VÊTEMENTS
Homère caractérise l'espèce humaine par la variété des sons de la voix : c'est pour lui l'espèce douée du langage. Pour Platon, l'homme, défini moins noblement, est un bipède sans plumes. Nos naturalistes modernes remarquent que, parmi les premières classes du règne animal, l'honmie seul a deux mains, et non pas quatre. C'est le seul bimane. Pour Franklin, c'est le seul animal qui sache se faire des outils. Je trouve dans Hésiode un vers remarquable où, parlant des Gyclopes comme d'ouvriers très-industrieux, il dit qu'ils avaient la force, racUuité, ei des outils pour travailler. Depuis Prométhée l'homme jouit exclusivement de l'art de faire du feu. Or, conuBO le premier besoin de tout être vivant est de se garantir des influences nuisibles des agents météorologiques, ce serait peut*étre une définition en* eore plus fondamentale que de désigner Thomme comme étant le seul animal qui sache se faire des vêtements.
Ce n'est pas que la Providence n'ait déployé une grande sagesse et une grande habileté dans la nature, la forme, la couleur et toutes les propriétés physiques des vêtements qu'elle a donnés aux animaux suivant la
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DES VÊTBMENTS. a55
Les bons conducteurs seront les habits frais pour l'été, et les mauvais conducteurs fourniront des habits chauds pour rhiver.
Les anciens philosophes ou rhéteurs ont exercé leur sagacité à savoir si, en faisant Thomme tout nu, la nature s'était conduite à son égard en mère ou en maràtre. Les uns trouvaient que les animaux avaient été traités plus favorablement que nous, puisqu'ils sont préservés des influences météorologiques par des plumes, des poils, des fourrures; les partisans de la thèsd contraire répondaient que si la nature n'avait pas donné de vêtements naturels à l'homme, elle avait voulu par là lui réserver la faculté de changer de vêtements suivant les convenances des saisons, des climats, des jours et même des heures, sans compter les emprunts que son intelligence, sa force et son industrie lui permettraient de faire aux animaux de toute espèce.
Laissant de côté l'autorité d'Aristote, de Sénèque et de Pline sur ces questions , qui ne sont plus guère de mode dans notre siècle positif, il est curieux de jeter un coup d'CBil d'c^pâi^mble sur la substance de nos vêtements divers, et de reconnaître combien la Providence a mis de soin et d'art pour habiller les êtres vivants d'un bout du monde à l'autre.
n n'est personne qui ne sache qu'un vêtement de toile de lin ou de chanvre laisse passer ou perdre la chaleur du corps plus vite qu'un vêtement de laine, de soie ou même d'étoffe de coton. On peut dire qu'il habille moins que tout autre tissu, qu'il isole moins celui qui en est enveloppé. D'Hèle arrivant au café Procope en nankin par un grand froid, tous les beaux esprits
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DES VÊTEMENTS. %5j
La soie, qui enveloppe un insecte dans une de ses transformations, habille un être vivant. De là sa plus grande propriété vêtissante.
La laine et les poils sont déjà de chauds vêtements. Plusieurs animaux, et notamment notre petit sous- tigre, le chat domestique, souffrent évidemment de la chaleur de leur vêtement pendant l'été. On le voit s'étendre sur le marbre et sur les pavés de stuc polis et frais.
Les précieuses fourrures des animaux du Nord, la martre, les renards de diverses couleurs, le vison du Canada, se classent naturellement parmi les corps les moins péné trahies à la chaleur qui tenterait de les traverser pour sortir du corps des animaux qui les portent ou du corps des hommes qui leur en ont fait un emprunt forcé.
n y a plus encore. Au milieu des contrées polaires pullulent des myriades d'oiseaux pêcheurs vêtus d'un duvet tellement isolant, qu'ils bravent les froids les plus intenses et qu'ils ont sous leurs plumes duvetées une chaleur de sang supérieure à celle des oiseaux de la région équatoriale. Le duvet du cygne et celui de l'eider d'Islande, dit édredon, sont à peu près imperméables à la chaleur et au froid.
Remarquons ici que la nature, indépendamment de la qualité particulière des fourrures et des plumes, a divisé ces vêtements naturels en petites parcelles qui font obstacle au passage de la chaleur, parce que celle-ci est obligée de sauter d'une fibre à l'autre. Le charbon pilé, le papier découpé en petites lanières, le sable sec, la cendre, sont par là même des' substances qui gardent assez bien la chaleur. Les pauvres petits ramoneurs, qui