‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs ..., Volume 5Chapitre 13 sur 17 · II · texte numérisé non relu

II

QoeMions du pubBo. — Hiver» ofcjeti du domaiiie de l'Astronomie. — Ites marées.

Me voilà tort embarrassé poujr répondre à toutes les questions qui me sont adressées. Sans doute , me dit-on (ou m'écht-on), vous allez incessamment parler des étoiles, des planètes, de la lune, du calendrier, de» marées, des écljpses, des comètes, des étoiles filantes? Qu'e$t-ce que c'est que la^ mé-té-o-ro:logie? Quelles planètes , quelles étoiles le9 hommes iront-ils habiter dans la. vie qui suivra Celle-ci? Quel temps fera-t-il l'an prochain? Parlez-nous des courants chauds et froidd de la mer, dés v^ts dominants, des saisons, 4es glaces polaires! Nbtre climat va-t-ïl en s'améliorant ou en se détériorant? Pourrons-nous quelque jour -aller daps la lune? Communiquerons-nous avec les habi|;ants de Mars, de Vénus, de Jupiter? Croyez-vous qu'ils atent autant d'esprit que nou^"? Je voudrais acheter un iéles* cope et avoir une instruction pour m'en servir. Faites-

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nous une astronomie populaire où i] y ait la raison de tout exposée intelligiblement pour tous les lecteurs. Puis des conseillers intéressés. Monsieur, j'ai un système à la fois physique, métaphysique, philosophique et théologique qui explique tout. Voulez-vous bien Texposer à vos lecteurs? IKcomprend comme accessoires 1^ quadrature (lu cercle, la trisection de Tangle, la direction des aérostats et l'extinction de la pauvreté. Monsieur, J'ai un plan pour faire un pont de France en Angleterre porté enTair sur des ballons captifs (historique)"; puis un, deux-, trois, dix mouvements perpétuels qui donneront le travail pouf rien !* •

Les étoiles filantes d'août, qui se montjrént en quantité plus qu'ordinaire vers le lo de ce mois, et que le public appelait autrefois les larmes (le saint Laurent, n'ont pas fait défaut aux observateurs. L'infatigable M. Coulvier-Gravier, qui depuis plusieurs années enregistre chaque nuit claire leui* nombre, 'leur éclat, la direction qu'elles suivent, a été suréveiHék cette époque. Il en a vu un nombre, extraordinanse. Le directeur de l'Observatoire impérial , qui , cbmme on sait-, donne une attention ^écialeaux phénomènes de météorologie, a placé des astronomes munis de moyens précis d'observation à des stations convenables et suffisamment éloignée^, et il a pu mesurer la distance de ces mé-, téores. Son travail, anhoncé à l'Institut, n'a point encore été publié définitivement. Sans entrer dans des détails qui exigeraient un article spécial , nous dirons que les petits corps qui brûlent ainsi au sommet des aifs sont des résidus de la création , de minimes planéticules qui n^ont point été ramassées dans les grandes -

agglomérations qui ont foctiié la terre et les autres planètes. Cçs petits corpg cfrculent indépendants dans l'espace célesfè, loti. ils tracent ps^r leur ensemble une sorte d'anneau que Ciiladni appelle très-pittor^uement de la matière chaotique. Deux fois par Sin , vers le - 10 août et vers le'iti novembre, la terre, par son mouyement légèrement excentrique autour du soleil, vient donner tête baissée dans ce troupeau innocent de petits corps qui suivaient paisiblement leur route circulaire. Alors son àtti^iction les appelle à nous, l'atmosphère qui tourne avec la terre le^ froisse et les enflamme. Un. grand nombre brûle* à la limite de notre mer aérienne , à 60 kilomètres aundes^us des plaines et des mers. Quelques-uns ne brûlent pas totalement et déposent des résidus analogues à ce qui restQ des substances, -combustibles ou non j.qui'oill passé par le feu. Maiis quand ces masses étrangères à la terce sont plus volumineuses et offrent ilhe résistance insurmiontable à leur combustion , alors il tombe de véritables pluies de pierres. PHiit lapidibus^ il a plti des pierres, disaient les Romains, toiljours prêts à faire des expiations pour les phéjioinènes météorologiques'. J'ai recueilli* cinq ou six ca» historiques où la chute de pareilles pierreâ a été fatale à des hommes. Dans le seizième siècle , un franciscain fut tué à Milan par 4in aérolithe que malheureusement on n'a point conservé. Comme à cette époque le Vésuve et l'Etna n'étaient point en. paroxysme d'éruption, on alla chercher •théoriqueïnènt la cause delà chute de cette' pierre jusqu'en Islahde, et rHécla fut déclaré coupable de ce meurtr^. 0r il gérait aussi impossible 4e faire' traverser, même à un boulet de ca-

non , une 8Î grande étendue d'air qite de faire passer uff volant emplumé au travers d'un mur. Nos bombes et nos boulets, qui devraient atteindre douze à quinze lieues de 4 kilomètres, ne portent au plus qu'à 5 kilomètres. Voilà ce que dit la mécanique, science toute mathématique, c'est-à-dire infaillible. On a vu, mais rarement*, de gros aéroHthes, des bpl^des puissants, lutter contre l'obstacle de l'atmosphère et se dégager de la terre pour rentrer daùs les espaces célestes. Tel fut celui de Weston, dans le Gpnnecticut^ qui canonqa de fragments pierreux toute une ligne de contrée américaine, à peu près comme une pierre éclate au feu, mais qui ne put $tre amené à terre par VeQet combiné de la pesanteur et de la résistance de l'air. En un mot , ce bolide en 'réchappa. Il n'en a pas été 4e même de bien d'autres quer Ton trouve dans des localités où ils sont tout ^ fait étrangeis par leur nature. En 1804, à l'Aigle, en Normandie, plusieurs milliers de pierres tombèrent au milieu d'un jour serein. Comme ces chutes de piej'rps sqnt acco^pagi^ées d'explosions retentissantes, le peuple a pris ce bruit pouf du tonnerre et il en a .conclu que quelquefois le tonnerre tombe en pierre. Les Anciens faisaient grande attention à ces pierres de foudre. Il n'y a paô de doute que les boucliers sacrés de Rome, le^ancilia tombés du ciel, n'eussent la même origine.-. Ces boucliers ou plutôt 6e bouclier était un aérolithe. C'est de ce talisman de la ville de Rome que parle'Virgile quand il dit :

Et lapsa ancilia cœlo.

Nos romanciers , qui sont souvent embarrassés pour

punir la perversité et faire trioraptier !a vertu , ont ici un moyen simple de 9e tirer d'affaire : qu'un immense bolide rocheux tombe sur le méchant et Técrase dans «on palais, et qu'un bolide d'or non moins volumineux vienne en rebondissant se placer paisiblement à la porte de la chaumière occupée par la vertu pauvre et opprimée.

Les «himistes , qui ne trouvent dans la' nature entière qu'une soixantaine de substances distinctes , dont les trois qu^ts au moins n'y sont qu'en minime quantité, avaient espéré que les bolides ]eur amèneraient des matières^nouvelles. Cet espoir a été déçu. Les petits <;orps qui donnent les étoiles filantes 'et les pierres atmosphériques ont été formés dans la même région du oiel que notre terre', et sont d'une composition semblable. £n voilà assez poUr aujourd'hui là-dessus*. Ajournons les étoiles filantes au 12 novembre prochain.

Un câble conducteur qui transtnet par l'électricité les dépêches télégraphiques est un véritable appareil astron(Aniqijue qui peut aussi transmettre l'heure et donne'i^ par suite la longitude des diverses localités terrestres. Le chef-<i'œuvre:des temps modernes en\ce genre a été la jonction récente des Observatoire^ de Londres et de Paris, ^par MM. Airy et Le Verrier.. Tous les points de France vont bientôt être rigoureusement déterminés ])ar de pareils procédés dont nous donnerons le détail. L'Obsenatoire et le Dépôt de la Ouerre concourent à ce beau traivail sous la direction de ^IM. Le Verrier et Rozet.

L'aspect du ciel en septembre sera à peu près le même ^ue le mois detnier. Vers minuit la Grande- Ourse est sous le pôle et semble marcher sur la terre

suivie de la brillante étoile *Ârcturus, de la cons|^ltatioa du BQUvier. Dans la région du midi et de Tocçident sont les tristes constellations du Capricorne,' du Verseau et des Poissons, qui n'offrent point 4'étoiles re; marquables. C'est dans cette dernière constellation que Jupiter brille OFgueilleusement en effaçant toutes^ les étoiles, même cejles de première grandeur; il est fort remarqué en province , et il a été pris pour ui^e comète , chose à quoi il ne ressemble guèii3. Du côté deTorient, les belles constellations d'hfver commencent à monter vers la fiQi de la nuit. <ur nos têtes sont Je Crgne, l'Aigle et la I^re, et plus Vers Topiént la Chèvre, brillante étoile du Cochei;. Les Pléiades sont déjà assez élevées à onze fieures du soir. Enfîn, en prenant toujpurs à «droite, on trouve Andromècfe avec sa fameuse: nébuleuse et l'étoile double colorée fortement-en b}eu* qui accompagne Ja brûlante de son pied.

Un tremblement de terré vient de se faire sentir dans l'Afrique française. Le mouvement a été ^e plys en'plus. violent à mcfeuré* qu'il s'est propagé. vers l'est, et sUr le littoral, de la province de Constautina les maisons et lés édifices ont été renversés. On $q demande d'où vient si peu d^ solidité dans cetje vaste masse à la surface de laquelle rampe fièrement le genre humain.

€'est que la croÀte%superfîcielle de notre planète est formée de moineaux mal équilibrés et mal ressoudés* par de la lave solidifiée, 'à peu près comme dans un lac creux les glaçon* s'euitassent irrégulièrement et chevauchent les uns sur.les autres, mal réunis par l'eau qui s'est congelée de nouveau ^l'enteur. De là des Rechutes et des crâi^uements qui dans les mers polaires,

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oat lieu sur une échelle formidable. L'état de choses actuel pour notre globe .n'est que la suite et la, continuation de révolutions physique antérieures, comme nos espèces actuelles ont été précédées d'autres espèces qui ont ou qui n'ont pas survécu aux catastrophes successives qui ont changé la face du monde ; mate ce sujet demanderait des développements*qi*'il faut renvoyer à un autre«temps. Qu'il nous suffise aujourd'hui de répéter que notre France, est de tous 'les pèys du monde le mieux équilibré, le mieux établi sur le nDyau central de la matière fondue et incandescente qui constitue notre globe, et celui où Ton éprouve le moins de ces désastreuses crises mécaniques de la' nature. A ce .prd^ pos je veux consigner ici que Tannée dernière les habi* tants de Lisbonne ont été. fort inquiets; ils craignaient en i855 les désastres de i755, comme, si la nature calculait par siècles, ainsi» que les. hommes, avec le calendrier de Jules Cés£\r rectiû.é par le pape Grégoire XIII, ./ . . .• . .

Je viens à l'objet. favori de mon article, les marées de septembre. La lune, quan^ elle est sur nos têtes, exerce son attrâ/^tion plus fortement sur l^s objets terrestres que sur le noyau de la terre, et elle diminue légèrement le poids^des corps. Cet effet est insensible aux instruments les .plus délicats. Pour .un homme de forte taille, la diminution du. poids ne va pas à beaucoup près à la moitié (Ju poids d'un gr^in de blé; mais enfin cette action lunaire, s'étendant sur la vaste surface des opéans et venant se Concentrer dans les golfes et les espaces resserr;és de oos détroits peu profonds, produit dea mouvements considérables , surtout si on

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les compare aux petites masses que l'homme avec tous ses auxiliaires mécaniques peut mettre en mouvement. La masse qui , dans les marées d'équinoxe , remplit subitement le vaste bassin de la Seine sur une largeur de dix kilomètres et sur une' profondeur de cinq à six mètres., est vraiment prodigieuse, surtout quand on voit à Quillebœuf cette mer envahissante courir vers la so«n*e du fleuve avec la rapidité d*un toitent impétueux. C'est *lô i4 de ce mois que la pleine lune nous am^iera une marée de 114 tiegrés, tandis qT\e le numéro des fortes marées ordinaires n'est que de joo. Une particularité curieuse s'observe à Quillebœuf et dans les petits ports qui sont situés plus haut en remontant la S^ine vers Roiien*. C'est que la marée , au lieu de monter paisiblement et par lames successives , se précipite en cascade destructive de plusieurs mètres de hauteur, occasionnant la pe^te des navires et attaquant même le sol, dont elle fait disparaftre successivement de grandies étendues très-fertiles. Les riverains désignent ces terres sous le nom très-bien approprié de prairies en fonte. C'est le 1 4 de cemois , à 2** 17^ , que ^ l'on aurapleine lune. La plus forte marée aura lieu le 1 6 au matin ; c*'est donc le soir du lundi 1 5 septembre , le matjn et le soir du lendemain mardi que la mer,$ousrinfluence mathématique dû soleil et de la lune , exécutera ses plus étonnantes évolutions. Â QuiUd^œuf , cVstvers 8 heures du matin ou du soir qu'arrive le flot subit tant de fbis dessiné et qui porte le nom ùe barré de flot. C'est un phénomène grandiosi^ au milieu d'une nature non moins imposante. Le nom général est mascaret. Dans la Dor* dogne, près de Saint-André-ide-Cubsac et sur les plages

du mont Saint-Michel près d'Avranches, les mêmes mouvements subits de la mer arrivante se font sentir et font courir des dangers à ceux qui ne sont pas sur leurs gardes. Il est remarquable que ce beau spectacle n'ait été célèbre que fort tard , à l'embouchure de la Seine, tout près. de Paris, tandis qu'oiï le connaissait depuis longtemps dans TAmazone, dans le Gange et même dans quelques rivières d'Angleterre. Il est trèssensible sur la côte de Bombay, et il se produit dans des piarages où il n'y a point de rivières ; ce n'est donc point à l'obstacle du courant qu'il faut l'attribuer. Au reste , j'ai eu la constance d'aller l'observer pendant plus d'un quart de siècle à Quillebœuf , à Aizier et dans toutes Les localités voisines, et j'en ai enfin trouvé la cause mécanique, qui consiste dans le retard que les ondes et lès vagues éprouvent quand elles arrivent dans une eau moins profonde, ce qui fait que les lames an- . térieures sont gagnées de vitesse par les lames qui les suivent et ^ui, passant par-dessus , forment ainsi parfois une cascade effrayante. Le nombre des bâtiments perdus à Quiileboeuf avant les remorqueurs est incalculable. On voyait autrefois de touô côtés s'élever du fond dé la rivièFO les tristes mâts des navires coulés par la barre. Je n'ai jamais pu déterminer les pilotes de Quillebœuf, les plus hardis marins du monde, à me mettre dans une embarcation pour, y attendre l'arrivée du flot. Ils craignaient, disaient-ils, non pas seulement d'être enfoncés sous l'eau, mais bien ensevelis dans la vase épaisse que remue l'arrivée de l'Océan. Les lecteurs pourront voir dans Quinte-Curce le récit pittoresque des effets d'une barre ou mascaret qui culbuta la flotte

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d'Alexandre quand il descendait Tlndus. On dirait cette description écrite vers rembouchure de la Seine, audessus de Quillebœuf. La barre, quoique bien affaiblie, se fait encore sentir près de Rouen , et j'ai' vu autrefois une prairie en fonte en face de la Bouille , au-dessous de la belle capitale de la Nprmandie. Bernardin de Saint-Pierre est le premier auteur qui ait décrit ce beau phénomène. Je dois dire que Tannée dernière un père de famille, sur l'annonce que j'avais faite, avait conduit ses enfants sur les bords de l'Océan pour voir le mascaret; mais il avait jugé à propos d'aller s'établir à Dieppe, où il n'y a jamais eu barre de flot. B se plaignait à moi de son désappointement dont il me reur dait responsable ; à quoi je lui répondis qu'il ne devait pas plus s'étonner de n'avoir* point vu de mascaret à Pieppe qu'il ne s'étonnerait en e^itrant au théâtre du Vaudeville de n'y point voir rejprésenter Phèdre ou Jihalie.

Le ai septembre, Mercuce, rarement visible , atteindra le soir sa plus grande élongation du soleil. Il se couchera à six' heurtes, une. demi-heure environ après le soleil. Avis à ceux qui ont une bonne vue. On dit que Copernic, à Thom, n'a jamais pu voir cette planète. Vénus se couche à peu près à la même heure .que Mercure ; Mars , de huit heures et demie à neuf heures. Saturne est visible le matin et se lève vers minuit dans le commencement de ce mois. La lune sera en premier quartier le 7, et c'est maintenant que l'on voit très-bien les moatagnes et les cratères de notre satellite, avec les ombres qu'ils projettent et les pics isolés qui sont illuminés avant les plaines, et qui semblent des points

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brillants détachés du corps de la lune* La pleine lune sera le i4, le dernier quartiw le 21, et la nouvelle lune le 29. J'ai déjà dit que Jupiter avait quatre lunes ou satellites, et d'après une très-belle loi découverte par Laplace, notre Newton français, les choses sont arrangées de façon qu'il y a toujours sur cette planète clair d'un des trois premiers satellites. Les marins sur les océans de Jupiter ont beau jeu à prendre leur longitude avec ces nombreuses lunes qui vont très-vite dans le ciel , tandis que sur notre terre nous sommes obligés de nous servir de notre paresseuse et unique lune , qui fait le tour du ciel seulement en un mois , tandis que le premier satellite de Jupiter ne met que quarante-deux heures à parcourir la même route céleste. Au reste, la détermination des longitudes par la lune est un des plus beaux présents que la science ait faits à la société vers le commencement de ce siècle ou vers la fin du siècle. dernier. Le 17 de ce mois, à onze heures quarante-trois minutes, une petite étoile de sixième grandeur du Bélier sera éclipsée, ou, comme on dit, occultée par la lune; l'étoile reparaîtra à vingtcinq minutes après minuit , et dans tout ce mois il n'y aura pas d'autre occultation visible en France. Quant à l'éclipsé de soleil, à la nouvelle lune du 29 septembre, elle ne sera même pas visible en Europe.

Point de nouvelles encore de la comète de i856 et de 1264, qui doit reparaître en i858, ou plutôt de i856à 1860; maià le délai mathématique est bien loin d'être expiré. Le spirituel rédacteur du Clummri, que je n'ai pas l'honneur de connaître, mais qui a toutes mes sympathies, à cause du tendre intérêt qu'il té-

moigne aux comètes en général et à celle de i858 en particulier, me prévient très-obligeamment du risque que je cours à surexciter Vattention publique çur cette comète. Suivant ses expressions, si la comète ne revient pas d'ici à quatre ans , la foule exaspérée pourrait bien faire un mauvais parti à M* Babinet. Je le remercie de ces utiles avis, et je les prends en sérieuse considération. Les Romains , gens les plus stupidement superstitieux qu'on puisse imaginer, condamnèrent à mort des aruspices qui avaient mal placé une statue par rapport à l'ombre d'un s certain édifice qui, à une certaine heure , serait tombée sur ladite statue. Je n'ai pas grande tendresse pour les aruspices anciens ou modernes, mais enfin le jugement me paraît un peu sévère. Je prie donc le Charivari et ses nombreux lecteurs de me garder le secret, et alors je leur déclare que vers la fin de 1860 je quitterai incognito la France si la comète de Charles-Quint n'est pas de retour à cette époque. Je me retirerai en Amérique , à moins que les Etats-Unis ne se soient mis à l'unisson de la France , car alors gare la loi de Lynch !

(5 septembre 1 856.)

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lies éeli|Mes. — Installation d'oae oonMpondanoe nétéorologîqae entre l'Obtervatoiie de 9am et tons let tMiints de la Franoe.

Dans les éphémérides d'octobre , c*est la lune qui occupe le premier rang. Depuis le commencement de ce mois, on la voit chaque soir de plus en plusi élevée dans le ciel et roulant vers l'orient au travers des constellations du zodiaque, en s'éloignant de plus. en plus du soleil. Elle arrivera au point du ciel opposé à cet astre le lundi i3 octobre, à onze heures huit minutes du soir : elle se trouvera donc dans la r^ion où la terre projette son ombre , et traversera cette ombre en subissant une éclipse qui sera presque totale , car il y aura à peine un centième du disque lunaire- non plongé dans l'ombre de la terre. Il semblerait qu'à chaque pleine lune il devrait y avoir une éclipse pareille; mais comme la lune décrit un cercle légèrement oblique à celui de la terre, elle passe la plupart du temps au^ dessus ou au-dessous de l'ombre de celle-ci, et elle évite par là la perte momentanée de lumière qui aura lieu dans la nuit du i3 au 14 octobre. La rareté des éclipses soit de soleil , soit de lune , visibles en France depuis quelques années , fait de cette éclipse une sorte de rareté astronomique- à laquelle on fera plus attention que dans, un autre temps où il n'y aurait pas, comme aujourd'hui, disette d'éclipsés visibles en Europe. Mais, à partir de la belle éclipse de soleil du

ÔO ASTRONOMIE

i5 mars i858 , les amateurs seront favorisés d'un grand nombre de ces beaux spectacles célestes.

Voici, en prenant la terre entière, et non une localité restreinte, le nombre des éclipses qui se produisent tant pour le soleil que pour la lune. Les compilateurs d'ouvrages élémentaires ont rarement transcrit ces données de la science.

Pendant une période de dix-huit ans il y a en moyenne soixante-dix éclipses, savoir : vingt-neuf de lune et quarante et une de soleil. C'est environ quatre par an.

Il ne peut y avoir plus de trois éclipses de lune dans une année, ni moins de deux éclipses de soleil. . Il ne peut y avoir en tout plus de sept éclipses ni moins de deux. D'où il suit que quand il n'y en a que deux , ce sont deux éclipses de soleil ; de plus , quand il y a sept éclipses, il s'en trouve cinq de soleil et deux de lune. Quoique le nombre des éclipses de soleil soit presque le double du nombre des éclipses de lune , il y a beaucoup moins de personnes qui aperçoivent celles de soleil, car la lune ne cache le soleil qu'à une trèspetite partie des habitants de la terre ,* tandis que quand le disque de la lune vient à perdre sa lumière, tous les hommes qui peuplent la moitié de la terre qui a la lune visible sur l'horizon sont témoins de ce subit affaiblissement d'éclat de la lune dans son plein. Pour représenter cette différence d'effets, imaginez que dans une vaste salle de réunion on place une des lampes avec son globe dépoli sur une table au milieu de l'assemblée et qu'une personne circule autour de cette table. Elle cachera la lampe successivement à plusieurs des assistants; mais si l'on supprime tout à fait la lumière du

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globe dépoli en abaissant la mèche, le phénomène d'obscurité se produira pour toutes les personnes du salon. L'expérience est d'une dame qui le matin avait assisté au cours d'astronomie que l'illustre Ârago faisait à rObservatoire et qui était poussée à bout par les objections d'un contradicteur plus éloquent qu'elle.

Nous dirons encore que dans les éclipses de lune il arrive rarement que cet as^re disparaisse tout à fait. L'illumination de l'atmosphère, et sans doute aussicette propriété que possède la lumière de s'infléchir dans rond)re et qu'on appelle diffraction , peuvent et doivent faire parvenir quelques rayon» brisés dans l'ombre de la terre. La couleur tristement rougeâtre de ces rayons indirects est loin de donner à Fastre éclipsé une couleur agréable à l'œiL L'observation des teintes dô la. lune éclipsée* est plutôt du domaine de la phy- «(fae'que de celui de l'astronomie. La lune fait ici l'of-' fice (jliïn grand, écran qui reçoit et rend sensibles les ray!bns Téfracté? ovi dîffractés. Gomme les rayons le» pllts diffracbés sont Ijbs rouges, je pencherais à croire que ce sont cettx-là.qui illuminent 'lisi lune éclipsée , tandis que «i c^étaientiles rayons réfraciésp^r l'atmosphère, ce serait le bleii.qui devrait dominer:- dur l'écran céleste» A cela oÀ me répond qu^çn ti^ViQrsant l'atmosphère -la luihière. perd par rateorptiQii'.<|e t'air la plus grande partie des jnayens qui nid sont jiafi Iq rouge et l'orangé.' Pour ^résoudre la quiàsdpn, Vil; faudrait des mesures d'intensité qui sont d'une diffic\iké.tr^rande et dont la théorie ^t d'ailleurs l'une des plu^épineuses entre toutes celles de* l'optique modern<|. Parmi la bril** lante élite desj^eunfô physiciens quias^genVles porte»

de l'Institut, il en est plusieurs qui seraient parfaitement en état de fixer la science sur* ce point délicat ; mais on peut remarquer que toutes les recherches qui se basent sur deux sciences distinctes sont toujours les dernières à progresser. Ce besoin de capacités diverses a été bien senti par lé directeur actifel de TObservatoire, qui, pour la physique et la météorologie, a pris dans MM. Foucault et Liais deux collaborateurs de premier mérite. Au reste , les calculs relatifs à la quantité de lumière dîffractée dans l'ombre de la terre sont d'une difficulté* tout à fait exceptionnelle à cause âe la grande dimension apparente du corps éclairant qui est ici le soleil tout entier^- et non pas un simple point lumineui, comme dans toutes les expériences exécutées et calculées jusqu'ici.

Pour compenser le sérieux peut-être un peu trop sévère de ce qui précède, abordons Thistorique des éclipses de lune. Nous en avons qui ont été observées par les Chaldéens, à Babylone, sept cent vingt ans avant notre ère. Ce sont de vénérables monuments de la science astronomique, et c'e^t au moyen de ces éclipses que le célèbre Halley, le parrain de la comète qui aida à la conquête de l'Angleterre , déduisit que la lune allait continuellement en se rapprochant de nous. Quant à sa chute définitive sur la terfe, Laplace, notre Newton français, a prouvé la puissance de l'analyse mathématique en démontrant que ce rapprochement de la lune avait des limites assez peu étendues, et que ce satellite, après s'être un peu rapproché de nous pendant un grand nombre de siècles /s'en éloignerait ensuite , parce que la cause qui produit ce rapproché-

ment n'est nullement permanente. Gomme c'est un des points sur lesquels le public éclairé m'a demandé le plus de renseignements , j'y reviendrai dans un autre temps; en général, tout a été coordonné dans le système du monde pour une très-grande -stabilité , et toutes les perturbations y sont à la fois et petites et non per^ manenteSy et alternant périodiquement autour d'une position moyenne qui est d'une inaltérable fixité en grandeur et en durée.

Le i^** mars i5o4 , Gbristopbe Colomb était à la Ja-^ maïque , où les naturels refusaient de pourvoir à l'approvisionnement de l'expédition. On dit, et lui-même rapporte qu'il les menaça de l'extinction de la lumière de la lune s'ils persistaient dans leur refus. Le grand navigateur savait c^e ce soir-là il devait y avoir une éclipse de lune. Il obtint ainsi toutes les provisions dont il manquait. Se» assertions ont été contrôlées par la science moderbe et avec les tables perfectionnées de la lune que nous possédons depuis peu d'années. La mi^me éclipse fut observée à Ulm par StoiQer, et à Nuremberg par Bernard Walther; elle commença à la Jamaïque vers six heures du soir. Toutes les circonstances indiquées par le calcul rétrospectif s'accordent parfois tement avec la description que donne Colomb de ce phénomène astronomique.

L'éclipsé du lundi 1 3 octobre 1 856 commencera le soir à neuf heures trente minutes et demie , temps moyen de Paris; le milieu de l'éclipsé aura lieu à onze heures trois minutes et demie. Ce sera le moment où la plus grande partie de la lune sera dans l'ombre; il n'en restera qu'un demi-centième environ qui ne sera point

plongé dans Tombre de la terre. La fin aura lieu à trente-six minutes et demie après minuit. On sera alors au mardi 14. Notez ici qu'ayant d'entrer dans l'ombre totale de la terre, la lune pénétrera dais un espace qui ne sera que partiellement obscur et qui ne sera qu'à demi abrité de la lumière directe du soleil. Une impression légère se fera donc sur la lune avant le commencement de l'éclipsé calculée pour l'ombre complète. Ainsi, une heure avant le commencement an* nonce ci-dessus et une heure après la sortie de l'ombre totale, on apercevra quelques traces du phénomène. Les anciens astronomes avaient déjà remarqué que la rondeur de la terre et son isolement dans l'espace étaient rendus senâbles dans les éclipses de lune par la forme circulaire de l'ombre de notre globe, ^t la silhouette est pour ainsi dire dessinée sur la surface lunaire. La durée de toute l'éclipsé sera donc comprise entre huit heures trente et une minutes du soir et une heure trente-six minutes après le minuit qui séparera le i3 du 14.

. C'est au moment des éclipses de lune que l'on a vu ou que Ton a cru voir des volcans en activité sur la surface de ce satellite. C'est à Herschd le père qu'est due la première observation de ce genre , répétée depuis avec des succès divers par les astronomes ûq nos jours. C'est principalement la tache lunaire qui porte le nom d'Âristarque qui est en possession de montrer un éclat rougeâtre attribuable à des feux volcaniques. La question reste encore presque entière; mais quant à la nature volcanique de la surface actuelle de la lune , à ses cratères circulaires, à ses coulées de laves, à ses en-

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tassements de rocïes d'iéraption, ûif^^nfiiépiis le moindre donte, ^plusieurs pojrtiona de :1a lune sofnt tellement analogues à ce que nons donnent 1^' cartes du royaume de Na^es dans la région qui com^end le Vésuve, le Monte^NuQva., rA$tnuni, ou bien le^'^çartes de la province d*ÂaYei|;ne en France , que si les éruptions volcaniques y ont cessé, on peut dire qu'elles y ont sttbéisté jusque» et y contpitis la période des formations que nous y voyons aujourd'hui. Jîai appris avec joie que, d'après ur de mes précédente à^cles, notre excellent colonel Hosaard , l'un des premièts géographes du corps d'état-major français, allait s'occuper exclusivement de la topographie de la lune, et y appliquer l'expérience et les lumières qu'il a* acquises ,dans ses travaux topographiques exécuté» pour la carte de France. Je saisis cette occasion de dire avec quelle précision on a pu mesurer les distances respectives des divers points de la lune entre eux. Le diamètre de la ' lune est dé ^,476 kilomètres. Sur cette liie^re, MM. Maedler et Wichmann ne diffèrent pas de /i kijpmètres pour la moyenne des mesures. Ce n'egflf icfuè la moitié ou le tiers de la hauteur des montagnes â^\la lune. Nous sommes bien loin d'une pareille exactitude dans les distances terrestres.

Ce n'est pas seulement par une éclipse presque^ totale que la pleine lune d'octobre sera signalée.; il y aura, comme le mois dernier, une des plus fortes itiarées possibles et qui atteindra le degré 114, tandis que les fortes marées moyennes sont prises à 100 degrés. La dernière grande marée a occasionné plusieurs sinistres sur nos côtes atlantiques; il pourra en être de même de

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celles du i5 de ce mois si elles soiH favorisées par les vents. Je n'ai rien de nouveau à dire pour ce mois-ci sur ce sujet si merveilleux. Quant à la cause qui produit ces mouvements de TOcéan qui nous paraissent si grandioses , on sera surpris d'apprendre que d'après la masse de la lune, que M. Le Verrier a récemment fixée à un quatre-vingt-quatrième de celle de la terre» la force qui agite si puissamment l'Océan n'est pas tout à fait un neuf-millionième tie la pesanteur. Sur un hectolitre de blé, pesant moyennement 75 kilogrammes et contenant environ 1,800,000 grains, c'est le poids (lu cinquième de grain de blé !

C'est pourtant cette force, si minime qui suffit pour tenir en perpétuelle agitation nos grands océans terrestres, pour les pousser deux fois par jour à l'envahissemeht des grèves basses, et pour les ramener autant de fois vers leurs bassins profonds. On a beaucoup admiré dans les livres saints ces belles paroles où il est dit" à la mer; « Tu viendras juçqu'ici et tu n'iras pas au delà, et tu briseras à cette limite tes flots soulevés par la tempête! » Sans doute le génie de l'homme est bien petit auprès de la puissance créatrice qui a coordonné le monde. C'est cependant, je pense, un juste ^ujèt d'orgueil pour notre pauvre esprit humain d'avoir pu pénétrer la pensée du Créateur et d'avoir reconnu les lois originairement imposées à l'univers. Pour la stabilité des mers ; Laplace reconnaît qu'il suffit que l'eau des océans soit moins comjpacte , moins dense que la terre qui lui sert de vase , ce qui a lieu évidemment. Ainsi dans la suite des siècles les mers ne se promèneront pas sur les continents dévastés , ce qui avait été

admis, mais à tort, par plusieurs physiciens spéculateurs. La légèreté comparative de l'eau par rapport à la terre suffît pour mettre :un frein à la fureur des flots y suivant Texpression de Ëacine , intercalée par Laplace lui-même dans l'énoncé de son théorème sur la stabilité des mers.

La nouvelle lune du 2S octobre ne produira qu'une marée de 82 degrés, celle de la pleine lune du la novembre sera de loi degrés, puis toutes celles du reste de l'année seront faibles , et nous n'en parlerons plus.

Pour en finir avec les faits et gestes de la lune d'octobre, nous dirons que le i5, v^rs six heures et demie et vers onze heures du soir, elle passera devant deux étoiles du Bélier, l'une de quatrième et l'autre de cinquième grandeur. Le 19 elle occultera deux étoiles de sixième grandeur dans la constellation du Cocher, l'une vers une heure après minuit, l'autre vers trois heures trois quarts du matin. <les phénomènes, précieux pour la détermination des longitudes , ne sont pas de ceux qui font spectacle pour les amateurs et pour les curieux.

lupiter, Saturne et Mars sont maintenant visibles à diverses heures de la nuit.' Les satellites de Jupiter, ses bandes nuageuses , l'anneau de Saturne , les éclipses des satellites de Jupiter, les glaces polaires do Mars offrent de curieux phénomènes. Je dirai à cette occasion que les océans de Jupiter excités par l'action de quatre 4unes bien plus voisines de leur astre central que. la nôtre, doivent être dans un état perpétuel de flux et de reflux. C'est quelque chose comme huit marées par jour, et le jour n'a dans cette planète que la durée de dix de nos heures au lieu des vingt>quatre

heures de notre jour ; «cela doit un peu rompre la languissante monotonie du printemps perpétuel qui y règne. En somme , me disait uh interrogateur obstiné , s'il fait fort beau dans Jupiter,* il doit y faire fort ennuye^txl Liberté d'opinion là-dessus. Quant à moi, je n'ai jamais pu contredire sur une chose qu'il est impossible de savoir. Observons qu'à ce compte les habitants de Vénus qui ont des saisons et une climatologie si exorbitantes doiv^t vivre dans un ravissement perpétuel, à moins que, comme le personnage du vaudeville, ils ne puissent. dire :

A force dé bonheur

Je suis dans le malhear !

Nous leur ferons un jour ici une petite visite; mais en vérité cette planète, comparée \ la terre et àMar» pour le développement des organi^tions vitales, laisse difficilement admettre la pensée d'ôtres^ vivants analogues aux nôtres.

Passé le 17 octobre^ Mercure offrira un croissant as^ sez beau le matin, environ une heure avant le lever du soleil. Un télescope de moyenne force suffira pour re^ connaître sa figure , analogue à celle de la lune avani le premier quartier. \jd, lumière du crépuscule , lûen loin de. contrarier l'observation, la favorisera , en diminuant l'éclat trop vif de la planète , et par suite les im* perfections de l'instrument qui servira à observer le croissant. C'est un adage admis parmi les astronomes, qu'il n'y a point de mauvaise lunette pour Saturne el pour la lune , mais qu'il n'y en a point de bonnes pour Mercure et Vénus,

ET MÉTÉOROLOGIE. Sg

L'expédition du prince Napoléon est de retour des mers polaires. Elle parait avoir beaucoup observé et beaucoup collectionné. Nous la ferons connaître en c^ qui concerne la physique du globe et la météorologie.

C'est par un important perfectionnement de la météorologie que je terminerai cet article. Là météorologie comprend tous les effets des lois physiques que nous présente la nature dans son ensemble pour la terre , pour Feau , pour Tair et pour les météores ignés. Les particularités des tremblements de terre, des volcans , de la configuration du sol , des montagnes , des plaines sont de son ressort. Les es^x, les pluies, les neiges, les brouillards, la rosée, Thumidité de Tair, et en général Tirrigation naturelle du globe se rapportent aux météores aqueux. Les météores aériens comprennent tous les mouvements- réglés ou irréguliers de l'air, les vents alizés et les vents de retour qui en sont la suite, les moussons, les brises de terre et de mer, les ouragans, les trombes, etc.; enfin sous le nom de météores ignés se classe l'immense variété des phénomènes de la chaleur, de l'électricité, de la lumière et du magnétisme, comprenant toute la climatologie et les productions de la terre qui éclosent et arrivent à maturité sous l'influence des saisons, les/feux de la zone torride et les froids polaires, le jour, la nuit, l'aurore, les halos, l'aro-en-ciel , les teintes du ciel, de la terre et de ta mer, enfin tout ce que peut saisir l'œil , le plus parfait de tous nos organes des sens. Pour l'électricité et le magnétisme, nous avons le globe entier dans sa structure interne , l'agent de la foudre et l'agent muet qui dirige l'aiguille aimantée , l'un et l'autre employés

4o ASTRONOMIE

par la science moderae à transmettre des dépèches avec une vitesse incommensurable , âans compter l'ai-' ipautation du globe lui-même et ses singulières variations de siècle en siècle. Voilà la science à laquelle les professeurs de physique , il y a cinquante ans , consacraient deux ou trois leçons !

Depuis quelques mois , l'Observatoire de Paris reçoit tous les jours la liote de l'état météorologique de lia France entière à sept heures du matin. On a le baromètre avec sa hausse ou sa baisse, la température, la direction du vent , l'état du ciel pour chaque jour et pour la veille , et œla pour les quatorze localités suivantes : Dunkerque, Mézières, Strasbourg, Tonnerre, Paris, le Havre, Brest, Napoléon-Vendée ,. Limoges , Montauban, Bayonne, Avignon , Lyon et Besançon. Rien de plus instructif que ces tableaux comparatifs où l'on voit pour ainsi dire naître et se propager le beau temps et la pluie dans toute, la France. Le directeur dé l'Observatoire , secondé noblement par l'administration des lignes télégraphiques, et, s'il faut le dire, par T influence d'une volonté toute-puissante , publie tous les soirs les documents recueillis et élaborés le matin. Je n'hésite pas à dire que pour la direction des travaux agricoles, pour l'hygièpe publique et peur les mouvements maritimes, la hausse et la baisse du baromètre données dans le bulletin de l'Observatoire ont la même importance que la hausse et, la baisse des fonds publics sur le marché financier de la capitale. Que sera-ce si le directeur de l'Observatoire obtient les moyens de faire pour l'Europe entière et pour tous les points reliés à la France par les télégraphes électriques ce qu'il fait au-

ET MÉTÉOROLOGIE. 4l

jourd'hui seulement pour le territoire français? Ce projet est déjà en voie' d'exécution. Ce sera une des plus nobles conquêtes de Tintelligence sur les existences matérielles. On y verra le. travail delà nature entière, on saura prévenir les accidents, préparer les productions du $ol qui seront en harmonie avec la saison présumée de chaque année , on aura la théorie des courants d*air, et leur influence sera connue longtemps d'avance. La chaleur et les temps couverts seront prévus de même et annoncés au monde entier. Enfin il faut aussi compter les découvertes dues à l'imprévu , qui , même dans les sciences positives , a sa part comme partout ailleurs. Je n'hésite donc pais à regarder la publication météorologique d^ l'Observatoire comme établissant une ère nouvelle pour la physique du globe et faisant honneur à la France par l'initiative qu'elle a prise dans cet ordre dés applications des sciences physiques. Il y a longtemps que Pindare écrivait que les caprices de la fortune et des éléments gouvernaient les vaisseaux sur la mer. Il importe donc de connaître ces caprices si variés. Xn Lloyd de Londres et dans toutes les salles de Bourse des ports de mef, la direction de la girouette qui règle la possibilité des arrivages et des expéditions est toujours présente aux yeux des contractants*. Il est donc étonnant que jusqu'ici on ait fait si peu d'attention à l'important bulletin de l'Observatoire. Les nouvelles qu'il donne des saisons de' la France entière valent bien celles qu'on fait circuler dans le marché financier, et qui déterminent la hausse ou la baisse des effets publics. Depuis le 1 1 de ce mois seulement il y a baisse du baromètre, qui est encore à une hauteur extraordi*

42 AJ8TR0^1II£

naire. Les boaux jOiiirs que bous «Tenons d'avoir ont été annoncés par des hausses sMpcçssiyes, înajlgrié la persistance du vent du sud-ouest en générad. G'e$t le cas signalé par Horace ^'un beau temps avBC le.5(miïle du N'oins, •;. . .'. . . •' • ; , ■■••

AlbUs ut obçcuro dietergdt pubiU ccelo

S*pe Notiw , noqne BarturU !mb«s ' • ' /

Plgrpetuo^. '.:,.'':;

Un jour que j'exprimaU xxÎOb étonneinerit da peu d>t- . tenlion que jusqu'ici on avait faii au Bulletin jpuiinMiÊr de la météorologie de la Frànde, ùneide& personneis,^ la société prit la parole et inè resnterçià d'avoir signalé cette importante publicàtioo; elfe ajouta : « Au moment de' VéUèlissement ^dû chemin de fer du Nord, j'étais l'ageD^ principal de la maison Rotschild pour traiter avec les délégi^d des maisons anglaises ; les conventions débattues^ et adoptées, les financiers anglais demandèrent un délai pour signer, et la cause de cette demande, c'était... la pluie qui tombait alors. On était au temps de la récolte des blés. Je demandai ce que la pluie avait à faire dans notre marché. Il me fut répondu : Si la récolte eât contrariée et le prix des subsistances élevé, nous n'aurons point de capitaux pour nos actions de chemins de fer. 9 Cet exemple apporté par un homme fort étranger à la science théorique fera comprendre combien U météorologie peut éclairer utilement la société dans sa marche vers le bien public.

(i 3 octobre 1 856.)

ET M^ÉOaOUIGIE. 43

lies oomète*. — L'èolipfe de Imie dn 13 octobre. — Mode d'olMenratlon pour les eérolitliei.

Je commence par rectifier un malentendu relatif à la comète de i858. Le retour de cette comète a été calculé par M. Bomme , de Middelbourg, en Zélande, pour le 2 août i858, avec deux ans d'incertitude avant ou après cette éqoque. M. Hind , dont Tautorité est trèsgrande dans cette branche de l'astronomie, et qui a fourni à M. Bomme les éléments les plus probables pour le calcul de son retour prochain , place cette date future entre le mois d*août i856 et le mois d'août 1860. Ce mois d'août, indiqué plusieurs fois, a fait croire à ceux qui n'ont pas consulté les ouvrages originaux que la comète reviendrait au mois d'août, soit cette année , soit l'an prochain, soit enfin en i858, 1859 ou 1860. C'est une erreur. La comète peut arriver dans un mois quelconque. En i556 , elle parut de février en avril. En Chin6 , elle fut suivie à l'œil jusqu'aux premiers jours de mai. C'est à cette époque qu'elle se mêle à l'histoire de Charles-Quint, auquel elle sembla un astre de sinistre présage. Il fit, dit-on , là-dessus le second vers d'un distique latin, savoir le pentamètre suivant :

His ergo indiciis me mea fata vocaot.

« Voilà donc mes destins écrits dans ces présages! »

Le célèbre cométographe Pingre , lequel partage avec Dunthorne l'honneur d'avoir reconnu que la comète de i556 était la même que celle de 1264, et d'en avoir prédit le retour pour 1848 (date reportée par des calculs plus précis à 1 858), le Père Pingre, disons-nous, a traduit ainsi le demi-distique de Charles-Quint :

Par la triste comète Qui brille sur ma tète, ,

Je connais que les cieux M'appellent de ces lieux.

Je laisse au lecteur à apprécier cette poésie astronomique ainsi que le Parnasse astronomin de Chapelle , que nous allons trouver tout à l'heure. En 1264, cette comète parut avant le mois d'août et annonça la mort du pape Urbain IV. A son apparition précédente , elle fut vue par les Chinois , en juillet 976. C'est alors qu'elle fit manger par les souris le tyran archevêque de Mayence, dans la Mouse-Thurn ou Tour des Souris y où il s'était réfugié pour fuir le fléau envoyé contre lui ; anecdote familière à tous ceux qui ont descendu le Rhin et passé près de la ruine en question. Enfin les Chinois ont enregistré en 683 une autre comète qui pourrait être identique avec les comètes de ^35 , de 1264 et de i556, avec une période de retour d'environ trois cents ans. Ce sera de tous les astres âoumis au domaine de notre soleil le plus curieux et le plus instructif pour la vaste profondeur (Je l'espacé qu'il va sonder. Son retour donnerait une période chronologique assurée et la plus longue de toutes celles que les cieux nous offrent ; car, quant à la période delà révolution des équinoxes,

qui est de 27 à 28,000 ans, l'humanité est encore trop jeune pour songer à en faire usage.

Il est remarquable que les Chinois , qui ont très-assidûment observé et décrit les comètes , n'aient pas partagé les craintes superstitieuses de POccident par rapport à ces astres dont l'apparition est subite et tout à fait inattendue , sauf les quatre comètes de Halley , de Encke, de Biéla et de Faye. Avant la fondation de l'Académie des Sciences, en 1666, on n'osait pas ne pas avoir peur à l'apparition d'une comète. Braver l'astre indicateur de la colère céleste , c'était presque braver celle-ci ; c'était se donner le dangereux titre cPesprit fort. Voici, en abrégé, une^ièce de Chapelle sur une apparition de comète qui mit en émoi le monde savant comme le peuple. C'est avec raison qu'on se figure toujours Chapelle à table et vidant bouteilles et pots, comme dit Rabelais. Il était élève de Gassendi ainsi que Molière . et tous deux étaient initiés plus qu'oa ne le croit généralement aux théories de la physique et de l'astronomie. Nous verrons tout à l'heure qu'il s'agit de la comète de i652. On disait alors un comète et non une comète.

Et TOUS, cartésiens tameux , Sur ce cemète tant affreux Mandez-nous ce qu'eût fait Descartes, De peur que son choc désastreux Ilfe mit tout notre monde en deux; N*eût>^il point eu les fièvre^ quartes? x Qu'en pense le monde peureux ?

Que veut cet astre aux lonj^s cheveux?

Qo^en dit Morio, le songe-creux?

Je ne toub en parle qu^afin De mieux savoir de vous l'issue Du dîner où sans retenue Picard vous aura , dans le vin , Dit la vérité toute nue.

Contez-nous donc votre festin ; Si du Parnasse astronomin La troupe en parut fort émue.

Le grand Huges et le Céssin Ont-ils sué «oir et matin A luneter, malgré la nue.

Dans tout l'Olympe cristallin P Sa hauteur au juste ont-ils sue?

Ont-ils pu , depuis sa venue , Suivre sa marche et son chemin?

Huges, c*èôt Huygens, et le Cassin, c'est Cassini. Nous remarquerons le mot heureux de luneter, appliqué à des astronomes célèbres pour leurs découvertes dans le ciel, faites avec des instruments gigantesques. Morin, le premier astronome qui ait observé les étoiles en plein jour, était tout autant astrologue qu'astronome. Enfin Tabbé Picard fut le premier qui adapta des lunettes aux instruments géodésiques:et aux niveaux, et qui mesura exactement la terre. Comme. Morin mourut en i656, il est évident que Tépitre dé Chapelle est antérieure à cette époque. Chapelle, né en 1626, avait fait sa première pièce de vers à vingt anSj c'est-i-dire en 1646; c'est donc aux environs de i65o que les vers cités plus

haut furent composés. A cette époque, Huygens et Cas*sini n'avaient^ point encore été appelés i Paris par CoU bert et Louis XIY, fondateurs de TAcad^ie des Sciences , comme Richelieu et Louis XIU l'avaient été de TAcadémie française. Or, en compulsant, les annales do Fastronomie cométaire, on ne trouve que la comète de i652 entre celle de 1618 et celle de 1664. C'est donc de la comète de 1662 qu'il est question ici. Elle fut observée à Digne par. Gassendi , à Paris par Bouillaud, 4 Bologne par Gassini , ei surtout paij Hévélius à Dantzick, Elle était d'une grandeur énorme et d'une couleur pâle et livide qui n'offrait rien de rassurant. Quelques faits isolés indiquent que Huygens et Gassini avaient déjà visité W savants de Paris , et que leur réputation y était honorablement établie. On trouve dans l'e^celleiite biographie de MM. Didot! l'indication omise p^r Fontenelle des. observations de Gassini sur cette comète dé 1652.. Ëniêffet, la bibliographie astronomique dé Latente mentionner cette prépaiera publication dé Gaôsini. Ilxéconnut; que les comètes étedentbien aujdessùs de notre atmosi^kère, et que c'étaient de; vrais ^rps célestes. Depuis ce temps ce grand astrOnoime^.dans sa longue carrière, )ie fit rien!sur les comètes, et quoique mort en. 171-2, à l'âge de qitatrervingtssépt ans, il resta étran-* ger au)L inlmenses progrèa que Newtoii et Halley âreût faire à la-ihéorie dé ces castres sitiguHers pendant lès vingt dernières années du^xvii^fiiiècle. Le versl^de Chapelle relatif à la hauteur de la comète, circonstance alors tout ir fait capitale, prouve que. l'école cartésienne de Gaésenài, dont Molière faisait 'partie., était'bien au courant; des questions envoie de sohition. La âétermi-

nation de cette hauteur fut le triomphe de Cassini. Les v^rs de Chapelle rappellent aussi ceux des Femmes' savantes, où il s'agit d'un astre qui eût brisé notre monde en morceaux comme du verre. En parlant d'un autre repas, Chapelle dit :

Molière que bien connaissez , Et qui Yous a si bien farces , Messieurs les coquets et coquettes, Près de Broussin buvait assez Pour vers le soir être en goguettes.

A ces repas on discutait entre autres des points de science, et l'on savait, inter lances et pocula ,

Bien disputer, mieux contredire.

En Joignant aiux noms ci-dessus ceux du Père Mersenne et d'Auzout, on aura pour l'astronomie le tableau des savants de mérite qui conduisirent à la fondation de l'Académie des Sciences. Quant à ce que dit Chapelle des télescopiers qui suaient à luneter dans l'Olympe cristallin , je pense que tout' amateur ou savant qui a observé du soir au matin n'a jamais couru le risque de suer, car dans les nuits claires il fait toujours froid , et on grelotte bien plutôt , même en plein été. C'est ce que savait très-bien Homère mille ans avant notre ère. Chapelle n'était donc aucunement télescopier.

Pour revenir plus spécialement à notre comète , elle ne doit reparaître dans aucun mois précis , et dès ce jour il faut la chercher. M. Hind a publié un petit avertissement où il engage les astronomes à ne point risquer de laisser passer inaperçue cette illustre visiteuse. Je crois

savoir que MM. Chacornac, (Toldschmidt et Dien, à Paris, sous la direction de M. Le Verrier, ne se font pas faute de luneter activement à son intention. En prenant quelques faciles instructions offertes- très-bénévolement par le directeur . de TObservatoire impérial , beaucpup d'observateurs-amateurs pourraient aussi concourir à .sa découverte au moyen d'un chercheur de comètes, appareil très-peu coûteux et d'.une très-facile installation. La comète tant attendue en 1769 fut vue pour la première fois par un paysan saxon , Palitzch , noA pas à Toeil nu , comme on Ta dit pour enchérir sur le merveilleux de la circonstance, >mais biei; avec une mauvaise longue-vue de huit pied^, dans une ferme et nullement dans un observatoire d^ plein exercice.

Quant aux questions que soulevé cette comète, et en général les x:omètes , il y aurait plusieurs volumes à écrire là-dessus. Co^ime l'idée d'un choc nuisible à notre terre a été récemment admise dans un ouvrage d'un auteur de, premier ordre, je me borne à protester aujourd'hui hautement contre toute idée de choc mécanique perceptible de la part dHine comète. Je suis en mesure de prouver que le choc^d'une hirondelle décidée au suicide, et heurtant de plein vûl un convoi de cent Wagons entraîné par dix locomotives, serait ^ille fois plus dangereux pour le train en question que ne le serait pour la terre le choc simultané de toutes les co> mètes enregistrées dans les catalogues astronomiques. Qu'est-ce qu'une comèteî, Ge^V ^ rien visible,- Plus tard nous en viendrons asxà preuves physiques et ma* thématiques. t :

La marée de la pleine lune dernière, activée par les

5o • ASTRONOMIE

vents du sud-ouest , n'a que trop fidèlement répondu aux calculs mathématiques des forces soulevantes de la lune et du soleil. Les journaux du littoral de la France atlantique ont été remplis du récit des sinistres et des dégâts occa^onnés par les lames d'une pleine mer de 1 14 degrés rendue furieuse par la tempête. La démolition des ouvrages voisins du rivage, le déplacement d'immenses quantités de galets , le sapement de terrains escarpés et surplombants , le changement de profondeur des passes, ont été la suite de ces violents paroxysmes météorologiques provoqués par les causes les plus simples qu'il soit donné à l'homme de concevoir quand il a Newton et Laplace pour révélateurs des lois de la nature. Les'journaux quotidiens nous ont donné une partie de ces tristes effets de causes physiques et astronomiques. Je n'ai point encore de nouvelles de l'effet produit sur les travaux immenses qui s'exécutent à Quillebœuf et dans les environs pour améliorer la navigation de l'embouchure du fleuve de Paris et de Rouen. Là quelques lames de fond auraient bien vite balayé quelques millions de francs-.

L'éclipsé du lundi 1 3 de ce mois d'octobre a été favorisée par la plus belle nuit du monde : aussi a-t-elle ^té généralement observée et admirée par toutes les centaines de mille âmes que contient la -capitale de la France. Plusieurs personnes qui avaient entendu dire qu'il faut observer les éclipses par. reflet dans l'eau, avaient mis devant leur porte un seau plein jusqu'aux bords, oubliant que cette précaution, recommandée par Platon , n'est utile que pour les éclipses de solei! , cfin d*éviter de blesser les yeux par l'éclat de l'astre

ET MÉTÉOROLOGIE. 5t

trop brillant. Le calme bassin d'eau de la place Saint- Sulpice réunissait à son pourtour un nombreux concours de gens qui regardaient dans Teau la lune éclipsée, enchantés d^ voir l'éclipso un peu moins bien qu'à la simple vue.

On sait que dans les éclipses Tombre de la terre que traverse la luiie éclipsée a environ un diamètre double de celui de notre satellite ; mais cette ombre est bien loin d'être complètement noire. Une lumière rougeàtreetob* scure y pénètre de tous côtés. La lune est donc pour nous une sorte d'écran physique qui reçoit des rayons réfractés , réfléchis et diffractés dans l'ombre géométrique de la terre. C'est ufle étude trop longue et trop ardue dans l'état actuel de l'optique pour que nous puissions la préseuter à nos lecteurs. Nous en sommes encore à re-^ cueillir des faits. Quant à l'observation faite plusieurs fois d'une disparition .complète de la lune dans les éclipses dites totales de cet astre, je ne la. comprends pas plus que la teinte tout à fait blanche que j'ai moimême observée plusieurs fois sur des parties éclipsées de la lune. Quant aux théories , je prie les physiciens de croire qu'elles nç m'ont pas manqué. La plus plau* sible qui me reste dans la mémoire, c'est que l'illumination blanche de parties cônsidéirables de la surface de là lune situées dans l'ombre géométrique provenait d'un double mirage du genre de ceux (lont les annales de l'optique météorologique nous offrent de curieux exemples.

Quelques personnes ont estimé que Jupiter, qui se trouvait dans le voisinage de la lune éclipsée, était plus J^rillant que la portion qui restait non éclipsée. Je n'ai

pu juger de cette relation optique ; mais le disque lunaire étant environ deux mille fois plus grand en superficie que celui de Jupiter, et Téclipse laissant subsister plus des deux centièmes de la partie éclairée de l'astre , cette estime n'est nullement justifiée théoriquement. J'avais ouWié de recommander î'obsertation du moment où la lune aurait* cessé de donner des ombres sensibles^ Quant à l'ombre produite par Jupiter, elle n'est per^ ceptible que dans une chambre bien noire et bien close , avec un écran bien blanc , et en admettant la lumière de la planète par une ouverture peu large et quand le ciel est lui-tnême bien obscur, sans crépuscule et sans clair de lune. Vénus est avec la lune et le soleil le seul astre qui dontie des ombres £n plein air. On voit qu'une bonne monographie des phénomènes produits pendant une éclipse de lune peut avoir de l'utilité scientifique, En reproduisant artificiellement les circonstances de l'éclipsé par des écrans convenablement éclairés, les physiciens prépareraient une théorie complète du phénomène astronôlnique. Mais comment tout dire sur c^ sujet?

L'année prochaine il n'y aura que deux éclipses, e^ d'après la règle indiquée dans le dernier article, toutes deux seront des éclipses de soleil. Donc point d'éclipsés de lune avant i858.

Le 1 du mois de novembre prochain, la planète Mercure sera vue le matin à son plus grand éloignement du soleil. Elle se lèvera à cinq heures du matin , une heure trois qilarts avant le soleil. Elle présentera au télescope la même phase que la lune en premier quartier, c'est-à-dire un disque rond coupé en deux , dont

ET MÉTéOROLOGIE. 53

«ne moitié seule sera illuminée. Un télescope d'une force très-moyenne ou une bonne longue-vue montée sur un pied pourront rendre la phase sensible.

Point de phase remarquable pour VéhuS cette année.

Le ^ de novembre, à une heure vingt minutes du matin , la planète Jupiter sera éclipsée par la lune qui passera devant. Jupiter restera occuité jusqu'à une heurô cinquante-trois minutes. Ces dates sen^pour Parisy temps moyen. Je les dois à' Tobligrâncer dô M. Daussy , de l'Académie des Sciences. Ainsi la planète reparaîtra après trente-trois minutes passées derrière le disque de notre satellite. Il est bien entendu que c'est une heure vingt minutes et une heure cinquante-trois minutes après le minuit séparant l6 8 novembre du 9 que le phénomène aura lieu.

C'est pour reconnaître l'existence de l'atmosphère de la lune que ces occultations sont très-utiles, et tous les astronomes en possession d'une bonne lunette devront observer exactement l'effet qui sera produit quand la planète approchera du bord de la hme. Voici ce qui a été observé au Canada par M. Chalmers le rg août de cette année : « Il semblait que la lune repoussât la pla-^ » nète , et retardât te contact des deux disques. Au fait , » la planète parut stationnaire pendant quelques se^ 9 condes, et cependant, à mon œil} elte était restée 9 parfaitement ronde. J'attribue cette illusion à la ré- » fraction; » L'espèce de stationnement qu'a montré la planète irait très-bien avec l'idée d'une atmosphère ; mais la non-déformation de la rondeur de son disque est en contradiction avec cette hypothèse. Provisoirement , je ne crois pas plus à l'atmosphère de la lune qu'à ses ha-

54 asthonomib

bitants; mais Tobseryation de l'occukation da 9 novembre, entre une heure et deux heures du matin , À'en est pas moins de la plus haute importance pour décider la question. H faudra surtout observer le moment où le disque éclipsé formera un croissant délié , car alors la réfraction devrait amincir ce croissant outre mesure. Quand la planète sera en partie éclipsée, il sera trèsbon de noter si sa surface est plus brillante ou moins brillante que la suitace.de la lujie. Comme la lumière du soleil, quand elle illumine Jupiter, est vingt-sept fois moins intense que quand elle éclaire la lune , il est curieux de comparer Téclat intrinsèque des surfaces des deux astres.

' Après avoir indiqué qu'il n'y a point maintenant de taches sur le soleil , et avoir rappelé que l'année i855 a été remarquablement pauvre en taches solaires, nous terminerons par la mention de la période des étoiles filantes du 1 3 novembre prochain , et de ce qu'il y a à faire pour cette circonstance.

£n adofiettant que les étoiles filantes sont des corps célestes très-petits qui s'enflamment en pénétrant dans notre atmosphère , leur première apparition doit avoir lieu vers les confins de cette mer aérienne qui a 60 kilomètres de profondeur, et qui constitue notre atmosphère. C'est ce qui a lieu généralement. Le choc de l'air contre ces masses doit en déterminer l'incandescence , comme on voit dans le briquet à air l'aiir comprimé enflammer l'amadou et d'aiïtres corps combustibles. Parmi les assertions plus ou moins vraies de l'antiquité, ou, si l'on veut, plus ou moins probables, se trouve cette par^ ticularité que le plomb lancé par les frondes des habi-

tants des îles Baléares devenait incandescent en fendant l'air. Virgile dit très-poétiquement :

Balearica plumbum Funda |acit; volât illud et incandescit eundb.

Pline va plus loin et dit que la balle de plomb se fond par la chaleur qu'elle prend dans sa course. Comme il me semble que du plomb mis dans un foyer très-ardent mettrait à se fondre plus de temps que n'en met une balle à'frapper le but, je creis qu'en qualifiant ces assertions de Pline et de Virgile de plus ou moins vraies, le/?/M^ pourrait bien être de trop. Mais quant aux aérolithes, il en est qui, parleurs détonations, ont montré un échauflfement considérable et indubitable. Leur vitesse est très-suffîsante pour x^ela. Le 1 3 novembre est avec le lo août une époque Où le nombre des étoiles filantes est considérable. La terre semble marcher au milieu de ces petites planètes qu'elle arrête par son atmosphère, et ^'elle feit tomber sur elle par la pesanteur résultant de sa masse. H serait donc Bien curieux de constater l'existence de ces volées de petits embryons planétaires autrement que par la lumière qu'ils donnent en se consumant. La pleine lune de novembre prochain tombant précisément le 12 de ce mois, son éclat contrariera beaucoup l'observation des étoiles filantes d'un faible éclat. En général , la lune est le fléau des observations délicates qui demandent un ciel parfaitement obscur. Pour parler moins poétiquement, la lune près de son plein est la bête noire des observateurs du ciel. Elle est, comme les interminables crépuscules de l'été , abhorrée par les chercheurs de comètes, les chasseurs de

petites planètes, les cataldgueurs d'étoiles au-dessous de la huitième grandeur, enfin par lesdessinateurçde nébuleuses et de taches planétaires . sans compter. les dédoubleurs d'étoiles jusqu'ici réputées simples. M. Coulvier- Gravier, la sentinelle vigilante qui compte depuis bien des années toutes les apparitions des feux météoriques, a constaté que , depuis plusieurs périodes , Tépoque du i3 novembre est beaucoup moins riche pn étoiles filantes qu'elle ne l'était autrefois. Je n'ai pas besoin de dire qu'il maudit de toute son âme la malencontreuse pleine lune prochaine. Je me hasarderai à lui conseiller, à lui et aux autres amateurs do météores , de tenir une lunette pointée pendant plusieurs heures sur la pleine lune. Alors il serait possible que, même s^ns pénétrer dans notre atmosphère et sans bnller, les petits corps ou planéticules extra-terrestres fussent vUs ^mmç d^s points noirs passant sur le disque de l'astre. J'ai 'moimême autrefois, avec M. l'abbé Moigno , 'tenu pendant des heures entières l'œil à la lunette dirigée sur le soleil couchant pour apercevoir ces petites planètes. Nous voyions à des distances prodigieuses des hirondelles et. d'autres oiseaux traverser comme des points noirs le disque brillant du soleil dont l'éclat était modéré par un verre coloré. J'avoue que je tiens beaucoup à cette idée de sonder l'espace céleste au moins jusqu'à la distance de la lune , car puisque le gigantesque télescope de lord Rosse nous a'montré des roches et des amas de pierres sur les flancs et dans les cratères des volcans lunaires, on pourrait apercevoir ces minimes planètes passant devant le soleil bien plus loin que cette distance. Le soleil , outre son grand éclat , a sur la lune l'avan-

ET HBTÉpROLOGIE. 5y

tage d'un disque toujours plein et sans phases. Mais, dira-t-on , n'est-il pas déjà quelques indices de ces existences planéiiculaires ? Le hasard n'a-t-il jamais fait entrevoir quelque chose de semblable? Le soleil et ses taches ont été souvent observés. Que dit l'histoire de la science dans ses documents originaux et non point dans les compilations qui n'apprennent que ce qui est déjà du domaine public? Tout le monde sait que lord Bolingbroke voulait trouver un moyen de rendre incombustibles tous les livres originaux , puis mettre le feu à nos immenses bibliothèques pour les réduire à de simples petits appartements. Voici ^ entre quatre ou cinq iaits que me fournit ma mémoire relativement à la question présente, deux circonstances que je mentionnerai. Il n'y a pas de doute que les érudits scientifiques nous en fourniront d'autres d'ici à peu de temps.

1° Les météorologistes notent deux époques de l'année , savoir vers le 5 mai et vers le commencement de février , où il y a pendant quelques jours un subit et inexplicable abaissement de température qu'ils attribuent à des nuées de météorites qui., à cette époque, passent, suivant eux, entre le soleil et nous. Soit. Mais la distance de ce nuage cosmique , de ces petites masses chaotiques peut être telle , que les plus forts télescopes ne pourraient nous les rendre visibles. Rien n'empêche cependant de chercher à les apercevoir vers les époques indiquées ci-dessus.

En second lieu, voici une observation de Messier, qui n'a jusqu'ici attiré l'attention de personne autrement que pour faire acte de suspicion d'erreur et d'incrédulité. En observant les taclws du soleil le 17 juin

1777, cet astronome très-exercé vit de onze heures quarante-six minutelS jusqu'à onze heures cinquante et une minutes, c'est-à-dire pendant cinq minutes entières, passer devant le soleil une innombrable multitude de petits corps ronds, noirs, bien terminé», remontant de la droite vers la gauche , à peu près tous égaux entre «ux , comme seraient des grains de sable arrondis ou des graines fines et rondes de certaines plantes. Il y en avait parfois une si grande quantité, qu'ils cachaient les taches du soleil, qui étaient bien plus larges que ces globules. Leur diamètre apparent était de trois secondes , ce qui , aux limites de l'atmosphère à 60 kilomètres, correspond à des petites planètes ayant des dimensions de moins d'un ipètre. Ce n'étaient pas des oiseaux , car oti en aurait vu les ailes , le col et la queue ; et , d.*ailleurs, où prendre une volée si nombreuse? Boscowich s'arrêta à l'idée de grêlons gros comme la tête d'un enfant; mais comment ces gréions auraient-ils existé dans la direction du soleil , qui était très-élevé , sans qu'on entendit ensuite parler de leur formidable chute dans les environs de Paris? Tout le monde sait que la grêle est un météore de temps calme. Qui aurait pu lui donner une vitesse de l'ouest à l'-est capable de lui faire traverser en deux secondes le disque du soleil? Comment ces pierres de grêle , comme les appellent les Espagnols , auraient-elles été en remontant contre toutes les lois de la gravité , tandis que les grêlons bien moins gros de la grêle ordinaire hachent les plantes , les arbustes et les branches des grands arbres dans leur chute même paisible? Comment Messier et Boscowich n'ontils pas remarqué que la marche des petits corps qui

ET ilËTÉOROLOGIE. 69

passaient devant le soleil étail comme Torbile de la terre dans le plan de Técliptique? Comment les prétendus grêlons auraiettt-ils été tons de môme grosseur et de même force,, tandis qu'il n*y en a pas deux semblables dans une averse ordinaire de grêle? En voilà trop sur cette, bizarre hypothèse.

Ce; qui est bien important à remarquer, c'est que si deux observateurs placés à un kilomètre de distancée Tnn de l'autre, et communiquant par un tout petit télégraphe, pouvaient noter le passage de la même petite masse sur le soleil et sa position vers le haut et vers le bas du disque, on calculerait de' suite la distance de ce corps à la terre. On pourrait ainsi reconnaître et distinguer par leur distance les diverses volées de ces petites planètes , du moins pour celles qui ne sont pas trop loin de nous.

Les amateurs sont donc bien prévenus qu'ils ont la chance de trouver mieux que les étoiles filantes ordinaires en lunetant avec persévérance à des époques indiquées , et notamment vers le 1 3 du mois prochain , soit sur le soleil , soit sur la lune, mais surtout sur le soleil. •Avec un petit télescope de l'opticien Soleil et une image de l'astre projetée sur un carton blanc , on pourrait , tant l'observation est facile , mettre un invalide en faction près du télescope pour signaler l'apparition des météores sur le disque de l'astre , en ramenant de temps en temps sur le carton blanc l'image mobile du soleil. En parlant de l'astronomie, Fontenelle dit : « Dans cette science, l'art d'observer est lui-même une très-grande science; » mais pour l'observation que je propose aux amateurs , rien de plus simple : c'est de la patience et

Ce ASTRONOMIE

non de rhabîleté qui est requise. Nous verrons ce que produira le présent appel adres^ k tous ceux qîif sont en possession d'un télescope de force nioyenne , avec uir peu de loisir et beaudoup de bonne vcAoïité..

J'ai réservé pour la fin la plus importante d^ toutes les considérations qui se rattachent à ce sujet, et je réf clame pour elle la plus sérieuse attention. Si tious avons, comme cela est probable , plusieurs petites masses ou plusieurs volées de petits corps tournant autour de notre terre comme, la lune , les observations des passages de ces petites lunes ou de ces volées de petites lunes devant le disque du soleil ou devant le disque de notre ancienne lune peuvent seules rendre manifeste Fexistence de ces satellites qui autrement seraient invisibles à jamais.

(3o octobre i856.)

Cr MÉTéOBOLOGIB 6l

Tache* du soleQ. — légèreté Inooncevable de» «ométes suivant «ir J<riuk BeneheU — Eacpédition astronomique de M. Piazâ Smytii au pio de Ténériffe. — Éphèméride (péletle pour la fin de novembre.

...... . — Mais enfin , monsieur, je Toudraîi savoir ce que c'est que les taches du soleil. — Permettfô-moî de vous répondre comme Talleyrand à son carrossier, qui lui demandait quand son mémoire serait soldé i Vous êtes bien curieux ! ^ Â qui donc s'adresser pour le savoir, si ee n'est à un savant? — Prendre le titre 4e savant , c'est être bien ambitieux.

tJn grand titre est un poids difficile à porter.

Pytha^ore, que ron voulait déeorer du nom de isage, se contenta de celui de philosophe ^ qui voulait dire alors ami de la sagesse, Mettoms que je* suis amateur de science et toi^t ^tier à yotre disposi-tiou» — Si vous ne me répondent pas, je dirai : A'qàoi sert^il d'être académiciea? .— ô^ sert^ . d'après Duhamel; le prédécesseur é^e Fpntenelle comme secrétaire de l'Académie des ScieiGes^::à pouvoir dire :Jh3 rie -sais pas.— Et comment? -r- Parce qidç Iqs jgfens siipc^rficiels se croient obligés d'avoir, rëponsj^ àrtçmt, jst que ceux qui. font de la science sérieusemekt' liront pas honte d'igUorer ce qu'on ne peut. , encore savoir. Sopràt^ djsai^^fToutce

que je sais , c'est que je ne sais rien. — Je vois que les académiciens savent se tirer d'embarras en faisant de r-esprit. — Ce serait tout au plus faire de la mémoire, puisque dans tout ce que je viens de vous répondre, il n'y a pas un mot de moi. Voltaire dit de l'abbé Trublet :

Au peu d'esprit que le bonhomme avait L*esprit d'autrui par supplément servait.

Plusieurs gens même se dispensent de citer ceux à qui ils font des emprunts. Il n'y -a pas ici de brevets d'inventicm. — Mais enfin je voudrais bien savoir ce que c'est que les taches du soleil? — Et moi aussi. — Quoi I la science ne dit-elle rie» sur ce sujet? — La science est rarement muette , et si vous voulez vou» contenter de ce qu'ont pensé les astronomes jusqu'ici et oonnaître l'opinion aujourd'hui dominante, je suis sur m<m terrain pour vous satisfairei et je me charge de vous parler là-dessus à la minute , à l'heure , à la journée , comme vous voudrez , ou même à l'année, comme dit Homère , pourvu que ce soit sans garantie de ma part. Il n'est rien sur quoi l'on ait tant parlé que sur ce qu'on ne sait pas encore bien. — Voyons donc l'opinion la plus probable , celle qu'en admet généralement. — Les astronomes ordinairement s'occupent peu de l'astronomie physique et n'en font qu'accessoirement. M. Arago y avait donné une attention spéciale, mais il n'a pu réaliser tous ses projets d'expériences.

W. Herschel est celui à qui nous devons le plus de bonnes observations sur tout ce qui n'est pas exclusi-^ vement relatif aux mouvements célestes, lesquels sont

ET MÉTÉOHOLOGIE. 63

du reste le fondement de Tastronomie. Suivant cet incomparable observateur, les taches du soleil sont produites par des cavités , des ouvertures qui se font dans l'enveloppe lumineuse du soleil. Cet astre n'est pas lumineux par lui-même. C'est un noyau obscur recouvert et enveloppé d'une atmosphère brillante, laquelle nous envoie la chaleur et la lumière qui , sur notre terre, se traduisent en saisons et en climats, en productions végétales et animales , et enfin en tout ce qui est du domaine de la météorologie.

Herschel admet que l'espèce d'océan de matière chaude et. lumineuse qui forme le contour apparent du soleil est une couche assez mince suspendue à distance audessus du corps solide et obscur de l'astre qui, se trouvant ainsi soustrait à la nécessité d'être lui-même à la chaleur de nos fourneaux les plus actifs, pourrait admettre des habitants. En général , la rage de peupler les astres a gagné un grand nombre de têtes savantes. On a voulu peupler la lune et toutes les planètes. Pour la lune, nous la voyons assez bien pour être assurés que rien n'y végète, n'y change et ne se meut. Les volcans même en éruption actuelle y soni fort problématiques. Les planètes, d'après l'analogie de la terre, peuvent être considérées comme peuplées d'animaux et de végétaux. On n'a pas manqué d'y placer des êtres doués de raison et analogues à l'être pensant de notre terre, à l'homme. Mais celui-ci est depuis si peu de temps en possession de cette planète, que le raisonnement d'analogie sur lequel on s'appuie aujourd'hui n'aurait rien valu il y a quelques mille ans, à l'époque où l'homme n'existait pas encore. Quant au soleil , toutes

les analogies sont contre Tidée de le regarder comme ayant à sa surfece et sous son enveloppe ardente des êtres vivant» ^ soit végétaux , soit animaux.

La cause qui fait que cette couche incandescente vient à se rompre, à s'entr'ouvrir pour nous laisser voir le npyau obscur du soleil , est parfaitement inconnue. On voit, tout autour de Tespèce de puits qui s'ouvre, l'éclat de ta. surface solaire diminuer jusqu'aux bords escarpés de l'ouverture qui s'est formée. On aperçioit l'épaisseur de sa. couche brisée, et, par-dessous, la vue pénètre jusqu'au corps solide et comparativement noir de l'astre.- La cause qui rend lumineuse l'enveloppe solaire nous est aussi inconnue que la cause qui, de temps en temps,' en {Produit la rupture. Une constitution si singulière dans céftte masse gigantesque, qui est quatorze cent mill^ fois plus volumineuse que la terre , interdit^ toiit présomption d'analogie avec ce que nous voyons à la surCaoé de notre globe;

L'océan lumi|ieul qui recouvre le soleil est loin d'être dans un état de ealnae absolu. Souvent toute la surface solaire est couvert&de petites protubérances lumineuses qu'Herschel père compare aux petites inégalités arrondies qui s'observettt sur la peau d'une orange. D'autres fois ces espèces ide vagues lumineuses ne couvrent qu'une partie de l'astre. Tantôt ces vagues sont étendues conmie celles d'une mer houleuse qui ne brise point, tantôt elles dégénèrent en un petit pointillé à grains très-serrés comme les aspérités de certaine fi'uits, et notamment de ceux du cornouiller. On a reconnu , par le mouvement de ces taches, que le soleil tourne sur lui-même en vingt-cinq jours et un tiers en-

vih)ni jOuancl là màUère hUiBiîiïe)i^ tentasse. ^n quelque point , elle- y •forniè'uîae ^'tèibeiii^Uayvt^ (ju'on appelle facnleï et dont*lVpparitièii;préç^è^'9q«y^^^^ la rupture qui .produU k îtache/A\centr^'ufoVJÇtl'ïC;dè^p^ varié que la forme, de qes-'oavertujresj ^\ jcif/ieîit. des dente* lures et des dëchirurçs'bÎMr'r^'Spr leà.l^^ carpement. ; '. .. • / i ' ' '

L'éclat des bougies, des lampes, des 4)608 de*gaz et des métaux en fusion est plusieuris milliers de fois< moins grand ^qu'une étendue pareille décôUpéë sur le disque du soleil. Là lumière électrique Sieiilej est' comparable à éeUe du soleil^ et niéme en transmettant le courant de la pilé par certains ïhétaux, M.«Faucaùlt a troilyédkns la lumière électrique décomposée pçr )e prisme des bandes brillantes supérieures en éclat.aux bandes correspoïidantes que fournissent les rayons dtfsoleS: On a donc pensé qiie la hinù^ré du soleil était une lumière ;électti^ue et le soleil «ntier une grande pile voltaï^ue ;.mais peiîsoiine n'a pu constituer laisoûnabletaeùt cetîmii^elise "appareil. Il est probable qu'il nous manque bieh des dôhhées pour en krriyer làl Si nos devanciers, qui ne .çoanaissaient pas^ lés feux. électriques, avaient été fbrçé^ijie faire la théorie de Tincandescenoè du soleil , il est ;^vident qu'il, leur eût. manqué ce puissant agent thébrique ,! comme sans doute il nous manque encore biéà des connais^nces pour établir ou même -entFCvoir la cause qui rendjumineux et notre soleil et les autres soleils en groupes innombrables qui remplissent les profondeurs de l'espace à des distances incommençurables.

On s'est à juste titre préoccupé de ^influence que

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