‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiques (volume 4)Chapitre 9 sur 14 · ARLEQUIN · texte numérisé non relu

ARLEQUIN

Il est vieux comme le déluge.

CASSANDRE

J'aurais cru que le déluge était plus vieux!

(Novembre iSSg.)

le nouvel an et le* aventef;es de lliémispliète nord mr l*héiBiipbère tud. — IL^onde de fkoiddH M^rtîoe d*hi«cr de 1859. -» Une de> planètes Intra-mercacteilee de M. lie Verrier observée par M. lAtoarbault. — lUtr ê me limite de toléranoe pour la oomète de Ghariee-^oint. ^ Préparatîft pour FéoUpte totale du 18 JniUet 1880. Lettres sur Tastronomle, par M. Albert Blonténacat.

S'il est une désignation impropre pour une aimée qui commence, c'est celte de nouvel an. En effet, est-il rien

ET METEOROLOGIE. 2l5

de plus vieux, de plus usé , de plus rebattu, depuis le temps que rhoimne est sur la terre, que ce retour mo- Botoue des jours longs et courts, chauds et froids, parfaitement prévus et mesurés deux cents ans à Favance avec toutes les circonstances de lumière, de chaleur, d'électricité et des autres agents physiques? Si la météorologie, aussi bizarre, aussi fantasque que Tastronomie est constante et immuable, ne venait diversifier la scène du monde terrestre, ce serait à y périr d'ennui. L'année 1860 est Tune des quatrièmes années que Jules César a faites de trois cent soixante- six jours pour compenser les six heures qui se sont accumulées pen«dani les quatre ans qui précèdent. Ainsi février cette année aura vingt-neuf jours au lieu de vingt-huit qu'il a ordinairement. On peut voir là -dessus toutes les éphémérides et tous les almanachs français, anglais et allemands.

Je ne pense pas qu'au moral plus qu'au physique le monde de 1860 diffère beaucoup de celui de 1859. ^^^ hommes, comme leur cage terrestre^ ne changent guère, et les petites passions de Tannée dernière seront indubitablement celles de cette année. Un proverbe trèsvéridique dit que l'expérience des pères est perdue pour les enfants. C'est une grande bonté de la Providence, car si une générati(m se contentait des ouï'dire, au lieu d'agir et de vivre elle-même, la société ne marcherait pas. Si j'avais le talent de faire une pièce de théâtre, je choisirais ce motif : c'est connu. Je montrerais la jeunesse croyant faire et trouver du nouveau , mais n'arrivant qu'à copier servilement les passions et les actions de la génération qu'elle remplace, comme les soleils

^>î^ )iKNi$i ^ %|ik^ i^(<l^>dttr»l œox des mois

^ >^xv^«^ 4i»;:^>MC^ 1 »> a rien de vraiment non-

>^Nt« ^\)i9^ V ^\i^i. i^K^ |4«s qoe le soleil lui-même, dont

\ V 'snXx'.^ > ««m.v ««MA 4tt salkenn de la terre.

^\^ 4ksUy^v <:«^ «K'^x^ â^'pMtit b Tîe et les productions N^ ^ toetw ^>!4 wa |v« phfes^ près de nous en automne <^ ^ ^\v«^ ^wiT l^eaawt ieprâilMnpset l'été, mais cela ^)B^ xx^a^SNTE!^ ^ miif «k^udr^ dorée des deux saisons t^. .v:^^ v« A'T^e «^ tMiUM«HilM|nenieiit parlant le so- W' ' \hni^^ ^i«M ie vèijfc'iear M d^ faunîère sur l'ensemble <^ U ie«t>^ |fV«^.i^) ciM^[«^ saisMi, quelle que soit la ^^,i^>^^ vV vV>v*. ïV>w iiK>tw lieiiiisplière individuelle- H>ei^^ $î »v>tt!^ j|\v>tt$ i^tt^wl Ihi^^er le soleil plus près ^ fivH^ <^ ^^>4$ cbj(^ji if«i>ii>c«i duB quinzième, nous «\\>c^ U ouTv^ o^ ON le $ja<on (4tts courte dans le môme fft^Hwrl. l> q«i f)à) x^w ki$ rlùmls du Nord sont plus fiuucb que \>^«\ d« S^ et aK«re aux premiers une ^uperîv^hte c\>«$lA»ie^ e<^ W «o«vement des eaux €^\kW$ dVtttre W$ Iiv>|^im«$^ qui, poossées vers l'ouest de rAfrk)ueel de I £ufv>|ie^ rettcoBtrenl la pointe proémÎDenle du ei\ntiiie«il de TABMnqiie Sod, et sont conduites dans le i^e du Hexique, d*où elles remontent Teis le nord par ua counni d^eM càaude bien connu, qui vi^t amêliorN' les climats de FEurope depuis la France et TAnglelerfe jusqu'à rislande, la Norw^ et le cap Nord. iWeiUaiieBt le courait tropical des eaux chaudes dans le Tiste océan PiBciOque est détourné par laNouvdle-flollande et les flesde la Sonde, et se dirige au nord le long des côtes orïentales de la Chine et du

Japon, pour venir donner à la Colombie et à la Californie un climat presque aussi avantageux que celui de l'Europe. Voilà ce qu'il ne faut cesser de répéter et sur quoi je vois que d'excellents compilateurs mét^rologiques ne sont pas assez avancés. C'est la cause et la seule cause de la supériorité des climats de notre hémisphère.

Le commencement de l'année moderne a été trèssagement placé au milieu de l'hiver, où les travaux de la campagne sont suspendus ou du moins ne donnent pas de récolte à recueillir. Autrement on aurait pu, dans les années précoces ou tardives, avoir deux récoltes dans une année et pas du tout dans lautre. Cet inconvénient existe tout entier pour les Européens établis dans l'autre hémisphère, par exemple au cap de Bonne- Espérance, en Australie, dans la Plata et au Chili. La première idée qui vient pour contenter tout le monde, c'est de choisir le commencement du printemps, qui est le même pour le monde entier ; mais cette saison , qui ne nous donne que des fleurs, est analogue à notre automne pour l'hémisphère sud, et les vignobles, du Cap pourraient parfois donner deux vendanges dans une année et pas de récolte pour l'année précédente ou suivante. De même le commencement du jour est trèsbien fixé au milieu de la nuit, où la vie populaire est moins active, autrement une affaire entamée à ii**45™ et finie à midi et demi aurait dû être enregistrée dans deux jours différents. Dans les sociétés où il y a un grand nombre de rigides observateurs des abstinences catholiques, au bal du mardi gras on prévient à 1 1 heures pour le souper les consciences timorées, et VI. . 10

on lour prononce le fameux hùc iisque Ucet qu'entendît CiV^nr prêt à passer le Kubicon. Gela veut dire en fViin^^aîs : Il est permis de manger de la viande jusqii'À minuit. Cette convenance est tellement dominante> que les astronomes, pour n'avoir pas à mettre dans deux jours différents les travaux de la même nuit, commencent le jour à midi , c'est-à-dire douze heures plus tard que le temps civil

VAnm^iairr du Bureau des longitudes vient de paraître avec une grande quantité de données précieuses pour Tastronomie, la géographie et la physique. La table de la force des marées, que les almanachs anglais s'obstinent à ne pas donner, est certainement fort utile; elle nous indique, pour le 8 mars prochain, une des plus fortes marées du siècle. Il y a dans l'Annuaire de cette année une bonne détermination de la direction et de Tinclinaison de Taiguille aimantée pour 1859. Ce travail est dû à M. Laugier. L'aiguille est restée à peu près stationnaire depuis un an. On est habitué à ces anomalies dans ses mouvements annuels, on sait qu'elle retient maintenant peu à peu vers le nord et qu'elle y pointera sans doute exactement en 1966.

Une sévère onde de froid , à la vérité de peu de durée, mais d'une grande intensité, a traversé la France et l'Europe au solstice dernier. Au bout de peu de jours la Seine était prise, et presque subitement la température est remontée de 20 degrés et de aS degrés à partir de i5 degrés au-dessous de la congélation. Après tant d'hivers tempérés, ce froid était une vraie calamité qui ne permettait pas, comme à l'ordinaire, de rire aux dépens des frileux.

Vois-tu trotter l'humain bipède,

Sans gants, sans manteau court ou Xotïq.

Contre ses maux son seul remè<fe,

C'est le gousset du pantalon.

Par un instinct digne d'éloge.

C'est là qu'adroitement il loge

Ses mains qu'outragerait le vent.

Vois, comme en rentrant dans son bouge,

Son dos est courbé, son nez rouge

Et son menton aussi, souvent!

Tels étaient les vers pseudo- romantiques que les classiques lançaient aux romantiques peu effrayés. Toutes ces grandes querelles, où sont-elles maintenant? Qui Ta emporté ? le monde littéraire et la société sontils définitivement classiques ou romantiques ? Ni Tun ni l'autre; ils ne sont rien du tout. Que vaut une pièce de théâtre ? Réponse positive : Elle vaut l'argent qu'elle rapporte à Fauteur ou au directeur du théâtre. Tout est là 1 Ce qui n'empêche pas que la crise de froid de décembre dernier ne soit complètement inexplicable.

On me demande pourquoi les jours d'égale longueur, à la fin de l'automne et au milieu de l'hiver, ne produisent pas le même effet fâcheux sur l'organisme. Il est possible que les jours croissant en durée , comme aujourd'hui , portent avec eux un principe vivifiant , électrique ou autre. Nous savons bien peu de choses sur les influences nerveuses des saisons. Provisoirement, j'inclinerais à penser que cet effet est tout moral, tt que l'attente du printemps est une perspective plus rassurante que celle de l'hiver. En un mot, ce que la

aïO ASTRONOMIE

fin de janvier a de plus que le commencement de décembre, c'est le grand mobile de la vie : Tespérance. Dans un de mes derniers articles, j'avais expliqué à mes lecteurs jirec soin et détails les présomptions que le calcul avait suggérées à M. Le Verrier relativement à une ou plusieurs planètes plus rapprochées du soleil que Mercure, et dont l'existence se trahissait par des perturbations que cette planète éprouvait d'une cause inconnue. Une de ces planètes a été observée par un médecin de provinc-e , ,M. Lescarbault, domicilié à Oi^ères (Eure-et-Loir). C'est là une de ces vocations instinctives et irrésistibles qui ne sont ni créées par la société, ni .encouragées par l'espoir de la renommée, ni rebutées par l'insuffisance des moyens 4'exécution. Quand M. Lescarbault était ici étudiant en médecine, avec une modeste pension de i5oo fr., il avait trouvé le moyen d'économiser là -dessus une lunette du prix de £00 fr. On a dit depuis longtemps que les gens passionnés ne mangeaient pas, mais cette passion n'était pas celle de la science. Casimir Delavigne parle d'un fonctionnaire qui, en faisant les affaires de l'État, n'avait pas oublié de faire les siennes :

n économisa vingt mille francs de rente * Avec son traitement qui n^était que de trente.

C'était avec son estomac que notre abeille aux instincts astronomiques économisait une excellente lunette qu'il a depuis installée sous un petit dôme tournant, en grande partie l'ouvrage de ses mains laborieuses; de plus, il écrit assez bizarrement ses observations ao crayon sur des planches en bois blanc, auxquelles un

coup de rabot rend la faculté de recevoir de nouvelles notes. Une planche de 2 à 3 centimètres d'épaisseur devient ainsi équivalente à une main entière de papier, et ces palimpsestes d'un nouveau genre ne retiennent rien de l'ancienne écriture. Ceci me rappelle le pro^ cédé expéditif par lequel en Norwége on règle le compte des ouvriers qui (Mit travaillé les planches qui nous viennent en si grand nombre. Le teneur de livres, après s'être entendu avec le man(3euvre, lui inscrit sur le dos à la craie ce qu'il doit réclamer au caissier. L'homme, avec sa créance, dont il ne peut ainsi altérer le montant, va tout de suite se la faire payer. Il reçoit son argent, et, suivant l'expression d'un voyageur témoin du fait, le caissier prend lui-même sa quittance avec une brosse. C'est sur une planche de bois blanc , gui heureusement n'avait pas été rabotée, que M. Le Verrier a retrouvé la première observation d'une planète considérable ayant environ à l'estime le quart du diamètre de Mercure, et bien plus importante qu'aucune des cinquante-sept petites planètes qui peuplent en nombre, mais non en poids, l'intervalle vide entre Mars et Jupiter. La planète de M. Lescarbault doit mettre environ trois semaines à fcire sa révolution autour du soleil, tandis que Mercure met trois mois. Elle est environ à un septième de la distance du centre du soleil à Mercure, et il est fort douteux qu'on puisse l'apercevoir autrement que dans ses passages devant le disque du soleil. L'observation avait devancé la publication des calculs de M. Le Verrier que j'ai fait connaître à mes lecteurs, et c'est un article du Cosmos qui a révélé à l'observateur séquestré du monde entier l'importanco

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ET MBTJBOBOLOGIE. 223

great cornet ) et aux astronomes qui s'en occupent qu'elle n'a plu3 que la présente année pour tout délai de comparution. Passé ce terme, elle sera déchue de tout titre de parenté avec celle qui fit abdiquer Charles-Quint, avec celle qui fit mourir le pape Urbain lY, enfin avec celle qui fit dévorer par les souris, dans la tour de l'île du Rhin, l'archevêque brigand de Mayence souillé de tous les crimes. Signification authentique et sans plus d'ajournement. Je dois dire qu en désespoir de cause, j'ai fait demander aux spiritistes si la comète reviendrait, oui ou non. Leur esprit Python ne m'a point envoyé de réponse satisfaisante.

Nous n'avons eu cette année qu'une seule petite planète, la cinquante-septième du groupe entre Mars et Jupiter. Le prix de Lalande a été accordé par l'Académie des Sciences à M. Luther, de l'observatoire municipal de Bilk, près Dusseldorffi, auteur de la découverte de cette planète, qui a reçu le nom de Mnémosyne. .

J'ai hâte d'arriver à M. Albert Montémont et à ses Lettres sur V Astronomie. Cest un livre instructif et amusant. L'auteur a su y mettre la littérature au service de la science, ou plutôt il l'a appelée comme auxiliaire pour introduire dans la société une étrangère peu façonnée aux susceptibilités de ceux qui craignent des notions trop arides. Pour parler le langage du temps où c»B livre agréable a paru pour la première fois, c'est la muse de la poésie présentant aux gens du monde sa sœur Uranie. Le succès des Lettres sur la Mythologie^ celui des Lettres sur la Physique^ qui a rapporté plus de cent mille francs à son auteur, avaient fait penser avec raison à l'auteur des Lettres sur P Astronomie que

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