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touchent pour ainsi dire, on n'ait l'intention de Técarter tout à fait. Or le progrès des sciences, en montrant le faible de toutes les théories, a marché parfaitement en sens contraire de cette crainte. C'est un mauvais cadeau à faire à la suprême puissance que de lui mettre dans les mains les actions immédiates de la nature. Boileau a dit en vers : « Pour moi, je crois que c'est Dieu qui tonne ! » D'accord, mais pourquoi ne tonne-t-ii pas en hiver, où les hommes sont aussi méchants qu'en élé? Lucrèce, le philosophe païen, dit bien mieux : « On frémit sous les coups du tonnerre, parce qu'on redoute d'être appelé subitement à rendre compte de sa vie 1 » Mettre les météores dans les mains de la Divinité, c'est lui imposer la responsabilité de toutes les bizarreries intentionnelles et de toutes les maladresses de ces aveugles produits des lois de la nature. Chateaubriand a donné droit de cité dans le domaine de la littérature à ce vieux dicton : « Si Dieu a fait l'homme à son image, l'homme le lui a bien rendu. » C'est une profonde vérité jetée en riant. Hâtons-nous de dire que, comme Etienne Geoffroy- Saînt-Hilaire et son fils n'ont jamais manifesté aucune tendance à la prétention d'être ce que le siècle de Louis XIV appelait des esprits fons^ et celui de Louis XV des incrédules^ toute maligne interprétation de leurs paroles tomberait dans le domaine de la calomnie.
Yoicl un passage précis : « Les animaux sont-ils variables sous l'influence des circonstances?... La réponse ne saurait être douteuse ni à l'égard des individus, ni à l'égard des races et de ces groupes d'individus que nous appelons espèces. » M. Isidore Geoffroy -Saint- Hilaire ajoute que c'est l'expérience seule qui peut tran-
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cher la question. H cite Bacon disant il y a deux àèctos : c Tentez de flaire varier les espèces eiles-mémes, seul moyen de comprendre comment elles se sont dhersifiées et multipliées. » L'antenr conclut que la domestication et ses influences ont déjà réalisé l'idée de Bacon. Je ne suis pas de son avis. U indique ensuite très-bien que si Ton joint aux effets des causes actuelles les effets de celles qu*ont introduites les révolutions physiques du globe, on ne sait plus où s'arrêter dans les conjectures. Dans l'état présent de nos connaissances sur la nature physique et sur la nature organique, il y a lieu de soumettre cette question à un examen expérimental.
Je ne puis résister au désir d'égayer mon sujet en indiquant de quelle manière on interprétait au commencement de ce siècle les idées de Lamarck sur les variations que les circonstances extérieures pouvaient amener dans les espèces. Prenez un cheval et placez son râtelier de plus en plus haut chaque jour; Tanimal» forcé de lever la tète chaque jour de plus en plus pour atteindre sa p&ture, s'allongera le cou et les jambes de devant, et votre cheval deviendra un chameau ou une girafe. Placez une poule près d'un étang, avec la nécessité de se nourrir des poissons et des mollusques de l'eau : par suite des efforts qu'elle fera pour atteindre les objets sans se mouiller le corps, ses pattes s'allongeront, son cou et son bec subiront un allongement correspondant. Votre poule sera devenue un héron, le vrai héron de la Fontaine, le héron au long bec, emmanché d'un long cou et allant sur ses longs pieds! Je n'ai pas besoin de dire qu'il ne suffirait pas que la poule fût devenue héron, il faudrait, pour constitaer
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l'espèce, que la poule pût tjransinettre par voie de génération sa qualité de héron à ses descendants ^t la perpétuer indéfiniment. Quant au régime du cheval, rien n'aboutirait à faire d'un animal à pieds ensabotés un animal non solipède, sans compter mille et mille autres difficultés.
Revenant au côté sérieux de la question, et admettant, avec l'école de Geoffroy, « qu'il existe aujourd'hui sur notre globe des espèces inconnues au monde antédiluvien, » oe qui est l'opinion actuellement triomphante, comment introduirons-nous ces espèces dans le monde de nos jours? L'autorité de la Genèse est favorable^ à la production naturdle des êtres. C'est à la terre qu'il est ordonné de produire les plantes et les arbres, ensuite il est ordonné aux eaux de produire les poissons, puis de nouveau il est dit à la terre de produire les animaux. Ailleurs on trouve que tout a été créé à la fois par TÉteniel : Qui vivit in œtemum creavit omnia simuL Donc pas de créations succès^ ves.
Certains <x organisateurs de mondes » appellent, à chaque crise générale, la puissance créatrice à réparer les pertes qu'a prouvées la création antérieure par un véritable supplément de création. A ce prix, j'aime encore mieux croire, avec M, Flourens, à l'immutabilité des espèces et à la diminution de leur nombre. La doc* trine des créations successives, qui accuse la puissance suprême d'imprévoyance ou d'impuissance à préparer les changements de la vie sur notre globe, me paraît une vraie réduction à V absurde, Homère, dit Cicéron, transportait aux dieux, dans ses fictions, les choses humaines : j'aimerais mieux qu'il eût transporté les choses
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