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ces taches pourraient avoir -sur la chaleur que nous envoie le soleil, et par suite sur les productions de la terre qui éçlosent dans la saison chaude sous son in* fluence. Si l'on peut négliger jusqu'à un certain point l'astronomie-, il n'y a pas à plaisanter avec- la météorologie, qui parle au nom de l'impérieuse nécessité des subsistances. Le P. Secchi, à Rome, a reconnu que la chaleur qui émane des taches solaires est plus faible que celle du reste de la surface de l'astre. Herschel avait pensé que l'apparition des taches pouvait bien indiquer un paroxysme d'effervescence dans le soleil , qui, par suite, serait momentanément rendu plus chaud au lieu de diminuer de température. Prenant pour indice le prix du blé en Angleterre, il avait trouvé que le prix moyen en semblait un peu plus bas dans les années où le soleil avait eu des taches. Le même relevé statistique fait par M. Barrai pour la France, d'après la demande „de M. Arago , n'a point confirmé les conclusions de W. Herschel. Mon avis est que pour savoir si le soleil , pendant une certaine période , a été plus ou moins chaud, ce n'est pas à la quantité de blé produite qu'il faut avoir recours , mais bien à l'époque de la maturité des céréales. En France, où, dans quelques province^, le froment se récolte avant le mois de juillet , il reste encore après la récolte une grande portion de la saison chaude et plus que. suffisante pour la maturation du blé, même avec un soleil affaibli. En Angleterre , où la récolte a lieu en septembre , la chaleur solaire est encore bien suffisante. Quand il y a des pluies à cette époque , elles nuisent surtout à la rentrée des moissons. Près du cap Nord, où l'orge ne mûrit pas tous les ans, on pour-
ET HéréOBOLOGlE. 67
rait, jusqu'à un certain poiiU , trouver dans la plus ou moins grande quantité de ce grain \m indice de la force calorifique du soleil.
On m'a fait souvent la guerre sur mon optimisme relativement à l'organisation de la nature, et notamment sur l'action deS'Comètes, que nous allons retrouver tout à l'heure. Plusieurs personnes semblent regretter qu'il ne leur soit pas permis d'avoir peur, comme si on leur enlevait une jouissance en leur ôtant une émotion. Voici une belle loi de la nature qui infirme le témoignage que l'on demandait aux récoltes relativement à la chaleur solaire. Toute plante , pour arriver à maturité et produire ses graines , exige une certaine quantité déterminée de chaleur. Le froment en demande beaucoup plus que l'orge ; aussi , sur les cartes physiques, Yoitron la limite des ^ys qui produisent cette dernière céréale beaucoup plus élevée vers le nord que celle des pays à froment. La loi agricole dont je voulais parler consiste en ce que la somme totale de chaleur qu'il faut au blé , pai" exemple , pour mûrir, peut lui être fournie, soit par un petit nombre de jours très-chauds, soit par un plus grand nombre de jours plus tempérés. Ainsi, en admettant un soleil sensiblement affaibli, le blé , en France, mûrirait seulement un peu plus tard. La inoisson serait différée de quelques semaines ^ voilà tout. Elle ne serait pas moins abondante, et, par conséquent, la récolte plus ou moins avantageuse n'a rien à voir avec .la chaleur du soleil. Il y a toujours de la chaleur de reste pour mûrir leé céréales. L'influence de l'affaiblissement du soleil ne se ferait donc sentir que sur l'époque de la moisson. C'est
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<ck)nç là,. comme je viens de le dire tout à l*heure, (Ju'î! faudrîiit chercher un moyen detâter le pouls à notre soleil. Au reste, la physique possède maintenant des moyens directs de jnesurer la chaleur totale du soleil et de la comparer à des étalons fixes d'année en année : quand on voudra établir les appareils de physique su? une échelle aussi grandiose qu'on l'a fait pour les instrunàentç d'astronomie, ces belles questions seront aboi^ d4blès expérimentalement. J'ai déjà dit à mes lecteurs qu'à rObservatoire quelques pas avaient été faits dans cette voie. Mais si , comme l'a dit Franklin , le temps est l'étoffe dont la vie est faite , à plus forte raison est-ce l'étoffe dont sa fait là science , qui exige succès^ sîvmnent la vie d'une série d'observateurs avant d'arriver à ses brillantes et utiles découvertes.
La vigne , dont le fruit mûrit à peine' dans les environs de Paris , serait pour l'idée d'Herschel un critérium meilleur que les céréales; mais l'époque plus ou moins retardée de la récolte trouble tout en permettant à la plante de recevoir plus longtemps l'iaiuence de la température. Quelques auteurs citent des exemples de maturité de l'orge obtenue en six ou sept semaines dans la Laponie, sous les rayons d'ua soleil qui ne se couchait presque pas. Si ma mémoire ne me trompe , il suffit de i2,odo degrés de chaleur pour mûrir l'orge , tandis que pour mûrir le froment il en faut i8 à 20,000^ Mais, je le répète, la nature a donné d'admirables facilités à 1» fructification en permettant à la plante de recevoir la dose de chaleur qui lui est nécessaire en un plus ou moins grand nombre de jours. Restreignez cette tolérance de l'organisation végétale , et les céréales cessé-
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PODft (f être i'approyisionnement presque infaillible des cent cinquante millions, d'habitants de la puissante Europe. Je laisse à regret de côté une infinité de déductions importantes pour Tagriculture , que le lecteur pourra trouver dans Texcellent ouvrage de M. le comte de Gasparin, membre de l'Institut.
On m'a accusé d'un peu d'exagération dans l'estime inûniment réduite que j'ai faite de la matière des comètes. Voici les paroles d'une haute autorité scientifique , de sir John Herschel , associé étranger de l'Académie des Sciences, et aussi excellent physicien qu'astronome infatigable et mathématicien pratique. Les vues d'un esprit de cette capacité et de cette illustration auront, je l'espère, quelque poids,. et, indépendamment de cette autorité même , Je préviens les in» crédules que je tiens encore en réserve deux autres arguments à fortiori qui réduisent les comètes à pouvoir à peine fournir assez de substance pour la médecine homoBopathique. Voici les paroles de sir John , sous le titre : Excessive ténuité des Comètes: « En un » mot, la queue d'une grande comète pourrait bien ne » consister qu'en un très-petit nombre de livres ou » même de quelques onces de matière 111 » Voilà du positif. [Oiulines of Astronomf, art. 669; i85o.)
J'ai déjà donné le poids de la terre en kilogrammes. Le nombre comprend une ligne entière de zéros à la suite des premiers chiffres. Il est inutile de le récrire ici; mais le lecteur pourra s'assurei^ que la comète de sir John Herschel ne serait pas à la - terre ce que le plus petit moucheron serait à l'éléphant: ou ^ la baleine, et sa queue, fût-elle formée du .poison le plus
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violent, ne pourrait pas nuire aux existences vitales les plus éphémères de la nature. On lit dans quelquesuns des ouvrages les plus en vogue dans le dernier siècle cette t>outade latine contre la prétendue légèreté des femmes :
Quid lerius plumÀ? — PuWis. — Quid puWere? — Ventus.
— Quid vento? — Mulier. — Quid muIiereP — Nihîl.
« Quoi de plus léger que la plume? — La poussière. — Que la poussière? — Le vent. — Que le vent? — La femme. — Que la femme? — Rien. »
11 n'est personne sans doute qui n*ait devancé ma plume pour dire : Et les comètes donc? Au reste, s'il y a des femmes bien légères , il y a des hommes bien lourds , comme le disait une dame d'esprit à un ennuyeux interlocuteur qui lui ressassait cette vieille métaphore.
J'inaugure avec plaisir la mention que j*ai promise des voyages scientifiques, par une expédition récente faite au pic de Ténériffe par le jeune astronome royal d'Ecosse, M. Piazzi Smyth, déjà bien connu des savants par la rigueur qu'il cherche à obtenir dans toutes ses observations. C'est le fils du célèbre amiral Smyth , dont les ouvrages comme astronome , comme marin et comme antiquaire ont obtenu une réputation universelle. Son livre sur la Méditerranée , dont il a fait l'hydrographie,' et quelquefois de concert avec des officiers, français, est un modèle en tout genre. Son cycle d'objete célestes n'est pas moins estimé. L'amiral Smyth, alors capitaine, était accompagné, dans ses croisières géographiques, par sa femme, qui
savait mettre Toeil au baromètre et au thermomètre aussi bien que la main aux tables de logarithmes, et je crois savoir que la jeune femme de Tastronome royal d'Ecosse a suivi l'exemple de sa belle-mère , et a accompagné son mari dans sa rapide excursion astronomique où celui-ci avait, suivant un vers d'Homère, à soutenir la grande renommée de son pète et la sienne propre.
Cette expédition est curieuse à plus d'un titre. D'abord M. Piazzi Smyth trouva dans M« Robert Stephenson , membre du Parlement , un appréciateur de ses futurs travaux astronomiques, qui lui prêta un magnifique yacht ^ vapeur avec seize hommes d'équipage, approvisionné pour tout le temps de l'expédition , à peu près comme à Paris un ami prête son cheval pour une promenade au bois de Boulogne, ou plutôt comme une dame prête à une amie de province , pour le même motif, sa voiture, ses chevaux, son cocher, avec un laquais et un groom. Le voyage, qu'aucun accident n'a contrarié , a duré en tout cent dix-sepL jours , dont trente-six ont été passés à la mer, dix-huit dans l'île et en plaine, trente-sept dans la montagne, à une hauteur de 2,700 mètres, et enfin les vingt-six autres à 3,320 mètres.
Dans les deux localités successivement occupées sur la montagne au-dessus des couches d'air grossier et imparfaitement transparent du rivage, les rayons directs du soleil étaient bien plus vifs qu'ils ne sont en Angleterre et même ei» France. Les thermomètres se brisaient ou dépassaient les graduations extrêmes.^ Malheureusement l'expédition n'avait point les thermomètres méta-
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statiques de &I..T\^UerdSii.v ^oï i^'^esMâfent jamads rrfbsé. service. PeuJde.|^j^»i(|iU)e&s^^ 4Ue4'alr traversé^ les rayons d'un astire, '^léine perpeiïAiculaîreiaaehiet par le plus court chjsminv.ffiitpetdre arcès rayons fô j;ier&' ou la moitié, de leur foi^. A. ces hauteurs, bCebaleur et la lumièra du soleil n'atvaienjb presque neii perdu de leur intensité, iil. Smyth put .obsçryçr.*facilement Veflèt de la chaleur de la lune, que MellônLayàU eu tapi- de peine à rendre sensible dansdes eii^p^ieBcé^ faites aux environs de Naples. .Quoique la lune fût -alors trèsbasse, Teffet de ses rayons^ était encore le tierâ de celui dès rayons calorifiques d'une bougie placée à i5 pieds anglais dè'distance;.:.jQ; Supprime, pour le^noment les conséquences météérotogiqueô de cette belle observation. ^. > * '. ; : ^ .
Aux deux stations, mais surt(^|jit 'à^la.plus élevée, qui ne fut pas atteinte sans une pe^nd^ ex tr^nlie , en. démontant par pièces tous les grands instcuttients et avec de nombreux auxiliaires en honimes. çt en mules, l'effet des télescopes au sein de cecipl t»|r fut vraiment mer* veiileut ; notre astronome ne tarit pas là-dessus en exclamations admiratives. L'instrum^t, qu^, en. Angleterre, atteignait seulement . les étoijes. de ^jiiixiéme grandeur, arrivait alors facilemén,!; jusqu'à cèlfes 4e quatorzième. Les images télescopitlae^^étàiçut neèèes.et parfaitement définies ; toutes les étoiles doubles, ^registrées comme types de difficulté Optique dans l'ouvrage de Tamiral Smyth , père du voysjgejîf, x^édaient sans peine et se dédoublaient aisément dans cette atmosphère si peu compacte ; la troisième grande étoile d'Andromède, Gamma, a près d'elle une belle petite étoile
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bleue composée eii réalité de deux pertes étoiles bleues excessivement difûeiles à séparer y et qui ne sont pas à uno seconde de distance. On les distinguait sans peine dans cette heureuse localité. On voyait, parfaitoûent les divisions leç plus : fines des anneaux de Saturne , la topographie de la lune, et enfin sur* Jupiter on voyait les nuages se former et changer (}'aspect comme ceux que l'observateur avait sous ses pieds, le long de^ flancs du pic. Je dois dire que les mêmes t)bservations ont été faites par M. Ghacomac à l'Observatoire de Paris, et jai vu . les^ dessins de beaux ensembles de cumulus longeant riÉquateur de cette planète et dont les dispositions ne différaient aucunement de celles que nous donne la photographie perfectionnée de nos nuages terrestres. Unfe «xcellente lunette de *i5 centimètres d'ouverture, construite par M.§ecrétan, et récemment achetée pour l'Observatoire^ a pu, nialgréune position comparativement défavorable», rivaliser avec les observations 'faites sur le pic deTénériffe dans une situation tout à fait exceptionnelle.
Le concours que tous Içs corps saN'ànts d'Angleterre et tous les particuliers ont prêté au jeune astronome est aussi honorable pour lui que pour sa patHe. L'accyeil qu'il, a' reçu des .autorités espagnoles et du peuple dans rile de Ténériffe est aussi très-encourageant. Jus> qu'ici on avait toujours eu l'idée de bâtir des observatoires permanents dhns des localités choisies; L'expédition qui vient de se terminer le 14 octobre dernier a donné Texemple de profiter des mois favoi*ables dan$ ehaque saison. *Elle a rapporté une grande récolte d'observdtions précieuses, mais surtout elle a reconnu les V. 4
moyens à employer pour une prochaine iosUiliatioii. Sans doute , dans Tannée iSSy , oà Vénus sera en période favorable pour l'observation , on pourra voir, de l'observatoire momentané du pic les Caches dç c^tte planète , qu'on ne voit guère en Europe que sous le ciel de Rome, eh jamais à Paris. Gela nous donnera rinclinaison si mal déterminée* de la ligne de ses pôles, d'où résultent des saisons si prodigieusement différentes des nôtres. Félicitons le jeune astronome de son activité, de son hiaJ^ileté et de son succès. C'est une lettre de change qu'il a tirée sur lui-même pour l'année prochaine. Voici maintenant pour la France la^moralité de ma narration.
Nous avons en France le pic de Ténériffe : il s'appelle le pic du Midi, près de Barbes.. Il a près de 12,900 mètre&de hauteur. Il est parfaitement ac<;essible, même aux curieux, qui, dans la saison des eayx, y montent chaque jour à cheval. Cette station.est intermédiaij'e pour la hauteur entre les deux stations* de M. Piazzi Smyth , qui ; l'une et Tatitre , faisaient merveilles.. Notre excellent géographe et géodésien le colonel Peytier, à qui Ton doit la carte de la Grèce, a stationna environ deux semaines soua la tente au sommet du pic du Midi, qui est très-accessible en juin, juillet, août et septembre. Nous avons chez nous d'excellents observateurs, des lunettes de premier choix, un pic de 2,877 mètres de hauteur. Il est évident «pi'il faut meRre les lunettes et les observateurs sur ce pic Tété prochain. J>i moi-même essayé- la station du' sommet du Canigou, qui a 2,785 mètres et qui parait à peu près complètement abritée des nuages dits cumulus. Je tiens
ET VÉTÉOROLOGIE. 75
de M. Peytier qu'après un séjour de plusieurs jours sur le pic du Midi, lui et ses hommes étaient basanés comme après un voyage en Afrique ; et.<|u'ils avaient les lèvres et les oreilles gercées et fendues .par Veffet «de l^air et du soleil trop vifs. Quelques précautions peuvent prévenir ces légers accidents. Sans doute la dépense minime qu'occasionnera ce déplacement sera facilement obtenue des autofités coiùpétentés. .
Il me reste assez- peu d'espace pour mon éphéméride et pour les nouvelles rétrospectives. Quant aux étoiles filantes, le maximum, qui avait lieu vers le 12 novembre, n'existe plus, suivant M! Coulvier-Graviér, depuis plusieurs années. . En octobre qt en no- , vémbre, d'après le même observateur, il y a eu en moyenne douse étoiles filantes par heure.
Point de taches sur le soleil, du moins au dernier beau jour où même j'ai eu l'avantage de consulter làdessus mot! confrère l'astronome dy Ponft-Neuf. M. CouU viar-Gravier a |iussi observé .la lune pour voir passer des aérolitties au deyant, mais il n'a rien vu.
Le '9 die ce mois, il y avait éclipse de Jupiter par la lune : le temps s^ été couvert jét a fini par de -la pluie. Les curieux désappointés se consoleront en apprenant qu'en- 1761 l'astronome Legentik, envoyé dans l'Inde pour observer le passage de Vénus sur le soleil, manqua i'obsérvatien parce qu'il était encore en mer quand le passage eut lieu. .Désespéré de ce contfe-temps , il résolut de rester huit ans daiis ce pays pour y attendre le passage suivant db 1769. Or, le jour du phénomène, le temps fut très-beau, excepté* au moment où il fallait l'observer : un e]^écrable nuage couvrit le ciel tout
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juste le temps nécessaire pour faire perdre au malheu' reux astronome le fruit d'une si longue constance. On a dit de l'Espagne qu'en ce pays les voyageurs qui n'avaient point de patience en gagnaient, et que ceux qui en avaient finissaient par la perdre* on peut en . dire autant des astronomes qui voyagent dans les 'astres, relativement aux vicissitudes qu!ils éprouvent par- des météores impossibles à prévoir.
Les amateurs de belles étoiles peuvent maintenant se s^isfair^ pleinement tous les soirs : le mouvement dn ciel , cette force irrésistible et muette qui , semblable à la fatalité des anciens, faitéclere les groupes célestes dans la région orientale, et les abaisse à Thorizpn opposé, nous amène les. brillantes constellations d'hiver. En plein ciel, nous aVons Jupiter, Andromède et Percée ; Saturne, le Taureau, les- Gémeaux, à -l'orient) ainsi qu'Orion ,- la plus belle des constellations du ciel.
Mais de -toutes les étoiles, la plus cûri^^ est la belle étoile de seconde grandeur Algol, marquée par la lettre Bêta , dans la constellation de Persée , et qui est à la tête dç Médu^ que la figure principale porte à là main. Cette étoile , à chaque période de deux- jours vingt Ijeures quarante-neuf minutes , est réduite à la quatrième grandeur et se confond avec trois ou quatre autres étoiles insignifiantes qui l'environneht. EHe emploie trois heures et demie pour perdre ainsi une grande partiç de sa lumière et autant pour la reprendre. Avec une carte céleste , on la reconnaît trèç-façilement. Dimanche prochain, 23 de. ce mois, elle sera à son f>lu8 faible éclat à 6" iS*" environ, et à lo heures elle aura repris son rang dans le cief. C'est une des plus curieuses
£t llfréOROLOGlE^ fy
obsefvàtions que Fon puisse faire, à l'oeil nu. Sans doute quelque planète d'an gros volume qui x^irculd à- Tentour nous la èache presque* en totalité à chaque passage eortre cette étoile et nous. Algol est une .des Jtrentequatre étoiles de seconde grandeur de' Fbémisphère bo^ réal. L'affaiblissement: d'éclat qui aura Ueu dimanche prochain, 1% de 6e mois, d'ufera de quinze à dix -huit minutes. C'est un des spectacles que les astronomes et les curieux se donneilt le plus rarement / sans dout^ parce qu'il n'est annoncé nulle par];.
(21 noTembre i856.)
mf^
Plaidoyer! en faveur des oomètef. — Ziei étoUei varia* blet ne lont pas dçi loIeiU oouverti de g^andei taches et en partie lumineux. — Mafkxtien de la théorie donnée dans le précédent article. — ]Le soleil considéré comme étoile variable et circonstances où ses taq^eii ont été perceptibles à l'ceil nu.'— Éphéméride.
îlien de si difficile dans les sciences que de détruire un préjugé, une erreur, une opinion fausse. Notez bien que je dis dans les sciences d'observation, où lés faits parlent d'eux-mêmes, et où Texpérience, souverain juge»
semblerait devoir rendre des arrêts" sans. appel. S'il s'était agi de préjugés métaphysiques, j'aurais mis le mot impossible à la place du mot difficile. Chacun se complaît dans ses idées familières ; .on a honte de céder, à une autorité nouvelle.
Turpe putant parère minoribus , et quse * .
Imberbes didicere, senes perdenda fateri.
Tous les ménagements relatifs à Tamour-propre n'y font rien. C'est un'faux p)i de l'esprit aussi ineffaçable jque les plis d'une ieuillé de papier froissée en boule èntr0 les doigts.
Depuis mon dernier article j'ai subi de vrais plaidoyers en faveur des comètes. Le rôle insignifiant qu& leur assigne leur excessive légèreté contrarie les organisateurs et les désorganisatéurs des mondes. Buffon^ comme on Sait, fait jaillir les planètes du soleil par le choc d'une comète . qui en disperse les éclaboussures dans le zodiaque. Whiston fait Ip déluge avec la queue d'une comète. Il pe dit pas, à la vérité. Où cette comète s'était si Tort mouillé la'queue. Plus récemment , on a voulu' que des matières cométaires empoisonnées, se mêlant à notre atmosphère, produisissent des contagions et des pestilences. Rien de si commode qu'une comète pour réaKser, par des agents physiques, le programme que .cobtienneirt ces mots magiques : « La fin du moçde! »
Je priejes avocats des comètes , qu'ils regrettent tant de voir inoffraisives ,* de considérer qu'ils font pour leurs élientes exactement la méme^ chose que celui qui croirait plaider en faveur d'un lion par la mention des armes
ET RÉTÉOROtOGrE. 79
ofTensives et de la iérôcHé que la nature a^données à cet animal. Répétbni; que danà Tordre physique Tune d^ grandes lois de la nature est la staJnli^.
On m'otjecte qtie dans les (&uTres posthumes d' Arago on trouve un chapitre où il examii;ie le cas d'une co« mète entraînant la terre -avec elle, et où sont les n\ots : La transformation de la terre fin satelUte de comète est un événement qui n^ sort pas du cercle des possibilités i Oui y si la comète était assez massive; mais il n y en a pas de telles. De .même un moucheron pourrait enlevçr un éiéplKmt dans les airs, pourvu qu'on supposât ce moucheron de taiHe sufiGfiante. H me serait facile* de prendre, dans le même ouvrage d*Arago, de belles lignes où il établit^ avec Ja puissante dialectique mathématique de l'école de Laplace ^ que jamais la terre n*a reçu d une comète un- choc capable de rébrginler, car autrement les pôles de notre globe, qui sont immo^ biles dans la région des étoiles^se balanceraient circulairement dans Tespace, et chaque jpur aurait son pôle particulier, chaque jour aurait son étoile polaire.
Je puis citer un fait qui jn'est pCTsonnel ?et relatif au vide' que Ton fait sous le récipient de la machine pneumatique. Après avoir dit que dans les machines construites d*après Aon principe de double épuisement on faisait un vide presque parfait , M. Aragè , dans ses cours suivis par deç centaines d'auditeurs, ajoutait t|ue la matière qui constituait une comète était encore plusieurs inilliers de fois. moins compacte que ce vide.
Dans ce même livre sur les comètes, Arago.cite W. Herschel, Olbers, Stnive comme ayant vu de minimes étoiles au travers des comètes. Je pourrais moi-
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même citer Plazzi,* Bessel et. p&usieare astronomes vivants. Tout le monde sait que quelque» lieues de notre atmosphère terrestre sujQ&sent pour éteindre complète^ ment la lumière dQS étoiles. Il en est bien peu qui soient visibles à une hauteur de 5 à 6 degrés au-dessus de Thorizon; peut-être n'y a^il dans ce cals qu'Arcturus, la Chèvre et la Lyre parmi' les étoiles de no(fe hémisphère boréal. Eh bien, Ye 7 novembre 1828, M..Strave vit une. étoile de onzième grandeur,. c*estrà-dire dont la lumière est bien des centaines de fois plus faible que celte des étoiles de première grandeur; il vit, xii^je, cette étoile au travers .de la'comète de Encke. Or quel était alors le diamètre de cette c(Hnète en lieues dé 4 kilomètres? C'était io6,Qoo lieues t Quand on pense que Textlnction de la lumière au travers d'une substance transparente quelconque se fai&, suivant une loi très-rapide , à mesure que l'épaisseur augmente , on aura peine à concevoir {je dis même qu'on ne concevra pas du tout ) à quelle excessive ténuité se réduit la matière deacomètes pour qu'elle se laisse traverser par tes rayons d^une si faible étoite que te moindre crépuscule éteint, et pour laquelle on ne peut illuminer le ehamp de la lunette. Il faut considérer une comète comme une jsspèce de poussière à grains très-écartéç ; c'est enfin un étrç matériel placé aux limites de l'existence. Un peu moins de matière, et la comète cesserait .d'être.
J'ai cité dans le précédent article le chif^de quelques livres ou inêmede quelques onces attribué par M. Herschel âela queue d'une grande comète; j'ai rendu justice a la haute autorité de cet illustre astronome, qui m'est personnellement très-connu. Je ne puis cependant m'em-
ET MéTéfOROLOGIE. 8l
pécher de dire que j'ai vu avec étofinément que quelques liages plus loin, à Toccasion de la grande comète de 1Q80, il s'exprime ainsi ; w Cette pomè& a dû passer wtre la terre et le, soleil, et se voir sur le disque mèode de cet astre. // est grandement à regretter qu^un phénomène si intéressant soit passé inobsen^^ »• Cette réflexion et ces regrets s'appliqueraient mieux encore à la comète de 181^,' qui-re^ta près de quatre heures devant le soleil suivant les.calcu1s d'Olbers. Mais,grands dieux ! comment imaginer qu'une comète qui n'éteint pas sensiblepent les rayons d'une itiittime étoile amortira suffisamment ceux dû soleil pour être visible sur sa surface éblouissante? Une b5uéée de vent serait cent fois plus visible devant le soleil que la plus solide des comètes. Pour qu'un objet, fasse tacbe sûr un fond lu" mineux,'il faut qu'il éteigne au moins le soixantième de la lumièfeou de l'éclat du fond devant lequel il est placé. La comète qui laisse sensiblement passer en .totalité les rayoQS d'une étoile de onzième grandeur est bien loin d'uii pareil effet*
Le journal anglais Ziterar/ Ga2^W^,» en traduisant une partie de iftoi^ dernier article , reqaarque qu'il est utile (Je' prémunir, le pubHc .contre les craintes que pourrait inspirer la prochaine comète de'i8j;8. J'ajou-* tèrai qu'il n'eàt pas moins utile de débarrasser lès astro^ nomes eu^^mômes d'opinions contraires à la physique , le^elles, dans leur esprit, iharchent de .pair avec d'autres idées plus conformer à ce que .nous, apprennent •les faits' convenablement interprétés. Aii reste, si, physiquement parlant, les comètes ne^pebvent nous faire ni bien ni mal , elles nous donneront d'utiles instruc-
S2 . Astaosonns
lions sur la mécanique céleâte,- sur la masse des planètes près.desqueiles elles (fassent , sur la constitution des espaces célesfea, sans/ compter la vérification de j>lusieurs lois de Toptique. Jusqu'ici les comètes sont avec , 'anneau intérieur de Sa(ume les seuls milieux transx)arents parmi les corps célestes.'
Gqux qui s'intéressent à la comète de Gharies-Quint apprendront avec grand plaisir qu'on vi^t de retrouver des observations de i556 faites pendant une longue suite de jours .par uq "astronome uornBoté Heiler. J'ai déjà dit que les observations de Fabricius, astronome de Tempereur^ laissaient une incertitude de quatre ans sur l'époque du prochain retour fixé approximativement à l'année i85^, je n'ai pas besoin de dire que je suis sûr qu'au moment où j'écris ceci » M. Hind.et plusieurs autres coiqétograpbes calculent à perte -de sommeil et d^Bippélit les nouvdles observations <]u'on vient de retrouver si heureusement. Après les formidables, calculs que Lalande et W°^ Lepaute exécutèrent sur l3s formules de Clairaut pour le retour de la comète de 1759, l'un et llautre furent gravement iuidisposés pen* dant plusieurs mois. On sait qu'Euler* perdit un œil' en calculant les épbémérides des satellites de Jupiter. Parmi les fièvres opiniâtres on peut mettre la fièvre arithmétique.
On a voulu rattacher aux taches du soldl le phénomène des étoiles variables d'éclat, et 1»b a dit : Les étoiles variables sont des soleils- qui ^ comme* le nôtre ^ tournenjb suneux-mètnes, et dé plus ont des tacheà trèsvastes qui couvrent un côté presque entier dQ Tastre, lequel , par suite , nous paraît perdre de son éclat quand
il nous présente son côté obscur. Il n'est pas besoin dès lors d'imaginer de prétendues planètes à l'état gâteux ou pulvérulent et d'une énorme grosseur pour cacher en partie ces soleils. Cette explication m'a été présentée et so\iten,ue de vive voix et par écrit. Voici ma réponse : Un corps qui tourne sur lui-même le fait avec une (elle régularité de mouvement et de temps, que rien pe peut le troubler. Ainsi le jour, qui dépend de la rotation de la teite sur elle-même, est une période inaltérable, tandis que l'année et toutes les autres périodes des révolutions astronomiques sont plus pu moins incertaines. Il devrait-donc s'ensuivre que les étoiles variables nous oflriraient entre les époques de leurs éclats et de leurs aflj^iblissements des temps toujours égaux. Or il n.'en est pas ainsi. La période d'Âlgol , par etemple, diminue insensiblement d'année .en année.. Lai quantité d'affaiblis- ' sèment est aussi variable , et popr l'étoile de la Baleine ' l'affaiblissement est tantôt plus grand et tantôt moindre. Si l'on trouve une étoile variable parfaitement fixe dans sa période, rien n'empêchera. d'^expliquer sa variabilité par des taches permanentes qui en recouvrent une partie;. mais ces taches ne seraient pjis analogues à celles de notre soleil, qui sont essentiellement temporaires.
Il y a unQ autre remarque qui rend pour Algol et pour IMtoile T du' Cancer l'hypothèse des taches inadmissible : c'est que la diminution de l'éclat devrait durer la moitié du temps total de la rotation de l'étoile sur elle-même. Ainsi dans Algol , $iont la période est de près de trois jours , le moindre éclat devrpit durer environ trente heures au lieu de sept heures, et l'éclat le plus
84 ASTUONOUie
faible , qui ne dure que .quinze à dixrhuit minutes , serait tout à fait inexplicable, tandis qu'avec un- nuage planétaire passant devant Tétoile , la petite durée de Tespèce d'écli^se partielle est de rigueur. Ainsi, au moyen âge, on avait vu parfois à Tceil nu des taches très-grandes qui persistaient plusieurs jours sur la surface du soleir, et on en avait conclu que c'était la planète Mercure qui passait devant son disque. Mais cette planète ne peut mettre que. quelques heures à passer devant cet astre, tandis que les taches du soleil , qui tiennent à sa surface même*, sont visibles pendant une moitié de la révolution de i'astre , ce qui fait environ treize^ jours. Je voudrais bien ici faire comprendre comment une planète qui circule autour d'un soleil et qui s'-éclipse en partie à chaque 4)assage entre lui et nous peut effectuer ces passages à des interv.aUes inégaux ea durée. Je réclame un suroroît jd'attçniion pour cette périlleuse tentative.
Prenons pour exemple la terre circulant à l'entour du soleil. Si sur un globe on marque chaque jour la place du soleil, on voit que chaque saison occupe sur ce globe exactement le quart du contour total. Les positions que le soleil occupe au commencement du «printemps, de l'été, de l'automne et de l'hiver sont également espacées. Mais il n'en est pas de même du tecnps que dure chacune.de ces saisons. Dans ce siècle, le printemps et l'été, qui pour ce côté du monde font la saison chaude, surpassent, d'environ huit jours en durée l'automhe et l'hiver. Il n'en sera pas ainsi, dans quelques siècles : l'avantage- de la durée appartiendra à l'automne et à l'hiver. Ce changement, qui se fait en quelques siècles
ET MÉtÉOROLOGIE. 85
pouf la terre, se fait en'un petit nombre d'années pour, le mouyemeBt âè la lune autour de la terre. On peut donc attribuer telle inégalité, en durée qu'on voudra aux mouvements d'une planète circulant autour d'un soleil , et de plus chaque quart de l'orbite jouira successivement de la propriété d'éire parcouru ou pendant le temps le plus- long, ou pendant la .temps le plus q^ûrt. ^ Considérons* maintenant la planète vue de la terre et éclipsant partiellement son soleil. Si', .pendant le temps qu'elle met à revenir à «une pouveile éclipse, la portion de rprbite où est la plus grande durée 's'est approchée, d^ notre^ôté} cette circonstance.occasionnera un retarc) à la planète , puisqu'elle marchera dans un chemin où sa vitesse sera higindre, et l'éclipsé retardera de plus en plus jusqu'à Ce que le déplacement progressif de» points où a lieu .la plus grande et.la plus petite vitesse amène du côté de la terre les points dé'plus grsuidè vitesse qui , étant parcourus par la planète. pkis rapidement que dans la période précédente , occasionneront une avance dans l'époque de l'éclipsé, et par suite une diminution dans le temps qui s^are deux éclipses' successives.
En un mot, si' entre deux retours de la planète ^fipsante , le déplacement d& la région de moindre vitesse a été tel, qub la planète ait traversé une moindre partie de la région retardante, Vèclipse avancera, ai au contraire elle a à parcTouinr une plus grande portion de cette région^ de moindre vitesse, l'écUpse retardera.. •
^ le lecteur s'obstine à comprendre .clairement ce qui précède , je l'invité à \& relire plusieurs fois. Au reste, il est incroyable combien il y a de différence entre deux esprits pour la facilité à saisir les notions
de mécaRique. Cette différence est la même que qsWe qui se trouve en^re leis diverses aptitudes de plusieurs personnes pour la poésie^ la peinture; la musique et en générat^pour tdyt ce qui esl du domaine de Tintelli^ence humaine. Il m'est souvent arrivé de trouver dans un salon Une personne ^trai^ère aux sciences qui, ayant bien compris une question épineuse , la formulait ensuite d*unë manière bien plus claire que'^tous les livres écrits 5ur Tobjet -eh question.- Je crains que le lecteur ne fasse la remarqué peu obligeante que je n'ai' pas encore fait cette heureuse rencontre pour la question des inégalités de durée dans les périodes successives dc^ étoiles variables.
Toutes les déductions de cette théorie, nous mèneraient bien loin. Je ne mentionnerai avec M. Alexandre de Humboldtque le cas oi!rnolre soleil Wait une étoile variable^ ' * •
Cet illustre sayanl, également émihent comme voyageur, comme géographe, comme météorologiste, comme astronome et comme érudit, s*é&t complu à tracer le tableau de ce 'qui arriverait dansce cas^ur notre terre» Ce tableati n'offre rien de rassurant, on peut y répondre que rien n'indique dans notre étoile une possibilité de diminution d'éclat , puisque rien , excepté tes coYnètes y ne peut s'i;iterp<Jser entre lé soleil et nous. Or nous avons déjà fait justice des comètes. "^ - .
Mais si les taches d^ soleil devenaient tellement étendues,- qu'il en fût encfoûté, smyBTïi l'expresâon pittoresque de Fohtenelle; si la cause qui produit sa lumière^ et sa chaleur venait à faiblir; si. . .-. .
T(^s si, si, dit k dieu , ne S ni raient jamais t
ET ÏIÉTÉORÔLOGIE, 87
J'aime mieux citer les vers gue le méa\e Fontenelle adressait à une société qui dQ la campagne- i^i annon- ^it ayoir observa dans le.saleil nn phénomène extraordinaire : • . .. .,
Voi^s dites donc , gens de yillag«^ *
, Que le soleil à l'horizon,
'Avait assez mauTais yisage.-
, Eli bien , quelque subtU nuage
Vous avait flûria trahison .
De.défîgurer^on infage.
il était là comme en prison
D'un air malade , maig je gage.
Que le drôle en son haut étage «
Ne ci'aignait pas la pâmoison ,
' .Vous n'en saurez pas davantage,
J5t ¥OÎci marpérfiptfison, ' ' '
Adieu , votre jeune 8*aison
A tout antre soin vou'b engage;.
L'ignorance est "son apanage •
A'vee les plaisirs à foison , * • <
Convenable et doux assemblage»
J*avoiirâi bien et j'çn enrage ,. .■ . -
Que ie'sitvoir étla raison
Ne sont aussi qu'un badi nage/-
.Mais l)adînage de prison!, * '
11 est des hochets pour .tout âge l'
Cette pièce y. chose singulière , est adressée à Voltaire eu 17^0. Celui-ci^ alors très-jeune , a'était point ehcore par rapport à Fontenelle une étoile de première grandeur, li a depuis caractérisé Fontenelle comme un.
88 ASTRONOMIlB
homme qui 'faisait de pei;its yçrs et de grands calculs. Le dernier des veré qui .précèdent me semble frès-heureux. En .fait de poésie^ pour parler le lan^ge industriel de notre ép(}que, ie n'ai pas rhonneur insigiie djèlre fabricant, je ne suis pas même commerçant, je me CQntente d'être grand consomm^Ceur, ce qui est plus agréable. Sur cela je remarquerai qu6 notre xix^ siècle, qui a tout tenté, ne nous a encore produit au(;une pièce en rimes redoublées. Heureusement Cfâe le siècle *p*est pas fini, et comnie nous voyons Reparaître le sonnet, qui fut inconnu au xviii* siècle, nous pouvons encore espérer des pièces Qn rime;^ redoublées aussi. bien que la comète de trois .cents ans de révolution.
Pour ne pas oublier une curieuse production littéraire de Fontenelle maintenant tout à fait inconnue , je dirai que la grande comète de 1680 qui servit à Newton pour établir les lois de I9 marcbe de ces astres, et qui fut pour l'astroROmie- un événement capital , donna à Fontenelle Vôçcasion de\faire ui^e petite pièce de circonstance intitulée ià Comète» On y voit que les astronomes de cette époque , ptii^ soigneux ,de leur santé que ceux de pô* jours , endossaient un casaquin en peau d'ours avant de monter à leur observatoire. Il est curieux pour nous d'entendre, un des personnages de la pièce dire qu'il fait en 1680 un almanaçh pour Var^ pro^ chain 168 1 1 G'egt exactement pe que sera le mois de décQmbre 1866 pour le mois de décembre de l'anaoS^. Espérons gue la comète de Charles-Quint sera plus heu- , reusé en pièces de circonstance que ne \\ été la comète de Halley qui arriva en i835; Plusieurs auteurs dramatiques m'ont dit qu'ils taillaient déjà Iner pltww en vue
ET HéTéORCfLOGIjB. 89
du retour de cet astre qui , en i55&, précéda la batailie de Saint-Quentin*, et qui cette fois suivra la prise de Sébastppol.
Voici, pour le mois de décembre, les époques où Tétoile Algol sera à'son éclat le plue faible; Je répéterai que pendant trois heijres et demie avaiit chaque date l'étoile diminue et passe de la seconde à la quatrième grandeur. EUe rcfvieht à spn éclat primitif en trois heures et deniie. Peu d*'ol)seirvateur^ ont» été témoins de ces curieux changements. L'étoile a dans son voisinage trois étoiles dont Tune est de qûatrièm.e grarfdeur et les deux autres de cinquième. 'Ainsi les points iie cotnparaison ne m^nqùent pas. . *
. AÎiniQia d'éclat d'J^l en décembre i856 (heure dô Paris). »
Lundi. ..... '8 à* 2 Ji. 10 m. idu matin. .
Mercredi.... io*à 10 h. 69 rh: du soir.
Samedi. .... i3 à '.7 h. 48 m. du soir.
Mardi.. ..... 16 à 4 h. 87 m. du. soir..
Dimanche. . . 2Q ô» 3 h. 53 m. du ,ms^tin. *
Mercredi.... 3i à o h. 4^ m- du matip.
Ain^i, par exemple, le mercredi lo décembre l'éclat de rétoile commencera à faiblir vers y^'So"»; elle sera très-iaible à 1 1 heures et aura repris tout son éclat à a** 3o" du matin dû jour suivant. Le" samedi i3, on devra s'assurer qu'elle est trè&-faible vers 7** 3o", et elle aura repris tout son brillant à 11 heures.
Pendant ce mois. Mercure sera visible* à l'orient un peu avant le lever du soleil. Vénus et Mars le seront à l'occident le soir. Jupiter et Saturne sont bien placés
go ASTRONOMIE ,^
pour robsei^tion. Pour Jppiter, il y aura des réappa^ ri lions de. satellites ..éclipsés le ii à 8** 9"; le 18, à 10»» 5"; le 27, à 6"3o»
C'est un des spectaéles qui frappent le plus d'admiration les curieux qui mettent Toeil à la lunette à Theure où sont représentés les aspects de Jupiter et de ses satellites que . de voir se. reproduire avec exactitude la position prévue pour Ja. planète principale et pour ses quatre lunes.: Dans ^ tableau typographigue- qui suit, la lettre / désigne Jupiter, et êes quatre lunes sont irejpfésentées par les'let^res a, h^ c, d^ Le satellite le plu» voisin .de la planète eçt «, le suivant est bj le troisième e et le quatrième, ou le plus éloigné dans son orbite, a la lettre d, 0uant au point qui accompagne la lettre entre les filets; il sert à indiquer si le sàtellitç va en s'éloignant ou se rapprochant de la planète. Quand la lettre est du côté de Jupiter par rapport au point, Je satellite va se rapprochant. Quand la lettre est plus loin de Jupiter que le point, le satellite désigné par la lettre va en s'éloignant de Tastre central. On pourra ainsi reconnaître tout de suite les. divers satellites. Il est 9 heures du soir à Paris.
Vendredi 5.'... — .c — a.— b. — J— .d — *
Samedi 6 V — c— .b — J — a. — .d —
Dimanche 7. .. . — .a — J— ,c— .b--^' .d —
' Lundis — J — b. »— a. — .c — d. —
Mardi 9. ••• • • • • — b.' — .a — J — c. — d» -i- '
Mercredi 10. .. — .b— J— c. — d. —
JeudiiT.:.t .. . — c. — J — .a — b. — d.— .
Vendredi 12.. . —.c — a. — b. — J — d.—
Samedi 1 3 — . .c—d — .b-— J — .a —
ET MlS^ÉbROEOGIE. QI
Dimanche 1 4 -• • — d. — .a — J— .c— .b —
Lundi 1 5. . — d. — 4 — a. -^b» — .o —
Mardi i6... — d. *-; b. — .»— J •— c. r- .• Mèrcredi 17^. . . — xl — .b -y Jr-a.-r-c. —
Jeudi 18^ — ..d — c. — J — .a — .b— \
Vendredi 19 . . — c. — .d — a. — t). — . J — '
Samedi. ao.... . — .c.— .b — .'d — J— ,a — . .
Ce .tableau montre, par exçmple, que le samedi 6, à 9 heures «du soir, ^l y a deux satellites de chaque côté de Jupiter. Â gauche, le troisième se rapprochant de Jupiter, puis le ieeond se rapprochant aussi. A droite est le premier satellite se rapprochant, et enfiji le quatrième qui va en s'écartant. Quand un satellite n'est pas marqué , comme le to où la lettre a manque , c*est que le satellite omis est éclipsé', ou bim qui! est devant ou derrière' le disque de lupiter.
Point d'occultation d'étoile brillante par la lune' dans le mois de décpmbrfe.
(5 décembre 1 856.)
9^ ASTI^ON^HIK
yii.
Bomaine de'la météorologie. — Bxpéditioik Mftoilîfiqatf du priooe XVapolion daaf I^ fcners du JVord. — Çoo^ raats de la mer et leur inllueiMe tiir les cAimats. — Cause qui rend le nord de notre ^lobe plus chaud que le sud. ^'détérioration «lu olimat dans les régions polaires. —Insuffisance des causes astronopiiques pour l'expliquer. -» Éphémëritle.
Bélier, mpn ami , dit Ip Géant, commence par le com^ mencement.—. Volontiers, r^poad le Bélier, quoique ce ne soit pas la cOulupae. — Je suis de Tavis du Géant; mais il faut considérer qu'avant de parler sur un sujet qui n'eât pas indiqué par xeux auxquels on veut Texposer, 11 faut autant -que possible faire naître de l'intérêt pour la classe d^dées qu'on veut développer; et quand un préambule ne serait bon qu'à mettre le lecteur en garde, poiir qu'au besoin iî n'entreprenne pas une lecture qui pourrait l'ennuyer, il faut convenir qu'il aurait son utilité. Là condition de celui qui répond à des questions dictées par une curiosité déjà éveillée est bien plus favorable. S'il a la marchandise, le marché est tout trouvé (style utilitaire).
Parler de météorologie en commençant par le commencement, comme le Bélier d'Hamilton, n'est pas chose si facile qu'on pourrait le croire. Autant vaudrait dévider un échevestu qui a servi de jouet à une famille entière de jeunes chats çt, ce qui est pire , c^est qu'il y a dans ce malencontreux écheveau une grande quan-
ET JlÉfÉOEOI^ÔGIE. 93
tilé de ruptures 0t de /bonis div^ers entre lesquels le choix est in^pq^sible. Ler«nionde entier est un vaste ca-' binet de physique. expérimentale où la nature, à Tâide de toutes les forces qui comma(ident à la. matière et disposant du temps sans.liiûite , donae naissance à mille et mille phénomènes d'électricité, dç lumière , de chaleur, de "toagn^tisme, d'acoustique. C'est encore un grand laboratoire de chimie flottant sur un oééan interne de feu et sous une' atinosphère qui exerce *un nombre infini d'actions- chimiques. On peut encore y voir uheT galerie minéralogique*compiè^ renfermant des collections, à grands, échantillons. Par les mouveinents variés qui s'y opèrent, c'tst un immense atAlier de mécamque. Ajoutez les êtres vivants ^ plantes, animaux, homipes. Qi^l théâtre pour le développement des quatre ' grandes forces, de -la naXuro^ savoir lés forces mécaniques, les forces physiqueâi, les forces chimiques* et les forces pjiysiologiques ) Comment demaiviét* à quelqu'un non pa^ de connaître à fond , mais seulement d'entrevoir la théorie de ce grand tout? Dieu seul sait la nature entière*, et encore , me ^disait sérieqsement un naïf inteplocuteur, il faut qu'il ait une bonne tète pour cela. Pour peindre, mon idée de là difficulté, qu'il y a de trouver dans Ja' météorologie un commencement de préférence, un ordre logique de Subordination -dans des jnatières si hétérogènes, je supposerai que dans une salle grande comme, une église on entasse pèle-' mêle tous les instruments de .physique et d'astronomie de l'Observatoire, de l'École Polytechnique et de la Siorbonne, qu'on y intercale tous les fourneaux, alambics, piles, flacons', cuves des laboratoires de. chimie
scientifiques et industriels, que le tout soit lardé des échantillons sans nombre des galeries minéralogiques et géologiques du Jardin des Plantes et de l'École des Mines , enfin qii*on y joigne toute la collection sans fin des bâtiments du Gonservatoiï^xl&s Arts et Métiers , et , pour achever, que. le tpvit soft emballé et bourré avec tous4es produits animaux et végétaux 'de Tagriculture et de la' nature sauvage; puisque, montrant à un professeur ce chaos d'objets si 'divers, on lui demçnde de le déblayer, méthodiquement, -ponr une exposition Ititionnelle. Voilà la météorologie; il n*est pas uU objet dans lé monde entier qui n'ait un mot à. réclamer d'elle comme, cau^ où comme effet;
Ainsi* le seul moyen d'avoir ici un commencement, c'est de n'en pai^ chercher du tout et d'exjwser les diverses parties de la science à mdsure que les circonstances les amèneront devint noua. Aristote a classé anciennement les phénomènes météorologiques. en météores terrestres , lôétéores aqueux; météores aériens et taétéores ignés. C'est un ordre didactique que je crois bgn pour un traité spécial ; mais pour la conversation, tout le mondé traduit le mot didactique par le mot ennuyeux. .
'Levo^yagedu prince Napoléon dans les ihers polaires nous fournira plusieurs sujets météorologiques des plus importants. Dans un précédent article, nous avons fait aux étrangers les honneui^ du premier 6ompte rendu d'une ej^pédition scientifique à l'occasion de l'excursion astronomique de m.- Piazzi Sfaiyth au pic de Ténépiffe ; il est juste de ne pas oublier nos nationaux et de rendre justice à ce qui se fait chez nous. C'edt, suivant l'ex-
ET HfiTEOBOtOGlE. gS
preâ&iond*Horace, .
Célébra r« dômes tica facta, *
feire valoic ce qui 3e fait chez nous. On blâo^e Ie9 Anglais de rendre trop de justicç aux travaux des Anglais; On ne peut pas noiis faire le lo^e reproche, car, à voir nptre parjtialité contre nou^mémes, t)B se rappelle involontairement cet axiome satirique d'une date trèsanciepne : « La France estlavpatrie des étrangers! »
I^ prince Napoléon , dont tous les membres, du jury de l'Imposition universelle ont pu apprécier la capacité €t l'actitité au travail , avait sous ses ordres et ,- comme il le dit lil)éralenfent lui-même , pour collaborateurs un petit nombire d'explorateurs, mais tous gens d'élite, gens de tête et de main, de pensée et d'exécution, depinceau et de plume, même et manu^ Ds n'auront ici d'autre éloge.que. leurs no;ns. Pour U tnarine, MM/de la Roncière ^ Dubuisson^ Josnard ;/puis, pour les autres travaux, MM. deSaulcy, (feLaruche-Poncié, Chancourlois, Ferri-Pisani. • •
Il a d'abord fallu faire des chefi^'œuvre daAS l'art de naviguer pour s^ronter les mers du Nord avec une frêle coquille que le moindre ^écueil de glaceilottante aurait trouée irremédiablenient et coulée incontinent sans calfatage possible pour son mince bordage en fer. La Beifèe-Hortense ne portait, dans son service ordinaire , du charbon que pour six jours , et ce iCest qu'en la surch^g€|^&t aux dépens de sa sécurité qu'on en embarquait pour un temps un peu phis long. De plus, on voulait suivre des banquises de glaces dentelées de mille anfractuosités périlleuses, qui par les brumes et
par les monveiKients imprimés a.ux glaces , par les coups de ces mers inhospitalières, peuvent se £ermer et devenir des pièges mortels. Les explorations devaient être terminées presque au jour et à l'heure fixée par la quantité du combustible.. embarqué, sms peiné de ne pouvoir plus avancer ni. reculer après la perte de la force motrice. Toutes c«s £li%ultés ont été he^ifeusement et savamment surmontées par une admirable alliance de l'audace à la capacité, maritime. L'itinéraire traqé sur la carte, montre quQ ce n'a- pas été sans peine et sans périls. Au retour même du Groenland, il a fallu céder à l'effort ide la tempête et fuir devant elle, ce ^i a ramené l'expédition une Ibis de plus en' Islande*
L'expédition a côtoyé la banqi^ise- qui ferme ia mer au-dessus^ (de ce pays pn allant du Groenland ii l'île de Jëan-Mayèn, que les glaces rendent aujourd'hui inabordable et qui lésera peut^être^maîntenant 4 tout jamais, ainsi .que son curieux volcan , /l'après la détérioration présumée.du climat de ces tristes régions, détérioration sur lac^uelle nous reviendrons tout à Theure. Pour les observateur^ placés dans les mers du nord de l'Islande, le soleil ne* se couchait plus. Lea' récits des voyages polaires ^xcitent. toujours notre étoanen(ent quand ils parlent du ^eleil brillant, àr minuit. C'est à l'instant du milieu de la nuit de Paris que plusieurs des photographies de l'expédition pât été exécutées. On fait ce vieux conte, qu'une fôis le soleil , curieux de savoir cq que c'était que la nuit , se mit à regarder dur la terre à minuit juste, mais que son désir ne put être satisfait, car sa présence fit le jour immédiatement. Il semble que l^on ait voulu ici peindre l'effet du soleil de ririnuil
ET MÉTÉOIIOLOGIE. < 97
quand on a dépassé le cercle polaire et pendant les jours solsticiaux. Gomme le mot de minuit jure avec celui de plein soleil, on pourrait désigner la même époque de la journée en. disant douze heures de Taprèsrmidi. Tacite , qui n'a'poitit dérogé, â l'habitude des Romains d'ètrcde fort mauvais observateurs et des descripteurs encore pires, après' quelques phrases inintelligibles pour lut comme pour nous ,. sur les extrémités aplaties de la' terre qui par leur ombre peu élevée ne haus^ sent pas les ténèbres et font que la nuit tombe au-dessous du cieî et des étoiles, dit assez pittoresquement que dans ces régions le soleil passe au-dessus dé Thorizon sans l'atteindre , et par suite sans se lever ni se coucher.
Il faut voir dans l'Exposition du Palais-Royal une foule d'objets curieux. relatifs aux usages,. à la vie; à ia pêche , aux arts même des naturels des régions polaires : la baleine, le mon^, le phoque ^t les bateaux qui servent à leur chasse; le grand corbeau. solitaire, le canard eyder, qui nqus (JonneTédredon (eyder-down), le cygne , les oiseaux dé proie et les oiseaux tie mer et de terre^Le prince Charles Bonaparte, qui, après Dieu, est celui qui connaît le mieux la gent emplumée, a trouvé dans la collection de l'expédition plusieurs- espèces nouvelles. En revanche > la classe des insectes est on ne peut plus pauvre; mais pour nos voyageurs, comme pour leurs devanciers, les espèces qui attaquent l'homme compensaient par «leurs innombrables essaims* et par une activité vraiment dévorante le peu de variété qu'il y avait dan5 leur nature.
L'anthropologie, cette, science si moderne, compte V. 5
de vraies richesses clans cçs collections. On y voit un grand nombre, de crânes et de squelettes de .races antiques, des pièces mpulées sur )e vivant et de curieuses analogies avec les races asiatiques.
La pièce qui contient les vues , les photographies et les dessins coloriés ou non pourrait être cbitsidérée comme appartenant à une exposition des beaux-arts. On m'a nommé pour artistes M. Giraud et M. le duc d'Âbrantès. Il y a unç belle vue du geyser d'Islande , ce jet d'eau bouillante jaillissant à pleine ouverture d'un large puits , et s'élevant à la. hauteur d'une tour. Ces vues , ces dessins , ces photographies nous donnent le portrait ûdèle du Groenland, de l'Islande et de La Norwége. Que d'activité, hewreusement employée , et combien ces fac-similé des lieux seront précieux dans quelques siècles , pour constater bs changements qui s'y opèrent graduellement d'âge en âge 1 Enfin la photographie a reproduit les traits de tous les membres de l'ex* pédition dans leur costunle polaire. C'est une véritable signature apposée aux travaux de ces actifs explorateurs.
L'Islande ainsi que la Norwége sont pendant Tété à découvert de neige et.de glace, mais quant au Groenland , sauf une lisière' de quelques kilomètres entcfe la banquise ou glace maritime et l'intérieur du pays , on peut dire que cette vaste contrée n'est qu'un -immense glacier d'eau douce d'une épaisseur inattaquable aux rayons du soleil d'été et poussant dans la m^r des espèces d'embouchures de fleuves de 'glace, qui , se brisant en énormes fragments , deviennent des montagnes de glaces flottantes (icebergs).' Si, comme on peut le penser, le pays a été anciennement découvert comine V*e^\
ET WÉTEOROLOGIE. 99
encore l'Islande, ces baies étroites et profondément entaillées qu'on appelle^ow/j devaient être les waies embouchures des rivières qui coulaient au travers du pays à ces époques reculées. Elles dont remplacées aujourd'hui par de vrais courants de glace , car dans la Suisse nous voyons également Jes glaciers s'«vancer entre les rochers resserrés malgré la solidité de la glace qui paraît subir dans les gorgps defe glaciers la même opération quje subissent le fer et les métaux ductHes quand ils passent à la filière^
Le Spiteberg semble aujourd'hui pour toujours envahi par les glaces , et , "sauf quelques escarpements de rocs et de terrains abrupts, le sol ne revérra plus les rayons du soleil. M"* Léônie d'Aunet , dans son curieux Voyage (Tune femme au Spitzberg , s'exprime ainsi : « Ce jour, je me décidai à aller à terre, ou plutôt à neige ^ car elle ne fond jamais .dans cette centrée. » Les Hollandais et les Anglais étaient plus, heureux.il y a deux siècles , et même parfois on y passait l'hiver. Aujourd'hui la pèche est abandonnée au Spitzbcfg^ et l'ile de Jean Mayen > située plus au. midi et presque dans 1^ voisinage de l'Islande , est depuis bien des années inabordable* Le Groenland nous offrcr de pareils indices de détérioration. L'histoire et des ruines. encore subsistantes nous apprennent que le midi de ce pays était habité par uQe population considérable, avecun évêché el de nembreuses églises ' et i^illages. Aujourd'hui tout est désert, sauf quelque» Esquimaux. La population Scandinave a disparu complétenienU Un des plus ciirieux échantillons de la collection du Palais-Royal est un tronc de saule, à peu près de la grosseur du
lOO ASTRONOMfC
tronc tie nos arbres fruitiers , qui ne parait pas d'une époque trèa-an^ienne. Il fait un contraste frappant avec de petits saules de même espèce qui vivent aujourd'hui dans ces parages désolés, et qui ne surpassent pas la taille des groseilUers et des rosiers de nos jardins de Paris'. Xa détérioration estévidenCie/
Au reste , toute l'expédition , et le prince en tête', après inspection locale attentive, partagent cette opinion. Nous en verrons plus tard k cause et Texplication.
Ce qui caractérisera Texpédition du pripca Napoléon, c'e^t l'exemple qu'if a donné de jeter à la mer des flotteurs en |x>is (Soutenant l'indication de la localité .d*où ils sont partis^ et, par leur atterrissage sur telle ou telle, côte , montrant quelle direction sutvçnt les courants, marii)^. Les bouteilles scellées que l'on jetait autrefois h la mer ont donné d'utiles renseignements, mais elles étaient trop /ragiles et trop peu apparentes. Elles pe résisteraient pas aux glaces des mers polaires, bans l'expédition aétuellef un billot de So centimètres en diamètre, et d'autant en hauteur était percé à la tarière, spivant le fil du^ois, d'un trou qui ne traversait pas. Dans. ce trou on logeait une fiole de verre dans laquelle était un p9pier portant la longitude et la latitude du lieu où l'on avait jeté le.billot de bois à la mer. Apilès avoir placé la fiole dans le trou , on y coulait du goudron et on clouait sur l'orifice une , plaque de plomb. Pour rendre ce bloc plus remarquable, on y faisait transversalement quatre trous qui recevaient quatre chevilles ou manches, et puis on le précipitait dans la mer. Sans doute l'exemple de l'expédition de la Rjcine-Hortense sera imité par tous les navires qui
ET HÉT^OROLOGIE; lOl
font les traversées i^égulières du commerce , et pour lesquels la connaissance des courants est si importante, aussi bien que par les navires chargé» d'un.e exploration scientifique. • * ' . •
Disons d'abord qûê patipi fous les 'agents physiques qui ont une influence sur le climat des divers points de la terre , les courants maritimes tiennent- le premier rang. Le Vaste fleuve d'eau chaude ^ui, dans les'régions équatoriales , traverse l'Atlantique et' vient aborder l'Amérique centrale , Se divise en deux courants trèsinégaux en volume. Presque toute l'eau chaude du cou«» rant équatorial remonte au nord sous le nom* de Gulf- Stream , et avec les vents d'ouest donne à l'Europe un climat exceptionnellement favorable, sur lequel nous reviendrons plus tard. La même «hosé a heu pour le vaste océan Pacifique , qui ^st deux fois plus large que î'Atlantiqué, Presque toutes les eaux chaudes de -son courant» équatorial remontent le long du Japon , et , allant vers le nord-est , portent à l'Orégon un climat presque aussi avantageux que celui de l'Europe. Je supprime provisoirement ipille belles déductions de ces grands faits physiques. Avec ces eaux chaudes de l'équatetir remontant en presque totalité dans l'hémisphère nord , il n'est plus permis de se demander et d'ignorer pourquoi notre hémisphère est bien phis chaud que. l'hémisphère opposé , et pourquoi , avec tes vents d'ouest des latitudes moyennes^, les .côtes orientales da Pacifique et de l'Atlantique , qui sont l'Orégon et l'Europe , sont bien plus chaudes que les côtes occidentales , savoir la Târtarie chinoise et les Etats-Unis» Mais avançons.
lOa ASTRONOMIE
Pour ne pas trop allonger cet article^ je me propose seulejnent d'y établir que ce n*est point à,des causes astronomiques que la détérioration des climats du nord peut-être attribuée. Les causes météorplogiques , et surtout l'influence des courants, seront examinées en temps et lieu.
Les observations des Chinois et des Grecs ont montré qu« le soleil chaque année s'écarte de moins en moins de l'équateur, ou, en d'autres termes, que chaque été. il vient de moins en moins près de nos tètes , et comme la saison chauda est celle qui fait fructifier la terre et qualifie le climat , on peut dire que nous perdons un peu tous les ans en bonté de climat productif. Notre grand mathématicien Laplace a trouvé la cause de ce curieux phénomène ; elle se rapporte à l'action perturbatrice des planètes sur la terre, laquelle diminuQun peu chaque année l'excursion du soleil de part et d'iiutre de l'équateur. Cette diminution, est fort petite. Si Von considère deux points dont l'un soit de i5 mètres plus au sud que l'autre , le premier aura dans un an lemême climat et le.sbleil d'été à la même hauteur que le second Ta dans cette année. Il faudra à' peu près cent ans pour que l'Observatoire impérial qui est au sud du palais du Luxembourg , n'ait plus qu'un climat de saison chaude pareil à celui que le palais du Luxembourg possède aujourâ'hui. Depuis l'an iioo .ayant notre ère jusqu'à nos jours, la perte du climat est d'environ 48 kilomètres, ou 12 lieues. C'est comme si Paris eût marché vers le nord d^ 12 lieues.
Si le soleil continuait à s'éloigner de moins en moins de l'équateur et qu'il arrivât à ne pas le quitter , on
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aurait* toute Tannée le temps qu'il fait au 21 mars et au 21 septembre, «*est-à-dire un printemps perpétue). La plupart des personnes à qui Ton présente cette supposition se' laissent séduise à la poétique' pensée de cette belle saison durant tôutQ Tannée sans chaleurs accablantes et sans froids pénibles. Mais le blé ne mûrit pas avec la chaleur du premier printemps', et si Ton souhaitait cette constitution météorologique , il faudrait se résoudre à vivre d'herbe et de fleurs pour n'avoir pas fait un ycbxx téméraire. On me répondra qu'au lieu de se nourrir d'herbe, les hommes y feraient pattredes bœufs , des moutons , des chèvres dont- ils se nourriraient ensuite avec des fécules de racines. Soit; c'est aux statisticiens à nous dire combien il resterait de nos 25o millions d'Européens si les* céréales étaieint retranchées de leurs approvisionnements annuels.
Concluons de ce qui' précède que puisque la détérioration astronomique du climat est si peu de chose (i33 ans pour perdre un kilomètre) , on -ne peut pas attri- Jt)uer à'cette faible cause la grande détérioration -du climat qui a eu lieu depuis si peu de siècles dans les régions polaires. Je préviens d'avance que nous en trouverons la raison dans la météorologie.
Mais rassurons le lepteur sur ,1a prétendue possibilité d'un printemps perpétuel. Laplace, en trouvant la cause perturbatrice qui chaque année arrête le soleil à une moindre distance de nos têtes, a tiré de* ses calculs transcendants deux importantes conséquences. D'abord la diminution de l'écart du soleil est périodique ; en sorte qu'après être arrivé de moins en moins près de nos tètes , le soleil reviendra en sens contraire et nous
fera regagner en bonté de climat ce que nous avion» perdu. Ainsi point de crainte d'un printemps perpétuel. A la vérité ce grand balancement des saisons solaires ne doit ^'accomplir qu'après des milliers de siècles > Jurée qui inquiète toujours un peu l'imagination. Or, pour seconde déduction de l'analyse, Laplace ^ouve que ce balancement est très-rtôtreint dans ses limites et n'atteint qu'à 2 degrés environ. Le climat de Paris oscillerait donc entre celui d'Orléans et celui d'Amiens. Aujourd'hui nous marchons d'année en s^pnée vers le climat d'Amiens. L'excellent astronome M-. .Hind ^ qui est parfaitement au courant de la science astronomique, et qui nous adonné un petit ouvrage presque sans erreurs sur le Système solaire^ conclut que ces variations astronomiques de* climat sont peu de chose. J'en conviens s'il s'agit d'un petit nombre de siècles. Mais si à force de centaines .de siècles Paris prend le climat d'Amiens , il est évident que*les vignes de Suresnes et d' Argenteuil , . qui sont- d'un ^i grand produit (je ne parle pas de la qualité)^, auront depuis longtemps disparu des environs de la capitale.
Au risque de dire quelque chose de trop sérieux pour quelques lecteurs de ces Études, je remarquerai que les observations de Tcheou-Kong, 1100 ans avant notre ère , et celles de Py théas de Marseille , 35o ans avant J.-C., donnent une diminution d'obliquité de'^l'éclipiique plus grande* que le calcul ne l'indique. Laplace remarque que , comme la variation de cette obliquité dépend principalement de Vénus, il suffirait d'augmenter d'un dixième Ja masse de cette planète pour retrouver la diminution signalée par les observateurs
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depuis 'les siècles les plus reculés jusqu'à nos jours. Alors cette planète , que nous jugions un peu moins pesante que la terre , serait tout juste^ égale en substance matértelle à* notre • globe. . Pour corroborer ces importants aperçus,' je dji^aique, d'après des mesures récentes de M. Main, de Tobservatoire royal deGreenwich, en Angleterre*^ T-énus s'est trouvée un peu plus grosse que la terre ^ tandis que jusqu'ici on la croyait senmblement plus petite. On me dira que la lune doit être comptée avec la terre. C'est juste. Mais si Ton répartissaît' la matière de la lune tout autour de la terre comme on^étend un naonceau de sable en couche épaisse dans les allé.e» d'un parc ou d'un jardin , je trouve que la sitrcharge qui en résulterait pour notre terrjB n'aurait qu'une épaisseur de 43 Kilomètres /un peu moin» de II lieues. Or, d'après lés mesures récentes y les dimensions de Vénus surpassent» celles de la terre d'une quantité beaucoup plus considérable. *
La minéralogie et la géologie, sont au Palais-Royal classées géographiquement. Voici les minéraux de l'Islande, voici ceux du Grôënlatid, de la Norwége, des îles Féroé. C'é3t une heureuse idée que je reprendrai dans mqn prochain article. Si toutes ftos villes de France 'avaient, comme la^ Rochelle, une collection des minéraux de la localité,* le voyageur* y trouverait tout de suite, et très-utilement, le bordereau minéralogique de la contrée • entière , et un catalogue bien /ait de ces collections locales çn ferait jouir l'univers entier. J'en dis autant de la botanique, de la zoologie et même de la science des fossiles, qu'un marchand de minéraux, montrant le bout dé l'oreille, -ou même
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l'oreille enlière, appelait prétentieusement la coquilliologie.
Je renvoie à un très-prochain article le «détail des observations célestes passées et futures, le dirai seulemei^t que dans la dernière occultation de Jupiter. \)ar la .une, tout le monde a remarqué, ainsi que je l'avais annoncé , que- le disque de Jupiter était bien moins brillant que celui de la lune , et en eiïai cette planète étant plus loin que ;ious du soleil , doit être moins.fortement illuminée. Un .trait noir très-mince .bordait la lune. Nous n*avons point encore Teicplication de cette particularité optique. Il faudt'a y faire grande attention dans la prochaine occultation de Jupiter, que je me hâte d'annoncer. Elle aura lieu pour Paris le â janvier à 5^6?* du soir; la planète* reparaîtra à 6** {2"". Pour observer les particularités physiques, *il n'est pas besoin d'un observatoire en règle,"* ainsi toute bonne lunette pourra servir. Le mêùie soir, à io*!52°*, une étoile de sixième grandir senra occultée par la lune :' l'étoile reparaîtra àii**4i".
Les. actions des étoiles vaiiabtes/que les anciens astronomes appelaient Changeantes, sont toujours en haus^, et celles d'Àlgol surtout. Dans l'excellent journal astronomique de M. Gould , on trouve des-observations d'Algol faites à Washington par M. Schott. Pour point àe départ, M. Schott trouve qu'un minimum d'éclat de Tétoile a eu lieu le la novembre dernier, à i^^Si'^.So' du matin. Miss Maria Mitchell, de Nantucket, connue par la découverte d'une comète, adresse aussi à l'éditeur des observations analogues. L'astronome an\éricaine affirme qu'elle n^à aucun doute sur cette circonstance
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que la diminution d'éclat de l'étoile est irrégulière. Peutêtre éprouve-t-ellô un changement de couleur, et miss JVfitchell croit avoir entrevu , au moment du plus faible édat, une sorte (Jp nébulosité autour d* Algol. J'ai reçu aussi une observation faite à Cholet, le i3 décembre, par M"* Mélanie Moutel, qui a un petit observatoire. Trois personnes, y compris M"* MouteV, observaient Tétoîle à Toeil nu. Ce qu'il y a de remarquable dans la Note de Tastronome française comparée aux observations américaines jvc'est qu'à Qholet les trois observateurs ont vu AJgQl sensiblement plus faible -que f 'étoile Khô qui en est voisine et qui est de quatrième grandeur, tandis que M. Scliott n'a jamais- vu .Algol plus faible que l'étoile Rhô. L'observation est" importante; il y aura deux minima d'Algol le samedi 3 janvier ^ 9* 3i ™ du soir et le mardi 6 janvier à 6**îio" du soir. Ces heures sont coinmodes.
Par une particularité bien' remarquable, oi^ n'a pas découvert une seule comète dans Tannée 1866.
(3o décembre 1 856* )
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Iiet Études d'Attronomle et de Météorolosrie devenue* plut fréquente» pour tenir Veu d*nh journal ipéoîal qui n'a pu encore être établi en ^anoe. -^ Causes météorologiques de la détérioration du climat de l'Europe se](^tentrionale. ^ Instabilité des continente et variatîoti des rivagres de l'Hoéan. -^ Expédition nouvelle à orçaniser.
Je suis eu retard de savoir-vivre envers des lecteurs quelque peu aristocratiques pour leur souj^aiter^
Suivant Tusage antique et solennel,
ime bonne et heureuse année accompagnée cPunc infinité ^aiUres ^ et le paradis à la fin de leurs Jours. En voiçr la rais9n-: L'attention que le public a bien voulu donner à mes Études ()h ciel et de la terre m'a encouragé à prendre rengagement de donner plus souvent les nouvelles de .rastronomie et de la météorologie. Nous ne possédons encore en France aucun, journal consacré à ces deux 'sciences , qui tous les jours s'identifient de plus en plus. L'une est la phy- . sique du ciel avec le calme absolu et la prescience mathématique des phénomènes futurs ; Tautre , qui est la physique terrestre, ne développe ses lois qu'au travers de mille complications qui en ^masquent l'effet et ne permettent de raisonner que sur l'ensemble. C'est ainsi qu'au travers des mille variétés de Içi vie sociale des in-
dividus on distingue le caractère de chaqu'e peuple et de chaqjue époque de la civilisation. Aussi la météorologie n'a-t-ellé pas fait ces admirables progrès dont TastroHomie est si iière. Depuis (}u'on ne Ut plus dans les astres les destins des 'peuples , des souveraine et des individus >' le-ciel , privé des oracles que lui faisaient rendre les astrologues, a été moins observé par les masses, qui n'en espéraient lû bien ni mal. Au contraire, la météorologie avec sa puissante. influence sur les production5.de la terre, sur \e^ santé publique et privée, sur les voyages et Tes transports de terre et de mer, enûn même sur la gaieté ou la tristesse des populations , a gagné de jour en jour du terrain pour se classer parmi les sciences d'une haute importance pratique. Le bourgeois des. Femmes samntes, parlant de l'intérieur de son métiage , se plaint de ce que •'
L'on y sait comment vont lun% , étoile polaire t. Saturne, Jupiter, de quoi je n'ai gue faire ,^ Et dans Qe grand savoir qu^on va chercher si loin^ . On ne sait comment ya mon pot (^nt.j'ai besoin. Je vis de bonne soupe et non de beau langage.
Devant ce père de famille humoriste qui paraît faire si pea de cas.des travaux de l'Académie des Sciences, et métoe de ceux dé l'Académie Française ; il est probaJsîe que la météorologie aurait trouvé grâce, au moins par sa connexion avec le pot-au-feu. L'homme est tellement dominé par la nature,, même au sein de la vie artifieielle des cités populeilses et jouissant de tous les avantages de la civilisation , que quelques degrés ou quelques millimètï*es de plus ou de moins du thermo-
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mètre eidubarooiètre sùfi&sient pour changer Tasp^ct physique de Paris et de Londres. L'inûuepce. morale n'est pas moins pronoiicée , et les vents d'est du printemps qui , au commencement d'avril , tourmentent si cruellement les constitutions nerveuses , au moment où ils attristent la capitale de la France, poussent au suicide les habitants de Londres, habitués à une atmosphère plus humide. , j .
Je ferai bientôt ressortir l'importance dQS observations que plusieurs journaux empruntent chaque jour à l'Observatoire impérial , et qui nous donnent pour chaque jour, peur ainsi dire, des nouvelles dç la santé de la nature d^ns notre France. ÇeUe publication, ap- .préciée encore mieux à l'étranger >que chez nous, fait par 3on initiative honneur à notre pays, et déjà on songe à y rattacher le monde entier. Alors la météorologie centuplera d'utilité pour éviter des fléaux prévus ou pour profiter des saisons favorables. Si à "Paris, où, sur trois ans en moyenne, la saison d'été est une seule fois' assez chaude pour permettre avec avantage la culture du maïs, 6n pouvait prévoir quelle séira l'année exceptionnelle , on en profiterait sans crainte d'une déception pareille à celle des hqn^ (labitants de Hambourg ,*^ui plantent des vignes dont les raisins ne mûrissent qu'une fois tous les sept anâ. Un* de mes amis, optimiste imperturbable , tt'ouvait que , par compensation , ils avaient d'excellent verjus pour la sauCe de leurs poissons. J'aj souvent vu en Normandie des treilles chargées d'une magnifique récolte qui se trouvait perdue faute de quelques, jours de soleil de plus pour arriver à maturité* Â Paris, le raisin muscat ne mûrit
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que rarement et dans les. expositions favorables. En vérité , il y a du courage' à ne pas désespérer de la météorologie quand on songe qu'il y a tant* à savoii* et que nous savons encore si peu de chose!
En passai^ «n revue Tétat actuel .des sciences d'observation dans les différents pays, nous verrons que rAllemagne, Tltalie , la Russie^ T Angleterre et les États- Unis ont des publications astronomiques .et qiétéorologiques. Plusieurs projets 8nt été discutés 'en France pour arriver au même but , et. ils ont été abandonnés ou ajournés ,* malgré le dévouement des savants et le désintéressement de nos grandes maisons de librairie scientifique ; espér<ms que ces projets seront repris et menés à bonne fin. Ils sont le complément indispen* sable des travaux d'observation qui s'exéeqtent. Provisoirement, pos- Études contiendront à peu près tout ce qui peut fntéresser la généralité des .lecteurs dans la physique du ciel et dé la terre. L'astronomie, et la météorologie, comtae l'histoire' quotidienne de la vie des peuples, a ses actualités* et ses nouvelles aussi bien pour le prévu que peur l'inattendu, et la marche exceptionnelle des saisons, depuis quelques années, ne commande (}ué trop dlntérét et même d'attention inquiété pour ce qui est du domaine de la météorologie. Je suis las de répondre '. Je ne sais pas 1 aux mille questions qui me sont faites chaque. \ouTjur'le temps qu'à fait depuis quelques mois, Socrate disait >hautement : Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien. Pour moi, -en météorologie, avec la conviction de Socrate, j'ai de plus la conviction malheureuse que.persomie en cela n'en sait plus que moi. Cette science, 011e du
temps , est réservée à nos descendants. Kong semons, ils recueilleront.
Posteri , posCeri , ve»tra res agitur l
Un mot encore «ur la difficulté qu'il y a de recueillir des faits météorologiques. O9 ne 'commande pas plus un vent violent ou un orage de foudre qu'une éclipse ou qu'un passage de Vénus sur le soleil ; mais en astronomie Tépoque du phénomène étant connue à l'avance, on peut se préparer à. l'observer dans toutes ses particularités, tandis que les météores, essentiellement imprévus, ou n'ont pas d'observateurs du tout, ou n'en ont* que, de itfal préparés à noter et à mesurer leurs détails les plus importants pour l'avancement de la science. 'Pour en donner un exemple, nous ne savons presque riefa sur l'es tonnerres en globes de feu , lesquels ne sont pas moins formidables dans leurs explosions que les tonnerres ordinaires, et qui: se promènent aussi lentemenj; au travers des objets terrestres que les autres marchent rapideitient vers les objets qu'ils doivent frappera* On a ti de la dame qui , étant de la connaissance de Cassinr, ne se pressait pas d'arriver à l'Observatoire, parce que, suivant elle, l'astronome aurait la bonté de recommencer Téclipse en sa faveur. En météorologie, on rie sait pas même si, à un jour donné, il y aura, oui ou non, matière à observation. Quant aux pronostics météorologiques que certains almanachs sont forcés de mettre à chaque hmaison, pourvu qu'on ne mette pas les rivières gelées ea juillet et les arbres fruitiers en pleine récolte au mois de janvier, on peut tirer au sort pour annoncer le temps qu'il
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doit faire à un jour donné et pratiquer rationnellement le procédé du juge de Rabelais , lequel sententiait les procès par te son des dés. Pouf arriyer à savoir, il faut commencer par savoir ignorer.
Nous avon^ admis dans notre dernier article la dété^ rior^tion progressive qu'a subie le climat du nord de TEurope, et probablement aus&i celui delà Sibérie, qui forme TAsie du Nord , e* celui de l!Amérique la plus septentrionale qui borde au sud -le passage des mers polaires, récemment reconnu. Nous avons établi que les variations séculaires de Tobliqnité del'écliptique étaient trop lentes et trop peu efficaces pour avoir, en deux siècle^, dépeuplé de' la plupart de ses gigantesques habitants les mers du Sp'itzbei^, où les* pécheurs hollandais, anglais et biscayens ne. vont pdus chercher la baleine , le morse et le phoque. De même, depuis peu de siècles, certains parages, et notamment la côtç' orientale du Groenland , sont devenus/ inabordables. Le Groenland entier, ce vaste pay3 autrefois riant de verdure pendant Tété , a été couvert ou plutôt écrasé sous un glacier compacte de plusieurs centaines de mètres d'épaisseur, et dont Texpédition du prince Napoléon, appelée à contempler ee spectacle de désolation , ne parle qu'avec dès expressions de profonde stupeur. Je tiens de M. le commandanf Eerri-Pisani , aide de camp du prince ^i l'un des élèves qui font honneur à notre École Polytechnique , une note de M« Rink, de Copenhague, qui sera reproduite dans la publication du voyage. Pour ne pas faire double emploi , je prends dans l'exceTlent Journedde la Société de Géographie anglaise, tome XXII, un Mémoire du même observateur qui a séjourné pen^
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dant de longpes années sur la côte occidentale du Groen" tand , et qui. trace un curieux tableau de ç/^ fleuves de qlace poussés vers la mer par une. force lente et irrésistible, et là s'y brisant en fragmente -flottants ou inontagnes de glace, dont quelques-*uns ont plus de 60 millions de mètres cubes , et q^i sont tellement gigantesques ^ ()ue si on les supposait placés dans une plaine rase, ils y formeraient' des hauteurs au moi^s égales à Montmartre, au.mpntYalérièni à Meudon ou à Sannois. Avec cette prodigieuse ép^is^ur, il y .a de ces champs dç- glace qui ont, 6 kilomètres xl'étendue en tout sens. Pour en revenir à la §laèe continentale , suivant rexpression.de M» Rink, «' est-à-dire à celle qui a envahi le Groenland tout entier, voici- textuellement les expressions du Mémoire cité: «.La contrée tout entière est recouverte de glace jusqu'à une cert^ûne élévation. Les montagnes et les .vallées sont tellement dépassées, que. le dessus clii glacier offre une surface de niveau parfaitement, umforme. Les, lits primitifs des rivières sont comblés et ont disparu , aussi bien que tout l'aspect originaire du pay^. . .
Beaucoup de visiteurs européens quittent^ le
Groenland «ans avoir contemplé ce v^te et uniforme plateau d'eau congelée qui surmonte ces vastes régions. » M. Rink s'étonne de l'accumulation de glace qui^se produit d'année en année, et' surtout du côté. oriental ^ Groëntand, qui est évidemment plus froid et bordé d une banquise plus large que le rivage occidental. En voici , je pense, la raison. Pendant l'hiver, le glacier se refroidit sans jnesure , car la chafeur passe continuellement de sa surface supérieure dans les espaces célestes,
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qui sont à' une température prodigieusement basse. Quand ensuite arrivent les pluies de la saison ckaude , elles se twngèlent en sMnfiltrantdansle glacier refroidi par rhiver et en augmentent l'épaisseur. De plus, les rayons du soleil fondent seulement une partie de la superficie du glacier, qui se gèle de nouveau en pénéttaiit dans la masçe du plateau de glace refroidi pafr l'hiver. C'est ainsi que dans les montagne d'Auvergne , sur la route qui mène de Fétâblissement thermal au lac Pavin , j*ai trouvé dans les environs de Vassivièfe des terrains (Jui , à une petite profondeur, gardent un état de-perpétuelle congélation , car . la neige qui les recouvre l'hiver n'en empêche pas le refroidissement, et quand la saison chaude arrive , ce n'est que très-taVd que le sol se découvre et que la'chaleur de Tair et des rayons solaires peut se communiquer au terrain. Cette chaleur n'a ni la force ni le temps de dégeler la terre à une grande profondeur, avant le retour de la nouvelle neige et d'un nouveau refroidissement. Je crois me souvenir que cet état dn sous-sol n'eVnpêch^it pas la croissance- de bruyères rabotigries et de plantes alpines. La teinpérature de squrces peu abondantes , môme dans un air assez chaud , y était celle de la glace fondante. Il serait intéressant de revoir cette localité , mais plusieurs des pentes nord des escarpements qui environnent l'établissement des bains du Mont-d'Or, et sur lesquelles la glace' ne fond que très- tardivement , doivent offrir la même particularité. La neige , qui , dans nos plaines ensemencées, protège si bien nos céréales en diminuant le passage de la chaleur et en prévenant ainsi une trop grande perte , agit bien moins* favorablement pour les
I iG ASTRONOMIE
terrains qu'elle recouvre pem^^nt presque toute Tannée, car, pendant l'hiver, et surtout pendant les longs hw vers sans soleil des régions polaires , elle finit par se refroidir considérablement , et ensuite elle S'oppose à ce que les rayons du soleil atteignent le sol, puisqu'il faut auparavant que toute l'épaisseur de la npige ou de la glace soit fondue et que le sqI soit découvert.
Je pense qu'il faut, avec M. Élie de Beaumont, attribuer la détérioration du climat de l'Europe septentrionale à la diminution Vlu courant d'esuii chaude qui remonte vers le cap Nord en longeant la Norwége. Tout le monde sait que lefi eaux chaude? de l'équateur forment un large courant qui coule vers l'.ouest, et qui, rencontrant la pointe orientale de l'Amérique , se partage en deux .parts fort inégales. La plus grande partie de ces eaux chaudes entre dans le golfe du Mexique, puis vient ressortir par le détroit de Bahama en m courant rapide qui porte le nom de Gulf-Stream ( cou» rant du golfe ) , et qui remonte vers le nord jusqu'à la hauteur du banc de Terre-Neuve. De là ce flçuve d'eau tiède voyage vers i'Europe. Là il se sépare en deux branches, dont la plus considérable redescend vers l'Afrique, et ensuite, revenant vers l'Américme-, complète, encin peu plus de trois ans, un circuit entier dont nous n'avons pas à. nous occuper ici. Suivons aur contraire la branche que le Gulf-Stream envoie au nord-est, le long des côtes Scandinaves. Ce courant d'eau chaude arrive au cap Nord, où il a été bien reconnu, dans de précédentes expéditions, par les officiers de la marine française. Pe là, suivant l'excellente carte de M.^Duperrey , ce courant passe au nord de la Sibérie et ar-
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rive jusqu'au détrgit de. Behring, où il redescend en tout ou en partie. Comme il y a aUssi un courant qui redescend dti nord par le détroit de Davis à l'occident du Groenland , il '^ut admettre qu'une cause quelconque poite au nord de T Amérique un trop-plein d'eau pareil à ceîm qu'amène ,. dans le nord de l'ancien monde, la branché nord-est dérivée du Gculf-Stream. Si l'on s'en rapporte à la carte dressée par M. Findlay, qui , tout en citant mon* nom, ne<semb)e pas avoir adopté l'idée des circuits océaniques que m'a fournie la théorie appuyée sur l'excellente carte de "M. Duperrey ; si, dis-je, on consulte la carte de M. findlay dans les Mémoires de la Société de Géographie d'Angleterre, on trouve que , suivafht lui , le'céurî(nt chaud de l'océan Pacifique, qui «st analogue au Gulf-Stream de l'Atlantique et qui remonte vers le nord-est en longeaiît le Japon ,' envoie une branche au nord-est , -vers le détroit de Behring, n y a ici désaecord entré MM. Duperrey et Findlay. Si, d'une manière . ou (le l'autre , les eaux du Pacifique entrent dans le' détroit de Behring pour t^ontourper l'Amérique du Nord , elles devront entrer «n rasant le côté américain du détroit , car toutes les eaux qui se rapprochent *du pôle tendent à se porter vers l'est à cause dé la vitesse d'origine vers l'est qu'elles conservent. C'est Ce qui arrive à la branche du ûnlf-Stream qui longe la- Scandinavie^ et qui , moÀtânt beaucoup au nord\ doit par suite se jeter beaucoup vers l'est. Quoique ici nous ne nous occupions pas de la cause des courants, mais bien de leur. influence sur la température des contrées qui «sont sous leur vent , je dirai que la /^use générale de ces grands mouvements océaniques
Il3 ASa'RONOMIE •
se tire tout naturellement de la ôhute des eaux chaudes équatoriales qui, en se déversant vers les pôles, y portent un excès de vitesse vers l'est, et produisent ainsi, dans les latitudes moyennes, <}es transports d'eau dirigés vers l'est, tan&ls que le retour de ces eaux déversées vers les doux pôles ran^ène vers l'é^qateur des eaux qui ont p^rdu. une' partiade leur mouyengient vers J'est, et qui. par suite se transportent vers l'ouest. Les cas particuliers sont dés remous causés par les dépressions latérales qu'occasionnent toujours des courants marchant dans un fluide' indéfini.
Indépendamment de toute théorie et pour nous borner à nos mers polail*es d'Europe , H est bien constant qu'un cojirant d'eau cl^aude remonta la long de la côte occidentale de la tferwége -et va porter vers le cap Nord et dans* les «lers environnantes des eaux comparativement tièdes. Si donc, il y a deux ou trois siècles, ce courant était plus abondant, le climat du Spitzberg devait être beaucoup meilleur qu'il ne l'est aujourd'hui, et si ce courant longe ensuite la Sibérie , la diminution de ce fleuve d'eau moins floide que les eaux de la mer Glaciale a' dû produire un «baissement de la température des côtes riveraines. Or quelles sont lès causes qui peuveixt avoir dioiinué la quantité des eaux de cette branche nord-est dérivée du Ghlf-Stream?
Ce sera tout sim{)len\enj; Ja îliminution de profondeur dd canal maritime , car de, siècfo en. siècle on observe sur les côtes de la Norwég», -comme dans la Baltique, que, le fond et les rivages de. la mer se soulèvent de plus en plus. Alors le canal , étant devenu moins profond, laisse passer moins d'eay dirigée au nord-est.
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C'est ," je pense , la manière de voir de M. Elle de Beaumont. Un autre membre de l'Académie des Scienees, M. Séguier, pense que peut-étfe des- atterrissements sous^marins peuvent être cause .en partie de ce détournement ou de cet affaiblissement de courant dont l'influence faisait duiSpit^rg l'entrepôt général des baleiniers avec de bonnes au))erges et tout le confortable dela vie d'Amsterdam, he soulèvement de la côte et du fond de la mer de Norwége -n'est 4>as douteux, et il est cité comme un fait avéré par 'M/ Murchison, aussi bien que certains effets àniilogués observés dans la Méditerranée, Cotnmè j'ai l)eaucou]p étudié bette questiop le long des côtes cte France, je demande la permission d'insister sur ce soulèvement qui n'a rien d'invraisemblable quand on ^it que Tintérieur de nt>tpe globe est encore fluide de^^haleur, et qu'ainsi nos continents épais d'environ 14 à i5 lieues de 4 kilomètre^ flottent sur un océan de feu et de matières encore à l'état de fusion. C'est ce qui rend explicables cee tremblements de terre qui agitent nos continents sur des étendues immenses. A l'origine de Tétat de choses actuel, établi depuis quelques mille ans seulement , les couches conjbinentaies ont été soulevées , et iî semblé naturel d'admettre qu'il y a epcore une continuation lente de ce mouvement aseensionnel. Mais c'est en France, sur les côtes de l'Aunis , que ce soulèvement du continent est trèssensible. D'abord à Rochefort, les cales de eonstructipn établies du temps de Louis XIY seraient trop hautes aujourd'htii de' i"", 25 environ ; de plus, daàs les marais salants qui produisent ces monticules blancs de sel piarin que rien ne préserve dé l'action des pluies , on
reconnaît que d'année en année le sol se soulève , et que, pour faire entrer les eaux mèreë qui doivent donner le sel , on est obligé de se rapprocher de la côte, laissant ainsi une ligne -d'anciens bassins d'évaporation qui , sous le nom de marais gâts^ forme une large lisière derrière les bassins qui travaillent aujourd'hui* Dans ces parages, la petite ville dç Brouage, makitenaDt abandonnée à cause de son insalut)rité , ne reçoit plus dans ses fossés que les «aux des plus foftes inarées, tandis qu'au temps de Richelieu , ces fossés servaient d'abri à des navires d'uti assei fort tonnage , et l'on voit aux m\ir& des quais les anneaux qui retenaient les câbles des vaisseaux et dont plusieurs pourraient servir aujourd'hui à attacher dés bêtes de somme. Plusieurs îles, et notamment celle de Noirmoutiers , sont aujourd'hui presque jointes au continent sans atterriësement et sans dépôt de relais de la mer. Sur la côte de- la Vendée, près de la pointe d& l'Aiguillon , les moines de Saint- Michel-en-l'Heroi possédaient un immense domaine avec des pêcheries et des élèves de chevaux^ qui portaient leurs revenus ou plutôt ceux de l'abbé à plusieurs centaines de mille francs. Ils étaient fort jaloux des conquêtes que le changement de configuration de la 'côte leur permettait de faire sur l'Océan ; aussi , pour que l'autorité royale ne vînt pas leur disputer ces extensions de territoire, leurs titres de propriété portaient: confrontante l'ouest à VJmériqttey Vocéan Atlantique entre deux. On yoit qu'il y avait une large part pour les terrains soulevés ou abandonnés .par la mer. Quant au passage da^s L'Ile de Noirmoutiers , Henri IV, qui n était. rien moins que poltron , n'osa pas le tenter un
ET MâTÉOnOLOGIE. 121
soir 4q tempête , et passa une nuit fort incommode dans la cabane'du batelier, malgré 4'attrait de tout ce qui pouvait dans l'Ile tenter ce roi non meins vicieux que brave. Aujourd'hui ce trajet se lait sur des chevaux ou sur des ânes par tous les temps possibles.
Le 'contraste qu'offre la côte glaciale du Groenland oriental avec la côte occidentale de la fertile Norwége est des plus frappants. H n'y a pas moins d'opposition entre les froids intolérables du Labrador américain et le climat tempéré de l'Irlande , qui en «est le pendant européen. Si autrefois un courant, d'eau assez chaude descendait par le détroit de Davis, et si les eaux du Gulf-Stream, qui jadis semblent avoir remonté jusqu'au Spitzberg, redescendaient alers le long du Groëtiland oriental , il est possible que cette double cause ait ^onné anciennement un meilleur climat ai cette terre, qui semble avoir disparu à jamais seus un glacier d'une épaisseur formidable , et qui n'a épargné qu'une étroite bande de terre dans la partie occidentale.
En voyant ces grands changements de population humaine , animale et végétale , opérés fatalement et irrésistiblement par les forces muettes de la nature agissant sur les courants océaniques^ on n'a pas besoin de. pénétrer avec le berger de Virgile au sein des mers pour être frappé d'étonnement à ces grands mouvements des eau?,
Stabat et ingenti motu stupefactus aquariim ;
il suffit d'avoir sous les yeux la carte de M. Duperrey
et quelques instants de réflexion sérieuse. Parmi les
sciences accessibles à toutes les intelligences, la géo-
graphie physique m'a toujours semblé celle qui devait offrir le plus d'attrait, et qui était susceptible des développemeats les plus étendus et les plus intéressants. C'est en partie ce que nos programmes actuels désignent sous le nom de cosmographie, et ce que nos pères et nos mères entendaient par connaissance de la sphère.
L'ingleterre, dans ces dernières années, a dépensé fort honorablement des sommes immenses, quoique sans grand succès, pour la recherche des débris de l'expédition de Franl^lin; mais ces explorations nous ont enfin appris qu'il existe un passage maritime continu le long dés côtes nord* de l'Amérique. D'après des documents bien positifs que je possède, le prix total de toutes les expéditions s'est élevé à la sopime fabuleuse de 664,000 livres sterling (environ i6 à 17 millions de francs) , et la reine Yicteria semble vouloir encore diriger une dernière tentatiVe vers le point où l'on a signalé la découverte de quel<[ues objets ayant appartenu à l'expédition. U me semble qu'à beaucoup moiqs de frais , on obtiendrait des résultats bien plus utiles à la science en pénétrant par le détroit de Behring dans la mer Glaciale , et en côtoyant la Sibérie par une mer qui semble être presque toujours libre déglaces. On arriverait jusqu'à Nijn^y^Kolimsk, où je pense que l'amiral VVrangel a passé plusieurs hivers. C'est à. deux ou trois cents lieues de là que, dans 1q nord-est, sont les îles qui portent le nom de Nouvelle-Sibérie, et dont le sol .est presque tout entier fo^é d'ossements fossiles et d'ivoire de mammou^/ ivoire qui, comme on sait, fait sur nos billards concurrence à celui des éléphants
nos contemporains. Peut-êire même trouverait-on dans ces îles» en chair et en os, d'autres mammouths pareils à celui des bords de la Lena, et dont, en 1804, les renards, les ours et les chiens, suivant Texpression de M. Buckland , se régalèrent comme d'une friandise antédiluvienne. Peut-être le mot de Ténigme de ce monde antédiluvien pourra-t-i) être trouvé dans ce coin de notre globe qui est, pour les Tongouses et pour quelques autres peuplades, une vraie mine d'ivoire lorsque, favoHsés par quelques circonstances relatives à la disposition des^ glaces, ils peuvent arriver jusqu'à ces îles. Alors les bateaux auxquels ils sont incorporés, et qu'on peut voir au Palais-Royal, sont trop petits pour charger leurs richesses en ivoire fossile. Au reste , ces centaures de pirogue exécutent des voyages à des distances prodigieuse»: 100 lieues ne sont pas pour eux une distahce infranchissable. On classe parfois les Tongouses en Tongouses chevaux , Tongouses rennes et Tongouses chiens, à mesure qu'en s'élevant au nord l'homme n'a plus dans sa domesticité que ces diverses espèces. Il faudrait ajouter à cette classification le Tongouse bateau. Il est beau que l'être intelligent soit encore le plus énergique à braver les rigueurs de la nature^ Mais quant à l'expédition présente dans les mers du nord-ouest du détroit de Behring , ce ^'est pas seulement la géologie qui en profiterait , il y a toute l'affaire des courants du Pacifique du nord sur lesquels noussn'avons .que' ce que nous a appris l'expédition française de notre aimable et savant confrère l'amiral Dupetit-^Thôuars , de l'Académie des Sciences. On m'objectera que l'entreprise est périlleuse. Je répondrai qu'après avoir mené à bonne
124 ASTRONœHC
fin Texpédition arctique de la Reine-Hortense, qui était une espèce de défi à l'impossible , nos marins iraient au pôle si le, pôle était accessible, et que de plus ils en reviendraient comme ils sont revenus des banquises du (jroë'nland en i856.
J'ai reçu de M. GoUa , astronome éminent de Parme, à qui nous devons un^ des cinq comètes de i854, une lettre fort intéressante , avec une éphéméride des observations astronomiques qui peuvent intéresser le public. M^ Colla m'apprend que cette anaée Vénus sera visible en plein jour, à la fin du mois prochain et pen* dant une partie du mois de mars. Cet éclat extraordinaire ne se renouvelle, comme on sait, que tous les huit ans. C'est ^ effet en 1848 ou en 1849 ^^ ^^ P^^* nomène se produisit la dernière fois , et il fut fort remarqué à Paris. M. Colla donne aussi les minima d*éclats de l'éloile Algol pour le a5 janvier ^ vers 8* 3o" du soir, et le ad du même mois, vers 5** Se"* après midi. De même, il annonce que i'étoile variable Mira, de la Baleine, qui, sur les cartes célestes, est marquée omicron, $e trouve maintenant à son plus grand éclat, et qu'elle égale sa voisine la première des Poissons. C'est environ tous les onze mois que cette étoile devient brillante. Les éphémérides de la Société Astronomique de Londres nous donnent aussi une longue liste d'étoiles variables*; mais que le public peu exercé ne retrouverait pas facilement dans le ciel.
Dans l'année i856, on n'a découvert aucune comète, tandis que nous en avons ordinairement deux ou trois chaque année. En revanche, cinq petites planètes de ce groupe de minimes sœurs de la terre qui sont entre
ET aitETéoROloâiE. ii5
Mars et Jupiter ont récompensé l'assiduité et le zèle de trois astronomes qui sont : M. Ghacornac , de l'Observatoire impérial; M. Goldschmidt, peintre d'histoire et astronome amateur, mais* astronome très-sérieux par les succès qu'il obtient. Chacun de ces messieurs. a trouvé deux planètes. La cinquième a été découverte par M. Pogson, astronome adjoint à ^Observatoire d'Oxford. Cet observatoire , sous la direction de- M. Johnson et avec le legs Radcliiïe , a conquis l'un des premiers rangs pour les travaux de précision extrême. Voici maintenant le nombre des petites planètes porté à quarante-deux. L'Académie accorde un prix à chacun des trois astronomes nommés plus haut.
En Angleterre, plusieurs des propriétaires des grandes fortunes nobiliaires ou industrielles ont fondé des ob-' servatoires privés et ont pourvu à l'installation d'un astronome quand ils ne pouvaient pas en remplir euxmêmes les fonctions. En France , tous les observatoires particuliers ont successivement disparu. C'est une infériorité à laquelle la France ne doit ni ne peut se rési^ gner. Nous reviendrons sur ce sujet, qui touche à l'honneur national.
C24 janTler' 1857.)
126 ASTBONOmB
Une épidémie morale de fin du monde. — Encore des comètes, r- I«e télescope de M. Foucault présenté à l'Académie de# Sciences. — Évaluation mathématique de la légèreté des comètes. — SUes sont des millions de mUUons de fois moins compatftet que Tair ordinaire. *
Les hommes d'à pcésent soot plos fout que lears père»; Leurs Ois enchériront sur eux :
Les petits-4Ua aoront plus de chimèret Que leurs eitravagants aïeux !
(fONTBIfBLLE.)
Nous voici en pleine épidémie de fin du. monde (je suis trop poli pour dire épizootie). Tenne moyen , cette maladie de frayeur arrive sept ou huit fois par siècle. C'est une'émotion comme une autre ; seulement il faut convenir qu'elle n'est pas très-gaie. En 1811, en i83a et un peu en 1840, il y a eu des consternations générales; i832 nous a valu l'admirable chanson de Bérauger:
Finissons-en , le monde est assez vieui. \
Elle est encore de circonstance pour la malice avec laquelle le poëte stigmatise l'esprit public, qui le mérite bien. Il est pénible de voir que depuis lors les classes dites élevées de la société n'ont pas fait de progrès dans la voie des lumières et de la connaissance de ce qui
Et MÉTÉO&OLOCaË. 127
peut être et de ce qui ne peut pas être ymwvxA Ténergique expression de'Lucrèce :
Ignari quid queat esse, Qaid nequeat.
a Écoutez, dit Arago 4ans son Astronomie pqpUlaire, n quand you» assistez à l'une de ces brillantes réunions » où affluent ceux qu'il est d'usage d'appeler des nota- » bilités sociales , écoutez un seul instant les longs dis-^ » cours dont la future comète fournit le texte , et' dé- » cidez ensuite si l'on peut se glorifier de cette » prétendue diffusion des lumières que tant d'opti- » mistes se complaisent à signaler comme .le trait ca- 9 ractéristique de notre siècle. Quant à moi, je suis » depuis longtemps revenu de ces illusions. Sous le » vernis brillant et superficiel dont les études purement » littéraires de nos collèges revêtent à peir près uni- » fermement toutes les classes de la soc;iété, oa trouve » toujours, tranchons le mot, une ignorance complète » de ces beaux phénomènes , de t^s grandes lois de la D nature qui sont notre sauvegarde contre les préju- » gés. »
Je suis loin de partager la manière de voir de l'illustre secrétaire de l'Académie des Sciences sur les intelligences des salons. Quand on veut bien fournir des faits à ces imaginations souvent très-solides , et qui , suivant la pittoresque expression de, l'abbé Dubos, s'en vont sans déhallcry on est étonné de la profondeur des vues , de la netteté de conoeption , de l'originalité perspicace des esprits dont ce n'est pas le métier. J'avoue n'avoir jamais étd soumis à ce feu croisé de questions qui inv.
ia8 ASTRONOMIE
dique dans ceux qui les font un désir tfès-éclairé de savoir la vérité, sans avoir pluâ. gagné sans doute en répondant et en écoutant que ne TaVaient fait mes interlocuteurs.
Quant à Toptimisme, espérons que l'Université de Napoléon III, avec ses prétentions aux .notions positives et pratiques, évitera Vécueil que signale Ârago comme résultant des études de université de Napoléon P^ Ces idées ne sont pas nouvelles , et , sans insister sur cette importante matière, je rappellerai tout ce .qu'a fait, vers le milieu du dernier siècle, ce qu'on appelait l'école encyclopédiste, qui appelait à grands cris les sciences et même les arts à participer avec les lettres à l'instruction dç la jeunesse. Mais ici, comme partout, comment trouver ce précieux rien de trop (mêden agan) des sages de la Grèce?
L'assection d* Arago' avait été formulée presque dans les mêmes termes dans la législature américaine à l'occasion de la pétition relative aux esprits frappeurs qui auraient été renvoyés au comité des relations extérieures si l'on, eût été sûr qu'ils fussent américains! Après une verte semonce sur la crédulité des classes élevées et sur l'insuffisance de l'instruction relative aux lois physiques du monde , l'assemblée passa sahs transition aucune à la discussion de certains achats de- territoire. Voilà une leçon. Erudimini,
On me dit de toutes parts , de vive voix et par lettres, que la légère indisposition qui m'a forcé de suspendre un instant mes Études a été mise à profit par les comètes, et qu'elles ont bien fait du chemin pendant ma courte absence. Ah! mon Dieu! si les gens ont si
grande envie d'avoir l'émotion de la peur, pourquoi 1^ en sevrer? Une dame du temps de Louis XVI insistait auprès du jcélèbre médecin Bouvard pour prendre de l'infusion d'aubépine rose. « Oh I Madame, prenez-en bien vite , tandis que cela guérit encore l » Je dis de même -aux personnes tnqjiiètes qui me consultent : ff DépècheZ'Vous d'avoir peur tandis que les comètes font encore trembler ! »
II faut convenir que si jamais il a existé une panique gratuite, c'est bien celle d'aujourd'hui. La science positive ne nous annonce aucun phéiiomène extraordinaire. Des quatre comètes conquises par l'astronomie , aucune ne paraîtra cette année, et leur marche bien connue en fait des astres très-it^offensifs. J'apprends à l'instant de l'illustre lord Brougham que notre choléra itioral n'a point pénétré en Angleterre. Maintenant un mot sur la comète dite de Charles-Quint, que les astronomes attendent entre i856 et 1860. ^
Lorsqu'on 1680 Fontenelle écrivait sa petite comédie de la comète, qui semt>le faite powr le milieu du xix" fifiècle , Newton et Halley appîiquaieat la théorie de l'attraction au mouvement de ces astres rebelles, et réalisaient la prédiction de Sénègue : La postérité s'étonnera que nous ayons ignoré des choses si simples! Depuis lors , tonte crainte sérieuse disparut devant la Connaissance des lois qui règlent le mouvement de ces légères nébulosités, et quand ^ensuite Fastronomie physique et le télescope perfectionné nous montrèrent les comètes comme dés amas de matière mille fois, un milnbn de fois , un milliard de fois moins con^pacte que )'air Où nous vivons, il ne fut plus possible d'avoir peur
l3o ASTEOMOMIB
matériellement d'une comète pas plus que d* un revenant. L'un n'a pas beaucoup plus de consistance que l'autre.
Halley , le collaborateur de Newton , rechercha si dans toutes les comètes mentionnées par les historiens il n'y en avait pas quelqu'une qui fût retournée à des périodes égales indiquant le même astre revenant aur soleil. après s'en être beaucoup éloigné et avoir été longtemps invisible. Ses recherches furent couronnées d'un plein succès. La comète de i68tà lui offrit plusieurs apparitions successives ; et après avoir prévu son retour pour 1759, mourant dans un âge très-avancé, il exprimait l'espoir que, si sa prédiction se -réalisait, on ne refuserait pas de recomiaître qu'on devait cette découverte à un Anglais. La postérité a sanctionné la justice de sa récla^ mation, et les noms français de Clairaut, de Lalande et de M°^ Lepaute furent associés en 1759 a celui de Halley. C'est cette mémo comète, disent les historiens, qui. guida le conquérant normand pour l'invasion de TAngleterre. On la voit représentée sur la fameuse, tapisserie de la reine Mathilde, femme de Guillaume. J'ai dit dans un discours de solennité académique que Tun des rayons de la^brillante couronne de^ la reine Tictoria était emprunté à la comète de Halley*, appelée quelquefois comète de la Conquête; et d'autres fois encore, cettis comète, qui a reparu en i835, et qui ne reviendra plus qu'an x\^ siècle, a été mêlée à l'histoire et aux passions de l'humanité. C'est à elle que nous devons V Angélus de midi , institué à l'époque où elle aida puissanunent à repousseriez Turcs qui débordaient sur l'Europe occidentale, après la prise de Constantinople.
ET MÉTÉOROLOGIE. i3l
Dttntfaorneét Pingre, suivant les tracer dd Halley, avaient remarqué qu*une comète très-brillante, qui s'était montrée en 1264 , ressemblait fort âang sa marche' à la comète qui, en i556, effraya tant Charles-Quint et lui fit désigner l'empire et le trône d-Ëspagne. Es donnèrent à cette comète une période d'à peti près trois cents an's, et annoncèrent son retour pour 1848. Tous les compilateurs de livres astronomiques, Lalande en tête, enregistrèrent cette belle conquête future d'un astre qui reviendrait tous les trois siècles demander au genre humain des nouvelles du perfectionnement de 1 -humanité et marquer impassiblement des heures triséculaires sur l'horloge du monde. Mais en 1848 point de comète! -,
Gomme celle de Halley avait été retardée dans sa réapparition 'de 1769, on prit patience. Un an , deux ans, trois ans s'écoulèrent. Voici ce que sir John Herschel écrivait dans ses Esquisses astronomiques (Oia- Unes of a^tronpmy)^ vers i85i : «Quoique, au moment où j'écris ceci 5 la comète qui devait reparaître eh i848 n'ait point encore été observée, il* faut attendre au moihs une autre année avant de regarder l'événement comme désespéré, car l'effet des perturbations planétaires peut produire des discordances bien a^trement grandes. » *
Tout récemment on s.'est mis à l'œuvre-pour calculer les perturbations que cette comète avait dû éprouver par l'action des planètes. M. Bomme de Middelbourg , en Zélande , a fait pour cette comète ce que Glafraut et ses collaborateurs avaient fait pour la comète de Halley à son retour de 1759. Suivant l'assertion de M. Hind,
l32 ASTRONOMIE
M. Bomme, avec une 1>aste dépense de temps et de travaily a calculé un retard de dix ans par l'ciffet de Tattraction des planètes Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune» la terre, Vénus et Mars. Mais il reste une incertitude de deux ans en plus ou en moins sur l'époque du retour prochain, qui autrement aurait lieu en i858. Ainsi la comète doit reparaître d'ici à 1860. Elle ne pouvait pas arriver en 1848. J'avoue, personnellement que j'attends avec uue[ grande impatience cette visiteuse étrangère, comme l'appellent les Anglais. Elle ne reviendra plus ensuite que vers le milieu du xxii* siècle. Sans doute alors on verra sur notre terre régner l'&ge d'or, ou du moins Tàge de raison.
Tout indique que la rencontre d'une comète ne ferait aucun mal à la terre et ne serait même aucunement sensible. Mais quant à cette comète-ci , elle descend des régions célestes' fort obliquement vers le soleil, et eu passe à une distance égale à la moitié xlçla distance de la terre. Elle ne peut donc pas pkis rencontrer notre planète qu'un homme qui suivrait les bords del'Euphrate ou du Gange ne rencontrerait un autre voyageur qui longerait le cours du Mississipi ou de l'Amazone. Si l'on veut une image qui m'a été suggérée par une personne qui me parlait de cette comète, il n'y a pas plus de chance de collision entre cette comète et la terre qu'il n'y a de chances qu'un omnibus circulant dans les rqes de Londres accroche un omnibus parcourant les rues de Paris. Quant au i3 juin prochain (notez ce fatal, nombre i3), les astronomes seraient bien heureux s'ils avaient leur comète dès cette époque. M. Hind vient, de publier une éphémérlde pour aider les sentinelles
ET MÉTÉOROLOGIE. l33
célestes qui s'apprêtent à Thonneur d'étna les premières à crier : Qui vive ! à Tastre de trois siècles. Je répète que rien n'autorise à l'attendre plutôt en 1857 qu^en i85d, 1869 ou même 1860. Voilà -de la science positive.
Sur l'horizon du soir, la brillante planète Vénus est venue détrôner Jupiter et lancer ses feux brillanis ; elle est tous les huit ans dans la position' la plus favorable pour nous renvoyer l'illumination du soleil, et 1857 est une de ces années privilégiées. Le public parisien , vivement préoccupé ^e la fin du monde, fait beaucoup d'attention à cette planète', qui à sa dernière époque de grand éclat, savoir en 1849, n'avait excité qu'unje curiosité scientifique et honorable. Le 27 dQ ce mois, Vénus présentera un disque à moitié éclairé ponme. la lune en premier quartier. C'est déjà sensiblement son apparence actuelle. Le 4 avril elle sera à son maximum d'éclat et viçible en plein jour comme pendant tout le mois de mars. Alors elle 'o»^rira un beau croissant conrnie la lune entre l'épogue où elle est nouvelle et l'époque où elle est en'premîer quartîer. C'est et ce sera alors un bel objet télescopique , et il attire déjà la foule aux lunettes de carrefour; Le f o mai , Vénus sera sous le soleil , et plus, tard elle reprendra le croissant et le premier quartier ; mais elle sera alors plus haut dans le ciel et plus favorablement placée que dans la période actuelle. C'est le i5 juin qu'aura lieu ce nouveau, maximum d'éclat , qui permettra encore mieux de voir la planète en plein jour*.
Le a janvier derniec a eu lieu le passage de la lune devant Jupiter. Heureusement pour Fhonnçur de la
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France le tempe a été couvert , car nous aurions fait pauvre figure en comparaison de Tactivité astronomique anglaise. U me suffira de dire. que cette occultation a été observée en Angleterre par quarante *et un astronomes de profession ou amateurs , tandis qu'en France tous les observatoires privés ont disparu sans retour. Je reviendrai sur ce triste sujet. '
Le numéro de décembre dçmier de la Société Astronomique d'Angleterre contient un travail très-complet de M,. Pogson , de TObservatoire d'Oxford , sur les étoiles variables. Les astronomes se sont partagé la surveillance de ces étoiles comme ils s'étaient partagé l'observation des quarante-deux petites planètes situées entre Mars et Jupiter. Il y a pour Algol l'indication de deux minima, l'un paur le 6- mars , vers onze heures et demie du soir, l'autre le 9 mars, entre- huit heures un quart et huit heures et demie , temps de Pâiris. Desobservations enregistrées dans le journal américain de M. Goul^ constatent qu'àr son plus faible éclat Algol est quelquefois au-dessdus de l'étoile Rhô de la constellation de Perâée. Cette observation avait déjà été faite à Gholet par M"** Moutel, ainsi que nous l'avons dit dans un de nos articles; La conclusion est importante, en ce qu'elle établit qu'à ses divers minima l'étoile variable estt plus ou moins brillante. Gmnme je pense que c est par là 'seulement que nous pouvons avoir quelques notions du monde planétaire des Soleils autres que notre Phébus, tout ce qui peut nous renseigner sur les passages des corps planétaires devant les autres étoiles doit être recherché avec soih.
Parmi les nouvelles astronomiques, je ne vois nen
ET MÉTÉOROLOGIE. l35
de plus important que la nouvelle construction de télés* copes réflecteurs par M. Foucault, physicien de l'Observatoire impérial. Tous ceux qui savent ce qu'il a fallu de travaux. à William Herschel et à son fils, à M. Lassel , de Liverpool, et à lord Rosse pour façohner et polir des miroirs de télescope en métal, applaudiront à rheureuse' idée de M. FoucauH d'argenter en dedans une surface concave taillée dans du verre ordinaire avec une précision que le métal n'admet jamais* Après avoir argenté le côté*creux de la lame de verre, on le polit. On obtient ainsi un miroir parfa^ et qui ne se déforme point par son propre poids. Le miroir de lord Rosse pèse 3,800 kilogrammes , c'est à peu près 20,000 francs de métal. Il est vrai que ce télescope léviathan, comme disent les Anglais, a 6 pieds d'ouverture. J'ai essayé de jour et de nuit les admirables miroir&Hle M. Foucault y montés très-simplement en télescopes new^tôniens; et leur effet a été au-dessus de tout ce qu'on obtenait autrefois avec de pareilles ouvertures. Pour les grands télescopes , ils seront d'une Admirable légèreté et d'un transport facile. Le directeur de l'Observatoire impérial , qui a apprécié toute la portée de ce nouveau mode de pénétrer dand le ciel , paratt à* juste titre compter sur ces instruments pour réaliser des perfectionnements ultérieurs daiis les observations astronomiques. Le prix est en mêiùe temps fort inférieur à tout ce qu'on avait jusqu'ici.
Je tioas de notre excellent constructeur- et opticien M. Secrétan , que depuis plusieurs annéesi la vente des lunettes et télescopes est devenue de plus en^plus active, et avec l'invention de M. Foucault, il n'y a pas
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de doute que la popularisation du télescope et des notions astronomiqueg ne fasse de graads progrès. Avant peu, il n'y aura pas de château ou de manoir où, pour le plaisir et Tinstruction des habitants ^ il n'y ait une lunette ou télescope à pied avec lequel on puisse comp* ter les pieds d'une mouche du bout d'un jardin à l'autre extrémité. Je répète que la constpoctien optique de M. Foucault n'est {^int seulement à l'état d'essai ou de projet» J'ai vu avec son télescopé des disques d'étoiles de première qualité et aussi très-nettement la j)hase de Vénus, astre pour lequel, d'après un dicton astronomique, il n'y a pas de bonne lunette, de atéme qu'on dit en même temps qu'il* n*y a pas de mauvaise lunette pour la lune. Espérons que l'^té prochain ces télescopes , portés au pic du Midi de Bigorre, rivalise* ront avec les observations que M. Kazii Smyth ira faire au pic de Ténériffô. La mesure définitive du diamètre de Vénus sera au premier rang* des importantes déterminations à obtefnir cette année^
Les miroirs de M. FoucauH ont été présentés à l'Académie des Sciences par M*. Le Verrier. Ce n'est pas la seule fois que nous «n parlerons , et en même temps nous donnerons le tableau ùib ce que les amateurs peuvent voir au ciel et sur la terre avec un télescope de grandeur ordinaire. * ^ ' ' >
Dans une des séances de notre Académie, j'ai présenté le calcul suivant ^ur l'infinie légèreté des c(Mnètes. Les lecteurs peu habitués aux déductions logiques de la science pourront ne lire que la conclusion^ Une étoile de onzième grandeur a été vue, safis perte sensible de Lumère, au travers d'une comète de 5oo,ooo kilomètre»
ET METÉOftOLOGIE. l37
d'épaiss6ur. Des observations analogues sont dues aux Herschel , aux Bessd , aux Struve , c'est-à»dire aux coryi^éesde Fart d'observer. La comète, d'après la photométrie , était donc au moins 60 fois moins brillante que la petite étoile. En prenant 60 fois son éclat , la comète serait au plus devenue égale à l^étoile , et avec un éclat encore 60 fois plus grand , ce qui eût fait 3,6oo fois son éclat primitif , la comète', par son éclat , eût à son tour éteint l'éclat de l'étoile et l'eût rendue invisible. Pour rendre invisible une étoile de cinquième grandeur qui est aSo fois plus brillante que l'étoile de onzième grandeur, il eût fallu rendre la comète sSo fois 3,600 fois ou 900^000 fois plus brillante , et comme l'atmosphère éclairée par la pleine lune, éteint par son éclat les étoiles de cinquième grandeur et au-dessous , il faut en conclure que la comète 4clairée dans le ciel par le soleil est cependant 90(f,ooo*fois moins brillante que notre atmosphère éclairée par la lune. Mais le clair de la lune dans son plein est 8oo,ooa fôfs moins brillant que le plein solejl qui fait le jour ; donc si l'air, comme la copoète, est éclairé par le soleil, il sera 900,000 fois 8oo,(X)o plus brillant que la comète; cela fait 720,000,000,000, ou bien sept cent vingt milliards, mais ce n'est pas tout. La comète observée était celle d^ncke en 182S. Elle avait alors une épaisseur- de 5oo,ooo kilomètres, tandis que l'atmosphère tout entière n'équivaut qu*à une couche d'environ 8 kilomètres d'épaisseur. Cela .donne à l'éclat intrinsèque de l'atmosphère au-dessuà de celui de la comète, k épaisseur égale , un nouvel avantage dans le rapport de 5oo,ooo à 8 , et le résultat final est que la comète
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doit être assimilée en éclat à de l'air qui serait 45,00a, 000,000,000,000 de fois plus léger que Tair ordinaire. Ce nombre peut se lire 45 millions de milliards de fois. J'avais dit et on à répété que les comètes sont un rien visible. Bien des gens concluront de ce qui précède qu'elles sont moins que rien. Je finis, par une petite citation de la Cosmographie de M. F>aye, a»' tronomiquement propriétaire d\ine des quatre comètes périodiques. Après avoir dit, et avec grande raison , que les comètes ne sont même pas des gaz , il ajoute : a On voit par là combien peu les effets mécaniques du choc d'une comète contre la terre sont à redouter ; la moindre toile d'araignée opposerait peut-être plus d'obstacle à une balle de fusil. » J'ai .déjà dit que pour le poids de toute la queue d'une comète sir.Jokn Herschel parlait de quelques onces; or la terre f d'après les plus récentes déterminations de sa compacité, est équivalente à un poids de 8,000,00(^^000,000,000,000,000,000 kilogrammes. Gela f^it six mille milliards de milliards de tonnes.
Conclusion. — Les: gens que tuent les comètes ne meurent que de consternation , de stupidité et d'ignorance. J'ai mis dans un de mes dis(X)urs la moralité en actipn qui suit, et que j'ai empruntée au répertoire. des.Orientaux, fort riche en ce genre. On la trouvera dans une de mes Études antérieures: Un- saint Égyptien en prières ^u lever du soleil aperçoit un fantôme qui se dirige sur la xïapitale. a Qui e&-tu? — La Peste. — Où vas-tu? — Au Caire.— Pourqugï?— Pour y tuer dix mille hommes. — N'y va pas. — C'est écrit (fatalité). — Va donc, mais n'en tue pas un de plus. —
ET MÉTÉOROLOÛIE. iSq
Entendre, c'est obéir (assentiment). » Après la cessation du fléau , la môme rencontre se renouvetle. » D'où viens-tu?— Du Caire.— Combien y as-tu tué de monde? — Dix mille, suivant Tordre. — Tu mens, il en est mort vingt mille. — l'en ai -tué dix mille, c'est la peur qui a tué les autres. »
(36 février 1857.)
lie mouvement dam la nature. — Le printempi et les effets âe la iemp^ratiire. — Hygiène de chaque sa&on. — Asi»eot du del. — Besix petites comètes télesoopiques. — BibUographie. — lie soleil oonsidéré comme étoile variable. — Période glaciale dé la terre.
Le temps, le soleil, la saison, }a science, tout marche dans le monde au physique et dfi moral. Les individus vieillissent, mais l'humanité progresse en se montrant toujours jiôune et vigoureuse. De même, dans la nature, les lois de stabilité qui garantissent l'édifice matériel éloignent toute idée «de fin du monde due à des causes accidentelles. Tout homme qui admet une puissance créatrice doit ,• avec Leibnitz, admettre une intelligence organisatrice et conservatrice. Ce sont les
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premiers éléments de la logique et du bon sens. Mai^ ce qui diffère un peu de la manière de voir ordinaire , c'est que dans le monde matériel la stabilité et la soli- 1
dite n'ont point été attachées à l'inertie et au repos i
absolu. Partout c'est le mouvement qui conserve les choses dans leur état normal. C'est une sorte de Ira^ vail et de vie* qui subsiste indéfiniment. Nulle part on ne voit de repos dans la nature, mais partout des mouvements stables et qui doivent se prolonger sans altération.
Ainsi la lune, balancée entre son mouvement en avant qui l'éloignerait de la terre, et sa chute vers nous qui la ferait arriver à toucher notre globe , reste suspendue à la même distance. Il en est de même du mouvement de la terre et des planètes autour du soleil. Elle» sontVramenées vers l'astre central par leur pesanteur vers le soleil autant qu'elles en sont éloignées à chaque instant par leur mouvement de progression. Elles conservent donc leur distance à ce jcentre puissant de forée et de matière qui est quatorze cent mille fois plus volumineux que notre terre, et trois cent cinquante-cinq fois plus massif. Enfin toutes les variations que subissent les éléments du système du monde sont périodiques , et l'ordre s'établit, par des alternatives de plus et de moins autour d'un état moyen qui semble l'état fondamental pour chaque province du doi9aine des lois de l'univers,
En effet , où trouver le repos absolu ,. le manque complet de mouvement? Tandis que j'écris à mon bureau au milieu du calme de la .nuit et de l'immobilité apparente des objets qui m'environnent , le mouveqaent jour-
I^T HÉTÉ0H0L06IE. l4l
nalier de la terre autour' de son axe m'entraine avec la vitesse d'un boulet de canon vers Torient. Ce mouvement, à la vérité, se r^ilentit à mesure qu'on marche vers le pôle. Au pôle même, il est nul , mais il y a le mouvement annuel de révolution autour du soleil qui emporte la terre entière, équateur et pôles, avec une vitesse soixante fois plus grande que la précédente vitesse et qui ne laisse sur la terr^ aucun point immobile. C'est donc sur le soleil , centre de ces mouvements qui font l'année, qu'il faudrait chercher le repos absolu. Mais le soleil tourne sur lui-même en vingt-cinq jours et demi , et son pôle seul serait immobile. Mais à son tour le soleil avec toutes ses planètes fuit dans l'espace vers la constellation d'Hercule avec une vitesse considérable et égale au quart de ta vitesse orbitaire de la terre: Il n'est donc de repos nulle part.' Tous les corps sont non-seulement susceptibles de mouvement , mais encore ils exploitent actuellement cette possibilité de leur existence, tout est mobile et tout se meuti
Le lecteur pressent sans aucun doute que ce n'est ici qu'une pierre d'attente pour des déductions ultérieures. Ces grands mouvements opérés dans le vide ont lieu sans frottement, sanâ résistance, sans affaiblissement , sans bruit et sans efforts. Le mouveipent persévère tant qu'une cause étrangère n'intervient pas pour le modifier, en l'augmentant ou le diminuant. Jamais il ne s'affaiblit ou ne s'augmente de lui-même, par la raison qu'il n'y a pas d'effet sans cause. Il n'en est pas ainsi dans les mouvements de nos mécaniques au milieu d'un ensemble d'obstacles qui contrarient le mouvement artificiellement imprimé. Là naturç aemblu
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protester à chaque instant contre la violence qui lui est faite en tirant les corps de leur état antérieur par des chocs,, des sifflements, des grincements d'organes moteurs, de roues, de leviers, d'axes, de volants, d'arbres de couche, de pistons, de cylindres à vapeur et d'outil» mus par des forces ^ues au génie de l'homme, auquel la matière n'obéit qu'à regret.
Il n'en est pas ainsi dans la vaste machine des cieux,
Moles et machina cœli;
le soleil yivificateur vient de quitter l'hémisphère opposé a,u nôtre où, au mois de décembre dernier, il a réparti les chaleurs de notre été et même d'une saison plus chaud» d'un. seizième que notre été du nord, mais par compensation plus courte d'un seizième en .durée. Cet astre, traversant Fétpiateur au commencement du printemps, a fait, il y a peu de jours, la journée égalé à la nuit par toute nôtre terre. Maintenant pour nous les jours surpassent douze heures et les nuits sont plus courtes. Quelques degrés de chaleur -de* plus dans la nature raniment tout. Sur les huit classes anciennes d'animaux, deux seules persistaient à vivre l'hiver, savoir les quadrupèdes et les oiseaux, sauf quelques espèces qui s'engourdissent par le froid. A partir du printemps , toute la nature animale et végétale se ranime et sort denses quartiers d'hiver, soit graines, soit œufs , soit état d'hivernage et de suspension de la vie. Parmi les objets que d'excellents esprits me signalent par lettres, ùos grands journaux, qui ont tant d'influence sur l'esprit public, devraient admettre un bulletin hygiénique pour chaque saison et pour chaque
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localité , avec des conseils pour économiser la santé , trésor dont on « dit si justement que Ton n'en connaît le prix que quand on l'a perdu. NotiB école médicale française , si, justement célèbre , ne devrait pas laisseï" notre pays au dépourvu de conseils si précieux. On estime les législations qui préviennent le délit plus que celles qui le punissent. Â ce même point de vue, l'hygiène, qui prévient la maladie, doit "avoir le pas sur la médecine, qui y remédie. Il n'est du reste ici question que de l'hygiène météorologique, de la santé publique en général , pour laquelle je puis déjà citer les travaux de MM. Duchesne et Foissac , mais qui , je le répète , n'a pas pris le rang qui lui est dû dans les piéoccupations de l'esprit public et dans la prévoyance tutélaire de l'autorité gouvernante.
J'ai déjà fait entrevoir que, d'après upe belle loi de la nature, presque toutes les plantes,* le blé surtout, ont pendant. notre saison chaude plus de chaleur qu'il ne leur en faut' pour arriver à maturité, et qu'elles y arrivent- seulement plus tôt ou plus tard, suivant que la saison est belle on. mauvaise. Je renvoie les question neure sur ce sujet à l'ouyrage de M. le comte de Gasparin sur l'agriculture et aux publications de M. Boussingault, l'ua et l'autre de l'Académie des Sciences, en attendant ici'ûn exposé des résultats que la sciepce doit à ces deux savants, ainsi qu'à un autre de nos confrères, M. Payen.
n suffit d'un coup d'œil jeté sur le ciel du soir pour voir de mois en mois, de semaine en* semaine, s'écrire Talmanach des saisons dans le Uvre du firmament. Déjà les brillantes constellations d'hiver penchent de bonne
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heure à roccident vers l'horizon. Le soir, Orion, entraînant aveé lui le Taureau et le Grand-Chien, se hâte de disparaître aux limites du champ visible du ciel , et du côté, opposé la force irrésistible qui fajt surgir les étoiles de dessous l'horizon oriental amène les astérismes d'été, bien moins brillants que ceux d'hiver. £n plein ciel, les Gémeaux , le Lion et la Vierge montrent leurs trois ou quatre étoiles de contestable première grandeur, et du côté du nord la Grande Ourse tournant au-dessus du pôle le dos en bas et les pieds en l'air, date le printemps pour l'astronome citadin et pour le paysan familier avec l'aspect du. ciel de chaque saison.
La brillante. Vénus continue d'embellir le ciel du couchant dé sa vive luo^ière jusqu'à dix heures et demie du soir, et Saturne, au midi, offre presque toute la nuit sa lumière plombée. L'une et l'autre planète se distingue des astres fixes par'sa lumière calme, qui contraste avec la scintillation des étoiles. La grande quantité des becs de gaz qui éclairent Paris pendant la nuit ne permet guère de reconnaître les faibles ombres que produit la planète Vénus, le seul astre qui partage avec la lune et le soleil le privilège de donner des ombres sensibles*. Je pense que tout observateur qui aUra à sa disposition une fenêtre à l'exposition du couchant sans qu'elle soit illuminée par aucun réverbère, apercevra son ombre à la clarté de Vénus s'il est devant .un mur blanc ou devant une toile blanche tendue exprès au fond de la pièce. Les mouvements de l'observateur rendent l'ombre encore plus sensible. Je tiens de M.- Seguin, de l'Institut, l'ilhistre inventeur de l'appareil qui a permis de faire
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courir les locomotives, qu'il a pu même observer dans Tombre produite par Vénus les franges ordinaires qui , au nombre de trois, accompagnent Tombre de tous l^s corps éclairés par uqe lumière de très-petites dimensions comme Test ici la planète. On regarde maintenant à juste titre les étoiles filantes -et tes bolides comme des corps qui nous arrivent de Tespace céleste; alors je noterai que j'ai plusieurs fois été témoin que ces astres, temporairement lumineux, donnaient aussi des ombres très-intenses pendant la courte durée de leur incandescence , exactement pomme les fusées des feux d'artifice quand elles se terminent par une gerbe éclatante, •
J'ai dit à tort dans mon dernier article que la der- -nière occultation de Jupiter n'avait pas été observée à Paris à cause du mauvais 'temps. J'oubliais que d^ëxcellents dessins en avaient été présentés à rAcadémie des Sciences par M. Bulard , astronome et s^rtiste éminent qui ne partage qu'avec peu de personnes-, du moins en France, l'avantage d'avoir observé Svec le télescope gigantesque de *lord Rosse, qui a 6 pieds d'ouverture et 60 piedft de longueur; En général, dans Paris, le commencement de l'occultation a été manqué à caqse de nuages sporadiques; Ainsi qu'à l'ObserVa^oire impérial, les a£ltrojK>mes amateurs ont été contrariés par les nuages, soit dans l'htelier observatoire de M. Goldschmidt, le grand découvreur de planètes, soit dans l'établissement de M. Porro , où observait M. Bulard.
Fontenelle a dit que quand une chose pouvait être de deux façonB, elle était toujouï^ de la façon autre que celle dont ie public la croyait être. La phrase est
1 4Ci ASTRONOMIE
assez eiàbrouiUée, et je la laisse à refiûre aux habiles, mais le sens en est très-dair. Or, tandis qu'on ^*occupait de comète et de un du monde (on s*en occupe . bien encore un peu), il ne paraissait aucune comète fortuite , . et aucune des quatre comètes conquises par l'astronomie ne devait paraHre. L*année i856, malgré la sommation qu*à la dernière extrémité j'avais, en dé* cembre^ adresse aux comètes, s'est passée tout entière sans comète visible à l'œil nu ou seulement télescopique. Nous en avons maintenant deux petites fort insignifiantes que^ nous devons à MM. d'Ârrest et Bruhns, de Berlin. Qu'en dire? sinon que l'une est la première et J'autre la seconde de cette année. En remontant k dix ans, il y en a eu buit eu 1846, six. en 1847, dont une visible pour le. public non luneiant, suivant Texpres* sion de Chapelle ; «deiix en* 1848^ trois en 1849, deux en i85o, quatre en i85i et trois en f852. Pendant toutes les nuits sereines, les astronomes iléooiipent le ciel par bandes étroites avec un -chercheur, et^passent eu revue toutes *les petites tueurs appelées nâ>uleuse3 qui peuplent 1^ ciel. Malheureusement les .comètes en général ne deviennent visibles que dans le voisinage du soleil. On est donc obligé de les chercher immédiatement après le coucher de cet astre ou avant son lever, dans la région d'un crépuscule éclatant , qui ne permet que diffîcilem^t de les distinguer Qur le fond trop brillant du ciel. C'est une opération, pernicieuse à la vue des astronomes autant que ^observation des taches du s'olejl. •
On a beaucoup répété la qualification que j'avais attribuée aux comètes, savoir qu'une comète était un
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rien visible. Deux joiurnaux à ma connaissance ont en- ^Gore enchéri là-d.esftus en* les^ appelant des riens invisibies. Alors je ne (Comprends aucunement comment on saurait qu'il y a ou qi^'il n'y a pas'de comètes dans le cidl.
J'aime mieux aijjouril'bui signaler un livre qui^a pour titre: fe Monde ^âpànê'ia création de r homme, ou le Berceau de tujyn^er^'^iistoire populaire de la création et des transjormationsdjLi globe, par le docteur Zimmermann, traduit d». l^'^Hemand sur. la dixième édition. Paris et Bruxelles. C'est un ouvrage très-instructif, et où l'on trouye une immense masse de faits intéressants*. C'est Fextençion dû tableau de la natu«B antédiluvienne de Cuyier,. avec de curieuses illustrations représentant les races primitives éteintes ihaintenant , et doimant sur la géologie et la jgéographie physique uner foule innombrable de précieux documents. C'est de la mpnce allemande comme vaste compilation ; mais cette science n'est ni lourde |ii aride , et les mots techniques n'y .sont pas trop pcodigués. Je crpis qu'(»i peut recommander cet ouvrage aux gens du monde comme instructif et amusiant. Oii pourrait peut-être y ajouter un petit dicttoimaire.de' mots tischniques, comme on l'a fait pour quelques traites d*astronomie en Angleterre, en Allemagne et parfôjs en France. J'avais beaucoup été questionné sur 6et ouvrage avant la traduction actuelle,, et j'avais été réduit à dirjB : Je ne sais pas ! Aujourd'hui je pense .(Jue l'ouvrage de M. Zimmermann mérite sa célébrité, et je suis- Jieureux dlnaugurer par lui les Notices bibliographiques qui mè sont si instamment demandées sur les livres de sci^ce ^w peuvent
et doivent lire les gens du monde. L'auteur a sagement fait de se borner à l'exposition des faits et de ne pas se jeter dans les tjonsidérations métaphysiques, philosophiques ou théologiques que suggère naturellement le tableau de la nature modifiée par de si formidables révolutions. Ce n'est pas que ces considérations soient aucunement à dédaigner; fnais la tâche est encore assez étendue en ne sortant pas du cadre de la science positive pour qu'on doive désirer de laisser aux autres sciences leur domaine toiCt çritier, lequel commence là où finit celui des sciences d'obsei*vation.
L'ouvrage du docteur Zimmermann me conduit heu- Feusemient à parler d'une desBn^ du monde qui est en baisse depuis le siècle de Louis XIV, mais que les trembleurs à tout prix pourront remettre à neuf, peutrêtre sans trop de désavantage;. En tout cas, cette crainte sera infiniment de meilleur aloi«que celle des comètes, qui ne peuvent faire n^ bien ni mal. Ils^agit du' cas où le soleil perdrait sa chaleuf et sa lumière, et où le monde des animaux et des plantes périrait par le froid. Écoutons Fonteilellé :
Ce n*est pas pourtant que je doute Qu'un beau jour, qui sera bien noir.
Le pauvre soleil ne s'encroûte, £n nous disant ; Messieurs, bonsoir!
Cherchez dans la céleste voûte Qnelqu0 autre qui vous fasse voir, Pour moi j'en ai fait mon devoir, Et moi-même ne vois {tlus goutte* Mais sur notre triste manoir Combien de maux fera- pleuyoir.
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Getfo céleste banqueroute !
• Tout sera péle-méle et toute Société sera dissoute.
Bientôt de Téternel dortoir »
Chacun enfilera la route Sans tester et sans laisser d'hoir.
La même idée est dans VHamlet de Shakspeare : lo soleil lui'-même s'obscurcira par un âge prolongé :
The SUD himself • Grew dim with age^
Or, comme nous voyons des taches naître presque subitement sur le 'soleil^ que même ces taches occupent parfois' une assez grande étendue superfecielle; que , de plus , nous voyons d'autres soleils s'éteindre dans le ciel , ott peut sans invraisemblance supposer que notre soleil soit , comme un assez grand nombre • de ses confrères, une étoile variable d'éclat, ou même de celles qu'on désigne sous lé nom de temporaires, et qui disparaissent tout à £ait.>It^ i^Y.^ P^^ ^^ doute que la belle étoile qui, en 1672^ brilla pendant quelques mois dans la constellation de Cassiopée, et qui disparut ensuite complètement , ne fût un soleil bien plus brillant que le nôtre. Cette idim^m^e pèlerine ùq 1572, c'est ainsi que Bayer la désigne , n'a pas laissé de trace dans le ciel. M. de Humboldt s'est étendu avec complaisance sur les effets qui résulteraient pour notre globe de la cessation de la faculté lumineuse et calorifique du soleil. Pourquoi, dit M. de Humboldt, serait-il différent des autresi soleils? Je n'ai sous les yeux qu'un des passages de son fameux livrCj-fe Cosmos^-oxi il examine cette question. Je n'avais d'abord, ainsi que bien des lecteurs, regardé
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les paroles de l'illustre savant q}ie comme une spéculation théorique ; maiô j'y suis revenu depuis, et je Tai prise tout à fait au sérieux à roccasîon de la fameuse période glaciale q^^ sur notre terre, a -précédé Fépoque actuelle, et qui s'e^t pï*odùite si subitement, que des animaux gigantesques , tels que le ma'mmouth , se trouvent en Sibérie enveloppés dans la gl*;e , tout debout encore et n'ayant pas perdu \in poil de leur, épaisse toison. Leur chair est encore bonne à manger, et l'état du sang dans leurs organes indique qu'ils ont péri suffoqués, sàn^ doute par la nçige qui les a enveloppés subitement; Ils n^ont point été transportés de loin dans cette contrée , et ils ont encore' entre les dents des branches et des feuilles des arbres actuels de la Sibérie. Voyez dans Virgile la description qu'il fait d'un troupeau de cerfs engloutis jjar la neige dans les déserts de la Scythie. Il dit qu'on aperçoit à peine au-dessus les cornes de ces malheureuK animaux, • ,
Et stunmis Yix''comibus extanU
Le poète ronjain ne se doutait pas que les cerfs de la nature primitive viendraient donner un démenti à sa poésie.. En effet, on les trouve toujours debout, mais avec les cornes rabattues en arrière sur le cou et le mufle très en l'air, comme s'ils avaient, cherché à respirer le plus longtemps possible au-dessus de la couche qui les ensevelissait. Voilà les faits; comment les expliquer?
Je dirai d'abord qu'ayant consullé les géologues , tons sont d'aC/Cord qu'avant la période actuelle l'Europe entière était couverte de glaciers. Bien d'autres contrées offrent des indications d'un état pareil qui a cessé , mais
ET MéT£<HlOLOGI£. 1 & i
je n'ai pa savoir si la zone torride a passé par cette épreuve comme les zones tempérées. Les documents nous manquent là-dessus. Or, si Ton admet que tout à coup des taches obscures envahissent en tout ou en majeure partie la surface du soleil , il en réèiritera pour la terre un refroidissement subit et comparable à celui qu'éprouvent, les régions polaires quand le soleil les abandonne pour plusieurs mois. L'effet serait bien plus rapide par l'extinction du soleil que par sa disparition graduelle, qui plonge les pèles dans une nuit continue. Si le soleil s'éteignait, à l'instant même la neige tomberait et couvrirait le sol, engloutissant les animaux et les plantes. Si l'extitictidn de la chaleur solaire n'est que partieUe, il pourra se faire que les habitants de la zone torride échappent à la destruction pour repeupler le globe ensuite , mais les races septentrionales auront disparu sans retour. Il est évident que cette catastrophe dq froid, qui maintenant n'est pas douteuse, s'est produite trôs-postérieurement au brisement mécanique qui a fait surgir l'Asie, l'Afrique et l'Europe, ainsi que l'Australie et les deux Amériques, en jetant les eaux dans les bassins actuels de l'Atlantique , du Pacifique , de la mer des Indes et des deux mers polaires. Les mammouths et les rhinocéros de Sibérie qui ont été mangés dernièrement par les renards , les ours et les chiens, ne sont point des animaux fossiles, ni de ceux, qu'on appelle antédiluviens.
Puisqu'il a été question de Fontenelle et de fin du monde dans cet article , je finirai par une saillie de ce philospphe pratique qui, suivant Voltaire, faisait de petits vers et de grands calculs. Dans une réunion où-
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l'on avait beaucoup disserté sur la manière de mourir convenablement y on finit par demander Tavis de Fontanelle, qui était festé muet. Il répondit : a £n général on se préoccupe beaucoup de mourir, mais je vois heureusement que tout le monde s'en tire! »
(3i mars 1857.)'
ET MÉTÉOROLOGIE. lâS
Le teniptf et le* laison*. — Bygriène de 6haq|ue partie de l'année. — Trdif nouvelle» petites planètes.— Troif oemètes , dont une pénodi^fue. — Histanoe de la terre, au soleil. — Retour du olîmat de la France à son état normaL
Je suis bien en retard avec le ciel et avec h terre, avec l'astronomie et la météorologie. Le temps n'en a pas moins parché, et cet emblème de la fatalité est toujours resté fidèle à sa nature^ Irrésistible, inflexi^ ble si hors diï pouvoir des hommes , il avance d'un pas uniforme , laissant sur la terre , pour trace de son passage , l'histoire de l'humanité , et au ciel les périodes accomplies des révolutions des astres. C'est principalement parce que le temps est un des principes essentiels du iQouvement que son action se manifeste à tous, quoique ridée métaphysique de sa durée puisse être conçue indépendamment de tout effet physique, ainsi que nous le verrons plus tard.
Pour rentrer dans un ordre d'idées plus accessible aux esprits qui prennent le mohde tel qu^il est sans se préoccuper de savoir ^'il ne serait paô mieux autrement ou même s'il serait possible que ce monde , si étourdiment critiqué, fût autrement quUl rCest^ jç supposerai le cas où, par l'imagination, on admettrait que le temps ne fût pas le même poyr tous les êtres , par exemple pour tous les astres que nous dévoile une splendide nuit étoilée, par un fond de ciel bien noir et avec une belle
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voie lactée témoin de la pureté de Tatmosphèreu Conçoit-on quelle confusion naftrait dans cet ensemble si le temps n'était pas le luême pour tous ces feux du ciel? Yoitoh bien les plus actifs devancer les autres vers l'occident au-dessus du pôle et vers Torient entre le pô)e et rhorizon? Voit^on bien se dissoudre toutes ces configurations d'étoiles que depuis sa naissance le genrd humain contemple sous lé nom de œnsteilati<ms^ dans lesquelle^f les étoiles de tous les éclats divers gardent fidèlement et le même aspect et la même distancé respective?. Alors comment mesurer 'le temps, puisque chaque* étoile aurait fe sien, tandis que maintenant il n'en est pas une seule, tant tnod^ste soit elle, qui ne donne à la lunette mé^dienne l'heur e exacte du monde entier? ' .
Depuis niôn dernier article , la marche annudle du soleil, ou plutôt cefle^ de la terre, a continuellement augmepté la durée des jours , qui ont atteint*, il y a déjà plusieurs semaines, leur plus longi|e durée, et qui déjà commencent à diminuer un pew. Les constellations, d'été, la Balance, la Vierge, le Scorpion, le Sagittaire , ont remplacé vers le sud les Gémeaux , le Cancer et le Lion. Véi*8 le nord, la- Grande Ourse , dont on trouve le nom dans Hpmère comme Ourse et comme Chariot , au lieu de marcher au-dessus du jpôle les pieds en l'air, comme une mouche à un plafond , s'avance le soir dans une position plus conforme à la manière dont lesquadrupèdes progressent ordinairement. « C'est singulier, jne disait quelqu'un que je rencontrais le soir sur une place publique , cette constellation n'est plus à la même place que l'autre jour où je vgus ai renéontré ici ! — H n'y a
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rien de singulier là, lui dis-je, sinon que voilà deux ou trois mois que nous ne nous sommes rencontrés. »
Parmi les deux ou trois articles que je destinais à ces Études et que d'autres, ocèupations ,in'ont empêché de terminer, se trouvait Texamen des influences qu'on attribue.vulgairement à la lune d'avril, ûitejane rousse. J'avais recueilli à grand renfort de renseignements demandés aux sommités de la science jnëditale plusieurs préceptes hygiéniques applicables à cette belle saison qu'on appelle le printemps , et qui est la {)lus meurtrière de-toutes. Ce sera hqn pour Tannée prochaine. En attendant^ je dirai qu'il n'y a ni likne rousse, ni Soleil roux,. Ri étoiles roussesj mais bien une saison rousse où l'Organisation des hommes, des animaux et d^s plantes subit une crise violente qui souvent a unie issue fatale. Uhomme de bureau, qui- aux premiers beaux jours regrette de ne pouvoir aller au bois dç Boulogne par uneîittrayànte journée de soleil et de verdure naissante, se plaint bien souvent de ne pas jouir d'un agrément' que, mieux instruit, il eût redouté. La saisoa dernière a été iparquée dans léS annales de \9 science par des pertes cruelles évidemment occasionnées par l'insalubrité de la crise printanière. Dans l'été , où les fonctions digestives éprouvent une certaine débilitation, fe régime de l'alimentation prend une importance majeure. L'hygiène de l'estomac se substitue à celle de la poitrine et des affections nerveuses qui dominait au printçmps. Les prescriptions relatives aux vêtements et à l'effet des variations de température ne doivent pas être oubliées. On paye souvent cker le plaisir de ce qu'on appelle prendre le frais. C'est un proverbe popu-
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laire que les rhumatismes nç sont pas comme le blç, car ils se sèment Tété et se réeoltent Thiver. J'ai déjà émis plusieurs fois Topinion que l'autorité. publique, qui fait tant pour la capitale en cas de maladie et pour l'assainissement des localités, devrait publier à chaque saison an bulletin ^e recommandations hygiéniques qui instruiraient les gens bien portants et préviendraient les maladies, diose bien plus- facile que de les guérir.
Cette année 1867 s'annonce favorablement dans les fastes, de l'astronomie. Trpis nouveUes petites planètes ont déjà été trouvées dans le groupe de' planéticules qui, entre Mars et Jupiter; remplace une planète de taille ordinaire. Ces trois dernières, dont l'une est due à M. Pogson de l'Observàtqire d'Oxford et les deux autres à M. Goldschmidt, peintre d'hi&tpire de premier ordre et astronome amateur, complètent un total de quarante-cinq petites planètes qui, jointes aux quatre grosses et aux quatre de moyenne grandeur, donnent un total de cinquante^trois. Nous voilà bien Idn des sept planètes-de Tantiquité , qui même n'arrivait à ce nombre qu^en mettant le soleil et la lune au rang des autres planètes en dépit de toutes les lois* de l'analogie mécanique et physique.
Après les ridicules terreurs des mois, passés , on ose à peine prononcer sérieusement le mot de comète. J'ai déjà dit que l'année dernière, i856, il n'en avait été trouvé aucune. Cependant l'attçnte de la comète de Charles -Quint, qui doit retenir de i856 à 1860, a rendu les observateurs très-actifs et très-assidus. La présente année, qui a dépassé. à peine sa première moitié, ^ous
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a déjà fourni trois comètes dont une est-encore a^jour«> d'hui 'visible au télescope et le sera surtout deux semaines encore, en Tabsence de la lune, qui depuis quelques jours contrarie beaucoup la visibilité des nébuleuses , de la voie lactée et des comètes. Cette .troi-* sième comète téîescopique a attiré, on ne sait pourquoi, l'attention du public parisien. Â défaut de la comète peu brillante ; les astronomes de place publique ont été accusés de montrer la belle nébuleuse d'Andromède, qui n'était4)as J.rop éldigaéede la place actuelle de la comète. Le public, je pense, ne pourrait; qu'y gagner, à peu près comme si l'on donnait une belle perdrix ou un faisan en place d^ne alouette, ou d'une grive. Cette comète, découverte par M. Dien , que M. Le Verrier a pl^cè.en sentinelle à rObservatoire impérial pour le qui-vive des comètes, avait été aperçue, quelques heures plus tôt à Berlin par M. Klinkerfues, qui sans douté donnera son nom k cette comète, dite dans les catalogues la troisième comète de i857« Elle est endore sans queue, ni barbe ni chevelure un peu éteixdMe. £lle diffère beaucoup de la -comète qui doit reparaître de i856 à 1860 , et qui est une des grandes comètes connues et parfaitement «visibles à l'œil nu. Les calculs de M. Yillarceau, de l'Observatoire impérial, ont depuis plusieurs jours fixéla marbhe de cet astre insignifiant qui, d'ici à quelques jours, ira se perdra à l'est dans le crépuscule du soir, entre les étoiles de la constellation du Lion. Dire pourquoi cette misérable comète a plus attiré l'attention que les deux premières de cette année me semble assez difficile. Faut-il décider si le public a été plus gobe-mouche ou gobe-comète depuis le i3 juia
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qu'auparavant^ Gomme dit Scarron :
Je le laisse à plus fins que moi.
À ce propos j'ai reçu beaucoup de félicitations sur l'attentioa que^l'on a bien .voulu donner au peu de no tfons raisonnables par lesquelles j'ai combattu les terreurs, si peu fondées qu'inspirait la comète imaginaire du i3 juin dernier. Il n'esipas un seul de n!ies conïrères de l'Académie des Sciences qui n'eût pu «n faire autant ou même faire mieux. Je suis donc beaucoup moins flatté de la croyance qu'on a donnée à mes paroles qu'étonné de voir qu'il ait été nécessaire de rappeler au public des vérités si vulgaires; éa un mot, ainsi que je l'ai déclaré dans une conférence faite devant un public nombreux , Timiportance qu'on* a attachée à qirel-' ques mots de simple bon sens et le 'prix qu'on y a donné prouvent que cetf^ denrée^ le sens commun, est aussi rare que d'après son nom elle semblerait devoir être abondante : elle a contre elle rign(»rance, l'imagination.et ce besoin d'émotions qui est à la fois le tour-* ment et le trésor de l'âme humaine.- • • "
Il me faudrait plusieurs s^icles de ces Etudes pour faire connaître à mes lecteurs tous les renseignements qui m'ont été demandés par lettres*, par visites, par consultations improvisée» en pteine me , relativement à la fin du monde du i3 juin dernier. Un ecclésiastique me disait que la crainte de la comète valait une mission. Si ce motif avait pu rendre les hommes moins. envieux , moins fourbes, moins avares, moins vicieux,. moins traîtres, moins diffamateurs, moins pervers de toute «aaniére {vojez dans Candide l'énumération de Vol-
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taire), je conçoîgr qu^on aurait pu jusqu'à un certçdn point se féliciter de Terreur populaire ; mais à ceux qui prétendent que la société n'en sera pas meilleure, je répondrai CQmme dans Rny-filas :
J'eo ai peur l
Je.m'aperçoi3 que me vqifà sur un chapitre iatarissable. ' ^ • . .
£b ! mon Dieu T nos Ff ançais , si souvent redressés , . ne prendronMls jamais un air de gens sensés?
Cest ce que disait Molière il y a bientôt deux siècles, et ce <|a'on dira sans doute en Tan 2067. Mais de plus tous les homm.es sont Français quand il s'agit de s'engouer d'une erfeur.
Nous sommes tous d^Athènes'oii ce poiat.
Pour l'erreur il n'y a point* de Pyrénées. Il n'y a non plus ni Alpes, ni Rhin, ni Manche, ni Atlantique. Cela me fait'souvenir qiie je-dois dfes remercîments auxxjournaux américains comme à ceux d'Allemagne , de Suède et de France, Au moins les nôtres ont été fort amusants. Quant aux chansons populaires en divers patois , rien de plus comique' que les idées rencontrées à propos de la fin du inonde. A yoir ce que cette bizarre crainte a inspiré aux gens sérieux et aux autres, on en tirera, je pense, cette conclusion philosophique qui mettra un leftne à la querelle si longtemps débattue entre les optimistes et les pessimistes , c'est que tout en ce monde n'est pas pour le mieux, que tout n'est pas non plu»
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pour le pis, mais bien qu» tout est pour le plus bouffon! Voilà,. au moral du moins, 1& secret de Thumanilé.
Si les raisons manqnaieirt , je suis sûr qu'en tout cas Les exemples fameux ne me manqueraient pas.
Pour parler enfin sérieusement, la science positive a eu en iSSy une bonne fortune dans Tune des trois comètesde cette année. Je veux parler de Ja secondede ces comètes, laquelle a été trouvée à Berlin par M. Bnihns. On a reconnu que c'est la même que cellç qui avait été découverte en 1846 par M. Brorsen, et qui y à son dernier retour en i85i, n'avsfit4)as été retrouvée. Elle fait le tour du soleil en cinq ans et demi à peu près.' C'était la troisième cçmète de 1846, année qui en avait fourni huit à Tastronomie. M. Le Verrier, qui , suivant* le célèbre cométographe anglais M. Hidd, a calculé le retour de la comète de Faye à l* heure précise où ce retour s'est effectué, a très-justemebt insisté à l'Académie des Sciences sur l'importance qu'il fallait attacher à l'observation des comètes et aii calcul de leur marche. Ea effet, ce n'^st que le hasaxd qui en iSSy a empêché la comète dp Brorsen de passer inaperçue comme en 1 85 1. La comète de Vico paraît avoir été mise en pièces par le soleil à son avant-dernier retour, et pelle de'Biéla.a été partagée en deux morceaux. Voilà de curieux documents pour la physique et la mécanique de& corps célestes 1 Sur environ six cents comètes observées^ nous n'en avons encore que cinq dont' les retours soient coimus. Il y a un mois nous n'en avions que quatre. Ces comètes sont celles de Halley, de Encke, de Biéla,' de Faye et de Brorsen. Plusieurs de ces astres, après avoir visité
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notre soleil ,^ sô lancent sans dout& dans les profondeurs de Tespace et vont arrondir momentanément leur course vagabonde autour d'autre^ soleils, errant ainsi dans tout Tunivers entier^ Quant à ia brillante comète de i8ii^ son retour n'aura lieu que dans plusieurs milliers d'années. Eh énonçant ce résultat curieux des savants calculs de MM. Encke et Ârgelander, on ne manqué pas de me demander si je crois à ce retour si éloigné. Je réponds par l'affirmative, sans crainte de me compromettre, l^ais c'est surtout pour une des comptes de Maruvais dont Û, Plantamour a calculé le retour dans cent deux mille -cinquante ajis d'ici que je me porte garant de la prédiction. JD'id là
Le roi , l'àne ou moi , nous mourrons !
Pourquoi pas , puisque la comète de Vico a bien péri ?
Les cinq comètes périodiques dont je viens de parler sont donc jusqu'ici les seules qui appartiennent sûrement à notre soleil. Je dois encore énoncer pour les savants plus qu'amateurs une importante remarque de M. Le Verrier, c'est que les comètes à mafche parabolique (et c'est lé plus grand nombre) doivent être cottiptées comme appartenant à notre système solaire. En effet cet ^stre se déplace dans Tuniv^ers stellaire , et si ces comètes étaient étrangères au soleil elles auraient à une grande distance de l'astre central une vitesse relative considérable,^ ^ndis que les, calculs relatifs à une orbite parabolique indiquent expressément que cette vitesse est- alors d'abord très-petite, et ensuite tout à fait nulle. Les comètes qui pourraient errer de soleils en soleils ne seraient donc que des comètes à orbites
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hyperboliques, doiit à peine deux ou trois ont été admises avec quelque chance de certitude.
Je répète que nous en sommes toujours au même point pour le retour de la cqmète de i5â6, et que la comète visible aujourd'hui n'a aucun rapport avec elle.
• indépendamment du retour de cet astre, Taimée pro^ chaine et les suivantes seront fécondes en beaux phénomènes, célestes. Au 1 5. mars prochain, il y aura une très-beile éclipse annulaire de soleiL II en sera de Tnéme en juillet iSdo^et en décembre 1861. Cette, dernière éclipse sera totale pour plusieurs points de^FEurope. En novembre 1861, lapÛnète Mercure paâsera. devant le soleil comme en 1848 et npus offrira un des plus curieux et des plus beaux phénomènes dé Tastronomie télescopique. Û y aura encore cinq autres passages de la même planète d'ici à la fin du siècle ; mais»il n'y en aura que deux pour Yétius, savoir éii 1874 et. en 1882. Ces deux derniers passages sont attendus avec impatience par les astronomes , qui , chose incroyable , sont encore incertains sur la distance précise de notre globe au soleil. C'est là une des questions qui doivent le plus préoccuper les amis de l'astronomie. Aussi W. Airy, l'illustre astronome de Greenvsrich, a-Ml rendu attentif le monde savant tout entier en* établissant que dans les années 1860 et 1862 la planète Mars sera' assez près de la terre pour remplacer avantagejisement la planète Vénus dans cette importante détermination. A cette occasion, comme en 1761 et en 1769, les astronomes se dissémineront dans le monde entier, et il faut espérer que leurs résultats seront plus d'accord entre feux
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que les résultats obtenus il' y a ii<i siècle. Aràgo s'égayait aux dépens des calculateurs qui mettaient des mètres et des fractions de mètre dans la distance de la terre au soleil /tafndis qu'il y a sur cette distance précise une incertitude de quatre à cinq ^ent raille liefues de quatre kilomètres chacune. M. Airy indiqué dans sa publication du mois d'avril dernier toutes le? précautions à prendre et toutes les sytationô *à occuper sur notre globe pour, obtenir, dès iS6o et 1862;, 'la distance précise du' sojeil. Je ferai 'sans doute âourije plus d'un lecteur en déclarant ici gue cette détermination précise, sera pour moi perçonçellément uù véritable bonheur, et que je ne mourrai^ pas content si je n'avais vu disparaître de la J)elfe science que j'expose aux lecteurs de mes Études le nuage d'ignorance qui coUvpe encore de* nos. jours ce point de Thoriion intellectuel du genre humain. Les États-Unis avaient, il y a quelques années, envoyé au Chili une -expédition scientifique pour la sçlution de la question présente, sous la direction du lieutenant Gillisl M. 'Airy remarque justement que la planète Mars n'était point alors dans les conditions favorables où elle sera en 1860 et 1862. Parmi nés astronomes actuels , je ne vois que M. d'Abbadie qui ait déjà représenté la science française dans des expéditions scientifiques, lesquelles, du reste, ont été entièrement aux frais de ce savant. C'est cependant une des occasions où la* France doit être assez riche pour payer sa gloire, et si quelque jeune homme de science se préparait pour les observations de 1860 et de 1862, ou de 1874» je pense qu'il trouverait à l'Observatoire impérial comme, auprès du ministre tous les
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encouragements et tout l'appui qu'il pourait désirer. En attendant, je maintiens que c'est un opprobre pour l'astronomie, que nous ne soyons pas plus avancés sur un point si important du système du monde. A voir tous les résultats discordants dont on prend hardiment la moyenne , à voir la distance du soleil .conclue des observations' dq Mars en désaccor4 avec la distance conclue des passages de Yénus, enfin en notant la discordance des résultats partiels entré eux, on arrive, comme Socrate, à savoir qu^on rie sait Wè/i. là-dessus. En jurisprudence , un, seul témoin ne fait pas fdi , iestis unus, testi^ nullus; que 'dirons-nous du cas qui nous occupe et qui nous montre tous les témoignages contredit^ les uns par les autres?.
Parmi les ouvrages remarquables que je voulais faire connaître au public se trouve, celui 4éM, de Valori sur la question des 'inon(]lations et sur les moyens de les prévenir par des plantations convenables^ J'ajouterai qu'il faudrait opérer ces reboisements au moyien de régiments de planteurs dont j'ai tant de fois proche l'établissement comme supplément utile aux invalides mili^ taires. Je, reviendrai très-prochainement sur cet ouvrage capital. En attendant, je dirai quelques mot3 sur la belle saison actuelle, qui paraît iivojr replacé povir plusieurs années le climat de la France au rang que lui donnent les courants chauds de TÂtlanlâqué , qui en font à latitude égale le climat le plus avantageux de la terre entière ; car le climat de l'Orégon , avec les courants chauds du "Pacifique du Nord, ne l'égalent pas 'encore malgré la fertilité remarquable de ceftte portion nord- Quest du continent américain , qui fait pour le nouveau
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monde le pendant du nord-ouest de Tandon monde^fue la France occupe. ' • •
Aif mois d'août dernier, ayant été désigné par l'Académie des Sciences pour le discours public à la séance des qinq Académies, j'annonçai hardiment un changement dans la constitution météorologique du climat de la France. J'établis que les inondations ne se renouvelleraiejit plus de longtemps et que le cours des saisons reprendraijt -son état normal. Je suis heureux de voir mon'annonce solennelle confirmée jusqu'ici, et j'avoue qu'il Tùe semble qu'il y avait dans cette prévision météorologique plus de mérite que dans cette assertion astronomique, savoir : que des astres d'une légèreté spécifique incompréhensible ne pouvaient occasionner à notre globe aucun accident sérieux. Je pense que le lecteur suivra avec intérêt les déductions qiii conduisent à expliquer les saisons de cette année et -k en espérer une série d'autres pafeilles. S'il y a quelques répétitions dans ce que je dis à nos lecteurs , je les prie de remarquer que chaque article doit faire un tout par Ini-méme, et qu'il ne faut pas ériger dé l'attention ou de la mémoire de tous le souvenir des notiohs qui ont été déjà énoncées ailleurs en tout ou en partie.
Dans l'état météorologique normal de la France et de l'Europe , le Vent d'ouest , qui forme le contre-courant des vents jalizés qui , entre les tropiques, soufflent constamment de l'est, le vent d'ouest, dis-je, après avoir abordé la France et l'Europe par les rivages occidentaux, redescend par Marseille et la Méditerranée, par Triestè et l'Adriatique, par Constantinople et l'Archipel, enfin par Astrakhan et" le bassin de là mer Cas-
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pienoe et du lac Aral, pour aller compléter le grand circuit des vents généraux et se mêler de nouveau au courant équatoriaL Toutes les fois que ces masses d'air, devenues humides par leur trajet au-dessus de rOcéan, rencontrent un obstacle., par exemple une chainé de montagnes, elles s'élèvent le long de leurs flancs qui dominejat les plaines voisines , et alors elle» n'ont plus au-dessus d'elles qu'une quantité moindre d'air. Elles sont donc alors déchargées d'une partie du poids qui pepait sur elles. Elles se dilatent' pa^ 'leur élasticité: Cette.dilâtatiûp entraîne un froid considérable et par suite une précipitation d'humidité sous forme de breuillard^ de nua^, de pluie ou même de neige. Le voyageur placé au commet 4'un6 montagne voit quelquefpis par un jour du plus beau «soleil le vent pousser l'air transparent de la plaine vers les hauteurs' qui la bornejit. A une certaine iauteur oet air commence par se troubler, plus haut c'est un nuage, plus hau^ encore c'est un Bimbus qui donne de la pluie; enfin, si la hauteur de 4a moniagn.e est suffisante, le froid atteint la congélation , et les sommités sont couvertes d'wié neige éclatante et produite subitement. Voili une neige cPété, suivant l'énergique épithète de Constantin Huygeus .dans son Foyage à. Rome.
'^ette pep SBetivas torpida.raembra nives.
Ajoutons que l'ascension des colonnes.d'air qui résulte de l'obstacle d'une montagne se produit également quand le couraut d'air est arrêté ou même ralenti par une cause quelconque^ parce qu'alors les parties postérieures du courant s'élèvent au-dessus de celles qui les
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devançaient et qui deviennent alors immobiles en formant un obstacle tout pareil à celui des flancs d'une montagne* Or, voici ce qui s'était produit peu à peu avant i856.
Par une cause sans doute liée^ Vensemble des courants de l'atmosphère, le courant chaud du vent d'ouest était d'année en année remonté vers le nord , en sorte qu'au lieu de passer sur la France, ;1 arrivait par la Baltique et le nord de l'Allemagne , troublant ainsi momentanément la loi ordinaire des températures européennes. Mais en i856 une rechute subite s'opéra. Le courant d'ouest accosta comme précédemment ia France par le milieu. • Il éprouva un obstacle dans l'air des Contrées qui n'avait pas pris encore vers l'ouest et He sud son écoulement ordinaire. De là arrêt, obstaClç, élévation, dilatation, refroidissement', pluies extraordinaires et inondations. Aujourd'hui que le régime iiaturel s'est 'rétabli , rien ne pronostique de pareils désastres; mais sii'on voyait le courant d'ouestd'année en année remonter vers le nbrd, on pourrait s'attendre à^des efiEéts météorologiques pareils à ceux de l'année i856. Ainsi que je le disais eh août dernier, l'es^ saisons' normales semblent donc établies en France pour plusieurs années. Les importantes communications météorologiques que TObservatoire impérial, établit de procbe en proche avec les divers pays de l'Europe et l'établiss^anent d'a^pparéik pour la mesure de la vitesse des courants aériens ou vents dominants, donneront dans un- avenir peu lointain des pronostics assez sûrs pour mettre en garde tout pouvoir éelairé qui veiUera au bien-être de la société qu'il gou> verne^ . ' '
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Que répondre à ceux qui disent gravement que la météorologie est une science qui n'exista pas? Ô faut leur dire que Tagncalture n'existe pas non plus , quoi* que en Europe .elle nourrisse a5ô millions d'hommes.
(17 juillet 1857.)