantiPide vie sur le globe, V époque de l'introduethn de la vie sur notre phnêie, ce sont là diverses questions sur lesquelles l'attention du public a été appelée récemment (i), et dont je voudrais dire quelques mots, en m'arrètant de préférence aux deux dernières^ qui s'ééartent moins du^ cercle habituel de mes études. L'occasion s'ofFrird' ainsi é^itk^ dîquer ce que Tétat actuel dé lia science expérimentale peut nous faire espérer sur la solution de quelques problèmes jugés jusqu'ici' hors de la portée de l'esprit humain.
La recherche dea limites de la vie et dés moyens de la prolonger intéresse tout homme sur lequel la crainte
(i) Par le Imc de M. Kooretis, de la Longévité humaint et de la. qmmtUédevie sur legloie, 3^ édition. Paris, i85ô..
!k5a LA TIB AUX DIVERS AGES DE LA TERRE.
OU Tespérance, la curiosité ou la science, peuvent avoir prise, c'est-à-dire le genre humain tout entier. Si, comme Ta dit Franklin, le temps est Tétoffedela vie, cette étoffe, fût-ce même la guenille de Molière, nous est chère, et depuis que notre mère Eve a préféré la science aux jouissances du bien-être matériel , le genre humain a toujours été plus sensible à la curiosité et à Témotion qu'attaché à la possession calme des avantages obtenus. Les chercheurs de la pierre philosophale se proposaient deux choses : faire de Vor pour acquérir ce qui représente tous les agréments de la société, et ensuite obtenir la perpétuité de la vie et de la santé pour jouir indéfiniment de ces biens. En compulsant tous les vœux et toutes les prières adressées au ciel, soit païen, soit chrétien, on retrouve toujours les mêmes demandes et les mêmes désirs. C'est le mot d'Horace :
Det yitain, det opes.
De knéme, dans les consultations réclamées des oracles . et des devins, il est rare que les deux objets de la pierre philosophale n'entrent pour une bonne part. Telle est la physiologie de Tâme humaine; au lieu de définir avec les naturalistes Thomme comme étant Tanimal à deux pieds et à deux mains, on aurait pu le caractériser par le désir de connaître l'avenir, et surtout, dans cet avenir, la durée de la carrière qui lui est réservée parmi les vivants.
En traçant les conditions de la longévité et en assignant les limites de la vie, M. Flourens, sous plusieurs points de vue, a contribué notablement, nous le croyons, à reculer ces limites pour un grand nombre d'esprits
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inquiets qui trouvent dans V hygiène de Vespérance une véritable pierre philosopbale. M. Flourens débute par Texemple de Gomaro, qui voulut mourir centenaire, et qui y parvint au moyen d'une vie exempte d'excès. La Providence, selon le savant académicien^ a voulu donner à rbomme une vie sécuiaire, « Avec nos mcaurs, nos passions, nos misèrîes, l'homme ne meurt pas, il se tue..» Là, comme dans bien des choses, vouloir c'est pouvoir. Dans le cadre des événements dont j'ai été témoin moi-même, je puis citer M. D , qui, consultant, il y a longues années, un célèbre médecin français, reçut cette réponse peu agréable : « Vous mourrez bientôt. — Mais n'est-il aucun moyen de conjurer, cette fatalité? — Oui, mais le moyen est au-dessus de vos forces. — Comment? — Il vous faudrait un régime que vous n'aurez pas le courage et la volonté constante de suivre. — Je voudrai. — J'en doute..— Je voudrai,. vous dis-je, répondit le long, pÀle et faible malade. —
A ce prix, vous vivrez. » Or M. D vit encore
après plusieurs décades d'années écoulées depuis la consultation, et le régime sévère auquel il a eu le courage de se soumettre l'a préservé.
Je n'ai pas besoin de dire que l'ouvrage de M. Flourens est non-seulement un livre scientifique dans les chapitres où il traite de la physiologie, de la psychologie^ de la pathologie et de l'hygiène de la vieillesse» mais encore un livre moral, en ce qu'il met la longévité au prix du renoncement à tout excès et à toute passion désordonnée, et qu'il admet Thygiène ou la santé de rame comme aussi essentielle à la longévité que celle du corps. C'est le fin^h <^y«v des sages de la Grèce,
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lequel est traduH HttéFal)9m6iit par le rien as »vp^ éè notre la FontaDe*. Beaucoup* de perBoanea se sont ina^ giné que ce n'était qu'au prix du* renoncement è tDules les jouissances de la vie que 91. Flonrens obtenait une sorte d'impassibilité très-saine pour le corps, mtîa qui réduirait rbomme à une mort anticipée, en le eoiH dimmant à une sorte d'automaCie imbécile qui ne In permettrait de se préoccuper (fae de ce qui esf^ bon ou nuisible à la santé. Cependant user, ce n'est pas abuser, et llf . Flourens établit fort bien qu'en recbercliant teâ' avantâages qui sent l'apanage de chaque période* dork vie, ii n'est guère d'âge qui ait quelque chose* à en^er à un autre âge. C'est surtout pour la vieillesse que ITan^ teur montre que Thomme est alors bien loni d'èttoe démérité, au physique et au moral, de tous linrbiana die la vie. Seulement il ne faut pas vouloir rîmpoasîbie; et, suivant le proverbe-, « il faut chercher de l'eav ùBsm son puits. »
Par de bonnes ra^ns physiologiques et anatomiipiee, H. Flourens prolonge, c'est son expression, la dbrée é» la première énonce jurqu'à> lO' ans. Il fixe le tenue de l'adolescence à 20 ans; celui de liai première jeunesse à 3o, de la seconde jeunesse^ à 40 ans. Le premier êigd viril va de 40 à 55, et le second de 55 à 70. L'âge viril est l'époque forte dé la vie. â 70 ans commence la première vieillesse, qui s'étend jusqu^à 95 ana. A 85 ans commence la seconde et dernière vieillesse, donile terme doit atteindre au moins le siècle entier. Lee livres saint», plus généreux, portent la limite de la vieâ lao ans. Erunt dies hominis centum vigenti tutnorum, s
Warmi les excellentes choses que' contient le livre de
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M. Flourens se trouve cette remarque importante, tpie, tasdis que roua beaucoup parié de i'ioQuenee du physique, sur le moral, on a oublié de mentionner i'in» fiuencfr non moin» puissante du moral sur le physique. Sn ce sens, la cuUure intellectuene, qui donne la santé morale, est une* véritable hygiène pour le corps. Le secret diss cures merveilleuses que font beaucoup de Gbariaians est évidemment dû. à ce puissant antidote imofoi, Tespérance, qu'ils administrent si tibéralement et à* ai grandes doses. Dans les crises épidémiques, la consternation générale et la dépression des forces vitales qni s'ensuit agissent d'une manière désastreuse sur les populations eoncentrées, en sorte qu'une partie notable: de ceux qui succombent meurent, non pas du âéau,maisbien delà peur. En disant aux vieillards qu'ils doivent atteindse ioo> ans; et aux centenaires qu'ils j^eujvent à toute force arriver à deux siècles, If. FloureoA ôte à la vieillesse toute préoccupation de fatalité inévitiable. La Fontaine a dit: i
Est-il un seul moment Qui vous puisse assurer (fou second seulement?
M. Flourens dit bien plus sagement : Estril un âge si avancé qui ne vous laisse l'hoir d'en atteindre un plus avancé encore^
L'homme de toutestes nations, de toutes lès raceff et dé tons. les climats possède le même degré de longévité: c'est un point que M. Flourens admet avec Bufibn. Lfempereur Claude, dans> If orgueil de* la pourpre romane, disait inscdemment que tout homme qui ne naissait pas roi' était un sot : Aut regem autfimmm. masci
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oportere. Admettons que tout homme qui ne meurt pas centenaire est une dupe, et réglons-nous là -dessus! Cette assertion sur régale longévité dans tous les climats me paraissait contraire toutefois à ce qu'on raconte de la prétendue longévité des habitants du Nord. Je suis donc allé consulter là-dessus M. le capitaine d'Ârpentigny, qui vient de publier la deuxième édition de son traité curieux de la Science de la Main ou Chirognomonie. C'est une des plus intéressantes études des rapports du moral au physique, science assez n^ligée de nos jours. M. d'Arpentigny est un excellent observateur; laissons-le parler. « En revenant de Russie, où j'étais prisonnier de guerre, j'avais pour guide de ma voiture ou chariot un centenaire fort acttf. En passant près d'un champ à moitié moissonné, il nous offrit de nous montrer son père encore vivant. Nous vîmes assis sur quelques gerbes un vieillard que la décrépitude paraissait avoir respecté^ ayant une très-belle et longue barbe blanche, et fixant ses yeux sur le soleil, qui était en ce moment très-vif et très-éclatant. Là-dessus on nous dit que depuis plusieurs années ce vieillard était aveugle; il avait alors i25 ans, et je remarquai avec étomiement que l'extrémité inférieure de-sa barbe était noire; on nous dit que c'était à cause de son très-grand âge, et que c'était un signe de mort prochaine quand la barbe et les cheveux noircissaient ainsi, et que les dents repoussaient aux gêna très-âgés. » M. d'Arpentigny remarque judicieusement que les centenaires fixent l'attention en Russie comme ailleurs. C'est donc un cas exceptionnel , et par suite la longévité n'y est pas plus grande que chez nous. Là, comme en France, c'est la
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privilège de certaines familles, dont presque tous les individus atteignent un &ge très-avancé.
Le genre de vie ne parait pas non plus avoir beaucoup d'influence sur la longévité. Un célèbre magistrat anglais, qui avait occasion de voir à la barre de son tribunal un grand nombre de personnes, s'informait exactement de tous les vieillards quel avait été le régime qui leur avait si bien réussi. La seule chose qui se trouvât commune à tous, ce n'était pas un genre de vie spécial, c'était Vhabitude de se lever matin. C'est donc une prescription hygiénique à ne pas oublier.
On trouve dans le livre de M. Flourens plusieurs données curieuses sur la longévité des animaux, et sur le rapport de la durée de la vie avec la durée de la croissance de l'animal. L'ouvrage est aussi utile par les erreurs qu'il détruit que par les vérités qu'il proclame. Je ne connais rien de certain, dit Fauteur, touchant la vie des oiseaux. Cependant le <;orbeau, le perroquet et le cygne paraissent pouvoir arriver à être centenaires. L'auteur admet encore qu'après l'âge ordinaire de loo ans, la vie de l'homme peut se prolonger au double. Il cite l'exemple de Parr, qui vécut i5a ans et mourut d'accident, puis celui de Jenkins, qui arriva à 169 ans, et qui fut appelé un jour à rendre témoignage sur un fait dont la date remontait à 140 ans. On lui consacra une pierre tumulaire dans l'église de sa commune natale, et j'ai récemment montré à llnstitut son portrait dans une vieille gravure, qui fut regardée avec empressement par toutes les personnes présentes à la séance.
M. Flourens indique les circonstances physiologiques qui lui servent à fixer la durée des divers âges dans la
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▼ie de rhomme ; j'omets ici les termes techniques. U y a bien du temps qjue j*ai oublié mes études anatomicpies ei physiologiques avec Mage^die. Un candidat (le candidat est toujours au moins bienveillant, sinon flatteur, pour Vacadémicien dont il demande la voix ), un candidat, dis-je, me rappdait que nous^ avions assisté ensemble aux leçons expérimentales de Tillustre maître, et me demandait si j'avais contiBué à suivre les progrès de la physiologie depuis cette époque. Je lui répondis que j-'éius en physiologie de la môme force que Tétait M. Ampère aux échecs, c'est-à-dire que je n*étais d^ aucune forée (i). Qu'il me soit permis cependant, malgré mon ÎBcompétence^ d'insisiér, d'accord avec M. Flourens, sur la Ibrce vitale qui réside en chaque individu, et qui feit que lia santé n'est pas un état incertain et instable toujours prêt à faire place à la maladie. Non, l'être vivant a été sagemoit o^'ganisé pour sa conservation, et s'il survient (^elque dérangement, il tend à reprendre sa condition normale et fixe, qui est la santé. Je ne connais pa» d'état plus malheureux t[ue celui de maladb imaginaire; c'est presque une monomaaie flot^ tant continuellement entre la crainte et les remèdes,
(i)- H ffttrt MTOîr qn0 ce profond savant avait queïqvas prttoBtioBS h bien jouer ce que Delille appelle
be Jea rèreur ^'tnTenla Palamèdé.
n consultait un jour en ces termes un naïf employé du café de la Régence : « Vous êtes de première force aui échecs? — Oui, monsieur; mais il y a encore deux ov trois personnes q«t sont ao-dessos de moL -> Quels sont «eux de deuxième Ibree? -* MH. tels et teis. ~ Et eeuz àA troisième fone? »
LA VIE AUX DIVSR8 AOBS DE LA THUm. ^
sans sortir du malkeiir. Je doute que la grande aulorité do secrétaire perpétuel de TÂcadémie dee Sciencea guérisse aucun de ces infortunés.
Le livre de M. Flourena contient deux autres parties, l'une relative à la quantité de vie sur notre gMe, et la seconde à tapparction de la vie sur cette planète. Btiffon avait déjà admis que la quantité de vie qqi existe sur la terre est toujours la même; on sait que Bufibn, comme plusieurs penseurs de son époque, admettait un certain nombre de particules organiques qui étaient indestructibles, et qui formaient par leur ensemble la masse totale de vitalité existant sur notre terre. Nous savons si peu de chose sur la nature de la force vitale^ que la théorie de Buffon et des naturalistes de son temps
L'employé désigne «d grand nombre de personnes sans y comprendre M. Ampère. • Et moi? dit timidement celui-ci, de quelle force siii9-/e? — Ob! tous, monsieur, répondit le candide înlerlocutenr; toub n'êtes d'aucune for ce, » Or Toici le gens moral de moa récit : c*est d'arriver, à propos d'échecs, à rectifier L'énoEma bévue faite par mon apprenti-géomètre,, et dont j'ai très-étourdiment endossé la responsabilité dans rétude sur les calculs transcendants. En additionnant tous les grains de hlé de chaque case, en trouve :
\^fl\lfif')t\t^fO'jZs'jo^ib^\y^i^ grains, lesquels, k raison de 1,800,000 grains par.hectolitre, donneraient 10,34^,191,153,000 hectolitres, qui, à 10 francs seulement rhectolitre, vaudraient 102,482 milliards. Voilà la rectification qui m*a été indiquée par plusieurs correspondants^ bénévoles, que je remercie sincèrement.
26b LA VIE AUX DIVEBS AGES DE LA TEBRE.
a toujours paru fort hypothétique. L'observation nous montre clairement une différence tranchée entre les phénomènes de la vitalité et ceux de la nature inorganique compris dans les lois de la mécanique, de la physique et de la chimie ; mais la personnification, Tindividualité de la force vitale nous échappe aussi bien que Tessence de la volonté animale ou de Tâme humaine. M. Flourens, rejetant les molécules oi^aniques de Buffon, s'exprime ainsi : « J'étudie la vie dans les êtres vivants, et je trouve deux choses : la première, que le nombre des espèces va toujours en diminuant depuis qu'il y a des animaux sur le globe, et la seconde; que le nombre des individus dans certaines espèces va toujours en croissant, de sorte que, à tout prendre et bien compté, le total de la quantité de vie, j'entends le total de la quantité des êtres vivants, reste toujours, en effet, .comme le dit Buffon, à peu près le même. » A mon tour, je ne vois pas quelle mesure, quelle pesée, quelle estime quantitative on peut faire de la vie pour affirmer qu'elle est à peu près toujours la même. La prédominance de l'homme et des animaux domestiques qu'il fait subsister autour de lui semblerait faire penser que la vitalité terrestre s'augmente de jour en jour. M. Flourens trace ici un beau tableau des espèces anéanties depuis les temps historiques. La race sauvage du bœuf, du cheval, du chameau, du chien, a disparu. On peut ajouter que le mouton et la chèvre ne sont que des domestications fort douteuses du mouflon et du bouquetin. Le loup a disparu de l'Angleterre, et il tend à disparaître de la France. Suit un tableau encore plus brillant des espèces antédiluviennes qui
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ont abandoDné notre terre depuis un temps plus ou moins long : le mammouth, le mastodonte, dont on exploite encore Tivoire fossile, le dinothérium, le mégathérium, tous gigantesques. Enfin la conclusion remarquable de M. Flourens est qu'à part Thomme, toutes les espèces actuelles existaient dans le monde primitif. Il faut lire dans son livre cette savante exposition, où la question est nettement posée, les faits interprétés sans ambiguïté, et d'où il résulte enfin que par rapport au nombre des espèces et à leurs variétés les êtres vivants actuels ne sont qu'un reliquat assez pauvre en espèces, s'il est riche en individus (i). J'omets mille belles pensées et des dissertations fondamentales sur les générations spontanées, les germes préexistants. Il faut tout lire et tout méditer dai\s l'ouvrage de M. Flourens, et ce n'est pas seulement un livre de compilation et de réflexions sur des faits étrangers à l'auteur : on y trouve le résultat de plusieurs recherches expérimentales qui lui appartiennent sur le croisement des espèces, sur le type propre à chacune, sur l'évolution des parties constituantes des animaux et notamment des os. Dans la troisième partie, les théories géologiques sont clairement exposées, quoique en peu de mots, et la date récente de Tétat actuel du globe est mise en évidence.
Ainsi que nous venons de le dire, M. Flourens admet la fixité et l'immutabilité des espèces animales, et le
(i) M. Isidore Geoffroy-Saînt-Hilaire donne pour le recensement de la nature vivante d'aujourd'hui deux cent soixante mille êtres distincts, tant animaux que végétaux.
a&2 lA Vn AUX IMTBRS A«E8 DE LA TERRE.
SKmde organique actuel lai paratt> quant à leur nombre, ïÀen inférieur à la population de la nature primiiive. C'est assez bamfliait pour notre époque. De f4ns, les espèces que nous possédons sont plus petites que les espèces antédiluviennes. L'élépbant seul soutient un peu l'honneur du inonde actuel, mais il n'occupe plus comme autrefois la terro entière, du, pôle à Téquateur. Je ne vois cependant pas, dans les dépouilles fbssiles des mammifères, des reptiles et des poissons les plus gigantesques, rien de comparable à nos baleines et à nos cétacés, dont la taille paraît atteindre quelquefois jusqu'à loo mètres de longueur (i). Est-il dans tous les monstres antédiluviens, aquatiques ou continentaux, un squelette qui, dressé le long du portail de Notre- Dame de Paris, en dépasserait les tours de la moitié de leur hauteur? La terre de ce siècle n'est donc pas, sous le rapport de la vitalité dominant une grande masse de matière, en infériorité avec la terre des siècles antérieurs.
En admettant que toiftes les espèces actuelles existaient dans le monde primitif, fit. Flourens échappe à bien des difficultés que l'école opposée rencontre sur sa route. Sans vouloir me prononcer contre l'autorité du savant académicien, j'avoue que mes sympathies sont pour l'école de Geoffroy-Saint-iiilaire, qui nous
(i) Fait TÎToment contesté, quoique extrait tertoellement deLacépède (fî/5/. nat. des Cétacés). Je n'ai pu obtenir de nos' naturalistes, et encore à grand'peiae, que des baleines d'une dimension .égale à la colonne de la place VendôOM (43 mètres). J'avais beau dire avec Molière : « Eh ! i un petit mulet! » '
LA VIE AUX DtlfVftô MHS DE tiA TEBBB. 263
montre ks dérdloppenefits svcoesBifs dee germes prïmitifs des espèces «nmaies et végétales, sons les în- Homces «xtérieures, donimt naissanoe à des espèces iKNivelles «t réélisant une eerte de création moderne dont la sagesse industrieuse de la puissance créatrice a préparé d'avance la posdîb^té et les moyens. Elfe a <ét«iblije8 lois de la nature àVorigine des* choses, et . eHe les ssit sans j déroger, puisqu'on ne peut pas admettre une imprévoyance de sa part; c'est le semel jussity semper paret de Sénèque. Dieu a ordonné une première fois, etil 8*obéit ensuite toujours à lui-même. Abordons avec ces idées l'école de Geoffroy-Saint-Hilaire, qui admet expressément qu'il existe aujourd'hui des espèces animales et végétales que le monde précédait ne possédait pas.
Quoicpie ayant suivi personnellement, et à l'époque où ils se soiït produits, tous les débats des deux écoles que l'on désignait sons les noms de Cuvier et de Geoffiroy- Saint-Hilaire, je n'entrerai point dans le fond de la discussion, que je voudrais voir traité par des autorités plus compétentes. L'école de Geoffroy, avec ses idées sur l'unité de composition, npus montre dans tous les êtres des organes rudimentaires, véritables pièces d'attente pour un développement tout autre que celui que des circonstances particulières ont fait^suivre à l'espèce spéciale qu'en étudie. La théorie des analogies, des connexions et dm biAaneement des organes, les vues exposées sur la signification et le rôle des organes rudimentaires, toutel'immeflise théorie des monstruosités qui décèlent les tendances delà natm» quand elle est affîranchie du joug des circonstances ordinaires, un étroit finaJUsme exdu