‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiques (volume 4)Chapitre 7 sur 14 · J» » SI · texte numérisé non relu

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celui de l'illustre chancelier d'Angleterre Henri lord Brougham, qui est aussi membre de l'Institut de France. Son passage au pouvoir a été marqué par des traits de désintéressement auxquels ses adversaires mêmes ont rendu justice et dont l'effet utile a survécu au pouvoir du courageux réformateur. Il a fait ce que d'Âguesseau n'avait pas osé faire en France. La profonde connaissance des lois et la parole incisive du noble lord, son influence politique et son esprit tout français sont généralement appréciés. Mais ce que l'on sait beaucoup moins, c'est que lord Brougham est un mathématicien d'un ordre très-élevé, et que dans un âge déjà avancé il continue de cultiver avec succès les plus hautes connaissances mathématiques. On lui doit un commentaire sur le fameux et difficile ouvrage de Newton qui a pour titre : Principes de la philosophie naturelle. J'ai souvent fort étonné nos mathématiciens de profession en leur montrant l'ouvrage de lord Brougham éclaircissant par les formules de l'analyse moderne les théories que Newton lui-même indiquait comme devant peutêtre arrêter trop longtemps un lecteur même instruit en mathématiques. Comme dans les sciences le dramatique dont je parlais tout à l'heure ne ressort guère du fond du sujet lui-même, on est heureux quand ceux qui cultivent ces connaissances abstraites donnent matière à un intérêt un peu moins métaphysique. Je trouve cet avantage dans deux discours du noble lord qui viennent d'être traduits et publiés en français, l'un sur la littérature populaire, l'autre à l'occasion de l'inauguration de la statue élevée à Newton au lieu de sa naissance. Dans le discours sur la littérature populaire, lord Brou-

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gham combat cette assertion, qu'un peu de science est une chose dangereuse. Il remarque fort justement qu'il y a quelque chose de plus dangereux que ce peu de science : c'est beaucoup d'ignorance. Il cite ce vieux proverbe anglais : « Mieux vaut un demi-pain que pas de pain du tout. » On lui objecte que dans un demijour les pas sont mal assurés. Il répond : « Risque-t-on moins de trébucher dans une obscurité complète? » Il fait rénumération de toutes les publications utiles et à très-bon marché, dont lui et ses amis ont été les promoteurs, et il prouve que les classes inférieures de la société ont été puissamment moralisées par cette récréation intellectuelle fournie au peuple pour l'éloigner de l'ivrognerie et de l'abrutissement de la pensée. Les publications de la Société des connaissances utiles sont autant de chefs-d'œuvre dus aux premières plumes de l'Angleterre. Je crois qu'on peut dire que ces publications populaires ont été le point de départ de semblables productions en France et surtout en Amérique. En France, nos petites illustrations scientifiques ont, je pense, rendu le plus grand service à la diffusion de ces précieuses notions qui, d'après lord Brougham, ont encore l'avantage de détourner les esprits d'écrits dangereux à tous les points de vue de moralité, d'honneur et d'élévation de Tàme. L'utilité des journaux, dit le noble lord, est incalculable. Leur importance pour la législation, pour la justice et pour la police même est incontestable, et pour les droits et les intérêts ordinaires de la société leur valeur est inestimable Ceux

qui faisaient métier de vivre de scandale ont cessé d'être.

ET MÉTÉOROLOGIE. l8f

Cest à Grantham, où est né Newton, qu'une statue a été élevée par souscription. Lord Brougham était lo chef du comité de souscription, et de plus il avait le rare mérite d'être un commentateur des œuvres du grand homme de FAngleterre, pour ne pas dire du grand homme de Thumanité entière. Le discours de lord Brougham passe en revue tous les travaux de Newton ; mais il ne dissimule pas le mérite de ses prédécesseurs, auxquels il fait une part au moins assez forte. Le noble lord rend de môme justice, en connaisseur éclairé, aux successeurs de Newton : à Euler, à d'Âlembert, à Lagrange, à Laplace. La carrière de Newton fut longue et heureuse. L'estime et la vénération de ses contemporains devancèrent le jugement de la postérité. Une fortune honorable paya la dette du pays envers lui. Mille témoignages de considération lui furent prodigués. Mais je pense que sa plus grande récompense ce fut la conscience de la valeur de ses travaux. Après avoir créé l'instrument mathématique de ses recherches, il l'appliqua à la mécanique, à l'optique et au système du monde. Il vit la terre s'aplatir doublement et par sa rotation et par l'effet de l'aplatissement même influant sur la pesanteur; il pesa les planètes, il entrevit leurs perturbations mutuelles, il connut la cause du déplacement de réquateur et devina le balancement de l'axe de la terre; les inégalités de la lune lui furent expliquées, les marées cessèrent d'être un mystère, et le principe de l'attraction universelle, développé par ses successeurs, lui donne encore un droit de partage dans toutes les découvertes qui ont été faites à l'aide de cette révélation de son génie. Le premier il a su de hautes vérités,

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des mois privilégiés pour la douceur de la température et la salubrité. Pour nos ancêtres, c'était Tété de la Saint-Martin. Heureux ceux pour qui Tautomne de la vie ressemble à l'automne de l'année ! Cette saison, redoutée dans les pays chauds, est ici fort innocente. La statistique établit que les mois de printemps sont bien plus meurtriers que ceux où nous sommes. Une grande variété de teintes vient enrichir les paysages. Les rosées abondantes qui caractérisent l'automne aussi bien que le printemps font éclore dans le gazon une grande quantité de fleurs tardives. Les oiseaux, pourvus abondamment de nourriture par les graines et les baies des plantes et des arbustes, s'engraissent pour leur propre compte et pour celui de l'homme, qui, par le droit de la force et de l'intelligence, confisque la nature entière à son profit. Si Tété n'avait pas pour lui la récolte du blé, ses présents à notre race ne rivaliseraient pas avec ceux de l'automne. Il y a trente ans, je n'aurais pas manqué de nommer Gérés et Bacchus les deux divinités de ces deux saisons. Mais avec Bacchus la saison actuelle est encore sous les auspices de Pomone, le Bacchus de la Normandie et de l'Angleterre. Quant à la divinité des pommes de terre, la mythologie grecque est en défaut.

Un de mes amis m'engage à signaler aux esprits observateurs la grande quantité de précautions indus-r trieuses que la nature suggère aux plantes, aux insectes, aux animaux, pour se prémunir contre la saison rigoureuse qui succède à l'automne. Des provisions, des nids, des enveloppes, des retraites souterraines, des fourrures d'hiver, des diangements de couleur, des émigrations

ET MÉTÉOROLOGIE. l85

cîennes Études que je n'avais pas trouvé dans Galilée la mention que la lumière cendrée qui accompagne le soir le croissant de la nouvelle lune était moins brillante que la même lumière qui illumine le disque de la lune vieille à côté du croissant du matin. Une lettre d'il y a plus d'une année, écrite de Venise, m'indiqua mon erreur, et me cita la page et le passage des Dialogues où se trouvait l'assertion de Galilée. Le ton aimable et délicat de cet écrit aurait pu en faire deviner le sexe, même sans le dernier mot qui était : « Car je suis une dame. » Une lettre toute récente, mais non de la même main, me dit : « A quoi bon faire l'observation en Chine? La question est jugée. Tout est fait. » Oh ! non pas vraiment, et l'on va voir qu'il est indispensable de vérifier la présomption de Galilée de l'autre côté de l'Asie.

Je dis présomption, car ce grand homme ne se hasarde que timidement à affirmer que la lumière cendrée du matin est plus vive que celle du soir. Voici ses paroles : c Si je ne craignais pas, comme on dit, d'abonder dans mon sens, je dirais que j'ai observé que sur la lune cette lumière secondaire que je prétends lui venir du reflet du globe terrestre, est notablement plus claire deux ou trois jours avant la conjonction qu'après, c'està-dire quand nous la voyons avant l'aube dans l'orient que quand elle se voit le soir après le coucher du soleil à l'occident. La cause de cette différence est que l'hémisphère terrestre qui est opposé à la lune orientale a peu de mers et beaucoup de terre, car il comprend toute l'Asie, tandis que quand la lune est à l'occident, elle est en regard de très-grandes mers, savoir tout

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que la lumière cendrée du matin, que Galilée croit au contraire être la plus brillante, alors plus d'incertitude relativement aux illusions de Torgane et à la nature plus ou moins terne du sol lunaire oriental ou occidental, c'est bien le reflet de Tancien continent, Europe, Afrique, Asie, qui est plus illuminant que les mers occidentales pour nous et le nouveau monde au delà. Cette vérification est donc, je le répète, indispensable.

Donc, le lundi soir 26 septembre dernier, à 6 heures, je partis pour un voyage de quatre heures, et le lendemain matin, à 10 heures, je trouvai sur les quais de Caudebec une foule d'étrangers et d'indigènes qui attendaient ce qu'ils appellent le flot. Là dernière grande marée de la nouvelle lune d'août avaii fait bien du dégât sur le littoral, en sorte que ce n'était pas seulement l'amour du pittoresque qui éveillait l'intérêt des riverains. La belle habitation qui termine le quai en aval de Caudebec achevait de réparer une espèce de petit bastion en belvédère qui avait croulé précédem« ment sous l'eflbrt des eaux montant en cascade, en barre, en mascaret. On est là à vingt lieues de la mer, en suivant les détours du lit de la Seine, et l'on attribuait la force destructive du flot aux travaux d'endiguement exécutés vers l'embouchure du fleuve, quoique de pareilles destructions, ainsi que je l'ai dit, eussent déjà eu lieu longtemps avant ces travaux si gigantesques et si intelligents, lesquels ont déjà amélioré la navigation du fleuve, et diminué le temps que les navires mettent à remonter du Havre à Rouen. Pour ne pas l'oublier, je citerai le cas d'un propriétaire qui, pour

wy lisière (f exoeQeole Usm lîmititiplie de la Seine, entre Caodebec et Villeqnier, terre qui lui avait coûté moins de 10,000 francs d^aoquisîtîoa, s'est tu faroé à laire à trois reprises des empierrements protocknin qui loi ont coûté 40,000 francs, et que le mascaret go&tinoe à menacer d^une destmcticm procJiaine.

A rheare fixée, mardi matin 27 septenibre, par un beau calme el par un jour des plus paisibles, no brait lointain ^ qui se renforçait de mooient en moment, a annoncé renvahissement des eaux de rOcéafi, soulevées par la force occulte de la lune et du sotel agissant de concert. Je noterai ici pour les énidits que, dans Tadmirable description du mascaret qui dans Ilndtts culbuta la flotte d'Alexandre, la seule dramstance omise par Qninte-Corce, c^est le mgisserae&t des flots arri^-ants, cette voix des gnutdes eaax, coaune dit la Bible, qui annonce le mascaret bien avant qaoa raperroÎTe au milieu des sinuoâtés du cours du fleure. A son arrivée, il est impossible d'exprimer la confbsioQ des mâes qui se beurtent en tout sens sur les bords et ne milieu do Ut rempli subitemoit par les eaux, qui ne j^vftnt à quelle impulsion obéir. De grandes Tâgues se lirij^ent contre le quai, ei rappellent le Neptune d'Ho- «'•<*-'^ qui rhranlt la tare. Des coups d arrosoir dits r^u»^ mnm:t la crête d« vagues à plus de i5 mètres ^^ hjii:î^ar, et dépassent de moitié les petits phares de *• o**ir^ ;p.^îïiiBt desaj>é;âblement les curieux trop

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tantôt courant le long de la rive, tantôt se précipitant /ers la terre et y lançant des pierres du fond. C'est un :]uart d'heure de confusion inexprimable. Enfin le courant se détermine, et le fleuve, enflé des eaux qui abondent continuellement de la mer, remonte vers sa source avec plus de rapidité que les torrents ne descendent suivant leur pente naturelle. Cette comparaison est encore de Quinte-Curce.

Le soir du mardi, même spectacle, mais pendant la nuit, et une nuit sans lune, et par suite un effet moral encore plus grand produit sur les spectateurs. Au haut des marches de l'escalier d'un embarcadère, un Parisien, imprudent ami de la nature, attendait naïvement la venue du flot, croyant être à l'abri par sa distance au lit du fleuve et par la hauteur des gradins où il était assis, lorsque les cris d'avertissement de la foule le firent très-heureusement déguerpir à temps de la station où il s'était si malencontreusement guerpi, a Ma foi 1 disait-il, je l'ai échappé belle ! »

Pendant une lieue à partir de Caudebec, en descendant la Seine, la route suit le fleuve entre la plus belle et la plus pittoresque des falaises de Normandie et d'étroites prairies qui sont la fertilité même, et que le mascaret mine tous les mois. De beaux rideaux de peupliers, dont la terre est délayée sous les racines, s'apprêtent à s'ébattre dans l'eau et à disparaître avec la rive qui les porte. Je fis cette petite excursion le mercredi matin pour voir le mascaret à Villequier, où la rivière, peu profonde à cause du banc appelé la Traverse de Villequier, éprouve encore plus les coups du flot arrivant. Que ne suis-je peintre ou botaniste pour

igo ASTRONOMIE

décrire cette nature féerique ! A dioite, de grands rochers entassés dans toutes les positions les plus variées, un chaos de blocs gigantesques, témoins du soulèvement du continent par les forces primitives qui donnèrent à la terre sa surface d'aujourd'hui, de profondes fondrières richement boisées, des pentes arrondies et saillantes, plusieurs- étages d'assises cyclopéennes revêtues d'éboulements que la nature a semés d'arbres, d'arbustes et de plantes d'une incroyable vigueur et d'une variété d'espèces qui confond la mémoire, en même temps que de petits filets d'eau s'échappant çà et là, mêlent la végétation aquatique à la végétation terrestre. On y voit pêle-mêle le noyer, le frêne, l'orme, le chêne, l'if, le hêtre, le peuplier, le bouleau, l'acacia, le cerisier, l'érable, dans tout l'orgueil de leur haute stature, tandis que la charmille, le saule, le noisetier, le sureau, le lilas, le laurier, le sorbier, le troène, l'églantier, le figuier, l'aubépine, essayent d'égaler leurs concitoyens de plus grande taille en poussant des jets d'unjB ambition fabuleuse. Le lierre, la viorne, la ronce, le houblon et les autres plantes grimpantes mettent végétât ion sur végétation, et au-dessous mille plantes plus grandes que nature rivalisent avec les arbrisseaux des clôtures, comme ceux-ci essayent de rivaliser avec les grands arbres. L'angélique sauvage, le panais, l'ortie, le dahlia, le topinambour, la presle, l'hièble, les joncs, les roseaux, se disputent le sol et l'air. Le feuille de toute cette nature, ainsi que les fruits, les baies et les fleurs, sont d'une richesse de ton qui défie les couleurs de la peinture à l'huile.

Le gris de lin est bleu de lin ; la teinte pâle des épis

ET METEOROLOGIE 191

passe au jaune velouté de la topaze. Dans cet heureux (X)in de terre, à l'exposition du midi, plusieurs oiseaux passent l'hiver, tandis que dans d'autres localités moins favorisées ils sont forcés d'émigrer pendant la mauvaise saison. D'immenses rochers, tapissés de lierre maintenant en fleur, sont couverts d'abeilles actives qui font encore leurs provisions. La viorne elle-même, avec ses légers marabouts blancs, faute d'arbres, recouvre, comme le lierre, d'immenses rochers à croupe nue et arrondie. Hors la route, qui est unie comme une allée de jardin bien soigné, on ne trouverait pas un espace non occupé par une plante et où l'on pût placer une ]»èce de monnaie sans toucher à la verdure. La Bible nous représente le Créateur ordonnant à la terre de faire sortir de son sein des arbres et des plantes ayant en eux-mêmes la vie et des semences pour se reproduire, et la terre obéit. Ce miracle est perpétuel dans les anfractuosités de cette riche falaise et dans la fertile terre qui est au pied. Les graines se hâtent d'y éclore, les plantes d'y croître et d'y fleurir, les arbustes d'y lancer leurs branches en jets prodigieux, et les arbres d'atteindre par leur cime la falaise élevée, couronnée elle-même de la plantureuse bordure de la plaine supérieure. A gauche, s'étend le vaste lit de la Seine, et sur les grèves retentissait une fusillade continue contre les oiseaux du rivage. A l'horizon sont des falaises boisées et des lointains d'un indigo violacé d'une richesse inexprimable.

En suivant cette belle route ou plutôt cette allée de

jardin anglais, je vis en plusieurs endroits des pierres

' confusément éparses sur le gravier uni du chemin. On

eût cru qu'elles provenaient cl*une roche éclatée en pièces, si l'escarpement rocheux n'en eût été éloigné. C'étaient encore là des empierrements du rivage que le flot avait disloqués et lancés sur la route, et même quelquefois par-dessus des haies ou des parapets peu élevés. De grandes barques, solidement enchaînées, avaient élé soulevées et reportées sur la prairie : c'étaient, selon l'expression de Quinte-Curce, des naufrages en pleine terre et l'Océan en pleine rivière. In sicco naufragiay in amni mare. La prairie ellemême, délayée et minée par en dessous, s'était écroulée en plusieurs endroits et s'était dissoute en limon, laissant ses arbres abattus plonger de la tête dans le courant destructeur.

A Villequier, je trouvai l'élite de nos ingénieurs et plusieurs sommités administratives, législatives, et je pourrais même dire théologiques, qui venaient admirer le phénomène grandiose, en étudier les effets, et, ce qiii est plus philanthrope, qui apprenaient à combattre le fléau dévastateur. Qu'il me soit permis de nommer l'ingénieur en chef, M. Ëmery, un de mes anciens élèves, qui a bien voulu garder un souvenir du collège, et M. Delamaire, l'un de nos législateurs les plus éclairés et les plus zélés à faire valoir les réclamations des riverains maltraités par le mascaret. J'ai déjà dit que dans une société faible l'homme courbe la tête devant les forces de la nature et se résigne à la fatalité ; mais dans une société puissante par sa population, par ses capitaux, par son administration, par la science de ses agents, par l'activité vigilante du souverain, on étudie le mal, on y porte le remède, et l'art a ses miracles

ET MÉTÉOBOLOGIB. IQS

c(mune la nature. Aide-toi, le ciel t'aidera. Voilà le tableau qu'offrait la plage de Villequier au moment où Ton étudiait la future préservation de ces rives fertiles. Le même jour, un chef supérieur encore arrivait de Paris^, et le lendemain les riverains devaient porter leurs réclamations, leurs demandes de constructions et leurs craintes de désastres ultérieurs, devant les autorités scientifiques et administratives compétentes. Quatre heures et demie de route me transportèrent du lieu de cette scène de science pratique au lieu de la science contemplative qui met en réserve ses découvertes théoriques pour les utiliser ensuite suivant les lieux, les accidents de la nature et le temps où elles peuvent passer à l'état de fructueuses applications. Partout où il y a un besoin, la France a une capacité pour y suffire.

On cite ce mot de Pascal, que les rivières ont l'avan* tage d'être des chemins qui marchent tout seuls : c'est très-vrai pour la flottaison descendante, mais c'est l'opposé pour en remonter le cours. J'ai lu autrefois dans un vieux chroniqueur normand l'éloge de la Sein(^ inférieure, comme étant très-favorable au commerce par ses marées, qui font aller le fleuve, tantôt vers la mer, tantôt vers sa source. Cet éloge peut s'appliquer à toutes les rivières où la marée remonte assez haut. Ces cheminft-là marchent réellement dans les deux sens à des heures réglées. Depuis les travaux de la basse Seine, la navigation remontante a beaucoup gagné, et la marée, qui s'arrêtait autrefois à Pontrde-l'Arche, arrive maintenant un peu au-dessus de cette localité. Les travaux de la Tamise et de la Glyde en Angleterre ont produit les mêmes avantages.

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