‹ Études et notices historiquesChapitre 12 sur 20 · LA PRINCESSE DE CONDÉ · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE DE CONDÉ

Elle était fille d'Urbain de Maillé-Brézé et de Nicole du Plessis, seconde sœur du cardinal de Richelieu. Elle épousa le prince de Gondé, qui délaissa pour elle la belle Marthe du Yigean, dont il était aimé, et qui se fit carmélite. La jeune princesse montra durant les troubles de la Fronde, un grand dévouement à son mari, elle se plaignait qu'on ne la tînt pas au courant des affaires et des périls qu'il pouvait courir. Elle jura d'après le rapport d'un fidèle ami du prince, « qu'elle le suivrait partout, même aux armées, et « qu'elle voulait braver tous les périls pour se mon- « trer digne de l'honneur qu'elle avait eu d'épouser le <( premier prince du sang, d'un aussi grand mérite et « d'une vertu aussi extraordinaire que l'était Monsieur « son mari. » (Saint-Aulaire. Histoire de la Fronde.) Elle tint parole en soulevant pour les Frondeurs tous les amis, les serviteurs de sa maison, et, lorsqu'ils furent mis au donjon de Vincennes, elle se présenta devant le Parlement de Bordeaux, tenant par la main son jeune fils, le duc d'Enghien, et, fondant en larmes, à genoux, elle requit la protection des magistrats pour sa famille affligée. L'enfant, mettant aussi un genou en terre, dit : — Servez-moi de père. Messieurs, le cardinal Mazarin m'a ôté le mien!

Ce spectacle émut en faveur de Condé et lui acquit toute la province de Guyenne, mécontente d'ailleurs

du mauvais gouvernement du duc d'Épernon. La princesse continua de travailler pour son mari, elle avait épousé toutes ses vues, elle le seconda dans toute sa rébellion, jusqu'à demander en sa faveur les secours de l'Espagne; elle montra dans cette guerre une passion conjugale, qui rend inexplicable la fin de son histoire. On la trouvait compatissante comme une femme, intrépide, éloquente, et la ville de Bordeaux lui était toute acquise. Voici en quels termes parle d^elle Huet, l'ami et le ser\4teur de la maison de Condé : « Clémence de Maillé quittait Bordeaux la paix «faite, après une guerre de quatre mois, sans avoir «endetté sa maison. Elle avait donné le mouvement, <c par sa fermeté et celle de ses amis, à tout ce qu*on «vit éclore en ce royaume, en faveur des princes pri- « sonniers. Elle avait gagné l'affection d'une des pre- « mières villes de France et celle de toute l'Europe, qui « vit faire avec étonnement à une jeuçe princesse sans a expérience tout ce que la prudence la plus consom- « mée et la hardiesse la plus déterminée auraient pu

• entreprendre. Enfin, elle avait conquis Tamitié de

• Monsieur son mari, qui ne l'aurait jamais crue ca- « pable de lui rendre de tels services (1). »

Comment arriva-t-il qu'une union consacrée par un tel dévouement et de si étonnants services, bénie par la naissance de plusieurs enfants, se vit rompue à l'âge où les passions se calment et où les cœurs des époux se reposent dans les souvenirs du passé et dans les perspectives d'avenir de leurs rejetons ?... Vingt ans après la fin de la Fronde, Condé se sépara de sa femme, il

(1) Histoire de la Fronde,

150 phincbsbks ds u codr dr lodm xiv.

l'enTO^a dans la forteresse de C\iAl6&xi.Toai (ad muîlot annoj), dit madame de Sêvigné (lettre de 1671), et il esl à craindre que la malheureuie ClémeDûc de MaiUi n'ait fini ses jours dans celle prison. On ne trouve' plus de détails sur elle à dater de cette aiiDéel6T&. ^

LA DUCHESSE DU MAINE (Bénédicte di bocrbon:

Elle était petite-fille du grand Gondé, et elle épou»>^^ le flls légitimé de Louis XIV, le duc de Maine. lî^^ étaient tous les deux comblés des dona et des gr&ct^^| de resprlt,el jusqu'à la mortduroi,ils tinrent à la cot ^-| un rang distingué qu'ils devaient k l'aiTeclion part ^m culière que Louis éprouvait pour ce fils inlelligeu ^^ respectueux et qu'il voyait sans ceise auprès dts tu^J A la mort du roi, tout changea, il resta au à^J^L et à la duchesse du Maine une grande situalion, ut-^^ immense fortune, une entière liberté, mais le pi ^, mier rang appartenait h d'autres; la duchssse ro^^M - ^ lit vivement cette déchéance ; le sang de douitt? hi>i j lonnait en elle, et, comme son aïeul, elle cùrnaiil grande faute de se lier avec une puissance ëliauL; et d'exciter des troubles dans l'intérieur de ^on pi ^

Le prince de Cellamare était alors ambass^uleiir 1 pagne auprès du Régent ; dirigé par le premiLi nistre d'Espagne, Albéronl, il se flatta ili; puu exploiter assez habilement les passions rancunières i duc et de la duchesse du Haine, pour faire déc| ter le roi d'Espagne, Philippe V, régent de Francd la place du duc d'Orléans. D'après le complot, le 1 gent devait 6trs arrêté au mili«a d'ua« fALe. On a

150 PRINCC8SKS DB LA COUR DR LOUIS XIY.

l'envoya dans la forteresse de Ghàteauroux {ad multos annoj), dit madame de Sévigné (lettre de (671), et il est à craindre que la malheureuse Clémence de Maillé n'ait fini ses jours dans cette prison. On ne trouve plus de détails sur elle à dater de cette année 1676.

LA DUCHESSE DU MAINE (Bénédicte de bourdon).

Elle était petite*fille du grand Condé, et elle épousa le fils légitimé de Louis XIV, le duc de Maine. Ils étaient tous les deux comblés des dons et des grâces de resprit,et jusqu'àla mortdu roi,ils tinrentàla cour un rang distingué qu'ils devaient à l'affection particulière que Louis éprouvait pour ce fils intelligent, respectueux et qu*il voyait sans cesse auprès délai. A la mort du roi, tout changea, il resta au duc et à la duchesse du Maine une grande situation, une immense fortune, une entière liberté, mais le premier rang appartenait à d'autres ; la duchesse ressentit vivement cette déchéance ; le sang de Condé bouillonnait en elle, et, comme son aïeul^ elle commit la grande faute de se lier avec une puissance étrangère et d'exciter des troubles dans Tintérieur de son pays. Le prince de Gellamare était alors ambassadeur d'Espagne auprès du Régent ; dirigé par le premier ministre d'Espagne, Albéronl, il se flatta de pouvoir exploiter assez habilement les passions rancunières du duc et de la duchesse du Maine, pour faire déclarer le roi d'Espagne, Philippe V, régent de France à la place du duc d'Orléans. D'après le complot, le Régent devait être arrêté au milieu d'une fête. On eût

FRmCESSES DE LA COUR DE LOUIS XIV. 151

Immédiatement convoqué les États généraux, de la décision desquels on se croyait sûr d'avance.Ën môme temps que cette conjuration se tramait dans l'ombre, les agents du ducetde la duchesse du Maine essayaient de soulever la Bretagne, pays cruellement opprimé et délaissé depuis sa réunion à la couronne, et qui se souvenait de son indépendance. Mais unhasard étrange fit découvrir ces plans hardis et coupables ; les papiers de Gellamare furent fouillés et donnèrent d'amples preuves du complot ; il fut reconduit en Espagne, où de grands honneurs récompensèrent ses tentatives. Le duc du Maine fut enfermé dans la citadelle de Doullens et la duchesse dans le château de Dijon* Ils y passèrent deux années très-ennuyeuses, mais trèspaisibles (1718).

Pendant ce temps, les ministres du Régent sévissaient en Bretagne contre cette malheureuse population abusée, qui avait cru recouvrer sous le protectorat du roi catholique, ses libertés d'autrefois. Vingt mille dragons traquèrent de château en château, de ferme en ferme, dans les défilés des vieilles forêts et au bord de l'Océan, les malheureux conspirateurs, MM. de Poncallec, de Talhouët, de Montions et de Couëdic furent condamnés à mort et conduits à Téchafaud comme des agneaux à la boucherie. Tous les autres conjurés souffrirent dans leurs biens et dans leur liberté, les magistrats furent déchus de leurs emplois, les propriétaires ruinés, et les paysans pendus, comme du temps du duc de Ghaulnes et de madame de Sévigné.

La duchesse du Maine, sortie de captivitéi oublia

trop vite ce sang versé et ces infortunes dont elle était la première cause. Elle alla s'établir à Sceaux, au milieu des magnificences et des fêtes. Elle établit là une sorte de cour plénière où se rassemblaient les artistes, les auteurs, les grands seigneurs, tous ceux qui aimaient les plaisirs et l'esprit, et qui pouvaient en donner aux autres. On ne saurait dire tous les divertissements dont Sceaux fut le théâtre ; on passait les nuits blanches en loteries, enjeux, eu illuminations, feux d'artifices,fantaisies toujours renouvelées, et, selon le mot de Fontenelle, à Sceaux^ la gaieté avait de Vesfrit. Madame de Staël, dame d'atour de la princesse et qui avait partagé sa captivité, décrit ainsi ces jours et ces nuits de féerie : « On jouait des comédies et on « en répétait tous les jours; on songea aussi à mettre a les nuits en œuvre par des divertissements qui leur « fussent appropriés; c'est ce qu'on appela les grandes « nuits. Madame la duchesse du Maine, qui aimait à « veiller, passait souvent la nuit à diverses parties de « jeu. Un de ses courtisans empressé à lui plaire fit « paraître une Nuit enveloppée de crêpes, qui fît à « la princesse un remerciement de ce quelle préférait « la nuit au jour... Dès lors le sommeil fut banni de « Sceaux et chacun imagina des plaisirs nouveaux « pour occuper les heures qui lui étaient dues. »

La duchesse institua pour ses favoris l'ordre de la Mouche 'à-miel qui avait ses lois, ses statuts, sa devise : Jesuis petite, mais je fais de grandes blessures; ce fut un nouveau sujet de vers, de madrigaux et d'amusements de toute sorte. La duchesse était l'âme de tous ces plaisirs ; elle était éloquente et spirituelle

comme tous les Coudés, et madame de Staël dit, en parlant d'elle : « Personne n'a jamais parlé avec plus <( de justesse, de netteté et de rapidité, ni d*une ma- « nière plus noble et plus naturelle. Son esprit n'em- « ploie ni tour, ni figure, ni rien de ce que l'on ap- « pelle invention ; frappé vivement des objets, il les « rend comme la glace d'un miroir les réfléchit, sans « rien omettre, sans rien changer, sans rien ajouter. » Les années passèrent et emportèrent les plaisirs. Le duc de Maine mourut en 1736, dans les sentiments de profonde piété qui avaient honoré sa vie; la duchesse lui survécut jusqu'en 1753. Ils laissèrent deux fils qui moururent sans alliance, et après eux, le brillant domaine de Sceaux passa au bon duc de Penthièvre.

LA PRINCESSE DE CONTI (anne martinozzi).

Le frère de Gondé avait pris, lui aussi, une part très-active à la Fronde ; il voulut faire complètement sa paix avec le cardinal Mazarin et lui demanda la main d'une de ses nièces. Anne Martinozzi devint ainsi princesse du sang ; elle ne ressemblait pas à ses belles et brillantes cousines, ni à l'ambitieuse Marie de Mancini, ni à la spirituelle et dangereuse comtesse de Soissons, ni à la coquette et fastueuse Hortense, duchesse de la Meilleraye ; elle était simple, pieuse et pleine de droiture. Elle rétablit l'ordre dans la maison de son mari ; à force d'économie et de privalions personnelles, elle vint à bout de payer les dettes dont la fortune du prince était chargée, et sa vie se passa dans l'obscurité, le silence et les bonnes œuvres.

154 P^NGBSISS D9 LA GOUB DE LOUlg KIV.

On Q*a pu lui reprocher qu'une teudâuce prononcée vers le jansénisme»

Nous ne parlerons pas des autres princesses de Conti, petites^fiUes légitimées de Louis XIV, elles furent éblouies par Téclat de leur naissance, entraînées dans le luxe, la dissipation, et donnèrent autour d'elles de fâcheux exemples.

L^histoire de ces femmes élevées si haut, sur le trône ou sur ses degrés, fait voir éloquemment la vanité des grandeurs et de la fortune. Aucune d'elles ne fut heureuse ; les peines du cœur, les infirmités du corps, les désenchantements de toute espèce les atteignirent; aucune ne fut ménagée ; on ne voit, en lisant leur histoire, que deuils, larmes, poignantes épines cachées sous la pourpre et le diadème. Quelle épouse voudrait changer sa destinée avec celle de Marie-Thérèse, ou de la Dauphine ou d'Henriette d*Angleterre? qui voudrait affronter le délaissement, les soupçons jaloux, les railleries du monde et ses calomnies, même au prix d'une couronne ? Mais la piété est utile à tout ; elle a consolé celles qui, dans leurs angoisses, se tournaient vers Dieu, et en les détachant des choses périssables, elle leur a fait voir la joie qui ne passe pas, elle les a consolées du trône et de cette élévation où Ton ne peut avoir la liberté de cacher ses peines.

Toute lecture de l'Histoire mène à cette conclusion : Dieu est la voie ; en s'éloignant de lui, on va aux abîmes ; il est la vérité, en cessant de l'écouter, rois et nations retournent à l'état barbare ; il est la vie, et les peuples, ainsi que les particuliers! se dessèchent et languissent lorsqu'ils ne s'attachent plus h Lui.

Figure intéressante et douce que celle de Marie- Thérèse, dernier rejeton de la race des Habsbourg, hé-

ritière de TAutriche, de la Hongrie, de ces vastes Etats qui confinent à la Turquie et à la Prusse, qui renferment des peuples orientaux et des nations de pur sang germanique, couronnée h Tàge de vingt ans, guerroyant pendant une grande partie* de sa vie, et portant sur le trône, parmi le souverain pouvoir, les vertus des plus humbles femmes, appuyées sur la religion la plus solide, figure royale, en contraste toujours avec une autre impératrice, avec Catherine II, qui portait la couronne des Tzars, dont l'élévation fut due au meurtre et qui passa sa longue existence dans les intrigues politiques, les honteuses galanteries, et l'athéisme, décoré du nom de philosophie.

Marie-Thérèse était fille et unique enfant de l'empereur Charles VI, elle épousa à l'âge de dix-neuf ans (1736) le duc François de Lorraine, quelle aima jusqu'à son dernier souffle, et qui lui apportait, à défaut de vastes États, la gloire qui s'attache à l'antique maison des Guises. Après la mort de son père, elle prit possession des États héréditaires de sa famille, mais aussitôt elle se trouva en opposition avec l'électeur de Bavière, Charles-Albert, qui, en vertu d'un testament de Ferdinand T', son aïeul, réclamait pour son héritage la Bohême et l'Autriche. La France soutenait ces prétentions, Marie-Thérèse eut Tappui de

156 MARIE-TBÉRÈSE.

la Russie, fie la Hollande et de rAngleterre : elle réclama aussi le concours de Frédéric II, roi de Prusse, mais il mit pour condition à son alliance que Tlmpératrice lui céderait la Silésie, et avant môme que d'avoir reçu la réponse du cabinet de Vienne, il entra en campagne pour s'en emparer. Indignée, Marie-Thérèse rejeta sa demande, mais son armée fut vaincue à Mollwitz, le 10 avril 4741. Déjà, tous les descendants des princes autrichiens, le roi d Espagne, le roi de Sardaigne, le roi de Pologne, se disputaient le partage de la monarchie autrichienne. Marie-Thérèse était seule ; l'Angleterre, tenue en échec dans le Hanovre, ne pouvait venir à son secours ; les Bavarois, les Saxons, les Français, les Prussiens menaçaient Vienne. Dans cette situation presque désespérée, la jeune souveraine convoqua une diète à Presbourg, et le 11 septembre 1741, elle y parut. Elle était belle dans ses habits de deuil, et touchante par ses malheurs et le courage de son âme ; elle tenait dans ses bras son jeune fils Joseph, et le montrant aux magnats hongrois, elle invoqua leur fidélité et leur secours : un souffle électrique courut dans cette assemblée, et à la vue de cette jeune reine, de cette jeune mère, trahie par ses proches, abandonnée à ses ennemis, tous les nobles agitent leurs sabres recourbés, et crient : Moriamur pro rege nostro Maria-Theresa ! mourons pour notre roi Marie-T lier èse ! Cette levée en masse délivre Vienne ; Passau, Linz, Munich ouvrent leurs portes aux Autrichiens. Marie-Thérèse abandonne la Silésie à Frédéric II et le détache de la ligue tramée contre elle ; l'Angleterre lui envoie deux millions de

ÎIARIE-THÉRèSB. 157

liyres sterling pour soutenir sa cause ; la duchesse de Marlborough et les plus nobles dames se dépouillent de leurs diamants et les lui envoient ; le Ciel bénit ses armes, et après huit ans de guerre, le traité d'Aixla-Chapelle permit à Marie-Thérèse de régner en paix.

Une nouvelle ère s'ouvrit pour les pays soumis à son sceptre, et en Autriche, en Hongrie, en Belgique, le nom de Marie-Thérèse est resté un synonyme de justice, de bonheur et de paix. Elle fonda des hospices pour les vieux soldats et des écoles pour leurs enfants: elle mit l'ordre dans les finances, elle favorisa l'industrie, elle embellit Vienne, elle protégea les arts et les lettres, et elle donna l'exemple des vertus domestiques les plus touchantes. « Cette famille impériale, disait Goethe, n'est qu'une grande bourgeoisie allemande. » Marie-Thérèse vivait dans l'union la plus tendre avec son mari, elle présidait à l'éducation de ses nombreux enfants ; jamais cour ne fut plus hospitalière ni plus simple. Le soir la musique délassait l'impératrice des travaux et des soucis du jour, Gluck jouait du violoncelle, Métastase disait des vers, et ces simples amusements suffisaient à une princesse qui n'avait cherché ses plaisirs que dans les affections.

L'ambition de la Prusse était le point noir qui inr quiétait ces années calmes et heureuses, et comme Charlemagne qui pleurait à la pensée des Normands et de leurs incursions futures, Marie-Thérèse redoutait l'ambition de ces princes, derniers venus dans le congrès des monarques européens, et plus avides que leurs frères, de grandeur et de lucre. Elle écrivait : « Qu'on ne se laisse point séduire par les flatteries de

« la poHtîque prussienne Le roi ne s'en sert que pour « atteindre son but; mais après l'avoir réalisé il fait « toujours le contraire et ne tient jamais parole. Il en « use de la sorte avec toutes les monarchie?, à Tex- « ception d'une seule dont il a peur, c'est la Russie. »

tfn malheur dont elle ne put jamais se consoler, vint frapper Marie-Thérèse au milieu d'une fête : elle célébrait le mariage de son fils Léopold avec l'infante Marie-Louise d'Espagne, lorsque son époux lui fut enlevé par une mort subite (1765). Marie-Thérèse perdait avec lui fout le bonheur de sa vie intime : elle ne quitta jamais le deuil ; tous les jours, elle allait prier sur le tombeau de cet époux chéri* près duquel elle avait préparé son dernier repos ; elle fonda un chapitre de chanoinesses dont la fonction fut de prier toujours pour l'âme de François de Lorraine.

Elle fut arrachée à son deuil par de redoutables complications politicrues. Les divisions intestines de laPologne l'avaient affaiblie au dedans et avaient ruiné son ascen«1ant au dehors ; elle avait des voisins menaçants, Catherine TI et Frédéric II, qui ne cessaient de dénoncer à l'Europe l'anarchie polonaise, et, sous prétexte de défendre ce pays contre lui-même et de protéger sa constitution, les armées russe et prussienne campaient en Pologne. Frédéric II fit proposer à Catherine le partage de ce malheureux pays ; elle hésita d'abord, et finit par consentir, moyennant le consentement de l'Autriche.

Marie-Thérèse hésita plus longtemps que la tzarîne, et par des motifs plus dignes de son âme : elle céda^ mais ces mots inscHts sous sa signature, au bas

MAIUfi-THÉRÊSE. 159

de l'acte de ce partage inique, montrent combien il lui coûta : « Placet^ placet^ puisque tant d'hommes « instruits, de savants le veulent ; mais longtemps « après ma mort, on verra ce que nous amènera cette « profanation de tout ce qui, jusqu'à présent, était c< juste et sacré. » — J*ai honte de me laisser voir, disait»elle à son ministre Kaunitz (1772).

L'impératrice survécut quinze ans à son mari ; elle vit approcher sa fin avec le courage tranquille qui Pavait caractérisée, elle quitta la vie sans se plaindre et les grandeurs sans les regretter ; elle mourut à Vienne le 29 novembre 1780,à Tàgede soixante-trois ans. Sa fin religieuse et paisible répondit à sa longue carrière, si pleiniB de vertus, et ces peuples divers qu'elle avait gouvernés avec tant de sagesse et de bonté, lui firent, par leurs regrets, la plus belle des oraisons funèbres.

Avec elle descendit au tombeau le bonheur de TAutriche ; ses enfants furent malheureux : Joseph II mourut le cœur brisé par la révolte des provinces belgiques, Léopoldll vécut dans des temps malheureux et il mourut à temps pour ne pas voir sa sœur Marie- Antoinette monter sur réchafaud. Marie-Thérèse a laissé des lettres à Marie-Antoinette, lettres pleines de sens, de lumières et de bonté et où il semble que la mère ait une vue prophétique du triste avenir réservé à sa fille. Marie-Christine, gouvernante des Pays-Bas^ autre fille de Marie-Thérèse, ne connut que des revers, et Marie-Caroline, femme de Ferdinand IV, roi de Naples, ne fut ni sage, ni heureuse, et maintenant encore, lorsqu'on veut citer une Souveraine à la fois grande et vertueuse, où cite Marie -Thérèse*

Ceux qui ont lu Walter Scott se souviennent du premier-né d'entre ses romans, et des trois charmants portraits qui en occupent le premier plan : Waverley, l'homme contemplatif, le rêveur, mêlé, par aventure, à des scènes agitées et sanglantes, le bouillant Mac- Yvor, noble jusque dans ses erreurs et sublime au moment du supplice, et enfin le prince, ce Stuart, ce prétendant, Charles-Edouard, pour qui TÉcosse, la terre de ses ancêtres, se soulevait tout entière, et qui, dans une vie infortunée, eut au moins un éclair de gloire et d'enthousiasme, une couronne idéale, à défaut de celle que la politique lui refusa constamment. Malheureux comme tous les princes de sa race, Charles- Edouard, après des victoires sans résultat et sans durée, après être entré vainqueur à Edimbourg, après avoir écrasé dans les plaines de Preston-Pans les troupes anglaises, après avoir terrifié T Angleterre à tel point qu'elle rappela toutes ses troupes qui défendaient la Flandre, subit à Culloden (le 27 avril 1746) une irrémédiable défaite ; il dut fuir et cacher sa tête mise à prix ; il erra dans les montagnes, il passa d'île en île, au:^ Orcades, mourant de faim, dévoré de fièvre, et le cœur déchiré par les malheurs de ses partisans, sur lesquels le duc de Cumberland, le vaincu de Fontenoy, épuisait ses vengeances. Sauvé à grand'peine,

CHARIOTTE STUART. 16t

Charles-Edouard vit peu à peu s'anéantir toutes ses espérances ; les puissances deTEurope l'abandonnèrent; Louis XIV, le petit-fils du grand roi qui avait accueilli si généreusement Jacques II, fit saisir le prétendant qui fut enfin exilé de cette France, si hospitalière à ses ancêtres; « depuis ce moment, dit Voltaire, Charles- Edouard se cacha au reste du monde. « Humilié, découragé, ce fier jeune homme déroba sa vie à la curiosité et à l'espionnage de ses ennemis ; il erra de contrée en contrée, changeant sans cesse de nom et de costume, essayant, mais en vain, de ranimer sa cause, délaissé, trahi par ses plus proches, et ne trouvant de consolation aux amertumes de son existence que dans les habitudes d'une sombre ivresse. Furieux et triste, il s étourdit ainsi, et ainsi il perdit jusqu'à ses derniers amis. Fatigué de sa vie errante, il se réfugia, en 1766, auprès du trône pontifical.

Il était le dernier de son sang, et il eut la pensée de se marier, afin que ses droits fussent représentés et que le nom antique de Bruce ne s'éteignît point. La femme qu'il choisit, Louise de Stolberg, était jeune, charmante de figure et d'esprit, et faite, parla grâce et le tour des idées, pour régner sur une cour spirituelle et polie.Elle ne connaissait de Charles-Edouard que ses actions héroïques et cette courte épopée qui se termina h Culloden; elle accepta la main du prétendant, sa couronne saluée par quelques fidèles partisans, et elle vit pour la première fois la veille de son mariage l'homme à qui elle allait s'unir. Cette vue produisit sans doute une première déception, car au lieu du brillant chevalier, armé de la claymore, de ce Chariot que celé-

162 CHABLOTTB STOART.

braient les chants écossais, elle vit, s^agenouillant avec peine sur lés coussins armoriés, un homme accablé sous une caducité précoce, usé par l'intempérance, courbé par les chagrins^ et elle, Louise, reine d'Angleterre, d*Écosse et d'Irlande, ainsi que l'appelle la médaille frappée en son honneur, était jeune, éblouissante de fraîcheur et de beauté, et la couronne sans royaume qui fut posée sur sa tête ceignit un premier diadème de beaux cheveut blonds. Elle était faite pour plaire et pour être aimée» cette jeune et brillante princesse^ mais la vraie grandeur des femmes, le dévouement et la patience lui étaient inconnus. Les défauts de son mari la rebutèrenti elle ne cacha point le dégoût qu'ils lui inspiraient : de scandaleuses querelles éclatèrent entre les deux époux» et après trois ans du plus malheureux mariage, la princesse quitta son mari et se i'éfugia dans un couvent.

Charles-Edouard était seul de nouveau, livré à des serviteurs infidèles» à des parasites sans cœur, malade, sans secours» sans affection, le plus malheureux des hommes et des princes^ La t^rovidence lui inspira une salutaire pensée ; trente ans auparavant, durant sa vie errante, il avait eu une fille, nommée Charlotte, qu'il avait fait élever ches les bénédictines de Meaux, et qui jamais n'avait quitté ce pieux asile. Il l'appela auprès de lui ; elle accourut, et témoigna, dès les premiers jours, à son père infortuné, une affection et un respect qui le relevèrent à ses propres yeux. Il lui accorda toute sa confiance, il la mit à la tète de sa maison ; il Voulut même, dans un touchant retour vei*s lô passé, lui donner le titre que portaient toujours lesputnés d'É-

oosse : Charlotte Stuart devint la duchesse d*Âibany, et elle porta, avec une noblesse vraiment royale, ce titre qui appartenait au pays de ses aïeux. Ses soins et son dévouement avaient transformé la maison de Charles-Edouard ; Tordre et la décence y régnaient ; la jeune duchesse recevait, dans les salons depuis longtemps abandonnés, une société choisie qui formait une cour autour de Texilé; elle avait rendu la dignité à tout ce qui entourait son père, et lui-même, elle l'avait rendu à tous les sentiments qui avaient honoré sa jeunesse. Le vieillard qui cherchait dans le vin l'oubli de ses peines avait disparu ; on retrouvait en Charles-Edouard le chevalier, le prétendant dont les idées généreuses et le mâle courage avaient galvanisé l'Ecosse ; ses vieux souvenirs refleurissaient sous l'influence de sa fille ; trente douloureuses années s'eiTaçaient, il remontait le cours de sa carrière ; il avait des moments de sensibilité ardente en pensant à TÉcosse et à ses braves highlanders ; quelquefois, une animation extraordinaire s'allumait dans ses yeux, c'était quand il racontait avec une énergie juvénile la campagne de i746, mais son corps épuisé ne supportait plus le poids de si vives émotions, et un jour, après avoir redit ses exploits de jeunesse à un voyageur anglais qui était venu le saluer, il s'évanouit. La duchesse d'Albany accourut, et dit au visiteur : « Ah I Monsieur, vous lui avez parlé de TEcosse I » Les soins et le respect de sa fille l'avaient rendu à lui-même,mais ils ne purent le rendre à la vie ; il expira le 30 janvier (anniversaire de la mort de Charles P^) de Tan 4788, entre les bras de Charlotte, et, six mois

après, cette fille si dévouée et si fidèle, trop tard connue, trop tard aimée, alla rejoindre son royal père dans les caveaux de Téglise de Frascati.

La princesse Louise, connue sous le nom de comtesse d'Albany, eut une existence longue et brillante. Victor Alfieri, le grand poète italien, l'appelait sa muse, sa Béatrix. Sismonde de Sismondi, Thistorien, fut un de ses constants admirateurs ; madame de Staël lui écrivait en lanommant 5a c/?èr^50t/t;rrame ; Lamartine admirait la grâce et la suavité de son esprit ; elle eut

àvFlorence, à Paris, une cour d'admirateurs et d'amis que les années ne dépeuplèrent pas ; elle vécut trèsheureuse, selon les hommes, très-envîée, très-flattée, et favorisée jusqu'à la fin, par la fortune et par la nature; mais son historien, monsieur Saint-René Taillandier, avoue qu'elle ne put voir sans amertume son époux, ce prince, si héroïque à vingt-cinq ans et dégradé par une longue infortune, se relever à la fin sous une tendre et généreuse influence ; elle vit avec douleur la fille remplir avec un pieux dévouement la tâche qui appartenait à l'épouse, et la duchesse Charlotte, en réveillant l'âme de Charles-Edouard, humilia la princesse Louise.

La touchante figure de Charlotte Stuartnous a paru digne d'être mise sous les yeux de nos lectrices ; cette Antigone chrétienne, consolatrice d'un prince malheureux, qui n*a connu sur la terre que Dieu et son père, mériterait un poète : à défaut de vers, nous lui consacrons au moins quelques mots de souvenir.

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