‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiques (volume 4)Chapitre 10 sur 14 · TL · texte numérisé non relu

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I ET MÉTÉOBOLOGIE. 225

étranger aux progrès récents de sa science favorite. Je n'ai jamais ouvert les Lettres sur P Astronomie sans y trouver plusieurs de ces idées, de ces vues intéressantes dont on fait son profit pour soi et pour les autres, soit auditeurs, soit lecteurs. M. Arago lui-même y a pris plu^eurs citations; je n'ai donc en somme que des éloges à donner à ce livre pour lequel j'ai toujours eu une affection particulière. H y a dans le monde moral comme dans le monde industriel pour un produit quelconque le fabricant, le commerçant et le consommateur. M. Albert Montémont a fait très-bien la part de ces trois sortes de personnes qui concourent également au succès d'un produit qui en soi-même a de la valeur. L'un des premiers il a rendu acceptable et accessible une science dont les abords semblaient devoir éloigner tous ceux qui n'étaient pas des adeptes.

(Janvier 1860.)

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bfc météorologie nuurohe. ~ L'^attronomie sani le télescope. — Travaux de M. Faye sur les oomètes et lur les lois physiques quelles nous révèlent. — I«a répulsion admise comme Tattracticn. — Recherches de M. Boutigny dans le même ordre de lois physiques; applications et avenir de oes travaux.

La science marche, et, quoi qu'on en dise, elle est appréciée ce qu'elle vaut dans ce siècle. M. Lescarbault

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7/Jl(} ASTROXOJflE

vient d*étre décoré de la Légion d'honneur, et les médecins ses confrères s'apprêtent à le fêter dans un ban- (juot de félicitations bien méritées. Je puis rappeler que Kernel Y médecin d'Henri n, fut un astronome aussi bien (jtrun littérateur et un praticien distingué, et que Ton doit h Olbers, médecin de Brème, les ûeui^ planètes PaliuH et Vesta qu'il trouva de son observatoire situé Hiir le haut d'un vieux pan de mur de ville attenant à sa maison. Enfin le docteur Thomas Young, qui a pré- <-(^(lé (Ml optique Arago et Fresnel, nous a donné sur loutos les branches de la physique et de la météorolot^io un ouvrage incomparable où Tinvention le dispute MU savoir et Tesprit mathématique au sens physique le plus droit ot le plus infaillible.

Ui météorologie marche. Les Anglais, instruits par lo8 malheurs maritimes de ces mois derniers, vont établir dos signaux télégraphiques d'avertissement pour les navires (jui dans la Manche sont exposés à l'invasion soudaine d'ouragans aussi locaux que pernicieux. Ces rafales voyagent avec rapidité le long de nos côtes, mais elh\^ peuvent iMre devancées par les indications des fils ôler(rii]uos. Kn général, les pronostics météorologiques un peu sûrs sont à très-longue ou à très-courte échéance. \,{> eupiuùno Sinyth, dans la Méditerranée, a souvent sauvé son navire d'après l'avis des baromètres. Ensuite la uuircho générale des vents peut longtemps à l'avance \i\\\v pressiMitir le caractère d'une saison. Des signaux \\{^ prévoyance seront donc établis sur les côtes anglaises. iudi(puu\l (|uVn tel ou tel lieu il y a tel ou tel symptt^uto d'orage dont la marche se propage dans telle ou Italie ilirtH'lion. Lt>s observations de Franklin avaient

déjà fait savoir que les tempêtes se transportent graduellement, et qu'il y avait le calme au nord et au sud d'un point ravagé par le météore aérien. C'est à Toccasion d'une éclipse de lune que ces importantes renoar^ ques furent -faites. Les habitants des plaines intérieures de la France, et même les Parisiens, ne se figurent guère qu'une rafale de vent puisse enlever la grande voile d'un immense vaisseau de guerre et en même temps raser les mâts au niveau du pont, emportant toutes les manœuvres hautes et basses, et faisant un ponton d'un majestueux vaisseau à trois ponts^ Les voiles une fois repliées et collées aux mâts, on attend l'événement, et on fuit devant le temps sans opposer aucune résistance.

Nous devons penser que le réseau télégraphique de renseignements météorologiques installé à l'Observatoire de Paris viendra efficacement en aide aux télégrar phes anglais en suivant les effets produits le long des côtes de France et d'Espagne, et notant tout ce qui peut indiquer des ouragans marchant du sud vers le nord ou en sens C(Mitraire. Le journal scientifique le Cosmos contient sur cet objet un article remarquable dans ôa livraison du 3 février dernier. C'est le Bureau de Commerce anglais qui se chargera de transmettre les avertissements aux divers ports. Plus tard, la science bénéficiera de ce qui aura d'abord été fait en vue de la marine marchande, et, par une réaction infaillible, la science perfectionnera les indications fournies à Tinté* rêt industriel.

Voici les jours d'hiver qui tirent à leur fin, et dans quelques semaines les approches du. printemps donneront à la nature et à tous les êtres vivants cette se-

vaS astronomie

cousse énergique qui n'est pas toujours sans danger et dont l'hygiène prophylactique se préoccupe de plus en plus. Les doux et perfides soleils du printemps ne doivent être acceptés qu'avec précaution. J'ai souvent entendu des hommes forcés à être sédentaires se plaindre de ce que leurs occupations, leurs travaux ou leurs fonctions les retenaient dans leur cabinet par un beau soleil de mars ou d'avril et avec un air tiède et invitant à la promenade du bois de Boulogne. Ils méconnaissent les soins de la bonne Providence, qui les préserve ainsi de bien des influences dangereuses. L'Académie des Sciences, qui regrette et regrettera longtemps le baron Thenard, le compterait sans doute encore parmi ses membres sans une imprudence de ce genre qui a triomphé de la vigoureuse constitution de cet homme de bien et de science.

Observons que l'influence occulte du printemps agit même sur des substances non vivantes, comme les liquides fermentescibles, certains produits végétaux et même quelques substances chimiques. Y auraitril là l'indice d'un agent encore inconnu à la science, comme l'étaient le magnétisme et l'électricité dans les siècles passés?

Les marchés aux fleurs tristement dégarnis, les plantations et les semis printaniers, les préparations horticoles, sans compter le chapitre bien plus important de l'agriculture, tout espère dans la saison qui vient : la météorologie est partout et dans tout.

On me demande un peu plus d'astronomie populaire. Mais vraiment ce serait faire rivalité à tous les aimanachs et annuaires. Au reste, rien de plus aisé. Si le

soir à la nuit close, vers 6 heures, vous portez vos regards vers rhorizon du couchant, vous apercevrez un astre brillant, un grand astre, ingens sidus, suivant Texpression de Pline. C'est Vénus, qui chaque soir monte de plus en plus dans le ciel et qui, d'abord faiblement perceptible comme un petit point blanc au milieu d'un éclatant crépuscule, gagne peu à peu en éclat à mesure que le fond du ciel s'obscurcit et finit par surpasser de beaucoup tous les feux de la voûte céleste. De l'autre côté, vers l'orient, Jupiter, plus favorablement situé sur un fond moins éclairé, commence par dominer dans le ciel stellaire, mais il le cède bientôt à Vénus en grosseur apparente. Jupiter est près des étoiles des Gémeaux, et sur ses pas, dans la constellation du Lion, arrive Saturne, qui, avec sa lumière plus terne, est encore comme une étoile de première grandeur. Avec le télescope, les phases de Vénus, les satellites et les bandes nuageuses de Jupiter, l'anneau de Saturne sont des objets très-curieux et qui ne sont pas hors de la portée des petites lunettes ordinaires. Mais à l'œil nu et en rapportant les astres aux étoiles comme à des points fixes, la lune et les planètes nous offrent une variété infinie de configurations de marches directes et rétrogrades qui sont inscrites dans les annuaires et qu'il est agréable et instructif de vérifier dans le ciel. L'astronomie oculaire telle qu'elle fut jusqu'en 1610, époque où Galilée publia son fameux Courrier céleste, Nuntius sidereus, a été pendant trente siècles l'objet de l'étude des astronomes et des poè'tes de l'antiquité et du moyen âge. Kepler a commencé par elle et fini par l'astronomie télescopiqne. J'ai déjà dit et redit que si les Grecs

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Orion, les Gémeaux, le Lion, ornent chaque soir le ciel de février. On cherchera la nébuleuse d'Orion et celle d'Andromède, et les étoiles doubles du Bélier, des Gémeaux, d'Andromède, des Chiens de chasse et de la queue de la Grande Ourse ; enfin on observera la coloration de certaines étoiles rouges, comme l'œil du Taureau^ le cœur du Lion, et surtout la seconde en éclat de la Petite Ourse. Sirius, la plus belle étoile du ciel, paraît bleue dans Paris, mais c'est un effet de contraste provenant de l'illumination artificielle, dont toutes les lumières sont de teinte orangé-jaune, ce qui fait paraître Sirius un peu bleu. II en est de même des rayons de la lune quand ils sont reflétés par l'eau des rues, au milieu de la teinte des becs de gaz et des mèches alimentées par l'huile.

Les lumières intellectuelles de notre siècle nous font aujourd'hui regarder avec mépris les prétendues influences planétaires de l'astrologie ancienne , qui cependant a beaucoup fait pour l'astronomie en portant l'homme à l'observation. Il était beau de lire dans les astres les événements futurs de la vie. Laplace fait observer trèssensément que l'astronomie est encore la science de l'avenir, et que ses prédictions s'étendent à plusieurs des siècles futurs. Mais ce ne sont que des prédictions d'éclipses, de configurations planétaires, de perturbations légères dans notre système solaire, d'ailleurs fort solidement organisé. Si, suivant Pythagore, la véritable essence de l'homme est la recherche et la connaissance de la vérité (alôtheudin, véritiser\ l'astronomie doit être mise en première ligne; mais la vérité astronomique est bien froide pour la généralité des âmes humai-

nés, qui peul-étre ne sont |>as trop dupes en chérissant des illusions. Voltaire dit :

Le raisonner tristement s'accrédite.

Ah! croyez-moi, Terrear a son mérite!

Je lis dans un petit article perdu d'une feuille quotidienne la mention en deux ou trois lignes d'une brochure de M. Bôme ( sans doute Bomme, de Middelbourg) qui annonce ou réannonce pour le mois d'août prochain la comète de Charles-Quint. J'ai mis mes lecteurs très au courant de l'état de cette question. Là-dessus, comme pour bien d'autres choses,

Hippocrate dit oui, mais Galien dit noo.

M. Bommo, avec l'assentiment de M. Hind, autorité cométatre très-grande, a accordé à la comète un délai qui expire cette année. M. Hoè'k, autre calculateur hollandais, en compulsant des observations inédites de cette comète, a beaucoup infirmé les espérances flatteuses admises par MM. Bomme et Hind. On me demande ce que je sais de nouveau sur ce sujet. Je réponds : Rien du tout. D'autres sont peut-être plus savants. En attendant, je dis avec Scarron, qui cherche une rime à perdre ^

Rime qui sait rimer en erdre.

Je le laisse à plus fin que moi !

Sur la question de la marche des comètes, de la prétendue résistance qu'elles éprouvent en traversant l'éther céleste, sur la forme de leurs noyaux et de leurs appendices, enfin surTétrange production de leurs che^

BT MÉTÉOROLOGIE. 1^33

velures et de leurs queues, M. Paye a récemment com? muniqué à VAcadémie des Sciences plusieurs Mémoires imporCants que j'essayerai d'analyser en temps convena* ble. Ce que je veux enregistrer aujourd'hui, c'est une loi de répulsion qu'il a reconnue entre la matière excessivement divisée qui forme ces inexplicables queues et les rayons solaires qui viennent les frapper. Si ce ne sont pas les rayons de chaleur ou de lumière qui pro* duisent cet effet répulsif, ce sont an moins des émanations ou radiations partant de l'astre central de notre système et agissant comme si elles produisaient un effet tout contraire à l'attraction universelle de Newton. Cette action n'agirait pas comme la pesanteur, l'électricité, le magnétisme au travers des corps. Ce serait une action de surface. Ainsi la partie antérieure du corps frappé de ces radiations préserverait de leur influence la partie opposée, ce qui expliquerait pourquoi cette action ne serait sensible que sur la matière très-divisée, car autrement les molécules trop rapprochées se feraient écran l'une à l'autre, et se préserveraient mutuellement de l'action répulsive en question. Voilà un nouveau point de vue physique, et si nous n'avons rien à craindre ou à espérer des comètes ici-bas, au moins pouvons-nous en apprendre beaucoup de choses avec M. Paye sur les lois physiques du monde, lois que Sénèque a si admirablement caractérisées quand il a dit que la puissance créatrice, en établissant ses lois, les a fixées une fois pour toutes, et qu'elle les maintient ensuite irrévocablement eh obéissant elle-même à ses propres décrets.

Semel jussit, semper paret*

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Sur ce même sujet je puis invoquer le texte biblique : Dieu a dit, et il ne reviendra pas sur sa paroie,

Dominus juravit et non pœnitebit eam.

Voici donc la répulsion qui dans le ciel fait son chemin comme l'attraction. Je dois dire que le docteur Thomas Young, Tauteur des interférences de la lumière et le premier qui ait déchiffré quelques lettres des hiéroglyphes égyptiens, avait admis explicitement cette force répulsive dans les actions moléculaires des corps solides et liquides, comme elle est indubitable dans les gaz ou fluides élastiques où elle domine presque exclusivement. Un physicien français, M. Boutigny (d*£vreux), dans une longue suite de travaux exécuta hors du cadre des Académies, est arrivé à des résultats aussi nombreux qu'importants sur cette force répulsive qui naît de la chaleur et qui se manifeste sous nos yeux par des phénomènes des plus frappants et des plus inattendus. Chauffez à blanc ou même seulement au rouge une boule d'argent ou de platine suspendue à un ffl métallique et plongez-la dans Teau. Cette boule tiendra le liquide à distance, sans trouble, sans agitation, sans production de vapeur, tant qu'elle gardera sa chaleur. Puis tout d'un coup, étant suffisamment refroidie, elle sera mouillée par l'eau et donnera naissance à une vive explosion au moment où le contact de l'eau sera devenu possible. Voilà peut-ôtro la cause ou l'une des causes des explosions des chaudières à vapeur mal conduites. Percez un vase métallique d'un grand nombre de trous, de manière à en faire une sorte de crible à jours très-voisins, où l'œil voie autant de vide que de plein. Ce crible,

chauffé aa rouge, tiendra l'eau comme s'il était plein

6t sans trous. Etant refroidi, l'eau le traverse comme une écumoire. Bien plus : dans une capsule rouge de feu , un corps combustible , comme l'est l'azotate d'ammoniaque, se fond et ne s'enflamme pas tant que ta capsule est incandescente. Est-ce tout? Non, car dans le vide pneumatique, où l'évaporation est si rapide, les liquides mis en cet état globulaire que M. Bouttgni appelle l'état sphéroïdal, ces liquides, dis-je, ne s'évaporent que très-lentement. En un mot, la force répulsive domine ici exclusivement, et c'est évidemnient, comme le trouve astronomiquement M. Faye, une action de surface. Voilà donc un vaste champ ouvert à de nouvelles études sur de nouvelles lois physiques. Jel estl'avis de M. Faye, comme le mien, surdes travaux que l'on ne peut trop encourager.

Conformément à see vues théoriques, H. Boutigny a souvent fait l'espËce de miracle qui consiste à prendre i pleines mains, sans se brûler, de la fonte de fer liquide. Il n'aurait pas trempé impunément les mains dans de l'eau bouillante, qui est i5oo fois moins chaude.

Dans notre société éminemment utilitaire, où l'on répète ce que Pindare disait plus de cinq siècles avant notre ère :

en français, en anglais et en américain -. Tant vaut la

vaut l'homme, on Irouvera (out naturel le passe aus applications de la théorie Bouligny

pour la sûreté des machines à vapeur. Jusqu'ici on a enfermé dans d*immenses capacités ou réservoirs en fer d'énormes masses d'eau que Ton chauffe à outrance en les enveloppant de feu de tous côtés. Avec un pouvoir mécanique sans pareil, il en résulte, par compensation, d'épouvantables explosions que ni les soupapes de sûreté ni les indicateurs de la force intérieure de la vapeur dans les chaudières ne peuvent faire prévoir ni prévenir. Bien plus, à Oberstein, où l'on travaille les agates, d'énormes meules de grès simplement frottées par les matières dures qu'elles servent à polir ou par les instruments d'acier qu'elles servent à aiguiser, quoique plongées à moitié dans l'eau, se brisent parfois avec de formidables explosions , et leurs pièces, comme des boulets de canon, coupent en deux et écrasent les ouvriers qui sont dans le voisinage. On doit à M. doutigny une chaudière où l'eau en petite quantité, alimentée par une injection continue, fonctionne sans danger et n'admet plus ces vastes amas d'eau intérieure qui, par un effet encore mystérieux, deviennent tout à coup comme des amas de poudre de guerre, dont l'explosion anéantit et la chaudière et les bâtiments qui la contiennent en exterminant tous les travailleurs qui sont alentour. Au point de vue physique, économique et surtout philanthropique, est-il une étude qui doive être mise en comparaison avec l'étude de l'état sphéroïdal de M. Boutigny et aux essais à faire sur sa machine à vapeur? Gomme physicien, j'ai depuis plus de vingt ans suivi les travaux de M. Boutigny, et je n'ai rien trouvé de plus important au point de vue industriel et scientifique que son procédé pour produire et ménager sans danger la

vapeur, ce terrible et irrésistible agent, fils de Feau et du feu, lesquels, joints au fer qui les enveloppe, donnent à l'homme de notre siècle autant de supériorité sur rhomme des siècles passés que le feu de Prométhée en donna à l'homme civilisé au-dessus de l'homme primitivement sauvage.

On pourrait s'étonner de ne pas voir ces générateurs incffensifs de vapeur substitués partout à nos dangereux producteurs de vapeur sans frein et qui à chaque instant, sur terre comme sur mer, semblent vouloir faire repentir l'homme de l'empire qu'il veut usurper sur la nature en utilisant l'antagonisme bien connu du feu et de l'eau. Ce n'est pas le tout de dompter et de faire travailler pour soi un cheval, un taureau, un éléphant, il faut encore savoir les guider sans risque de la vie; admettons que le procédé de M. Boutigny sera le cornac de la vapeur.

Voici une question qui m'a .été adressée cent fois, et notamment à l'Exposition de i855, où la machine de M. Boutigny, peu essayée, n'a obtenu qu'une médaille de second ordre: « Que pensez-vous des chaudières à injection continue de M. Boutigny? — Je pense qu'avant un quart de siècle il n'y en aura pas d'autres de tolérées. T- Mais les actionnaires de l'industrie ne voudraient pas faire des frais d'essais coûteux pour substituer ce procédé aux procédés déjà en usage. — Eh bien, sautez! — Mais c'est fort désagréable I — Sans doute moins que de faire la dépense de chambres inexplosibles. — Mais, Monsieur, vous êtes bien tranchant. -7- C'est que je suis bien convaincu, et j'ai harcelé M. Boutigny lui-même depuis huit ans aussi vivement que vous

a38 ASTRONOMIE

pour le rendre plus actif à propager son invention. Or, comme dit le proverbe :

L'àne du public est toujours le plus mal bâté. »

Encore un mot sur la machine à vapeur. Stephenson trouve un mécanisme admirable pour faire travailler la vapeur. Mais il faut avoir de la vapeur. Nous avons vu les locomotives primitives mettre cinq ou six heures pour aller à Versailles et autant pour en revenir. Un Français, M. Seguin aine, de llnstitut, trouve une chaudière qui au lieu de 12 à i5 kilogrammes de vapeur en produit dans le même temps cent soixante! D'un mauvais mulet de bât il fait miraculeusement un cheval de course aussi rapide que vigoureux. Les capitalistes de l'Europe avec les chemins de fer moissonnent les millions comme des épis grâce à cette découverte qui devient en outre l'agent le plus actif de la civilisation moderne. M. Arago porte à plusieurs reprises le nom de M. Seguin à la tribune française. Que reste-t-il à faire? rendre cet agent inoffensif. Eh bien, nous avons le procédé de M. Boutigny !

Je reçois plus que jamais des lettres fort engageantes qui me demandent des Études scientifiques plus fréquentes. Tous mes lecteurs étant gens d'un excellent ton, je dois attribuer leurs compliments à leur courtoisie. Je trouve, au contraire, que j'écris beaucoup trop et qu'à mon âge je pourrais bien radoter. Déjà cinq ou six petits volumes, édités par M. Mallet-Bachelier, me font frémir de mon bagage scientifique et littéraire. Je dis littéraire, car une de nos premières gloires académiques daignait, il y a quelques jours, me parler de mon

Style. Je lui répondis que c'était comme si le soleil félicitait une chandelle sur son éclat. J'aime mieux m'en tenir à cette boutade d'un auteur dont ma mémoire, non sans quelque ingratitude, a retenu les vers et oublié te nom :

Apollon, je suis rebuté, Je romps avec toi tout négoce ; J'aurais pu m'avoir un carrosse Du papier que tu m'as coûté.

(Février 1860.)

La grande marée du 9. man 1860. — Différence entre la marée et le masoaret. — Caractère de la saison actuelle et rapports entre le vent et la pluie.

Suave mari magno tnrbantibus œquora ventis E terra magnum alterius spectare laborem.

If on quiavexarl quemquam est jucunda voluptas, Sed quibus ipse malis careas quia cernere suave est.

« Il est doux, lorsque sur la vaste mer les vents tourmentent la plaine liquide, de contempler du rivage la lutte pénible des autres contre la tempête. Non pas quMl y ait du plaisir à voir des gens en péril, mais parce qu'il est douxde sentir que les maux que vous avez sous les yeux ne peuvent vous atteindre. *•

ix-mémes; on entend les blessés, saisis d'une exaltaon passagère, encourager à la vaillance leurs camaraes non atteints; on entend les balles sonores baisser ubitement de ton au moment où elles dépassent Toeille. Quant au boulet, vulgairement dit sur le champ e bataille le brutal, il ne fait à ma connaissance aucun ruît musical. Enfin il est doux, après une retraite qui . été meurtrière pour ceux à qui l'on cédait, de repren- Ire Toffensive et de trouver la route de l'ennemi qui TOUS a fait reculer teinte de son sang et semée de ses norts et de ses mourants. Je dois dire, pour la gouverne ie messieurs les peintres d'histoire, que tout homme ou tout cheval couché sur le champ de bataille est la source d'un petit lac de sang qui se forme à quelques pas de lui, et qui dépend de la quantité qu'en tient un homme ou un cheval. Cela rappelle l'exclamation de Macbeth traduit par Ducis : « Dieu ! qu'il avait de sang l » Shakspeare dit plus naturellement : a Je n'aurais jamais cru qu'un homme si vieux pût avoir du sang en aussi grande quantité 1 « // est doux de tremper dans ce sang le talon de sa botte et d'en mouiller le bout du crayon avec lequel on écrit froidement une note (que Ton relira avec émotion quelques années plus tard) tout en criant à ses canonniers : « Hardi, mes enfants l Chauffez-moi ça ferme I Du sang-froid et tirez bas! Les ennemis n'avancent plus et les tirailleurs reviennent et nous dépassent! Courage, mes amis, nous sommes les maîtres 1 Retournez les pièces à la prolonge! £n avant! » Tout cela est doux, encore une fois, pourvu que l'on expose vaillamment soi-même sa personne aux balles et aux boulets 1

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